La vie religieuse

21/Jun/2010

Le but de ce chapitre est de montrer comment la vie religieuse est vécue dans notre congrégation durant l'année considérée. Par la « vie religieuse » il faut comprendre ici la vie personnelle des Frères. D'où l'on voit tout de suite la difficulté d'en parler d'une manière suffisamment objective. Il est néanmoins des manifestations capables d'en témoigner. Trois d'entre elles ont été retenues: la vie matérielle et la pauvreté, l'obéissance et l'autorité, les efforts en vue de la prière.

Une seconde difficulté surgit d'un autre côté, du fait que les documents sur lesquels se limite cette étude sont assez pauvres au sujet de ces trois aspects. Cela n'enlève cependant rien de l'intérêt que le sujet peut présenter, même s'il n'est développé que d'une manière partielle.

 

LA VIE MATERIELLE ET LA PAUVRETE

D'après les sources sur lesquelles porte cette analyse, il n'est pas possible de se faire une idée quelque peu précise du standing de vie des Frères en général. Mais des indications, recueillies par ailleurs, laissent apparaître une certaine aisance dans la majorité des Provinces et des communautés. Cela ne préjuge évidemment rien de la manière dont chacun vit son vœu de pauvreté. Même au sujet du témoignage, il n'est pas possible d'en tirer des conclusions, car, il est évident que dans certains pays réputés pauvres le niveau de vie des Frères est supérieur à celui des gens de leur entourage, et dans d'autres où l'ensemble du peuple est riche, les rapports sont inversés. Cela montrerait-il une tendance vers une moyenne? Il n'est pas facile de l'affirmer, car les historiques des Provinces signalent quelques cas de réelle pauvreté. « Trois communautés vivent assez pauvrement à cause du manque de revenus ». De plus, dans cette même Province, « deux collèges n'ont pas de ressources suffisantes et reçoivent l'aide de la Province ». Dans une autre Province, on constate qu'aucune maison… « ne peut songer, pour le moment, à l'entretien des bâtiments, ni aux réparations des installations sanitaires, d'eau, etc.. ».

Sans doute on ne nous dit pas, dans ce dernier cas, quelles en sont les répercussions sur la vie des Frères. Mais des témoignages d'autres Provinces montrent que les Frères font face à des situations difficiles en prenant sur ce qui leur revient. « On se sert des frais de pension pour vivre, payer les professeurs et faire fonctionner les écoles ». Ceci n'est certes pas exceptionnel car en plusieurs pays où les enseignants ne sont pas rémunérés par l'Etat, ou ne le sont qu'en partie seulement, les Frères mettent de leur argent pour faire marcher leurs écoles. Cela m'empêche pas quelques communautés de faire encore des bénéfices, mais d'autres, par contre, partagent tout ce qu'elles ont se contentant de vivre avec ce qui leur reste.

Ce dernier cas, cependant, n'est pas toujours une garantie que les Frères saisissent l'occasion pour vivre une réelle pauvreté par amour pour le Christ pauvre, comme le laisse entendre cette réflexion: « Vivant dans un pays du Tiers-Monde, les Frères ont besoin d'une formation à la pauvreté et à la justice afin de vivre selon leurs moyens ». Par contre, dans d'autres Provinces, généralement assez à l'aise financièrement, l'on se pose la question de la pauvreté. Les historiques de quelques Provinces rapportent à ce sujet des résolutions prises ou des recommandations. « Chaque Frère cherchera comment rendre un témoignage personnel de pauvreté en ce qui concerne l'habillement, les moyens de déplacement et dans l'usage d'appareils tels que caméras, radio, enregistreurs ». Ailleurs, on parle de « simplicité de vie et partage, privation de quelques aliments, jeûne du samedi, aide à des familles nécessiteuses, disponibilité de son temps… ».

Mais cela ne se réduit pas à des paroles, à des velléités généreuses. Trois autres Provinces témoignent d'efforts effectivement réalisés. « Les Frères sont de plus en plus sensibilisés par le thème de Pauvreté et Justice qu'ils appliquent dans leurs collèges face aux difficultés pécuniaires de certains élèves, familles, œuvres sociales et missions. Quant à leur vie personnelle, un effort leur est demandé d'organiser dans la pauvreté leur vie de chaque jour: habillement, voyages, etc. … ». Le témoignage de deux autres Provinces est encore plus concret. « Les Frères vivent et travaillent pauvrement, selon l'esprit des Constitutions… Dans toutes les maisons la table est frugale, les chambres simples et les meubles réduits au nécessaire ». Ailleurs, on affirme, dans le même sens que « la vie des Frères est austère et se développe dans une ambiance de simplicité. Facilement les Frères se livrent au travail manuel. (On recherche) le partage et la simplicité de vie selon l'exemple du Fondateur et des premiers Frères ». Il est vrai que ces quelques témoignages émanés de trois Provinces forment une petite minorité sur un total de plus de 50 Provinces. Mais comme ces témoignages sont spontanés, car il ne s'agit pas de réponses à des questions posées, l'extrapolation n'est peut-être pas une imposture, sans pour autant laisser entendre qu'il s'agit d'une majorité. Certes, il est impossible, en ce domaine, d'être plus précis dans l'appréciation.

