La vie apostolique

21/Jun/2010

Le titre de ce chapitre peut, s'il n'y prend garde, induire le lecteur dans une erreur d'appréciation. Vouloir, à partir de données finalement fragmentaires, présenter un tableau complet de l'activité des Frères dans le domaine apostolique est impossible. Il ne s'agit donc pas de dire ici tout ce que les Frères font, mais de rapporter les activités qui sont mentionnées dans les historiques des Provinces. Après la lecture du chapitre on pourra dire: tout ce qu'on vient de lire est réalisé par des Frères, mais n'est certainement pas le tout de ce qu'ils font, ni le fait de l'ensemble ou d'une majorité. Tel rédacteur a pensé rapporter ce détail-là, tel autre s'est souvenu de ce fait-ci. Comme c'est normal en pareil cas, chacun présente un aperçu loyal de la situation de sa Province. Rien ne l'oblige d'être exhaustif.

Ces caractéristiques seront celles de ce texte, bien qu'il se permette parfois de compléter les données fournies par des renseignements tirés d'ailleurs. L'objectivité cependant ne sera jamais trahie.

Ceci dit, voici les différents aspects qui seront successivement traités: l'apostolat par le moyen de l'école, en dehors de l'école et l'esprit dans lequel on s'efforce de l'exercer. L'activité missionnaire, vu le nombre minime de références explicites la concernant, ne sera pas évoquée dans un paragraphe à part, mais à l'intérieur de ces trois selon les aspects qu'elle revêt.

 

DANS L'ECOLE

 

L'école est incontestablement notre champ d'apostolat le plus important. Si les historiques des Provinces en parlent si peu, c'est que ce n'est pas spécifique à l'année; l'on ne parle pas de ce que l'on fait tous les jours. Par contre, on mentionne les changements qui surviennent. Telle cette école où l'on fait des « efforts énormes pour une meilleure organisation de l'enseignement: laboratoires en tous genres ouverts aux adultes en dehors des heures de cours ». Dans un autre pays, la Belgique, les Frères sont obligés de remanier leurs écoles « pour former des unités plus grandes » afin de se conformer aux décisions gouvernementales.

A ce propos, quelques relations font part du statut des écoles concernant la subvention de l'Etat. Par exemple aux Philippines, « l'Etat n'accorde aucune aide aux écoles privées qui doivent payer elles-mêmes leurs professeurs. Ceux-ci, de ce fait touchent un salaire moindre que ceux de l'Etat. La situation semble pire en Afrique du Sud où « l'Etat se montre hostile aux écoles privées » que les Frères et des personnes bienveillantes défendent cependant dans la conviction de rendre ainsi service à l'Eglise et même à l'Etat. Par contre en Nouvelle Zélande « l'Etat va payer les enseignants de l'école catholique à partir de 1981 ».

Quant à la clientèle de nos écoles on a déjà signalé la préoccupation des responsables pour les rendre accessibles aux familles peu fortunées, quitte à faire des rabais sur le prix de la scolarité, voire en acceptant des élèves à titre gratuit, plus encore en leur accordant des bourses d'étude. En Afrique du Sud où le contexte social est particulier, comme on sait, « les Frères ont décidé de s'engager dans le grand mouvement de l'éducation des enfants de couleur ». Et de fait, ceux-ci « sont admis dans nos écoles… même dans celles où les autorités ne l'ont pas encore accepté ». N'est-ce pas un signe, parmi tant d'autres qui peuvent se manifester ailleurs, que l'école n'est pas un but en soi, mais un moyen pour exercer notre mission, l'éducation chrétienne des jeunes quels qu'ils soient?

Ce souci se fait jour d'une manière non moins claire dans un autre domaine: celui de la structure interne de l'école. Et tout d'abord, il faut mentionner les rapports entre religieux et laïcs au sein du corps professoral. Le souci de former ensemble une équipe éducative est sans doute présent dans la majorité de nos écoles. Cela suppose une unité de perspective et d'esprit pour œuvrer dans la même direction. Dans certains pays des efforts sont faits pour former nos professeurs laïcs, leur communiquer notre esprit, leur transmettre nos objectifs. Cela suppose aussi que nous les traitions sur un pied d'égalité leur confiant les mêmes responsabilités comme dans cette école où « 2 Frères et 9 maîtres laïcs sont professeurs principaux des 11 classes, chacun d'eux se chargeant de la catéchèse dans sa classe ».

