La Province du Brésil Central

02/Sep/2010

Dans notre numéro du 1° janvier dernier, nous avons raconté brièvement les origines de notre province du Brésil Central dont le développement a été si heureux et si rapide. Nous avons aujourd'hui la satisfaction de pouvoir ajouter à ce que nous en disions alors les quelques détails suivants. Nous en empruntons la matière au long et intéressant rapport présenté au R. F. Supérieur par le C. F. Augustalis, Assistant général, qui vient d'en faire la visite en qualité de Délégué.

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Tous les lecteurs du Bulletin savent que le Brésil, situé au centre et à l'est de l'Amérique du Sud, dont il occupe à lui seul presque la moitié, est un des plus vastes Etats du globe. Sa superficie, qui est de 8.500.000 kilomètres carrés, égale 14 fois celle de la France et les 5 sixièmes de l'Europe entière; mais sa population n'est pas en rapport. Selon les supputations les plus probables, elle n’atteint pas encore 18 millions d’habitants, tandis qu'elle pourrait facilement être de 300 millions. Les régions voisines de la côte ont seules une population relative assez considérable et qui s'accroit rapidement, soit par l’excédent normal des naissances sur les décès, soit par l'immigration, qui, pendant ces dix dernières années, a atteint une moyenne annuelle de près de 100.000 Européens, venus surtout de l'Italie, de l'Allemagne et du Portugal.

Au point de vue politique, le Brésil forme une république fédérale sous le nom officiel d'Etats-Unis du Brésil. Ces Etats, dont chacun pour ses affaires intérieures, jouit d'une large autonomie, sont au nombre de 20, parmi lesquels 16 sont échelonnés, sur la côte, taudis que les 4 autres, d'une étendue généralement plus considérable, sont situés à l'intérieur1.

La Constitution fédérale, calquée de très près sur celle des Etats-Unis de l'Amérique du Nord, laisse une large place à la liberté, soit en matière politique soit en matière civile et religieuse. En matière religieuse notamment, elle contient les quatre articles ci-après, que les catholiques de la plupart des pays de l'Europe auraient droit de lui envier:

1° Il est interdit à l'autorité fédérale de faire des lois, règlements ou actes administratifs favorisant ou défendant une religion quelconque, et de créer des différences entre les habitants du pays on dans les services maintenus aux frais du budget, pour motif de croyances.

2" Toutes les communions religieuses possèdent également le droit d'exercer leur culte.

3° -La liberté individuelle ci-dessus, comprend non seulement les individus dans leurs actes individuels, mais aussi les églises, associations et instituts, dans lesquels ils se trouvent groupés. La faculté de se constituer et de vivre collectivement selon leur credo et leur discipline appartient à tous de plein droit, sans l'intervention du pouvoir public.

4° On reconnait à toutes les églises et communions religieuses, la personnalité civile juridique, leur permettant d'acquérir des biens et de les administrer dans les limites établies par les lois de mainmorte

Cette liberté large et bien entendue a permis l'établissement et le bon fonctionnement d'un grand nombre d'œuvres catholiques qui, depuis dix ou quinze ans, ont déjà donné d'excellents fruits, et qui, moyennant la grâce de Dieu, promettent d'en donner de meilleurs encore.

En se fondant sur ces dispositions libérales, N. S. P. le Pape Léon XIII, dans une lettre qu'il adressait aux évoques brésiliens en 1891 leur recommandait: d'instruire leur clergé et de lui faire joindre la sainteté à la science; de rendre les séminaires florissants et d'en créer là où il n'y en avait pas encore; de favoriser les Ordres religieux et d'enseigner le catéchisme aux illettrés et aux ignorants; de fonder des écoles chrétiennes et de conseiller aux jeunes gens les associations catholiques; enfin, de lutter par la presse et d'envoyer aux Chambres de bons députés.

L'épiscopat brésilien, dans son ensemble, se mit avec beaucoup de zèle à la réalisation de ce beau programme qui lui était tracé par le Pasteur des pasteurs, et il ne trouva pas de. meilleur moyen que de faire appel aux Congrégations religieuses d'Europe et surtout de France pour lui aider à travailler à ce relèvement religieux et moral du pays.

En ce qui nous concerne, c'est à cette époque que nous vinrent les premières demandes; de Mgr Arcoverde d'Albuquerque, alors évêque de Sao Paulo et aujourd'hui cardinal archevêque de Rio de Janeiro; de Mgr Eduardo Duarte Silva, alors évêque de Goyaz, aujourd'hui évêque de Uberaba; de Mgr Silverio Gourez Pimenta, alors évêque de Mariana et aujourd'hui archevêque: du même siège, etc. Mais nous manquions de personnel, et ce n'est qu'en 1897 que Mgr Pimenta, en employant l'intervention de S. E. le cardinal Rampolla, put obtenir pour son diocèse une petite colonie de six Frères, modeste grain de sénevé qui devait devenir, grâce à la bénédiction céleste, le bel arbre mariste qu'est aujourd'hui notre province du Brésil Central.

Cette province née d'hier; pour ainsi dire, et déjà pleinement constituée, avec tous les organes nécessaires à sa vitalité présente et à son développement futur, a actuellement pour champ d'action les trois Etats brésiliens de Rio de Janeiro, Sao Paulo et Minas Geraes; pour effectif 99 Frères et 32 postulants ou juvénistes, et pour théâtre de son zèle les 7 établissements suivants:

1° Collegio Diocesano de Sao José, à Rio De Janeiro, capitale fédérale du Brésil;

Gymnasio Santista do Sagrado Coração de Jesus, Santos, port de São Paulo;

3° Gymnasio de Ossa Senhora do Carmo, à Sao Paulo, capitale de l'état brésilien du même nom;

4° Collegio Diocesano, qui nous fut confié l’an passé, dans la même ville de Sao Paulo;

5" Externato de Nossa Senhora da Gloria, à Cambucy, quartier excentrique de Sao Paulo;

6° Externato de Nossa Senhora de Conceição, à Franca, au N. E. de l'Etat de Sao Paulo :

7° Gymnasio Diocesano do Sagrado-Coraço de Jesus, à Uberaba, ville de l'Etat de Minas Geraes;

8° Fazenda São José, à Mendes, qui est devenue le centre administratif et la maison de formation de la province.

