La réaction contre lesprit du monde

26/Sep/2010

Comme nous avons essayé de l'établir dans notre dernier numéro, le pivot de tout avancement dans la vertu, de tout progrès dans la perfection chrétienne et religieuse, consiste dans l'imitation de Jésus-Christ, dans l'application constante à nous rendre de plus en plus semblables à lui, à nous pénétrer de plus en plus profondément de son esprit ; c'est-à-dire estimer, désirer, rechercher ou mépriser les choses selon qu'il les a lui-même estimées, désirées, recherchées ou méprisées, et régler nos pensées, nos affections, nos paroles et nos actions sur les siennes. Mais, il n'est pas contestable que, dans la poursuite de cet idéal, dans l'accomplissement de cette tâche, dans la réalisation de ce but, nous nous heurtons à un terrible obstacle, que nous avons à lutter sans relâche contre les tendances envahissantes d'un implacable ennemi : de l'esprit du monde, qui est précisément l'antithèse de l'esprit de Jésus-Christ et qui cherche par toutes sortes de moyens à le substituer dans nos âmes. C'est là une situation de fait qu'il ne faut point perdre de vue ; et voilà pourquoi, chers Lecteurs, il ne sera sans doute pas inutile que le Bulletin vienne aujourd'hui la signaler tout particulièrement à votre attention en vous rappelant : 1° en quoi consiste l'esprit du monde ; 2° combien grande et dangereuse est sa puissance de séduction ; 3° combien, il importe, par conséquent, de nous tenir en garde contre ses empiètements et même contre ses tendances.

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I. En quoi consiste l'esprit du monde ? — Pour s'en faire une juste idée, il convient de remarquer que le monde dont-il est ici question n'est pas précisément l'universalité des hommes, mais la foule malheureusement très nombreuse de ceux qui, s'égarant dans leur amour, ont fixé ici-bas tout leur cœur et tout leur espoir ; la multitude de ceux qui, dégoûtés du ciel ou même n'y croyant plus, se sont résolus de parti pris à ne plus demander qu'à la terre le bonheur dont leur cœur a besoin ; l'innombrable légion de ceux qui, rivés à l'amour des choses sensibles, ne conçoivent pas d'autre félicité que celle qu'ils y peuvent trouver ; la race pervertie, en un mot, de ceux qui, ayant en horreur la pauvreté, les souffrances, les humiliations, les regardent comme le souverain mal dont il faut s'affranchir à tout prix, et qui font au contraire si grand cas des richesses, des plaisirs et des honneurs qu'ils sont disposés à leur sacrifier tout le reste. D'où il suit que l'esprit du monde, c'est-à-dire l'ensemble de principes, de maximes, d'aspirations et de goûts, si opposés à ceux que préconise l'Évangile, dont s'inspire le monde, ne saurait, ce semble, être mieux défini qu'en disant ; comme nous avons fait plus haut, qu'il est l'antithèse ou le contre-pied de l'esprit de Jésus-Christ.

Ainsi, au lieu d'être un esprit d'humilité comme celui de Jésus-Christ, l'esprit du monde est un esprit d'ambition, d'orgueil, d'ostentation, de suffisance, de vaine gloire. Tandis que Jésus-Christ, non content de s'être soumis, pour notre amour et pour notre instruction, à toutes sortes d'avanies, ordonne à ses disciples non seulement de ne pas chercher à plaire aux hommes et de. tenir si secrètes leurs bonnes actions que leur main gauche même ignore ce que fait leur main droite, mais de se faire une joie de ce qu'ils sont l'objet du mépris et des outrages, et de se voir insultés et calomniés à cause de son nom, le monde court avec une sorte de frénésie à la poursuite des honneurs, des distinctions, des dignités, des éloges, des applaudissements, des récompenses et de tout ce qui paraît susceptible de les élever aux yeux des hommes.

Contrairement à l'esprit de Jésus-Christ, qui est un esprit de respect, de soumission et d'obéissance à l'autorité légitime, l'esprit du monde est un esprit d'indépendance, d'insubordination, d'affranchissement de toute règle gênante, de rébellion plus ou moins ouverte contre toute autorité, quelle qu'elle soit. Sans égard pour les exemples et les enseignements du Divin Maître, dont toute la vie ne fut qu'un acte continuel de soumission aux volontés de son Père céleste, d'obéissance aux prescriptions d'une loi qui n'était pas pour lui, et de déférence même pour l'autorité des princes de la terre et des autres supérieurs dont le pouvoir vient d'En Haut, il semble avoir pris pour mot d'ordre le cri de l'ange rebelle : Non serviam. Ne relever que de lui-même, telle est sa folle prétention ; n'avoir ni Dieu ni maître, telle est sa devise.