 

AU-DELA DE L'ECOLE

 

Ailleurs, on semble élargir encore ce principe à toutes les écoles catholiques de la région par un accord entre enseignants « pour que religieux et religieuses unissent leurs efforts dans l'éducation et l'instruction chrétiennes des jeunes ». On constate, en effet, dans maints endroits, fort différents d'ailleurs, que les Frères sont préoccupés d'ouvrir leur école à la pastorale d'ensemble surtout de la paroisse. Les témoignages dans ce sens ne manquent pas. « La famille mariste est œcuménique: elle se destine aux jeunes de tout âge, aux personnes de toute condition ». Telle communauté se montre « toujours très proche des jeunes et des familles ». Telle autre participe à la vie paroissiale par l'engagement des Frères dans diverses activités, voire dans des responsabilités d'animation, sans pour autant négliger quoi que ce soit de leur premier devoir, l'enseignement.

Ce n'est pas tout. Dans cette action pastorale ils associent souvent les élèves et leurs parents, se faisant les instigateurs d'une pastorale étendue sur la paroisse ou même toute la région Ceci se réalise, par exemple, au niveau de la catéchèse, et non seulement dans des pays de mission où les Frères prennent en charge les catéchiser, attitrés, mais également ailleurs où des mères de famille bénévoles assurent des heures de catéchèse. C'est surtout dans des circonstances particulières, comme la préparation des élèves à la première communion ou la confirmation qu'une telle collaboration s'exerce le plus souvent semble-t-il, selon les témoignages. Parfois, c'est plus encore qu'une simple collaboration; c'est toute une pastorale animée par les Frères à l'occasion de la réception solennelle des sacrements: la communauté religieuse, les élèves et leurs parents se réunissent pour vivre ensemble une expérience de foi nourrie par la prière st la parole de Dieu.

Parmi ces initiatives entreprises pour ouvrir l'école à la pastorale, il faut, bien sûr, mentionner l'effort pour engager les élèves, surtout les plus grands, dans des actions pastorales qui débordent largement l'école. En Afrique du Sud « des élèves du secondaire ont pris part à une session sur le thème de la lutte contre la discrimination raciale. Ayant pris conscience des différences de traitement des uns et des autres, ils ont fait une pétition pour que cela cesse. Avec des élèves plus jeunes, on lance des campagnes, à l'occasion du carême ou d'un événement sensationnel, en faveur de personnes dans le besoin.

Tout ceci s'inscrit donc dans le cadre de la formation sociale et religieuse des jeunes. C'est ainsi que la catéchèse ne se limite pas à l'enseignement de la religion, pour devenir une véritable éducation par des gestes concrets qui donnent consistance à la vie de foi. Car l'objectif est de former des chrétiens engagés, des apôtres qui seront des entraîneurs à leur tour.

Dans cette perspective la proposition des Constitutions concernant les mouvements apostoliques des jeunes (43, 21-25) ne reste pas lettre morte. « On a donné, signale le rapport d'une Province, une impulsion nouvelle aux groupes de jeunes ». Une autre fait savoir que dans une école « le MEJ (Mouvement Eucharistique des Jeunes) est relancé », tandis que dans une autre, un mouvement marial à but apostolique, comprenant 20 membres, fonctionne bien puisqu'il organise des tables-rondes, des conférences et des retraites. Ce sont quelques cas, sans doute entre mille, montrant du moins, la préoccupation des Frères qui vont même jusqu'à réserver des maisons spécialisées pour l'accueil et l'évolution de tels mouvements.

Toutes ces activités qui dépassent largement le cadre de l'école continuent cependant de s'appuyer sur elle. En revanche, il ne manque pas de Frères qui se lancent dans des entreprises apostoliques en dehors tout à fait du cadre scolaire. Ce sont d'abord les Frères qui font de la catéchèse leur spécialité, les uns d'une manière exclusive, d'autres en s'occupant d'un travail à côté. Parfois c'est toute une communauté de catéchistes qui prennent individuellement la responsabilité pastorale de certaines classes dans différentes écoles publiques des environs. Parfois c'est un Frère d'une communauté qui consacre une partie de ses vieux jours à l'éducation religieuse d'un groupe d'enfants de la paroisse. L'un ou l'autre même se charge de l'organisation de la catéchèse dans l'ensemble d'un collège, assurant en même temps la formation des mamans catéchistes pour les petits villages. En ce domaine les initiatives souvent personnelles sont nombreuses au point qu'il serait difficile de les citer toutes.

