LArt au service de Marie

10/Oct/2010

Les pages suivantes se proposent de passer rapidement en revue l'iconographie mariale, c'est-à-dire les tableaux, peintures et statues qui, au cours des siècles, ont représenté Marie.

Une petite excursion dans ce domaine ne sera probablement pas inutile, d'une part pour nous montrer le perpétuel hommage des artistes envers la bénie mère de Dieu et, de l'autre, pour guider notre goût au milieu de tant de productions artistiques dont certaines, à notre époque, risquent de faire injure à notre piété.

On pourra, de plus, constater. combien les images de Marie se sont enrichies au cours des siècles, soit par le progrès des arts, soit par l'expression de notions nouvelles.

 Progrès. — Les toutes premières images retrouvées aux catacombes de Rome sont, en effet, d'une part, très peu artistiques et, de l'autre, réduites à une représentation simplifiée à l'extrême. C'est au point qu'on a pu, parfois, discuter sur le sujet représenté.

Les images de nos jours, au contraire, sont à la fois très belles et chargées de sens : maternité divine, immaculée conception, bonté pour les hommes, douleurs au pied de la croix, puissance auprès de Dieu, etc. tout a été exprimé par d'art moderne, doué de moyens d'expression intense et souvent entre les mains d'artistes profondément pieux.

D'un simple coup d'œil sur la maigre et sèche peinture ci-dessus, retrouvée aux catacombes, où l'on voit deux mages fort vulgaires, raides et symétriques et sur la fresque ci-jointe de Flandrin, autrement, souple, animée, fidèle et pieuse, on peut se faire une idée du chemin parcouru.

Il est si vaste qu'il faut le couper en plusieurs périodes pour s'y bien reconnaître.

 

Périodes. — On peut distinguer plusieurs périodes dans l'iconographie mariale ; 1° L'époque qui va des débuts jusqu'à 431, date du concile d'Ephèse ; 2° :Celle qui suit ce concile et va jusqu'au XII° siècle ; 3° La Renaissance ; 4° Les temps modernes.

Il va de soi que c'est notre époque, servie par des procédés rapides, qui a multiplié, comme à l'infini, les images et les statues de Marie. Il y en a, en effet, davantage, dans un seul magasin de nos jours, qu'il n'y en eut, dans toute la chrétienté, pendant les quatre ou cinq premiers siècles de l'Eglise.

 

Première période : — II nous reste bien peu de représentations de la sainte Vierge, remontant aux premiers siècles du christianisme. A peine peut-on citer quelques peintures des catacombes romaines, pour montrer qu'il en existait déjà. Mais, il n'y a là rien d'étonnant et il en est de même pour d'autres sujets, le crucifix, par exemple, si commun de nos jours et dont il n'y a aucune représentation datant des premiers siècles. Il y avait alors fort peu de peintures religieuses et le temps en a détruit la plus grande partie.

On peut faire la même remarque sur les évangiles dont on ne possède aucun exemplaire remontant aux trois premiers siècles. Il y eu avait pourtant certainement dans toutes les églises. Constantin, nous disent ses historiens, en fit faire un grand nombre de très belles copies. Or, toutes ont disparu. Là encore, le temps a été le grand ennemi.

De plus, les arts étaient au service du paganisme. Enfin, il est bien certain que les persécutions, qui obligeaient les chrétiens à se cacher, ne favorisaient pas les peintures pieuses murales ou autres.

 

Les catacombes. — Au cours du XIX° siècle, l'illustre Rossi, explorateur des catacombes romaines, mit au jour de nombreuses peintures, décorant des tombes chrétiennes. Elles étaient assez mal conservées sans doute, mais, parmi elles, il fut possible de retrouver une illustration sommaire des principales vérités de la foi chrétienne et, entre autres, de ce qui regarde le culte de Marie.

 

Quelques-unes de ces peintures. — Il faut citer, parmi ces peintures, quelques-unes des plus remarquables, non pour leur cachet artistique, mais pour leur valeur historique et documentaire.

