La Rassegna de Turin (chant dÉglise) – où va le chant dEglise?

05/Nov/2010

Un Bulletin international doit faire tout son possible pour ne pas tomber dans le particularisme, le nationalisme, même le continentalisme. Si donc, nous donnons ici un petit compte-rendu de la « rassegna » (= revue) qui s'est tenue à Turin, du 1ier au 6 septembre 1969, c'est parce que, justement, elle a su être aussi universelle que possible. Evidemment, compte tenu du lieu du rassemblement, la prédominance des participants était italienne: 85 sur 183; le président était un jésuite français: le P. Gelineau, à l'origine du mouvement « Universa Laus »; pour la même raison peut-être, la participation jésuite était massive; mais enfin les congressistes appartenaient à 20 nations, y compris USA, Canada, Afrique du Sud, et les chants étudiés s'étendaient au Brésil, à Formose, au Burundi, à l'Australie.

La Méthode

De quoi s'agissait-il? d'étudier une 60ène de productions des trois dernières années dans le domaine du chant liturgique1. Pour chaque pièce, chaque congressiste disposait du texte original et de la traduction dans sa langue. Projection de la partition, audition de l'enregistrement puis discussion par une table ronde de 6 ou 7 congressistes choisis parmi les plus compétents.

Interventions du reste de la salle selon le désir de chacun et en fonction d'un temps limité à Ihl5, 4 fois par jour. La « rassegna » donnait donc la possibilité de 14 séances de conférences ou discussions ouvertes. Elle devait se terminer par une très belle — quoique très simple — célébration eucharistique.

Le choix des pièces Il était fait:

en fonction de ce qu'avaient envoyé les compositeurs;

en fonction aussi sans doute du goût du comité chargé du choix;

pour essayer de donner une idée des tendances les plus représentatives.

Quel est en effet le but du chant d'Eglise: soutenir un « esprit faible », faire couler des larmes, comme St Augustin le raconte de lui-même dans ses Confessions, retrouver les formes pré-musicales exprimées par le simple Amen, ou atteindre au « cantique nouveau » de l'Apocalypse. Il y avait peut-être un peu de toutes ces tendances dans les 60 pièces examinées.

Compositeur et peuple chrétien

Certains, même parmi les compositeurs ont trouvé élevé et difficile lé niveau des pièces présentées. Faut-il vouloir limiter la culture du peuple chrétien à quelques mélodies toujours les mêmes? Mieux vaudrait sans doute distinguer entre les peuples qui ont traditionnellement une forte culture musicale et où les horaires scolaires consacrés à la musique sont importants (jusqu'à 6 heures par semaine), et ceux où la musique reste une langue étrangère réservée à quelques initiés et à quelques chorales spécialisées.

Un seul représentant du « groupe d'Amsterdam » a eu droit à 5 morceaux, mais au titre d'une recherche liturgique participée par le peuple chrétien, la Hollande a des réalisations assez remarquables.

Evidemment la mentalité religieuse nordique s'exprime tout autrement que la mentalité religieuse latine et surtout latino-américaine. Cependant si les « Nordiques » n'envisagent pas d'accepter la « Missa da fraternidade » de J. Alves (1969) qui a linéique chose du Carnaval de Rio, ils reconnaissent qu'il y a là une vraie spontanéité, une communion immédiate entre la Foule et Dieu. Le « Resucitó » d'Argùello a paru lui aussi trop facile; mais quand on a su que ce cantique avait été composé ii un homme qui vit avec le peuple pauvre de Madrid et veut aider des gens sans culture à exprimer leur foi par moyens qu'ils ont à leur disposition, on a compris toute l’importance de cette musique.

Tous les pays ne se soucient pas de composer des litanies de la Ste Vierge. Mais lorsque Giombini le fait pour l'Italie, il essaye aussi de lui garder un cachet très populaire.

Beaucoup de compositions étaient allemandes ou suisses, en général très priantes et assez simples pour la partie réservée à la foule, même si la partie réservée à la chorale était beaucoup plus ardue. Par exemple, le psaume de Callhof est une méditation parfaite, mais qui demande une assemblée très préparée.