Nous allons donner successivement quelques détails sur chacun de ces établissements, en les rattachant à la localité où ils se trouvent.

 

1° RIO DE JANEIRO

Rio de Janeiro, capitale fédérale des Etats-Unis du Brésil, est en train de devenir une des plus belles comme des plus populeuses villes du monde. Située très avantageusement, à l'entrée de la spacieuse et magnifique baie de Guanabara, elle a vu, dans l'espace de vingt ans, le .nombre de ses habitants passer de 500.000 à près d'un million: d'immenses travaux d'assainissement en ont presque exilé la fièvre jaune qui y faisait auparavant de nombreuses victimes, et après les embellissements qu'elle a reçus au cours de ces dernières années, il ne lui reste que peu de chose à envier aux plus belles capitales de l'Europe et du reste le l'Amérique.

Au point de vue ecclésiastique, elle est un des sièges archiépiscopaux les plus illustres de l'Amérique latine, et, la première entre toutes les villes de cette partie du monde, elle a eu dernièrement l'honneur et la joie de voir son digne archevêque, Mgr J. Arcoverde d'Albuquerque revêtu, par le Souverain Pontife, de la pourpre cardinalice.

En plus du Gymnasio national et d'une dizaine d'autres collèges laïques équiparés, oh l'enseignement est généralement neutre, instruction secondaire y est donnée par plusieurs établissements religieux qui réunissent une bonne partie de la population scolaire. Tels sont ceux de Sao Clemente, dirigé par les Jésuites; de Sao Bento, tenu par les Bénédictins, et de São José, a Rio Comprido, placé depuis sept ans sous la direction des Petits Frères de Marie.

Le Collège-Séminaire São José, à Rio Comprido, a plus de 150 ans d'existence. Pendant longtemps, il fut l'unique établissement religieux de Rio de Janeiro et de tout le centre du Brésil. De 1872 à 1902, les Lazaristes en eurent la direction. A la fin de 1901, nous ne savons pour quels motifs, ils se retirèrent, et le collège et le séminaire furent disjoints. Le séminaire fut confié à des prêtres séculiers, et nos Frères, sur les pressantes instances de Monseigneur l'Archevêque, prirent la direction du Collège.

C'était une tâche bien lourde pour notre jeune mission brésilienne, à peine acclimatée, malgré ses quatre années de présence dans le pays. Mais Monseigneur encouragea, et, sur sa parole, on se résolut à jeter le filet. Grâce à Dieu, à Marie, à saint Joseph, patron du Collège, les débuts ne furent pas aussi pénibles qu'on l'appréhendait. Pendant le cours de cette première année, le nombre des élèves inscrits s'éleva à une centaine pour les internes et à une soixantaine pour les externes. C'était un progrès assez sensible sur l'année précédente, où le total des internes et des externes réunis n'avait guère dépassé le cent.

L'année 1903 s'annonçait encore meilleure; mais vint bientôt une cruelle épreuve qui sembla devoir tout compromettre. Le 23 mars, le Frère Andronic, directeur de l'établissement, était emporté par la fièvre jaune après quatre jours de maladie, et, trois jours plus tard, succombait également le Frère Louis-Berchmans, jeune Frère d'avenir, arrivé de France depuis quelques mois seulement. Le collège fut licencié, pour quinze jouis, el, sur la bienveillante invitation de Monseigneur l'Archevêque, la communauté se transporta à Mendes, à la fazenda São-José, qui était alors la maison de campagne du séminaire, pour y prendre quelques jours de repos et respirer le bon air.

Pendant ce temps, le local du collège était assaini, et la rentrée put se faire au jour annoncé. Le Fr. Jean-Alexandre à qui incombait la responsabilité du gouvernement de la maison. en ces difficiles conjonctures n'avait que 24 ans; mais Dieu fit voir alors de quelle efficacité sont les grâces d'état dans la vie d'un homme, et combien peu il a besoin, quand il veut, des moyens humains pour le succès de ses œuvres. Le nouveau directeur, bien que si jeune, fit face à tout avec une prudence et une activité qui inspirèrent de la confiance à tout le monde et le collège reprit sa marche ordinaire sans autre accident: fâcheux que l'interruption momentanée signalée plus haut. Le nombre des inscriptions au cours de l'année fut, de 77 pour les cours primaires et de 109 pour les cours secondaires, soit en tout 186.

L'année suivante, 1904, n'eut rien de particulier sinon l'augmentation constante du personnel des Frères, conséquence de l'augmentation progressive du nombre des élèves qui atteignit 210. Il devait monter à 258 en 190.

Mais cette prospérité, comme il n'arrive, hélas que trop souvent, excita la jalousie des méchants, et, sous prétexte d'imputations malveillantes qui, heureusement, tombèrent bientôt devant pute: enquête minutieuse ordonnée par le tribunal, une formidable campagne de presse fut entreprise contre le collège par les mauvais journaux de la capitale d'abord, puis par ceux du pays tout entier; mais Dieu, qui sait tirer le bien du mal, permit, que l'établissement, au lieu d'en être anéanti comme l'espéraient ses ennemis, sortit de cette épreuve non seulement indemne, mais entouré d'une auréole de persécution qui accrut encore sa popularité et lui, attira de nouveaux élèves. A la fin de 1906, il en comptait 351 présents, et, au mois de décembre de l'année suivante ce nombre était monté à 409.

Jusqu'alors le collège et le séminaire, tout en étant séparés depuis 1903, avaient vécu côte h côte clans les mêmes bâtiments. En cette année 1907, Monseigneur transféra le séminaire, qui était peu nombreux, dans l'ancien palais épiscopal et laissa, moyennant location, tout l'établissement avec ses dépendances h la disposition des Frères, qui depuis lors s'y trouvent au large et dans de très bonnes conditions de salubrité.