Au rebours de l'esprit de Jésus-Christ, qui est un esprit de pauvreté, de détachement des biens d'ici-bas, dont la préoccupation tend à faire obstacle à la poursuite des biens célestes, sans comparaison plus importants, l'esprit du monde est un esprit d'opulence, de confortable, de cupidité, de convoitise, de lucre et de ce faste qui, de son nom, s'est appelé mondain. "Bienheureux les pauvres !" dit Jésus-Christ, en s'assujettissant lui-même à toutes les conséquences du plus entier dénuement… ‘"Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où ils sont la proie de la rouille, des vers et des voleurs, mais dans le ciel, où la rouille, les vers ni les voleurs n'ont accès… Ne vous souciez pas outre mesure des nécessités du corps ; comptez pour y satisfaire dans la mesure du besoin sur votre Père céleste, qui nourrit les oiseaux du ciel sans qu'ils sèment ni ne moissonnent et qui habille les lis des champs plus richement que ne le fut jamais Salomon lui-même dans toute sa magnificence… Si vous voulez être parfait, vendez ce que vous avez, donnez-en le prix aux Œuvres, puis venez et suivez-moi : vous aurez un trésor dans le ciel… Malheur aux riches qui s'attachent à leurs richesses ! Il est moins difficile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le ciel". Et que répond le monde ? "Bienheureux les riches, ceux qui trouvent. dans l'abondance de leurs trésors le moyen de satisfaire à tous leurs désirs ! Pour eux sont les jouissances, les honneurs, la considération, les dignités et tous les autres avantages qui font le prix de la vie. Malheureux les pauvres, ceux qui, n'ayant rien à offrir, n'ont rien à attendre ! Ils sont fatalement condamnés à la souffrance, au dédain, à l'abandon, au mépris. Acquérez donc, accumulez, thésaurisez le plus possible, laissant aux scrupuleux le soin de s'inquiéter du choix des moyens, qui sont toujours bons quand ils réussissent. Fi des naïves préoccupations d'une autre vie ! Celle-ci seule est positive. Sus au veau d'or ! Salve lucro !".

En directe opposition avec l'esprit de Jésus-Christ, qui est un esprit d'austérité, de pénitence, de mortification, de réaction contre l'attrait excessif des jouissances sensuelles en vue de remédier aux suites malheureuses du péché originel et de rétablir en nous le règne de l'âme sur le corps, de nos puissances supérieures sur nos tendances inférieures, ou, comme dit saint Paul, de l'esprit sur la chair, l'esprit du monde est un esprit de volupté, de luxure, de sensualisme, de joie frivole, de divertissement folâtre et dangereux. A l'Evangile et à ses interprètes autorisés de prêcher la lutte de l'esprit contre la chair de péché qui nous incline sans cesse au mal ; la violence contre nous-mêmes par laquelle seule s'emporte le royaume des cieux ; la haine de son âme en ce monde — c'est-à-dire le soin de la sevrer des satisfactions et des joies sensuelles — pour la posséder en l'autre ; la nécessité de porter sa croix à la suite du divin Maitre ; à eux de fulminer des malédictions contre ceux qui s'abandonnent sans frein aux jouissances et aux plaisirs de cette vie, contre ceux qui passent leur temps dans les ris et les divertissements folâtres, et d'appeler bienheureux ceux qui souffrent, ceux qui, par esprit de mortification, sont dans la tristesse, dans les pleurs et dans la privation des joies, des consolations et des plaisirs d'ici-bas, etc. … Pour lui, monde, il a des maximes et des principes tout opposés. a Cherche le plaisir et fuis la douleur, disent ses apôtres : c'est la règle universelle des vivants. Bien loin dé songer à assujettir la chair à l'esprit, ils font au contraire de ce qu'ils appellent audacieusement la réhabilitation de la chair calomniée, selon eux, par l'Evangile, un des articles préférés de leur symbole. Ils reprochent au catholicisme d'imposer aux hommes des vertus déprimantes en les soumettant à la loi de la mortification, à la pratique du sacrifice ; ils traitent de folie l'amour de la croix. La vraie sagesse, à leurs yeux est de jouir le plus possible, et (dans toute la mesure où cela se peut) de se soustraire à l'ennui, à la souffrance et aux remords de la conscience, en tachant de s'étourdir par des divertissements plus ou moins coupables.