Les cas où l'on peut parler de « rythme » — pour employer un mot devenu générique — ne manquent pas. « Praise the Lord» de Marylou Williams (Ney-York) joint la diction, les battements de mains, l'intervention du soliste, la litanie un peu criée, pour créer un vrai psaume d'avant-garde.

La France aussi avait envoyé des créations assez originales, comme « l'Evangile de la Résurrection », de Guy de Fatto, ou « Ecoute le Seigneur » de Michel Prophette qui essaient de trouver le rythme parlé.

La Catalogne, que ses compositeurs soient Catalans comme Taulé Vinas, ou Tchèques comme Eben, avait aussi de belles réalisations de facture plus classique. L'Australien Malcolm Williamson donnait un bon exemple de cantique introduisant peu à peu la foule dans la procession des Rameaux (Procession of Palms).

L'Angleterre présentait aussi d'intéressantes trouvailles, par exemple, une messe pour enfants de 11 ans, où tous les enfants sont actifs, ceux qui ne chantent pas participant en jouant d'un instrument.

Le Burundi avait envoyé une belle réalisation d'Exultet et de Canon en langue kirundi, les mélodies étant empruntées aux chants qui traditionnellement célébraient les grands hommes ou les rois.

Genres divers de cantiques

Chaque journée étudiait un aspect particulier du cantique:

Chants d'entrée, Annonce de la parole, Psaumes, Hymnes, Tropaires, Litanies, Prière eucharistique, Rythme.

Il ne s'agit pas là d'un nouveau ritualisme destiné à créer des cloisons étanches entre les genres pour trouver un équivalent aux rubriques. Non, la recherche d'aujourd'hui a bien conscience d'être dans la vie, ce qui veut donc dire souplesse et non rigidité. La musique et le chant ne sont plus un ornement ou un cadre, ils sont insérés dans l'œuvre liturgique elle-même. Mais justement il faut éviter à tout prix que la musique soit en dissonance avec la fonction. Chaque morceau doit trouver le style le plus exact possible, non pas pour faire pression sur la liberté de l'homme, mais pour que l'homme se trouve dans les meilleures conditions de comprendre le Christ et sa volonté de salut universel, car ce que célèbre la liturgie, c'est Jésus, parole fondamentale, qui répond aux problèmes du monde.

Il ne s'agit pas non plus de réinventer tout le culte; d'où nécessité pour le compositeur de connaître la tradition de l'Eglise qui n'enferme pas l'initiative, mais limite un peu l'imagination.

Il y a donc lieu de chercher quels sont le texte et la musique qui sont les mieux adaptés à chaque partie du culte divin.

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quelques orientations

a) Chant d'entrée.

I. O. G. Blaar: Denn er hat Wunder getan. Entrée pour la Messe de Minuit.

L'auteur veut faire choc ; il veut que les gens se sentent mis en question et non tranquillement assis. Cela peut être bon une fois en passant.

2. C. Misch-Weih nachts. Introitus. Texte beaucoup plus classique, pas assez d'unité. Unit soliste, chœur et foule. Très recueilli et priant, conviendrait mieux encore à un autre moment de la messe.

3. E. Krenek. Introït, 8 Septembre: Déu vos guard, oh Mare santa. Musique difficile par l'abbaye de Montserrat. Mais refrain facile.

4. J. Alves, Introït de Carême.

Todos saberâo… se nos amarmos…

Voir allusion plus haut. Merveilleuse introduction à une messe en plein air sur le thème de la fraternité dans le Christ.

5. M. Williamson: Procession of Palms.

Voir allusion plus haut (Chant d'ouverture plutôt qu'Introït).

6. Huijbers: Chant d'ouverture de la nuit pascale.

Au commencement le monde n'existait pas…

Au commencement il n'y avait pas de route, de feu ou foyer, de nuage. Au commencement on ne parlait pas… Au commencement était la Parole… Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Alleluia!