Mais il est d'autres domaines où des Frères déploient leur activité. Tels sont animateurs et formateurs pédagogiques des enseignants de tout un secteur; tels autres, retirés de l'enseignement, prennent soin des vieilles gens de la paroisse et des malades qu'ils vont réconforter régulièrement par des visites; tels autres encore consacrent une grande partie de leur temps pour aider des jeunes en difficulté, des marginalisés, voire des déficients mentaux. Suivant les besoins qui se présentent, on se rend disponible, surtout s'il s'agit d'aller au secours de la jeunesse. Telle cette communauté du Canada qui s'occupe d'une « œuvre pour prévenus », c'est-à-dire de jeunes délinquants traduits en justice et qui doivent, en attendant leur jugement, séjourner dans une institution pénitentiaire afin de poursuivre leurs études ou commencer leur formation professionnelle ». On s'en doute, c'est dans les missions surtout qu'il faut être disponible à n'importe quelle forme d'apostolat. Les Frères du Brésil, par exemple, ont « 20 communautés missionnaires à l'intérieur du pays. Les tâches auxquelles ils s'adonnent sont des plus diversifiées, allant de l'enseignement, de la catéchèse et de l'éducation sociale à l'animation de communauté de base, au soin des orphelins, voire à la direction de chaînes de radio ».

Tout ceci témoigne assez de l'esprit d'initiative des Frères pour s'adapter aux circonstances qui leur sont faites afin de pouvoir exercer de la manière la plus efficace la mission propre que l'Eglise leur confie. Mais il ne faut pas oublier que les moyens, quelque importants qu'ils soient, ne sont pas tout: le zèle pastoral est non moins indispensable au but que nous poursuivons.

 

LE ZELE APOSTOLIQUE

 

Plusieurs, en effet, sont à se demander si notre ardeur apostolique n'est pas en train de perdre de sa vigueur, ou si la multiplicité des initiatives personnelles ne fait pas perdre de sa puissance à l'impact que peut avoir l'activité du groupe en tant quel tel. Les réactions relevées dans les rapports en vue d'une intensification de l'esprit qui: doit animer les Frères et d'une meilleure organisation du travail peuvent le laisser penser.

Dans une Province « les exercices spirituels ont eu comme thème notre identité de religieux mariste et notre engagement dans l'apostolat par le travail ». Dans une autre « la plupart des Frères se sont rencontrés pour approfondir ensemble l'apostolat mariste et pour chercher les moyens d'être plus efficaces ». Ailleurs on a retenu comme « thème provincial pour toute l'année, l'apostolat dans nos écoles ». Au chapitre provincial d'une autre Province encore, on a pris « la pastorale dans les collèges comme thème d'étude». Ceci laisse donc entendre, car rien ne prouve que ces exemples cités soient les seuls, que la nécessité de donner une impulsion nouvelle à notre esprit pastoral se fait sentir. Le sens d'après lequel on entend mener cette relance est peut-être celui que suggère cette Province en parlant d'un apostolat « basé sur la prière, la formation religieuse et pédagogique des Frères sans cesse renouvelée ».

Pour atteindre cet objectif en même temps que pour une meilleure coordination des efforts, on forme, au niveau des Provinces, des équipes ou des commissions spécialement responsables de l'organisation de l'apostolat dans son ensemble. La composition de ces comités n'est guère précisée, sauf par une Province où quatre Frères la composent; on ne dit pas plus s'ils sont dégagés à plein temps. Quant à leurs attributions spécifiques, elles présentent des nuances d'une Province à l'autre: ils « convoquent les responsables des collèges pour établir le programme provincial de pastorale »; ils sont « responsables de la coordination des mouvements apostoliques et des actes d'apostolat des différents collèges »; ils veulent « lancer cette année, les campagnes de la Pâque pour les jeunes »…

Un dernier point signalé concernant la pastorale en général, est l'objectif que l'on projette de viser. « Notre but est de former des leaders chrétiens » indique une Province. Deux autres d'Amérique latine insistent sur l'esprit missionnaire à promouvoir parmi les élèves. D'autres, enfin, semblent mettre l'accent sur les besoins des jeunes.

L'impression générale qui se dégage d'une vue d'ensemble sur l'apostolat des Frères et des renseignements recueillis par ailleurs, est que partout l'on s'efforce de s'adapter aux situations dans lesquelles on est placé tout en restant fidèle à la vocation propre pour laquelle on a fait le choix du charisme de Marcellin Champagnat. Que cette adaptation ne soit pas toujours facile et qu'elle soit exposée, du fait même d'être mise en cause, au risque de quelque déviation, n'est certes pas extraordinaire. Il est vrai, comme on l'a fait remarquer, qu'à l'époque même où l'on voit paraître une abondance d'écrits sur ce sujet, l'interrogation se fait plus véhémente sur la manière dont l'apostolat s'exerce pratiquement. Quoi qu'il en soit, l'effort de recherche n'est-il pas le signe d'une vitalité qui par définition sera toujours susceptible d'évolution permanente et donc de perfectionnement.

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