Depuis 1900, le collège jouit du privilège de l'équiparation, qui lui donne droit de délivrer le diplôme de bachelier à ses propres élèves. Ceux-ci passent les examens devant leurs professeurs sous la présidence d'un inspecteur de l’Etat, appelé fiscal. Les programmes des collèges équiparés (à l'instar de ceux du Gymnase National, auquel ces collèges sont, pour ainsi dire, affiliés) sont établis pour 6 années d'enseignement secondaire précédées de 3 années d'enseignement primaire. Pour avancer d'une année, il faut, chaque fois, subir avec succès un examen sur les diverses matières du programme. Ces examens, qui stimulent à la fois les maîtres et les élèves, sont un bon moyen d'émulation.

Depuis 1905, où le collège São José a eu sa vie intellectuelle complète, avec ses trois années d'enseignement primaire, et ses 6 années d'enseignement secondaire, il a délivré 23 diplômes de bachelier: 5 la première année, 6 la seconde; 3 la troisième et 9 la quatrième (1908). La plupart de ces jeunes bacheliers ont continué et continuent encore, dans les Ecoles Supérieures de l'Etat, leurs études pour la médecine, la pharmacie, l'armée, le droit, etc. …, et en général, ils tiennent un rang distingué parmi leurs camarades. Ce qui est mieux encore, c'est qu'ils se sont conservés très attachés à leurs principes religieux en même temps que très affectionnés à leur ancien collège.

 

2° SANTOS

Bâtie à quelques milles du bard de la mer, sur la rive droite d'un ancien estuaire de fleuve qui est devenu une baie profonde, Santos est pour ainsi dire le port de São Paulo, la seconde ville du Brésil, située un peu plus ii l'intérieur. Elle est de fondation relativement récente, mais son importance a pris de rapides accroissements, et sa population actuelle, qui est -d'environ 50.000 habitants, en fait un des principaux centres populeux de la République. Elle est dominée par le mont Serrato, que surmonte un sanctuaire dédié à Notre-Dame. Plusieurs Ordres ou Congrégations de religieux et de religieuses: Révérends Pères Jésuites de la province de Rome, RR. PP. Franciscains allemands, RR. PP. Carmes hollandais, les Sœurs brésiliennes du Saint-Cœur de Marie; etc. …, y sont établis.

En 1902, sachant que cette ville n'avait pas encore d'école religieuse ni même d'école laïque importante, les FF. Adorator et Andronic vinrent y faire une visite en vue d'y préparer fine fondation; mais divers pourparlers qu'ils eurent à cet effet n'aboutirent pas. Une seconde démarche, faite vers la fin de l'année n'eut pas un meilleur résultat; mais à la fin ale 1903, nul saint prêtre âgé, Mgr Moreira, ancien missionnaire retiré à Santos, écrivit au Frère Visiteur pour reprendre la question- de la fondation. Cette fois on fût plus heureux. Après beaucoup de difficultés, une maison modeste fut louée, rue Braz Cubas: mais le nombre des inscriptions fut si grand, qu'il fallut songer, des avant la rentrée des classes, à trouver un local plus vaste. Une maison de belle apparence et bien située, rua da Constitução, fut prise en location pour la somme de 12.000 francs environ. C'était beaucoup: mais on comptait sur la Providence et l'on ne tarda pas à éprouver qu'on avait eu raison. Malgré le taux élevé auquel on dut fixer les rétributions scolaires pour subvenir à cette charge, le collège, ouvert le 1ier avril 1904 sous le nom de Gymnasio Santista do S. Coração de Jesus, atteignit rapidement le chiffre de 100 stères. A La fin de la première année, il en avait 166 d'inscrits.

Grâce à Dieu, depuis lors, non seulement ce nombre s'est maintenu, mais il a. augmenté d'une manière constante. A la fin de 1905, on comptait plus de 200 inscriptions. La maison étant devenue absolument insuffisante, et son éloignement de l'église se prêtant fort mal aux exigences du service religieux, il avait fallu se transporter ailleurs, ce qui ne s'était pas fait sans beaucoup de difficultés; mais enfin tout s'était arrangé pour le mieux. Moyennant une annuité raisonnable payée pendant 16 ans, M. le Dr Ribeiro, avait consenti à nous céder sa belle et vaste maison, située tout à côté de l'église du Sacré-Cœur, desservie par les RR. PP. Jésuites, et le 13 août on avait pu s'y installer.

Pendant les années suivantes le nombre des élèves s'augmenta encore; à la fin de 1908, le chiffre des inscrits s'élevait à 270.

Depuis deux ans le Gymnasio jouit du privilège de l'équiparat.ion avec faculté de délivrer ses diplômes. Une première promotion de bacheliers aura lieu celte année. Nul autre établissement à Santos ne jouir de cet avantage, ce qui, joint au bon esprit qui y règne et à la solidité de l'enseignement qui s’y donne lui a valu toute la confiance des familles.

Si de là nous passons aux avantages religieux qui ont été la conséquence de l'établissement de ce collège, nous trouverions que, de ce côté aussi, il y a lieu de bénir le Seigneur.

Au Brésil, il y a encore un grand nombre d'enfants qui ne fréquentent aucune école, et ceux qui vont aux écoles officielles n'y reçoivent aucun enseignement religieux. D'autre part, le manque de prêtres et peut-être un peu aussi, malheureusement, le défaut de zèle de quelques-uns, font que l'ignorance des vérités de la foi est profonde chez la plupart des enfants et que beaucoup restent étrangers aux pratiques religieuses.

A leur arrivée à Santos, les Frères rencontrèrent à peine quelques enfants qui eussent fait leur première communion, et beaucoup ne savaient pas même les plus importantes vérités du salut. Dès le début, ils prirent à cœur de remédier à ce mal dans la mesure du possible, en donnant à l'instruction religieuse une grande part de leurs soins; et, si les résultats de leurs efforts ne sont pas encore aussi complets qu'on pourrait le désirer, ils ont abouti, grâce à Dieu, à une amélioration très sensible. Le reste, il y a de grands motifs de l'espérer, se fera peu à peu.