Sur un autre plan, plus extérieur, celui des rapports avec les pauvres les indications sont plus nombreuses. On peut affirmer que l'aide aux pauvres est presque générale. Cette aide se présente sous des formes assez diverses. Elle s'exerce d'abord par une entraide entre les maisons de la Province. Ensuite, les bénéficiaires sont les collaborateurs dans l'école. Là, c'est « un tableau d'avancement du personnel (que l'on) est en train d'établir »; ailleurs, « on tâche d'améliorer le salaire des employés ». Dans les écoles d'une autre Province on a réalisé des gestes concrets « en faveur des employés, voire de quelques institutions dans le besoin. Plus concret, un autre rapport précise qu'« une aide substantielle a été attribuée aux professeurs, aux employés de nos maisons, même à des ex-frères dans le besoin ».

De tels gestes sont aussi faits, bien sûr, en faveur des élèves de nos écoles. Une Province dont les fonds ne sont certainement pas abondants, confie que « presque tous les collèges offrent des bourses aux élèves capables intellectuellement de poursuivre leurs études ». Beaucoup de nos écoles, en divers pays, font des faveurs aux élèves dont les parents ne peuvent que difficilement payer la totalité de la scolarité. L'une d'elles est signalée comme entièrement gratuite. En d'autres endroits l'on met les classes à la disposition pour des cours du soir suivis par des jeunes qui sont obligés de travailler le jour. Dans cette même optique telle Province confie à une communauté le soin des émigrants dans un pays étranger, telle autre se propose d'ouvrir deux communautés dans des endroits pauvres.

Un autre aspect de cette préoccupation des pauvres est l'aide financière accordée aux malheureux. Vouloir totaliser les sommes données de-ci de-là pour soulager des misères de toutes sortes serait une gageure. Les Provinces riches, tout comme celles qui le sont moins concrétisent par des dons plus ou moins copieux selon leurs moyens, leur souci des pauvres et des affligés. Parfois, c'est une aide régulière tout au long de l'année pour entretenir telle œuvre sociale, d'autres fois, c'est à l'occasion d'un cataclysme. Il faut signaler le cas d'une Province qui, voyant son capital s'accumuler, cherche à soustraire un certain pourcentage en faveur d'autres Provinces moins avantagées. L'Administration générale, elle aussi distribue chaque année des sommes importantes soit aux missions, soit pour secourir des personnes ou des œuvres dans le besoin. La somme ainsi distribuée durant l'année 1980 s'élève à: 962.000 dollars américains.

Le thème de la pauvreté ne manque donc pas d'être à l'ordre du jour dans l'ensemble de l'Institut. Nombreuses sont, par ailleurs, les rencontres et les échanges entre Frères dont ce thème est le sujet principal. On le traite aussi, dans plusieurs de nos écoles, avec les élèves. A l'occasion d'une catastrophe survenue dans le pays, les Frères font prendre conscience à leurs élèves que nous sommes tous solidaires avec tant de pauvres et de malheureux. Ce qui ne veut pas dire qu'en dehors de ces cas sensationnels, on ne donne pas, du moins dans certaines de nos écoles, « une bonne éducation sociale, ouverte aux pauvres ».

L'un des stimulants de tous ces gestes est incontestablement le mouvement lancé par la Commission « Pauvreté et Justice ». Nombreux sont les rapports qui le disent expressément.

 

 

L'OBEISSANCE ET L'AUTORITE

 

Le second aspect retenu pour ce compte-rendu, c'est l'obéissance face à l'autorité. Ce thème est certainement moins à la pointe de l'actualité chez-nous que le précédent. Les rapports de visites des Frères Conseilleurs Généraux le mentionnent pourtant assez fréquemment. Savoir comment les Frères conçoivent et pratiquent personnellement l'obéissance n'est pas ici la question. Les historiques des Provinces se bornent à laisser faiblement entrevoir les rapports entre les supérieurs et les autres membres de la communauté. D'ailleurs on ne parle presque exclusivement que du supérieur et de la manière de concevoir son rôle.

Dans deux Provinces notamment Ton signale que « les supérieurs des communautés se sont réunis toute une journée pour approfondir leur mission propre ». Il convient d'ajouter que c'était sous l'instigation des Frères Conseilleurs Généraux lors de leur visite aux Provinces. On constate, en effet, d'une manière générale, que l'entrevue personnelle du supérieur avec ses Frères n'est plus guère pratiquée. Le supérieur, d'ailleurs, est descendu de son piédestal, soit sous la poussée de ses confrères, soit de lui-même en vertu de principes plus réalistes d'égalité. L'autorité n'est plus un privilège, mais un service, par conséquent, c'est par la compétence, la valeur personnelle et l'abnégation de soi qu'elle peut s'imposer.