Paroles très évocatrices, soutenues par une très belle musique, qui font bien entrer dans le mystère de la nuit pascale (en néerlandais).
 

Annonce de la parole
7. Huijbers. Evangile de la nuit de Noël.

7b. Puig. Messe de l'Arbresie (méditation après la lecture d'Isaïe): Est encore d'avant-garde bien qu'étant de 1965-66.

8 Beatitudini: TB. (Répertoire d'un des centres les plus renommés de ome pour les messes des jeunes: Martiri Canadesi).

9 Puerto-Rico: Evangile de la Passion: style mozarabe.

10 G, de Fatto. Evangile de la Résurrection: style jazz. Très prenant. En principe, composé « pour ceux qui sont loin de l'Eglise ».
11. Draesel: They cast their nets in Galilée (De la messe de San Fran-CÌSCO; rythme Calypso. Sorte de récit de l'appel des Apôtres).

12. Woll (Allemagne). Evangile de la messe de minuit.

Un étudiant a dit après avoir écouté cet évangile: « Maintenant j'ai compris que le Christ est né».

13. Huijbers (Chant de protestation).

L'homme s'adresse à Dieu un peu comme Job ou comme un révolté d'aujourd'hui qui est désemparé, mais qui garde la foi.

14. Senator: He has come back. Pour célébration de la Mort et de l'Espérance.

Psaumes.

Le seul endroit de la messe où s'impose le psaume est le chant de méditation après la Lecture. Le refrain chanté ou répété par la foule peut d'ailleurs être pris à l'extérieur du psaume (par exemple, référence néotestamentaire).

15. Miguel Manzano: ps. 122: A ti levanto mis ojos. TB.

16. Huijbers: ps. 114: Quand Israël sortit d'Egypte. Très conforme à la structure du psaume hébraïque.

17. B. Zahner: Lobgesang des Simeon.

18. Ps. 24: Confido in te, che io non debba arrossire. Tentative pour faire alterner diverses voix en modifiant aussi l'expression. Serait intéressant comme suggestion de récitation de l'office dans une communauté-pilote.

19. J. F. Michel: ps. 85: Tends l'oreille. Très bon usage d'une syncope correspondant au langage parlé.

20. (De Taïwan). Cantique des trois Enfants. Difficile à apprécier, car on n'avait que le ruban magnétique.

21. Callhof: ps. 39 (voir allusion plus haut).

22. Blarr: ps. 117.

23. M. Phophette: ps. 85 (voir allusion plus haut).

24. Eben: ps. 112 (voir allusion plus haut).

25. Quinlan: ps. 148: Praise the Lord. C'est une forme de folk-song, très rythmé, qui recrée vraiment l'atmosphère des psaumes alleluiatiques.

26. Schieri: ps. 21.

27. Eben: Magnificat en catalan.

28. Zimmermann: ps. 46.

 Hymnes.

29. Veelenturf: Pour le Vendredi-Saint.

En pleine mort nous sommes en vie parce que quelqu'un a rompu le pain… Nous avons la mort dans le sang, la mort devant les yeux… Nous nous redressons pour vivre en mangeant le pain…

30. Trexler: Chant de communion.

« Prenez et mangez, ceci est mon corps »: il faut éviter de doubler l'appel qui a été fait à la consécration. Mais la partie chantée ensuite par tous est une très belle hymne après la communion.

31. Kiko Argiiello: Resucitô. (Voir plus haut).

32. Kiko Argiiello: Amen, Amen, Amen. L'harmonisation de cette hymne de louange est faite par les gens eux-mêmes; c'est une sorte de pré-musique, très spontanée et très belle.

33. R. Connoly (Sydney). / am the Résurrection. Certains le trouvent trop calme et trop simple. Mais que l'on pense au calme de l'introït grégorien de Pâques! Très valable.