La première année, plus de cinquante de leurs élèves, après une préparation sérieuse, eurent l'avantage de faire leur première communion, et chacune des années suivantes, il y en a eu un nombre à peu près égal. D'une année à l'antre, l'habitude des sacrements se généralise parmi eux, la dévotion au Sacré-Cœur est en grand honneur an Collège, et, le premier vendredi de chaque mois, on voit avec édification un bon nombre des élèves s'approcher de la Sainte Table.

 

3° SAO PAULO

São Paulo, capitale de l'Etat de ce nom, est, après Rio de Janeiro, la plus belle et la plus grande ville du Brésil. Située à 710 mètres d'altitude, elle a une température moins chaude et plus variée que celle de Rio de Janeiro; elle a de plus l'avantage de se trouver au centre d'une région très riche et relativement très peuplée; aussi a-t-elle pris de rapides accroissements. Sa population, qui était seulement de 30.000 habitants en 1879, et de 50.000 en 1889, atteint aujourd'hui près de 300.000: et, dans ces dernières années elle s'est considérablement assainie et embellie, de sorte qu'elle est digne présentement de soutenir la comparaison avec la plupart des grandes cités américaines.

De 1715 à 1908, elle fut le siège d'un évêché qui comprenait tout l'État de São Paulo : l'année dernière, elle est devenue un siège archiépiscopal, qui a pour suffragants les évêchés de Campinas. Taubaté, Ribeirão Preto, São Carlos do Pinhal et Botocatu, tous formés- de l'ancien diocèse de São Paulo.

Elle est aussi un centre intellectuel de première importance. Outre ses établissements fort accrédités d'enseignement supérieur, elle possède neuf collèges équiparés d'enseignement secondaire, parmi lesquels trois sont religieux. De ce nombre sont le Gymnasio de Nossa Senhora do Caruso et le Collegio Diocesano tous deux dirigés par nos Frères.

 

a) Nossa Senhora Do Carmo.

Le Gymnasio de Nossa Senhora do Carmo, fut, après Congonhas do Campo, où nous ne sommes plus aujourd'hui, le premier en date de nos établissements brésiliens. Le traité de fondation fut signé avec le Tiers Ordre du Carmel le 31 décembre 1898, et le 5 avril suivant, cinq Frères partaient de Congonhas sous la direction du F. Andronic pour commencer l'école dont l'ouverture eut lieu solennellement le 9 du même mois.

Pendant les deux premières années, le succès fut remarquable. L'année 1899, commencée avec une cinquantaine d'élèves, se termina avec 140 ; à la fin de 1900, leur nombre passait les 200, et M. le Prieur envoyait aux Frères une lettre de félicitations pour les résultats obtenus. Mais bientôt l'enthousiasme se refroidit, et à cette période de prospérité succéda une période de crise. Graduellement le nombre des élèves baissa de telle manière que vers le milieu de 1903 il était tombé à 96. C'était décourageant pour les Fondateurs et pour les Frères, et il fut un moment question de tout abandonner.

Heureusement, cette dépression, dont les causes n'ont jamais été bien précisées, ne fut que passagère. Sans doute par la protection du Sacré-Cœur, auquel l'établissement fut consacré, le 6 mars 1903, non seulement le mouvement de décroissance du nombre des élèves fut définitivement enrayé, mais il se changea en un mouvement contraire qui depuis lors n'a fait que s'accentuer toujours davantage. Dès la fin de cette année 1903, le nombre des présences était de 156; en 1904, il fut de 210; en 1905, de 210 : en 1906, de 280; en 1907 de 308 et en 1905 de 340, et 392 inscrits.

En 1905, le gymnasio fut équiparé, et en décembre 1907 eut lieu taie première promotion de sept bacheliers ès lettres et ès sciences: celle de l'année dernière a été de' huit et les examens ont été de tout point satisfaisants; de sorte que le Relatorio du Tiers Ordre du Carmel, publié à la même époque, pouvait écrire:

« Le Tiers Ordre ne pouvait rendre à la jeunesse de São Paulo un plus important service que la fondation de son Gymnasio, devenu actuellement un des établissements d'instruction les plus accrédités de cette capitale, et où, en même temps qu'un donne l'enseignement primaire et un cours complet de lettres et de sciences, on distribue aux élèves l'inestimable enseignement de la doctrine chrétienne. Dirigé par les Frères Maristes, qui se consacrent exclusivement au professorat et sont des maîtres d’une notoire compétence, et fréquenté par près de 400 élèves, le Gymnasio do Carmo a pleinement répondu au but de sa fondation et aux espérances du Tiers Ordre »

Le fait est que le bien opéré par ce collège, soit au point de vue purement intellectuel et moral, soit au point de vue religieux, est considérable. Les élèves ont bon esprit; non seulement ils assistent assidument aux offices ordinaires de l'église, mais les moyens et les grands prennent part à la retraite pascale, au mois de saint Joseph, an mois de Marie, au mois du Sacré-Cœur et, le premier vendredi de chaque mois, un grand nombre font la Communion réparatrice. Cette année (1908), une quarantaine des moyens ont fait leur Première Communion avec des dispositions très édifiantes.

Une seule chose manque pour rendre vraiment le Gymnasio de Nossa Senhora do Carmo un établissement de premier ordre: c'est un local plus ample et plus en rapport avec les exigences de l'hygiène moderne; mais nous savons que le V. Tiers Ordre du Carmel s'en préoccupe, et nous ne doutons pas qu'avant peu la Sainte Vierge ne lui ait fourni les moyens de compléter son œuvre par la réalisation de ce désirable progrès.

 

b) Collegio Diocesano

Fondé en 1856 par Mgr Antonio Joaquim de. Mollo, évêque de Sao Paulo, en même temps que le Séminaire (grand et petit) avec lequel il n'a fait qu'un jusqu'en 1903, ce collège passa d'abord sous la direction des RR. PP. Capucins de Chambéry, qui le gardèrent 15 ans ; puis, à partir de 1874, sous celle des prêtres diocésains qui s'y étaient formés, et, sous l'une et l'autre, il porta des fruits excellents. Un bon nombre des évêques actuels du Brésil y ont fait, en tout ou en partie, leurs études.