En contradiction avec l'esprit essentiellement surnaturel de Jésus-Christ, qui nous porte à voir toutes choses à la lumière de la révélation, au point de vue de la foi, de la gloire de Dieu et de nos destinées éternelles, l'esprit du monde est un esprit de naturalisme areligieux qui, bornant toute la destinée humaine à la vie d'ici-bas, tend par lui-même à restreindre nos préoccupations à ce qui la touche, à orienter tous nos efforts vers l'acquisition des seuls biens qu'elle comporte ; d'où l'indifférence et la tiédeur qu'il nous inspire à l'égard des vertus chrétiennes, de la prière, de la fréquentation des sacrements, de tous les exercices spirituels et de la fin surnaturelle qu'ils ont pour objet, toutes nos affections, tous nos goûts, toutes tendances et tout l'ensemble de notre activité s'acheminant vers ce qui est purement naturel, terrestre et humain…

Et il en est de même à tous les autres points de vue auxquels on pourrait se placer : sous quelque aspect qu'on l'envisage, dans quelque sphère qu'on vienne à le considérer, l'esprit du monde est en telle discordance, en telle opposition avec l'esprit de Jésus-Christ que pour le définir exactement il suffit, on peut le dire, de prendre le contre-pied de celui-ci.

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II. — Puissance de séduction de l'esprit du monde. — Il va donc sans dire que ces deux esprits sont irréductiblement incompatibles, qu'on tenterait en vain de trouver entre eux un terrain d'accord et que, pour acquérir ou conserver le second, Il faut se résoudre à faire au premier une guerre continuelle et sans merci ; car, dans notre âme comme dans une forteresse convoitée, l'esprit du monde, dont la puissance de séduction est vraiment terrible, fait, de connivence avec le démon et notre nature viciée, d'incessants efforts et use de toutes sortes de moyens pour s'introduire et supplanter l'esprit de Jésus-Christ.

Il a d'abord à son service tout un arsenal de principes erronés, de sophismes, de fausses maximes, qu'il pose hardiment comme des vérités établies, qu'il fait circuler frauduleusement comme une monnaie courante et impose comme ayant l'autorité de la chose jugée. Selon lui, la satisfaction présente doit passer avant les intérêts lointains ; le succès justifie les moyens ; l'habileté à se procurer des honneurs vaut plus que la conscience ; il faut bien, quand on vit en société, faire comme tout le monde, s'accommoder aux usages reçus. La pauvreté, la pénitence, la mortification sont des vertus des vieux âges ; elles ont fait leur temps et ce serait folie de vouloir les faire revivre. Il est bon sans doute de se modérer dans les plaisirs pour les faire durer davantage, mais ce qui importe surtout, c'est d'être modéré dans les vertus chrétiennes et religieuses en ce qu'elles ont de pénible, d'humiliant, de crucifiant, autrement on en éloignerait les hommes, etc. …, etc. …

Il a aussi sa tactique, ses apôtres, ses diplomates, ses espions, ses ruses de guerre, et il sait s'en servir avec une infernale habileté pour favoriser sa cause, augmenter son crédit et étendre ou affermir son empire. Il sait choisir le terrain, le moment et les autres circonstances propices ; il sait déguiser ses desseins, dissimuler sa marche, masquer ses batteries. Il sait au besoin se glisser dans l'ombre, se faufiler à l'improviste, s'insinuer où il s'est préalablement ménagé des intelligences, de sorte qu'on ne songe à lui résister que lorsqu'il n'est plus temps.

Il s'applique d'abord à jeter sur tout des ombres décevantes qui trompent la vigilance, ou, ce qui est pis encore, à tout éclairer d'un faux jour qui, en altérant la forme, les dimensions et l'éloignement des objets, fait qu'on se méprend sur leur valeur propre ou leurs vrais rapports relativement à nous ; et c'est de la sorte qu'il arrive trop sûrement, hélas ! à produire dans les âmes : tantôt une déformation ou un affaiblissement de la vraie notion du bien ; l'oubli et l'abandon des pratiques qui en sont la mise en œuvre ; tantôt l'indulgence excessive — en attendant la sympathie non dissimulée — pour ceux qui inclinent vers la voie large du relâchement ; tantôt enfin une rigueur sans pitié pour les défauts, les faiblesses ou les moindres faux pas de ceux qui suivent résolument la voie étroite des préceptes et des conseils évangéliques.