34. J. Weber. (Brésil). Prova de amor maior nâo ha. Air de folklore, sentimental et mélancolique qui plaît sans aucune peine. Semble par ticulièrement fait pour un pays où le folklore est encore vivant

35. Kearny: Arise, be enlightened, o Jérusalem.

36. M. Frenc: « Messe à Rustrel »: Gloria. Intéressant comme recherchs pour renouveler la récitation du Gloria.

Tropaires.

H s'agit de chants qui sont destinés à solliciter l'assemblée. Normalement ils doivent avoir trois éléments:

A. une grande antienne, plutôt prose bien rythmée que poème:

– qui introduise au mystère de la liturgie du jour

– ou qui actualise ce mystère

– ou qui interpelle l'assemblée pour lui demander de participer.

B. un répons bien articulé et qui permet à l'assemblée de s'exprimer:

– confession

– louange

– ou supplication.

C. Des versets de psaumes, autant qu'il en faut pour permettre l'entrée du célébrant et l'entrée de l'assemblée dans le sens du mystère. Normalement le dernier verset est une doxologie avant la reprise de l'antienne du début.

Lorsque manque la schola, l'antienne peut être lue au lieu d'être chantée. Il est important que ies versets appellent bien naturellement la réponse de l'assemblée.

37. Berthier: Mercredi des Cendres. (Entrée). Jugé intéressant par un des juges les plus sévères.

38. Giombini: Dall'alto dei cieli. (Entrée de Noël). Comme le précédent, intéressant du point de vue musical, par la reprise à la quarte inférieure.

39 W. Bernaola: Procesional de Entrada. Très bon pour de très grandes assemblées. Très solennel.

40. M. Godard: Sur les chemins de Galilée (Tropaire d'entrée). Excellent mais certains trouvent les paroles trop difficiles pour le peuple (?), trop bibliques, et la musique semble trop « sound » pour une entrée.

41. F. Schieri: Entrée (Dimanche de la Passion). Beau, mais difficile (5 ou 6 voix).

42. H. Schroeder. Introit de Pentecôte.

Litanies.

43. M. Giombini: Litanies de la Sainte Vierge. Excellent à cause de l'enregistrement en studio. Serait plus difficile à réaliser avec une foule ordinaire. De bonnes trouvailles pour rompre la monotonie.

44. Akepsimas: Prière universelle. Recherche intéressante,

45. lain Kendell: Lord, have mercy.

46. Paccagnini: Prière. Sorte de contestation à Dieu auquel les hommes reprochent de ne pas assez se manifester et de laisser l'impression qu'il est impuissant. Un des essais les plus curieux, mais il faut disposer de moyens assez puissants et exceptionnels (studio, etc.).
47 Puig: Prière des fidèles. (Messe de l'Arbresle). Très intéressant.

Prière eucharistique.

48 G. Coter: Exsultet et Canon, en langue kirundi. Cf. supra.
49 I Kendell: Sanctus. Mass of St. Thomas oi Canterbury. Cf. supra.
50 Huijbers: Prière de la Didaché. Harmonie très simple qui essaie d'éviter l'excès d'expressivité.

51 Meister: Didaché. Œuvre difficile mais excellente, peut-être la meilleure œuvre.

 53 Williams: The Nicene Creed. Très beau.

54 Zimmermann: Weihnachtslied. Le désir de joie des jeunes y passe Incontestablement.

M. Williams: Praise the Lord. Cf. supra.

 

Rythme.

Ce qu'on appelle le « rythme » peut traduire l'usage d'éléments divers empruntés au jazz, à la « pop-music », aux « blues », au « folksong » ou aux « variétés » (cf. musique de fond des grands magasins).

La question se pose évidemment de savoir s'il faut introduire le rythme à l'église. Il serait bien difficile de répondre négativement. Plusieurs des cantiques précédents sont déjà du « rythme ». Mais la question est étudiée surtout avec ceux qui suivent. 56. J. Akepsimas: Vers toi, Seigneur. Semble facile, mais facile aussi à déformer. Les syncopes pourtant sont celles du texte lui-même. Pratiquement aux messes qu'il préparait, l'auteur demandait aux paroissiens de venir 1/4 d'heure ou 1/2 heure à l'avance et ils venaient très nombreux.