En 1905, Mgr D. José de Camargo Barros sépara les deux œuvres. Séminaire et collège, quoique vivant toujours à côté l'un de l'autre eurent chacun leur organisation et leur administration propres, leur direction demeurant toujours confiée à des prêtres du Diocèse. Bientôt après, le séminaire lui-même fut dédoublé ; le ‘’petit’’ fut transféré à Pirapora, sous la direction des Prémontrés de Belgique, et le ‘’grand séminaire’’ demeura dans l'ancien édifice avec le collège, où il se trouve encore.

Plusieurs fois, depuis cette époque, des demandes nous avaient été faites par l'autorité diocésaine de fournir quelques professeurs pour le dit collège ou même d'en prendre la direction entière; mais nous étions à court de monde et nous n'avions pas cru pouvoir accepter. Cependant, en 1907, Mgr D. Duarte Leopoldo de Silva, récemment promu de l'évêché de Curytiba à l'archevêché de São Paulo, nous fit de nouvelles et plus pressantes instances, et, Comme la suppression du pensionnat de Franca nous donnait en ce moment quelques sujets disponibles, il fut possible aux supérieurs de répondre cette fois à son appel.

Il fut donc convenu que les Frères prendraient la direction glu Collège Diocésain pour la rentrée de février 1908.

Ce n’est pas sans quelque appréhension qu’on attendait le résultat de cette rentrée, à la suite d'un changement si complet de direction. Monseigneur lui-même, qui s'intéressait beaucoup à l'œuvre, n'était qu'à demi rassuré. Mais heureusement les défections qu'on craignait n'eurent pas lieu. La plupart des anciens élèves revinrent, et avec eux des nouveaux, de sorte que le nombre des inscriptions monta à 196.

Deux fois, pendant l'année, Mgr l'Archevêque est venu visiter le collège, et chaque fois il a témoigné sa satisfaction, particulièrement dans sa visite du 30 août 1908, jour de la Première Communion, où il a voulu présider tous les exercices de la journée.

Les classes se sont terminées le 29 novembre; les examens de fin d'année ont été satisfaisants; 12 jeunes gens ont reçu le diplôme de bachelier ès sciences et ès lettres, et les élèves sont partis, semble-t-il, sous une impression excellente. Là aussi, nous avons espoir que les frères pourront faire beaucoup de bien, si la bénédiction de Dieu continue à seconder leurs efforts.

 

c) Cambucy.

Cambucy, où se trouve notre Externato de Nossa Senhora da Gloria, est un quartier de São Paulo, peuplé à peu près exclusivement d'Italiens. Il est situé au sud-est de la ville, non loin des marais formés par le Tamanduateby, affluent du Tiété. Dans le plan des travaux d'assainissement et d'embellissement de la ville, ces marais doivent disparaître pour faire place à de beaux jardins publics, et alors Cambucy deviendra un des meilleurs quartiers de São Paulo. Déjà plusieurs tramways électriques le mettent en rapport avec le centre de la cité.

L'Externato de Nossa Senhora da Gloria est sur la rue Lavapés, n° 267, en face de la très belle église, de construction toute récente et dédiée à. N.-D. de Lourdes.

C'est une coquette habitation, d'aspect très agréable, jouissant à la fois des avantages de la ville et de ceux de la campagne. Elle nous fut donnée en 1901 par M. le Docteur Ismaël, banquier riche et bienfaisant de São Paulo, dans la seule vue de participer au mérite de la bonne couvre que nous voulions v établir.

Les salles de classe offrent toutes les conditions désirables; la cour, vaste et bien ombragée, est agrémentée d'une belle grotte artificielle de N.-D. de Lourdes; le tout enfin est accompagné d'un spacieux jardin planté d'arbres, fruitiers. Difficilement on pourrait trouver mieux pour une maison d'éducation.

L'école s'ouvrit en février 1902 avec une quarantaine d'élèves. A partir de l'année suivante, leur nombre a oscillé entre 80 et 100, sauf en 1907 où il monta à 110. C'est avant tout une école populaire, c'est-à-dire à rétributions scolaires assez réduites pour demeurer à la portée des plus modestes bourses. La plupart des enfants que nous y avons sont des fils d'ouvriers, dont les parents partent de bon matin et ne reviennent que fort tard; aussi nous arrivent-ils généralement sans aucune formation ; mais ils donnent beaucoup de satisfaction par leur docilité et leur application à l'étude. Les vérités de la religion font beaucoup d'impression sur leur esprit; malheureusement ces bons effets sont paralysés, d'ordinaire, par l'indifférence religieuse, et trop souvent par les mauvais exemples des parents.

Dans un but d'apostolat, chaque soir après la classe, les Frères reçoivent les petits enfants trop pauvres pour payer une rétribution scolaire et les jeunes gens retenus par les travaux du jour; et; pendant une heure, à force de répétitions, ils tachent de faire entrer dans ces pauvres intelligences incultes les vérités essentielles de la religion. Chaque dimanche, ils remplissent publiquement à l'église la même fonction de catéchistes auprès de ces jeunes gens, qu'ils conduisent aux offices et auxquels ils enseignent théoriquement et pratiquement les principaux devoirs du chrétien. De cette manière, ils les préparent à la première communion. La première année, 80 enfants ou jeunes gens purent ainsi être admis à ce grand acte de la vie chrétienne et, depuis lors, chaque année, une cinquantaine d'autres ont eu le même avantage. Ces actes de dévouement attireront, nous en avons la confiance, les bénédictions de Dieu, non seulement sur la maison, mais encore sur la province.

 

4° Uberaba

Située dans l'Etat de Minas, à 1.000 kilomètres environ de São Paulo avec laquelle elle est en communication par la ligne de pénétration dans l'intérieur, que la compagnie ‘’Mogyana’’ se propose de continuer jusqu'à Goyaz, Uberaba, la ‘’Princesse du Sertao’’, est une agréable petite ville dont la population est de 15 à 20 mille âmes. Sa situation en fait à la fois l'entrepôt des marchandises qui viennent de Rio, de Santos, etc., à destination de l'intérieur, et de tout ce qui vient de l'intérieur à destination des villes du littoral : aussi son commerce est-il considérable. 11 consiste principalement en bétail, qui y arrive par bandes comprenant souvent plus d'un millier de têtes.

