La toussaint

03/Sep/2010

Chargée d'entretenir dans le cœur de ses enfants les saintes espérances de l'éternelle patrie, l'Église notre mère nous les rappelle aujourd'hui en nous montrant là-haut la gloire de tous les saints, comme à des passagers abattus, le pilote aime à faire entrevoir dans le lointain le rivage heureux où ils pourront se reposer des fatigues d'une orageuse traversée.

Oui, à nous aussi, pauvres voyageurs ballottés en tant de sens par les flots furieux de la mer de ce monde, elle apparait au loin, cette plage désirée du paradis! L'Eglise nous la montre peuplée de passagers qui avant nous ont accompli heureusement une traversée non moins pénible. Elle nous dit qu'ils sont une multitude innombrable de toute tribu, de toute langue et de toute nation, depuis Adam, qui le premier arrosa cette terre de ses sueurs et de ses larmes en expiation de son péché, jusqu'au dernier enfant innocent ou au dernier pécheur pénitent que la mort a moissonné.

Voyez-les, debout près du trône de Dieu, offrant comme un tribut d'hommage les couronnes qui sont leur immortelle récompense. Plus aucune de ces distinctions que le monde a coutume de mettre entre nous. La pourpre des rois n'est pas plus glorieuse que les haillons du mendiant, et les angéliques héroïnes de la chasteté religieuse brillent ú côté des saintes Matrones qui ont honoré par leurs vertus les liens sacrés du mariage. Les docteurs, avec leurs trésors de science, les artisans, dans l'humble appareil de leur modeste profession, les enfants, avec la fleur de leur innocence, tous chantent les louanges de Dieu, et nous invitent avec amour à venir partager leur bonheur et leur gloire!

Pensée consolante! Chacun de nous peut se dire en toute vérité: Ce ciel si beau, si resplendissant, c'est pour moi que Dieu l'a créé; ces trônes lumineux environnés d'anges, c'est à moi qu'ils sont destinés; cette multitude de bienheureux, elle m'attend, elle m'appelle de ses désirs, elle soupire après mon arrivée, comme on soupire après celle d'un malheureux exilé qui revient au sein de sa famille; assurées de leur propre félicité, toutes ces âmes d'élus sont néanmoins inquiètes de la mienne, et il semble que leur bonheur s'accroisse toutes les fois qu'un de leurs frères vient le partager

Certes, ce n'est que trop vrai: la vie d'ici-bas est souvent si amère, si triste qu'elle aurait de quoi abattre le courage le mieux trempé; mais, après cette vie il y a le ciel, le ciel que tant d'autres ont acquis au prix de souffrances et de peines, dont les nôtres, si dures que nous les trouvions, ne sont qu'une ombre. Pourquoi dès lors perdre confiance? Une telle récompense ne vaut-elle pas la peine d'être achetée un peu cher? Levons les yeux vers ce séjour de la paix, et, à la vue de ce qu'ont souffert la plupart des saints, osons nous plaindre de la Providence?

 

LES SAINTS

 

Considère des sainte les merveilleux exemples:

C'est la pure religion,

C'est l'entière perfection

Qu'en ces grands miroirs tu contemples.

Vois les sentiers qu'ils ont battus,

Vois la pratique des vertus

Aussi brillante en eux que par toi mal suivie.

Que fais-tu pour leur ressembler?

Et, quand à leurs travaux tu compares ta vie,

Peux-tu ne point rougir? Peux-tu ne point trembler?

 

La faim, la soif, le froid, les oraisons, les veilles

Les fatigues, la nudité;

Dans le sein de l'austérité

Ont produit toutes leurs merveilles:

Les saintes méditations,

Les longues persécutions,

Les jeûnes et l'opprobre ont été leurs délices

Et, de Dieu seul fortifiés,

Comme ils fuyaient la gloire et cherchaient les supplices,

Les supplices enfin les ont glorifiés.

 

Regarde les martyrs, les vierges, les apôtres

Et tous ceux de qui la ferveur

Sur les pas sacrés du Sauveur

A frayé des chemins aux nôtres:

Combien ont-ils porté de croix,

Et combien sont-ils morts de fois

Au milieu d'une vie en souffrances féconde,

Jusqu'à ce que leur fermeté,

A force de haïr leurs cimes en ce monde,

A su les posséder dedans l'éternité!

 

Pauvres et dénués des secours de la terre,

Mais riches en grave et vertu,

Ils ont sous leurs pieds abattu

Tout ce qui leur faisait la guerre.

Ces inépuisables trésors

De l'indigence du dehors

Réparaient au dedans les aimables misères;

Et Dieu, pour les en consoler,

Versait ci pleines mains sur des âmes si chères

Ces biens surnaturels qu'on ne saurait voler.

P. CORNEILLE : Imitation de Jésus-Christ.

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