57. M. Giombini: Gloria. Une fresque de rythmes (5 principales parties).

Très intéressant et facile.

58. A. T. Vifias: Déu el uostre refugi. Texte et mélodie semblent se rapprocher de la chanson. Facile.

59. J. Gilson: Seigneur Jésus, viens nous aider. L'impression de night-club que peut donner l'audition du disque est surtout due au « Sound » de studio avec les échos qui sont créés. Dans une église

ce pourrait être très beau.

Quelques autres morceaux ont été écoutés dont on avait seulement l'enregistrement (Hollande, Italie, Pologne, Yougoslavie, Haïti [en créole], Java, Rwanda).

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CONCLUSIONS

 

Celles-ci ont été tirées d'une discussion ouverte et d'une « mini conférence » du P. Gélineau. Elles sont plutôt des constatations.

 

Discussion ouverte.

 

Sommes-nous en crise ou au début d'un élan nouveau? Ce qui saute aux yeux, c'est:

1) Immense diversité des styles (au lieu des formes fixes).

2) L'élément traditionnel est important pour aider la recherche et limiter les extravagances, mais l'adaptabilité est devenue encore plus importante. On ne crée pas pour les siècles, mais pour maintenant.

3) D'où nombreuses tendances dans la recherche:

a) Folklore. Dans certains pays le folklore n'existe plus à l'état vivant, mais à l'état de musée. Dans ce cas, il peut être rendu à la vie par le rythme. Il en est de même, ou il en sera de même pour le grégorien. Une fois que les airs ne sont plus chantés depuis des dizaines d'années, par le peuple, ils peuvent être repris sur de nouveaux rythmes et redevenir une musique « folk ». (Ceci est peut-être spécialement valable pour des pays comme Allemagne, Hollande).

Dans les pays latins, il n'y a guère un folklore religieux avec lequel le peuple est vraiment en contact, mais par contre il y a souvent un folklore de danse, de travail, qui est encore vivant et qui sur un nouveau rythme et de nouvelles paroles peut donner de bons résultats de musique religieuse populaire.

b) Dialogue avec expression spontanée, voire improvisation aux moments prévus pour cela à la messe.

c) Rythme: c'est la tendance qui frappe le plus. Et après tout, la danse de David devant l'arche montre bien que toute la gamme d'expression de l'être humain n'est pas utilisée. La syncope est très naturelle au discours et au dialogue. Pourquoi la bannir de la musique?

d) Sonorités nouvelles à l'église: trompette, percussion, tout l'orchestre.

e) Emplois nouveaux de la voix humaine (le cri, le bel canto, les effets de studio).

f) Tension entre musique populaire et musique artistique qui peut être une source féconde. C'est tout l'homme cl tous les hommes qui se mettent au travail.

La musique jusqu'ici a peut-être connu une recherche trop tournée vers l'angélisme. Elle cherche davantage maintenant à se tourner vers l'homme qui est image de Dieu.

Il y avait aussi une tendance cléricale et rubriciste. Maintenant, on essaie de ne pas contraindre l'Esprit dans des rubriques.

 

Discours du Père Gélineau.

 

Principes: Il y aura toujours tension entre le projet liturgique et le projet musical. Cela est inhérent au culte chrétien, car le rite est le symbole de la vie tout court. Jamais le signifiant sensible ne sera assez significatif.

Ce à quoi il faut viser cependant c'est à une esthétique Intégrale: Texte, musique et liturgie: L'élément n'a de sens que dans un contexte. Un mot isolé n'a pas de sens, mais dans line phrase il prend un sens, et un seul.

Il n'y a pas une « bonne musique » en soi, mais une « musique bonne pour la liturgie ».

Le pacte entre Dieu et les hommes est un pacte scellé dans des symboles. La communication que Dieu fait aux hommes s'exerce par la médiation du Christ. Elle n'est pas immédiate, mais elle se fait à travers des signes et des hommes, des hommes qui communiquent entre eux.