Au point de vue religieux, elle est le siège d'un évêché2, et possède plusieurs communautés religieuses, notamment un couvent de Dominicains cl un autre de saurs Dominicaines. Depuis 1903, nos Frères y dirigent une importante maison d'éducation connue sous le nom de Collège Diocésain du Sacré-Cœur de Jésus.

Fin 1893, Mgr D. Duarte Silva, évêque de Goyaz, en résidence à Uberába, était venu à St-Genis pour demander des Frères; mais il n'avait obtenu qu'une promesse dilatoire. Six ans plus tard, le C. F. Norbert, lors de son voyage au Brésil, lui écrivit pour lui demander où en était son projet de fondation, mais la lettre ne lui parvint pas. Ce fut seulement en 1902, que, ayant appris que les Frères Maristes étaient au Brésil, déjà installés à Sao Paulo et même à Franca, il envoya immédiatement son Vicaire Général à São Paulo pour demander l'accomplissement de la promesse qui lui avait été faite, et déterminer les clauses du contrat de fondation afin de hâter la venue des Frères. Il se chargeait des frais de voyage, offrait gratuitement le service d'aumônerie et mettait à notre disposition les bâtiments du Collège Diocésain avec leurs dépendances, dont il nous céda la jouissance; à charge pour nous de payer une légère redevance annuelle dont elle était temporairement grevée.

Le Collège s'ouvrit, sous la direction des Frères, le 3 février 1903. Un mois après, il avait 35 pensionnaires ou demi-pensionnaires et 60 externes. A la fin de l'année, il comptait 150 élèves. Depuis lors, il a été en progressant chaque année. A la fin de 1908, il avait 280 élèves présents: 120 pensionnaires et 160 externes. Les élèves internes viennent parfois de très loin dans l'intérieur; ils donnent, en général, moins de difficultés pour la discipline que les jeunes gens des villes, mais ils sont fort ignorants, tant au point de vue profane qu'au point de vue religieux. Comment seraient-ils instruits? Dans le Sertao (campagne) il n'y a pas d'école, et chaque curé à une paroisse plus grande que deux ou trois départements français. Heureusement, il s'y rencontre assez souvent de bonnes familles patriarcales, où les parents ont à cœur de faire prier dans la maison et d'enseigner ce qu'ils savent de religion à leurs enfants. Néanmoins, là plus encore que dans beaucoup d'autres endroits, nos Frères out à se souvenir que leur première mission d'instituteurs religieux est d'apprendre le catéchisme et de préparer les enfants à la première communion: ce qu'ils font d'ailleurs avec beaucoup de dévouement et de zèle.

C'est principalement clans ce but que, à côté du collège, dont les cours sont payants, ils viennent d'ouvrir une école gratuite, où sont reçus de nombreux enfants trop pauvres pour payer la rétribution scolaire et qui, sans cela, resteraient privés de toute instruction religieuse et profané. Elle en a plus de 100, et en aurait bientôt un nombre beaucoup plus grand si l'espace le permettait.

Depuis trois ans, le Collège jouit du privilège de l'équiparation. En 1907, quatre jeunes gens ont reçu le grade de bachelier et sont allés ensuite continuer à la Faculté leurs études de médecine à Rio. Il y ont donné le bon exemple, allant à la messe tous les dimanches, assistant assidûment aux Conférences du Congrès catholique. La dernière année, 1908, s'est terminée par une promotion de huit bacheliers, qui marcheront, espérons-nous, sur les traces des premiers.

Un autre beau résultat à signaler pour Uberaba, c'est qu'il a déjà envoyé au noviciat de Mendes huit de ses meilleurs élèves, dont trois sont déjà profès temporaires et les autres postulants ou juvénistes.

 

5° Franca

Franca, dont le municipe renferme une population d'environ 1.000 âmes, est située à 53() kilomètres au nord de Sao Paulo. Placée à une altitude de 1000 mètres, elle jouit d'un climat très salubre, quoique un peu chaud. Elle fait partie, au point de vue ecclésiastique, du diocèse récemment créé de Ribeirão Preto, et possède une belle école de filles tenue par les Sœurs de Saint-Joseph de Chambéry.

En 1902, des difficultés étant survenues avec l'administration dit collège de Congonhas do Campo, le Frère Adorator, alors visiteur du district, craignit un moment d'être obligé de retirer les huit Frères qui s'y trouvaient, et il dut se préoccuper de leur trouver, le cas échéant, un autre champ d'apostolat. Ayant entendit dire que le Vigario de Franca désirait avoir dans sa paroisse des religieux pour l'éducation des garons, connue il avait des religieuses pour l'éducation des filles. écrivit à M. l'aumônier des Sœurs pour lui demander ce qu'il en était… « C'est la Providence qui vous envoie — lui répondit aussitôt le vénérable prêtre — M. le Curé, justement, désire beaucoup avoir des religieux, et il ne sait à qui s'adresser. Venez : il vous attend le plus tôt possible.

Le Frère Visiteur vint, en effet; on s'entendit, et peu de temps après, le bon Curé, Mgr Candido Rosa, mettait cieux maisons à la disposition des Frères: une pour 10 ans, dans la ville même, à l'effet d'y ouvrir un externat payant, et l'autre, tout proche de la station, mais à une demi-heure en dehors de la ville et par conséquent de l'église. Cette dernière était pour un pensionnat. Admirablement placée au point de vue du bon air, elle pouvait contenir 25 à 30 pensionnaires et avait de grandes cours avec un vaste jardin de 4 hectares.

Le pensionnat y fut ouvert au mois de juin 1902 et il s'y es; maintenu pendant cinq ans avec une moyenne de 25 élèves, c'est-à-dire à peu près tout ce qu'il pouvait contenir: mais ce nombre étant trop restreint pour occuper un aumônier et l'éloignement de l'église ne permettant qu'à grand peine aux Frères d'aller à la messe, on s'est résolu à le supprimer à la fin de 1907.