Quant au supérieur provincial, son autorité suit à peu près la même courbe, avec un petit décalage cependant Son influence en tant qu'interprète de la volonté de Dieu n'est pas contestée. L'un d'eux témoigne qu'il « a pu rencontrer chez trois Frères une réelle obéissance pour l'acceptation de nouvelles responsabilités ».

N'empêche que le sens même de l'obéissance, du moins dans son application pratique, semble accuser un changement dans la mentalité des Frères en général. Dans une Province la visite canonique a mis un accent particulier sur ce thème sous l'aspect, non de la désobéissance, mais de la non-obéissance. Au niveau du Conseil Général pas moins de 7 cas de sanation, pour non observance des règlements en vigueur, ont été traités durant l'année 80. Simple constatation qui confirme, après d'autres indications, cette démystification de l'obéissance.

 

LA VIE DE PRIERE

 

Pour rendre compte de la vie de prière, les références, plus nombreuses que pour l'obéissance, ne sont pourtant pas d'une abondance telle qu'elles permettent de se faire une idée générale de la manière dont est vécue la relation des Frères avec Dieu. Dans l'ensemble des historiques, onze Provinces seulement donnent des indications sur le sujet.

Pour ce qui concerne la prière habituelle ou de règle, il n'est pas possible, d'après les sources retenues, de se faire une idée générale de la pratique régulière. Une seule Province signale que « dans toutes les communautés la prière du matin, l'eucharistie et la prière du soir sont assurées ». Dans une autre, on prescrit que « le chapelet sera récité tous les jours en communauté ». Faut-il interpréter le silence des autres comme l'affirmation d'une parfaite régularité sur ce point? Ce serait faire preuve de naïveté. D'autant plus que des recommandations rapportées par plusieurs Provinces laissent entrevoir des failles. On parle, par exemple d'une « vie de prière qui soutienne la foi des Frères en donnant tant à la prière du soir qu'à la récitation du chapelet l'importance qui leur est propre ». Une évaluation des efforts réalisés dans la Province après la visite canonique reste que « les Frères sont tous convaincus de la nécessité de la prière, mais ils sont souvent surmenés par les obligations scolaires. Les uns suppléent par des moments de prière personnelle à leur absence de la prière communautaire. D'autres, au contraire, qui se retirent habituellement dans leur chambre ou hors des lieux communautaires pour leur méditation, n'ont pas toujours le courage de la faire effectivement. Cependant la prière personnelle gagne du terrain grâce aux recyclages ». Une autre relation, plus directe, avoue que « le chapelet, l'étude religieuse et la lecture spirituelle font défaut ».

Mais à côté de cela, dans plusieurs Provinces, on signale des communautés qui ne se contentent pas des prières prescrites. Telle, par exemple « pour souligner l'année de l'eucharistie, décide d'assurer chaque semaine une adoration d'une demi-heure et le premier vendredi du mois d'une heure entière ». Il s'agit là, certes, d'une communauté de Frères à la retraite, mais il en est' d'autres en école qui placent des temps forts assez réguliers dans leur programme, voire en y conviant leurs élèves ou d'autres personnes de l'extérieur.

Ainsi cette communauté qui organise « une messe spéciale chaque troisième dimanche du mois pour le développement de la Famille mariste ». Par ailleurs, nombreux sont les Frères qui suivent des sessions de prière organisées parfois par la Province elle-même ou dans des centres spécialisés.

Quelques Provinces signalent les retraites qu'elles ont organisées soulignant aussitôt la participation massive ou totale des Frères.

En dehors de ces indications concrètes, la préoccupation d'une amélioration de la vie de prière se fait jour à travers des recommandations rapportées dans plusieurs relations. « Les Frères Conseillers Généraux, lit-on dans l'une d'elles, lors de leur visite à la Province ont beaucoup insisté sur la fidélité régulière à la messe et la méditation quotidiennes, insistance qui n'a pas manqué d'avoir un impact sur la plupart des communautés ». Dans une autre Province, c'est le Chapitre provincial qui propose les moyens d'accroître la vie de prière. Mais, c'est finalement le Frère Provincial qui doit suivre et stimuler ses Frère à ce sujet. Plusieurs, en effet, sont signalés comme s'acquittant bien de cette tâche, à l'occasion notamment de leurs visites aux communautés. Celles-ci, cependant, puis les Frères eux-mêmes, ont la responsabilité d'entretenir et de favoriser leur vie de prière. « Les communautés doivent (en) être davantage préoccupées… s'imposant un horaire adéquat ». « Il était nécessaire, remarque une autre Province, que tous les Frères retrouvent le goût de l'oraison et la fidélité à la demi-heure quotidienne. Il semble que beaucoup aient pris cet effort réellement à cœur ».

La conclusion que l'on peut tirer de ce dernier aspect, comme de l'ensemble des trois, c'est que les Frères témoignent d'un effort pour vivre leur vie religieuse, extérieurement du moins. Le tableau n'est certes pas complet, mais il donne un aperçu d'une réalité difficilement saisissable dans sa totalité.

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