Le Sacrement est la présence d'un Absent. On comprend donc que la pastorale liturgique se doive d'être à la recherche d'une communication aussi grande que possible, d'une participation active, pleine, fructueuse, où l'événement revit Le chant liturgique doit donc approfondir la célébration du mystère.

…Ceux qui se réunissent deviennent le signe efficace de la présence du Seigneur.

 

Suggestions:

1) L'ouverture peut être très diverse:

le silence (par exemple, le Vendredi-Saint);

une parole (parce que l'assemblée attend);

un geste du président de l'assemblée;

un chant (la seule chose que nous puissions fondre, ce sont nos voix).

Choisir le signe qui, tel jour, dans telles circonstances sera le plus riche de communication pour dire que le Seigneur est là et qu'il agit.

2) L'assemblée veut aussi chercher une information. Il faut donc que dès le début, cette assemblée entende une parole compréhensible et qui ne fasse pas double emploi avec le texte qu'on lira à l'Evangile.

3) Ce qui va se faire dans, le sacrement célébré n'est pas quelque chose de ce monde, mais quelque chose d'autre qui est signifié par un « écart ». Par exemple, nous ne venons pas faire à la messe un des trois repas journaliers: il y a donc une distance prise avec l'idée de manger. Si l'on chante, ce n'est pas pour la réalisation esthétique d'une œuvre musicale. Tout doit signifier une certaine rupture, tout doit être un signe de « l'Autre »?

Le sacré n'est pas dans la chose signifiante: un vin spécial, une musique spéciale. Le sacré est dans l'« écart » entre la chose signifiante et la réalité signifiée.

Le problème n'est donc pas d'employer la musique d'aujourd'hui, mais d'arriver à travers cette musique à rendre perceptible l'écart où se fera sentir le sacré. On économise les signes pour les renforcer.

Mais à partir d'un « signifiant » donné, comment arriver à la communion dans la foi? Ceci est le problème de la communauté. S'il n'y a pas de vraie communication entre les membres de la communauté, le signifiant peut signifier n'importe quoi, car chacun lui donnera la signification qu'il voudra; tandis qu'avec une communauté très unie, même peu de chose est efficace.


Quelques questions.

 

Le latin et le grégorien.

La question n'a pas été traitée. Ce n'était pas le but de la « rassegna », et l'horaire étant très minuté, il était rigoureusement impossible de s'aventurer sur ce terrain brûlant. Il semble en tout cas que dans les pays nordiques (Suède, Danemark) les compositeurs, tant protestants que catholiques, n'ont pas autant de préjugés que d'autres sur l'adaptation des textes en langue vivante à des mélodies grégoriennes. Disons aussi que pour la célébration eucharistique qui concluait la « rassegna », Kyrie, Sanctus, Agnus, Dominus vobiscum, etc.. ont été chantés en grégorien, vu qu'aucun moment n'était prévu pour apprendre quoi que ce soit dans l'une ou l'autre des langues des participants.

Sans doute, il faut reconnaître que jusqu'à nos jours, les créations musicales pour l'église ont été le fait d'une élite Le peuple, lui, créait seulement un folklore, ou des cantiques populaires. Aujourd'hui, si on ne veut pas que les souris prennent le commandement du bateau, il faut bien accepter que les deux cultures se rencontrent. La liturgie doit atteindre la masse.

F. G. M.

 

N.B. 1) Peut-être, si vous avez lu cet article, serez-vous mécontent de ne pas voir citer votre pays. Dans ce cas, surtout si vous êtes un bon compositeur, sachez qu'il vous est possible d’appartenir à « Universa Laus », moyennant un droit d'inscription de 1.500 lires. (Universa Laus, CH. 1950. Sion 2. Suisse).

2) Des fragments des principaux cantiques ont été enregistrés. On peut demander le disque à Universa Laus. La Maison Généralice peut aussi prêter ce même disque. Pour la plupart des partitions et des disques, on les trouve dans le commerce. Sinon, demander à « Universa Laus ».
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1 2 ou 3 morceaux étaient un peu plus anciens.

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