Quant à l'externat, il a toujours continué depuis 1902, avec une moyenne d'environ 70 élèves: et selon toutes les apparences, il s'y est fait un bien réel. Le local, un peu exigu, devant revenir en 1912 aux héritiers du donateur, on s'occupe d'en trouver un qui réponde mieux aux nécessités présentes. Les Frères vivent des rétributions mensuelles de leurs élèves.

M. le Curé actuel, successeur immédiat de Mgr Rosa, est un prêtre zélé, qui s'occupe beaucoup de l'instruction religieuse de ses paroissiens. Il médite de fonder une école gratuite où pourront être accueillis les enfants pauvres, et, pour la diriger, il se propose de faire appel à nos Frères.

Jusqu'à présent, l'école de Franca a envoyé huit de ses élèves au Juvénat de Mendes.

 

6° MENDES

Mendes est une petite localité de trois à quatre mille lunes, située sur le versant septentrional de la Serra do Mar, à 412 mètres d'altitude et à 90 kilomètres environ de Rio de Janeiro, sur lit voie ferrée qui unit cette grande capitale au centre important de Sao Paulo. Au civil, elle fait partie de l'État de Rio de Janeiro, un des vingt dont se compose le Brésil, et au point de vue ecclésiastique, elle dépend du diocèse de Nieterohy. Elle jouit d'un climat très salubre, ce qui la fait rechercher comme lieu de villégiature par les habitants de Rio. Depuis une sixaine d'années, l'hôtel .de Santa Rita; spécialement destiné à les recevoir, ne désemplit pas.

L'ancienne Fazenda Sao José das Paineiras, où se trouvent aujourd'hui installés la maison de formation et les divers services administratifs de notre province du Brésil Central, n'est qu'à deux kilomètres et demi de cet hôtel, relié lui-même à la station du chemin de fer par un service de tramways.

C'est une vaste propriété de quatre à cinq cents hectares, dont le sol très accidenté est formé de mamelons arrondis, séparés entre eux par des vallées étroites et tortueuses. Il n'y a d'autre partie vraiment plane que l'espace restreint où sont établis les bâtiments et les cours environnantes, encore cette horizontalité n'a-t-elle été obtenue qu'artificiellement. Il y a seulement 40 ou 50 ans, avant l'abolition de l'esclavage, c'était une des principales fazendas ou grandes exploitations agricoles de la région; près de 300 nègres y étaient occupés. Mais d'une part l'appauvrissement progressif du sol, amené par la nature très épuisante du caféier, qui était la seule culture, et d'autre part l'affranchissement des esclaves, en 1888, précipitèrent sa décadence. Vendue par son ancien propriétaire, elle devint, pendant quelques années, propriété des Sœurs de saint Vincent de Paul de Rio, qui en avaient fait leur maison de villégiature pendant l'été; puis elle passa au séminaire Silo José de Rio. dont elle fut aussi la maison de campagne, et enfin elle vire comme providentiellement en notre possession en 1903.

Coup sur coup, le C. F. Andronic, directeur du collège São José à Rio, et le F. Louis-Berchmans, récemment arrivé clans la Même ville, venaient d'être emportés par la fièvre jaune. I1 fallait immédiatement faire changer d'air à la communauté sous peine de s'exposer à avoir d'autres victimes. Mgr l'Archevêque de Rio proposa de l'envoyer à Mendes, dans la Fazenda Sao José, qui était, comme nous avons dit, la maison de campagne du séminaire. On s'y réunit, on s'y réconforta, en respirant le lion air et l'on constata que sans nécessiter aucune dépense, elle pourrait devenir une excellente maison de formation, De là à l'idée de l'acquérir il n'y avait qu'un pas, d'autant plus qu'elle était en vente et que la nécessité s'imposait d'avoir un lieu de refuge pour les nombreux persécutés de France que la tempête allait jeter sur le sol brésilien. Des négociations furent entreprises et, menées vivement, elles aboutirent au résultat désiré au mois de mai 1903.

Dans un rapport intéressant et détaillé, que le défaut d'espace ne nous permet pas de reproduire, niais dont on trouvera un écho dans la circulaire du 12 décembre 1903, le C. F. Adorator, alors vice-provincial, a fait avec humour le récit de l'installation des Frères, des scènes pittoresques auxquelles elle donna lieu, dans ce séjour inculte, où pour toutes provisions ils ne trouvèrent que quelques oranges et quelques bananes, et où il fallait disputer un asile à la végétation exubérante et envahissante des bambous et autres plantes tropicales, ainsi qu'aux serpents, reptiles et bichos de toute sorte et de toute grosseur qui, depuis des années se trouvaient être les maîtres de la fazenda.

Mais peu à peu, depuis lors, à force d'industrie et de persévérance, tout s'est heureusement transformé. Les Frères qui, pendant les premières années y furent employés, se montrèrent admirables d'entrain, de franche gaîté, de courage, d'ardeur et de bon esprit; leurs successeurs les ont imités, et, grâce à leurs efforts, Sao José est devenu un séjour plein d'agrément, de bien-être, de tranquillité et d'indépendance. Aussi, comme ils y reviennent volontiers pour passer leurs vacances et faire leur retraite! Le pain gagné est le meilleur.

Les bâtiments rafraîchis, améliorés, agrandis sont aujourd'hui en bon état et, en temps de retraite, 100 Frères peuvent aisément y trouver place. Seule la chapelle est notoirement insuffisante et devra, le plus tôt possible, être remplacée par une autre plus ample et moins indigne de son auguste destination. Les dépendances: cours, jardin, ferme, ne laissent rien à désirer. L'outillage pour la préparation du café, du maïs, du riz, ainsi que pour le travail du bois et du fer permet â la maison de se suffire presque entièrement à elle-même, sans avoir recours et des ouvriers étrangers. Un petit cimetière privé, établi sur la colline de Santa Cruz„ conserve les restes mortels de nos Frères rappelés à Dieu. Sept d'entre eux y dorment déjà- leur dernier sommeil, sous la garde de leurs Frères en religion, qui se font un bonheur d'aller souvent prier sur leur tombe.

C'est dans l'enceinte de cc séjour paisible, au milieu du grand air et du calme de la campagne, que se trouve établie, à côté des divers services de l'administration centrale de la province, la maison de formation (Juvénat, Noviciat et Scolasticat), qui, moyennant la grâce de Dieu, doit assurer son avenir.