La puissance de séduction que le monde exerce sur les âmes et ta trop funeste influence des moyens dont il dispose pour leur infuser son esprit de perdition ne sont donc malheureusement ni une illusion m un mythe, mais un danger très réel et très à craindre, contre lequel nous ne saurions trop nous tenir en garde pour la conservation en nous de l'esprit de Jésus-Christ et de la vie surnaturelle dont il est le principe et le soutien. Plût à Dieu, ô monde – s'écrie à ce propos un religieux distingué de l'Ordre de saint Dominique – plût à Dieu que tu fusses une chimère, une fiction ou un épouvantail inoffensif ! Plût à Dieu, si tu es une réalité, que ce fût à l'égard d'un groupe d'êtres avec qui je n'ai rien à démêler, que je ne connais pas même ! Mais tu es une puissance menaçante pour moi. Quelque sainte que soit ma vocation, dés que je m'aventure, tu m'enveloppes de tes influences, d'autant plus funestes qu'elles sont plus voilées et plus insaisissables. En vain je m'enfuis dans le cloître, refermant la porte derrière moi, déjà tu as pénétré ; en vain je m'attache au sanctuaire par des liens sacrés, tu me tends jusque-là des pièges couverts de fleurs ; en vain je choisis une cellule austère, tu y fais arriver tes émanations et tes échos enchanteurs ; en vain un habit saint protège mon cœur, je t'y sens remuer, me tenter, altérer du moins le goût des choses célestes, troubler l'atmosphère pour que je ne voie plus avec clarté les pures maximes de la foi, du détachement, de l'amour. L'oraison, la mortification, l'indifférence pour les intérêts du siècle, l'affranchissement du respect humain, l'obéissance aux Supérieurs, la fidélité à la grâce, l'esprit de foi lui-même : tout est exposé à ton souffle pestilentiel ; tu sais t'immiscer dans les choses les plus intérieures et les plus saintes dès qu'il s'agit de les décrier, de les miner, de les déprécier enfin".

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III. — La conclusion pratique de tout cela est qu'il faut constamment nous tenir en garde contre les tendances et les empiétements de l'esprit du monde, ce qui requiert quatre choses très importantes : le mépriser et le haïr, redouter son influence, se tenir le plus possible isolé de lui, et se résigner à sa haine ou mieux encore s'en réjouir.

Il faut mépriser le monde, injuste dans son estime, infidèle dans ses promesses, avare dans ses récompenses, inconstant et souvent perfide dans son amitié. Il nous flatte pour nous amuser, il nous caresse pour nous séduire et nous promet beaucoup pour ne rien nous donner. Et d'ailleurs, quand il nous donnerait réellement ce qu'il nous promet, ces biens ne vaudraient pas la peine d'y fixer notre estime et d'y attacher notre cœur, puisqu'ils sont toujours ou faux ou vains ou passagers, quand ils ne sont pas tout cela ensemble ? Qu'ils sont peu de chose en comparaison de ceux que Jésus nous promet et qu'il nous faudrait sacrifier en échange ! Mais ce n'est pas assez de le mépriser, il faut le haïr. Il faut le haïr parce qu'il est l'irréconciliable ennemi de Dieu, de son Christ et de toutes les âmes qui cherchent à régler leur vie sur les divines maximes de l'Evangile. Il faut le haïr, le détester comme le saint homme Loth détestait Sodome, à cause de l'aversion qu'éprouvait son âme innocente à la vue de l'iniquité et de la dépravation qui y régnait.

Et cette aversion, cette haine instinctive que nous devons avoir pour le monde, doit tout d'abord nous porter à craindre son contact à nous tenir le plus possible isolés de lui ; à n'avoir avec lui que les rapports absolument nécessaires, comme on fait avec les malades contagieux, et à prendre, quand ces rapports ne peuvent ,être évités, toutes les précautions que requiert la prudence pour éluder les effets délétères de son air empesté. Nous ne saurions, à ce propos, tenir trop grand compte de l'avis que nous donne Saint Jean Climaque dans son Echelle du Ciel : "O vous qui avez quitté le monde, dit-il, cessez de vous mêler en quoi que ce soit des affaires du monde ; car, ne l'oubliez pas, les désirs qu'on a étouffés dans le cœur cherchent à s'y rétablir à la moindre occasion qu'on leur en présente… Ce n'est qu'à force de peines et de travaux que nous sommes parvenus à réformer nos mœurs et notre conduite ; et ce que nous avons ainsi acquis après de longs et pénibles efforts, nous risquerions de le perdre en un instant par d'imprudents rapports avec le monde, car les discours vains et profanes, non moins que les discours mauvais, ont vite fait de corrompre les bonnes mœurs. Ils sont si nombreux, hélas ! les mondains qui se disent tout dévoués à nos intérêts et qui en réalité ne nous veulent que du mal ! Ils nous assurent avec zèle que leur seul désir est de nous être agréables et utiles ; mais tous ces témoignages ne sont que tromperie : ce qu'ils se proposent, par là, c'est de nous détourner du chemin qui, conduit au bonheur éternel et de nous engager à faire ou à suivre leur propre volonté".