Dès leur arrivée au Brésil, les Frères sentirent le besoin de recruter dans le pays même des ouvriers capables de leur aider à mener à bien l'œuvre de Dieu qu'ils étaient venus entreprendre: mais, pendant plusieurs années, des difficultés de plus d'une sorte empêchèrent leurs tentatives de réussir. Ce n'est guère que depuis leur installation à Mendes que la chose est devenue pratiquement possible. La première année, cieux ou trois jeunes Brésiliens voulurent essayer de notre genre de vie, et, les années suivantes, quelques autres vinrent se joindre à eux. Ils étaient peu nombreux sans doute; mais ne faut-il pas un commencement à tout? Grâce à Dieu, à la sainte Vierge et de saint Joseph, établi patron et pourvoyeur de l'œuvre naissante, grâce aussi au zèle industrieux de nos Frères pour nous envoyer quelques-uns de leurs bons élèves, choisis, suivis et formés avec soin, le recrutement est aujourd'hui en train de prendre une très bonne tournure. Jusqu'à présent. 40 jeunes sujets se sont présentés au Juvénat-Noviciat: huit ont été rendus à leurs familles, et sept ont pris le saint habit. L'effectif actuel de Mendes, comme maison de formation, est de 4 scolastiques, 12 postulants et 19 juvénistes. Plus des deux tiers sont de nationalité brésilienne et tous donnent grande satisfaction3.

A notre arrivée à Mendes, une quinzaine de familles de nègres, anciens esclaves libérés, vivaient disséminée dans les diverses parties de la Fazenda à titre de colons. Elles y sont demeurées. Chaque chef de famille a pour lui et les siens une maisonnette avec un terrain plus ou moins étendu qu'il cultive, à sa volonté et qui peut lui donner le riz, le maïs, les haricots, les bananes, etc., dont il a besoin. A titre de redevance, pour la location de sa maison et de son terrain, il est tenu de donner une somme de 10 milreis4 par mois, et dont il peut s'acquitter par cinq journées de travail. Les journées qu'il fait en plus pour notre compte lui sont payées. Il est libre d'ailleurs de louer son travail en dehors de la Fazenda.

Au point de vue intellectuel et religieux, ces pauvres nègres avaient vécu dans un grand état de délaissement et n'avaient guère de chrétien que le baptême. Le C. F. Amandus a entrepris auprès d'eux une œuvre d'apostolat qui produit des fruits très consolants. Chaque jour, de 1 heure du soir à 3 heures environ les enfants ou jeunes gens de 8 à 10 ans viennent, sous sa direction, apprendre et réciter les prières et le catéchisme. Les dimanches et fêtes, après la messe, qu'ils viennent entendre à la chapelle de la maison, leurs pères, mères, frères et sœurs, quelquefois leurs aïeuls et aïeules assistent à la répétition de la semaine, et ne dédaignent pas de prendre leur part des récompenses qui sont distribuées aux plus méritants. Cela fait ainsi, chaque dimanche, une centaine de personnes qui assistent au catéchisme; on tâche de les tirer peu à peu de l'ignorance profonde où elles ont vécu jusqu'à présent des vérités de la religion, et de les initier aux pratiques de la piété chrétienne. Le 29 novembre dernier, jour de la fête de saint André apôtre, sur une dizaine de jeunes nègres qui avaient suivi assidûment le catéchisme de chaque jour, huit ont pu être admis à la première communion, ainsi qu'un nombre à peu près égal de leurs sœurs ou parents. Au moment où .ce rapport nous a été envoyé, les adultes se préparaient au devoir pascal, et ils y mettaient, pour la plupart une bonne volonté qui leur aura mérité, nous l'espérons, la grâce de le bien remplir. C'est une belle œuvre sur laquelle nous comptons beaucoup pour attirer sur la maison les bénédictions du bon Dieu.

 

 

Etat résumé de la province Au 1ier avril 1909.

 

Etablissements

 

Etats

 

 

 

 

 

 

 

 

 

date de la fondation

nombre de frères

Nombre d'Elèves

 

Mendes

 

Rio de Janeiro

Franca

S. Paulo. Cambucy

id. Carmo

Id. Collège

Santos

Uberaba. – Collège

id Ecole gratuite

Rio de Janeiro

 

‘’

São Paolo

‘’

‘’

‘’

‘’

Minas Geraes

‘’

1903

 

1901

1902

1901

1899

1908

1901

1902

1909

Totaux

20

 

20

3

4

15

12

11

12

2

99

26 post. juvén.

10 petits nègres

380 int. & ext.

85 ext.

130 ‘’

332 ‘’

160 int.

235 ext.

283 int. & ext.

110 ext.

1.725

 

 

.

 

Comme on le voit, les motifs ne nous manquent pas de remercier la divine Providence pour les bénédictions qu'elle a daigné répandre sur cette intéressante partie de l'Institut, et de trouver bien juste cette réflexion dans la quelle le C. F. Assistant résume son rapport: " Pour moi, quand je considère d'une part l'importance des résultats obtenus depuis dix ans. et d'autre part les difficultés que nous avions à vaincre et la faiblesse des moyens humains dont nous disposions pour les surmonter, je ne puis m'empêcher de dire : vraiment le doigt de Dieu est là.

______________________________

1 Les 16 Etats de la côte sont, en allant du sud au nord: Rio Grande do Sul, Santa Catharina, Paraná, Sao Paulo, Rio de Janeiro, Espiritu Santo, Bahia, Sergipe, Alagoas, Pernambuco, Parahiba, Rio Grande do Norte, Ceara, Piauhy, Maranhão et Para. — Ceux de l'intérieur sont : Minas Geraes, Goyaz, Matto Grosso et Amazonas.

2 C'est seulement l'année dernière qu'Uberaba est devenu le siège d'un diocèse particulier. Auparavant, elle appartenait au diocèse de Goyaz. Lieu qu'elle tilt la résidence de l'évêque.

3 Voir la dernière page de la couverture.

4 Le milreis vaut, à peu près, 1 franc 50.

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