Un autre effet de la haine parfaite que tout vrai serviteur de Jésus-Christ ressent comme d'instinct à l'égard du monde, doit être le dédain de ses jugements, de ses appréciations el de tous ses sentiments à notre endroit. Qu'il nous estime ou nous méprise, qu'il nous loue ou nous censure, qu'il nous aime ou nous haïsse, il doit nous trouver insensibles à tout ; et bien loin de prendre aucun soin, de faire aucune avance en vue de lui plaire ou de nous conformer à lui en quoi que ce soit, notre préoccupation doit être plutôt de lui être entièrement dissemblable, particulièrement dans nos opinions, dans nos affections, dans nos aversions, dans nos paroles, dans nos manières, dans nos habitations, dans nos habits, en un mot dans tout ce qui nous touche.

Aussi bien serait-ce vainement qu'au moyen de concessions ou d'avances quelconques nous espérerions nous concilier les sympathies et l'amitié du monde. Il y a, nous l'avons vu, entre nous et lui une opposition ; une antipathie irréductible que rien n'est capable d'éliminer. Antipathie de personnes : le monde hait Jésus-Christ, c'est le Sauveur-lui-même qui nous en assure ; et cette haine, il nous en avertit également, ne peut manquer de s'étendre à ceux qui se disent et sont vraiment ses disciples ; ils portent ses livrées, ils propagent sa doctrine, ils s'appliquent à avoir son esprit, à faire ses œuvres à devenir une même personne avec lui, et c'en est assez pour que le monde ne puisse leur pardonner et leur jure une haine sans restriction ni merci. Antipathie de tendances : par définition même, les disciples de Jésus-Christ ont des inclinations et des vues toutes contraires à celles du monde ; ils sont par conséquent en perpétuel conflit avec lui, et comment le monde ne chercherait-il pas en toute occasion à les accabler dis traits de sa rancune !…

Pour cette double raison la haine du monde à notre égard est inévitable. Il faut nous y résigner, en prendre notre parti ; ou plutôt il faut nous en réjouir, nous en estimer heureux, car elle nous honore et elle nous sert. ‘’Quel bonheur, quelle fortune, s'écrie saint Paulin, d'être haï du monde à cause de Jésus-Christ ! Ce doit nous être aussi un sujet de consolation et d'espérance car c'est la réalisation d'une des plus solennelles et plus explicites prédictions qui soient contenues dans le saint Evangile. Relisons les chapitres XV et XVI de saint Jean, et nous verrons avec quelle admirable précision et quelle abondance de détails tout cela est annoncé et expliqué :

Si le monde vues hait, sachez qu'il m'a haï le premier.

Si vous étiez du monde, il vous aimerait comme étant à lui ; mais, parce que vous n'êtes pas du monde et que je vous ai choisis du milieu du monde, c'est la raison pour laquelle il vous hait…

Le serviteur n'est pas au-dessus du maître. S'ils m'ont persécuté ; ils vous persécuteront aussi… Ils feront peser sur vous une sorte d'excommunication, ils vous chasseront de leurs assemblées ; s'ils le peuvent, ils iront même jusqu'à l'extermination, et ils oseront prétendre avoir rendu par là un service signalé à la cause de Dieu''.

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Puis donc que nous sommes et voulons demeurer entièrement à Jésus-Christ, qu'il n'y ait entre le monde et nous ni alliances déclarées ni compromissions secrètes. Non contents de mépriser ses faux biens, dont nous connaissons surabondamment la bassesse, la vanité et les dangers, et d'en détacher résolument nos cœurs dont ils sont incapables de satisfaire les aspirations, établissons entre lui et nous une cloison aussi étanche que possible, afin que son esprit de perdition n'arrive pas à contaminer la pureté de notre vie, vouée tout entière à Jésus-Christ et à l'extension de son règne. Ne nous soucions pas plus de ses moqueries que de ses promesses et de ses menaces. Que sa haine elle-même ne nous trouble point. Jésus-Christ qu'elle poursuit en nous l'a vaincue, et par sa grâce il nous aidera à la vaincre nous-mêmes. C'est de sa bouche divine que nous en avons reçu l'assurance : "Le monde vous haïra et vous persécutera, mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde".

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