La plus ancienne, celle du cimetière de Priscille, daterait du milieu du second siècle. On y voit la sainte Vierge assise, tenant l'enfant Jésus et, tout auprès, le prophète Isaïe, reconnaissable au rouleau de ses prophéties, qu'il tient de la main gauche, tandis que de la droite, il montre une étoile, la grande lumière qu'il a prédite (Is. IX, I) La paroi, fort endommagée, ne laisse plus voir qu'une partie de la scène représentée.

On peut citer encore un certain nombre d'images qui s'apparentent par leur attitude et qui ont reçu le nom de Vierges orantes ou priantes. On y voit, en effet, là sainte Vierge en prière, les bras étendus, selon la coutume d'alors, que continuent encore les prêtres à certains moments de la messe, dans l'antique rite lyonnais. Il y en a de deux genres : la sainte Vierge seule ou avec l'enfant Jésus sur la poitrine.

De ce dernier genre est celle du cimetière ostrien, qui date du IV° siècle.

Les catacombes nous montrent encore la plus ancienne représentation de l'Annonciation. Elle dérange un peu nos habitudes de voir l'ange Gabriel avec des ailes, mais elle manifeste bien, à la romaine, la dignité de Marie, assise comme une matrone, pendant qu'on lui parle debout, respectueusement.

 

Signification de ces peintures. — Faute de textes accompagnant ces peintures, on est parfois réduit à des hypothèses. D'autre part, ces images, placées sur des tombeaux, ne sont pas destinées à orner des autels consacrés à Marie et à nous exciter à la prier. C'est néanmoins une preuve certaine du culte de la sainte Vierge. En effet, à la même époque, on signale, en Orient, une orante représentant Marie, au dessus de la porte d'entrée de l'église de Nicée, avec cette inscription : « Prie pour les fidèles, qui entrent. » (IV° siècle) « Ainsi, dit Mgr Gay, comme l'image du Crucifix nous dit la perpétuelle oblation du Christ, l'image de l'Orante traduit la perpétuelle intercession de Marie. » Telle est encore celle (p. 139) où un potier chrétien a décoré d'un dessin un peu sec, mais précis, un fond de lampe retrouvé aux catacombes. On y voit la sainte Vierge à la place d'honneur, entre saint Pierre et saint Paul, tous trois nommés. Marie est là encore en orante, comme priant pour l'Eglise.

Avec ces rares débris d'images ou d'inscriptions il n'est guère possible de tirer une large conclusion. Toutefois il s'en dégage l'idée générale que Marie était vénérée et priée dès la plus haute antiquité chrétienne. C'est une confirmation de ce que nous apprenons d'autre part, par les textes des écrivains ecclésiastiques.

Mais bientôt vont venir avec abondance des images de plus en plus significatives.

 

Cinquième siècle. – Les Vierges de saint Luc. — Après le concile d'Ephèse, où triompha le titre de mère de Dieu, (431) se répandirent rapidement, dans toutes les églises, des reproductions d'un tableau, attribué alors à saint Luc. Ce sont des peintures, non sur toile, mais sur bois qui représentent la sainte Vierge, en buste seulement, avec l'enfant Jésus, qu'elle tient sur le bras gauche. C'est le triomphe du dogme de la maternité divine, que rappelle l'inscription grecque, abrégé de Mère de Dieu.

Ce modèle, avec de légères variantes, fut reproduit et l'est encore à des milliers d'exemplaires dans les chrétientés orientales. De là, ces images se répandirent bien vite en Occident, et surtout à l'époque des persécutions iconoclastes, guerre aux images saintes, qui dura plus d'un siècle. Ainsi, l'image vénérée à Sainte Marie Majeure, à Rome, est de ce genre. Celle qui fut envoyée de Constantinople à Charlemagne en était aussi. Celle de N.-D. du Perpétuel Secours, popularisée par les Rédemptoristes, en est de même, comme celle que les Grands Novices possèdent dans leur salle de travail et qui provient d'Athènes, ou plus exactement d'un monastère du Mont Athos.

 

Vierges de majesté. — A côté de la Vierge de saint Luc, on continue à représenter la sainte Vierge en orante et en Vierge dite de majesté. Cette dernière montre Marie assise, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. Le nimbe entoure sa tête, comme dans les Vierges de saint Luc, ainsi qu'on faisait pour les impératrices et autres grands personnages ; à la cour byzantine. C'est une très belle idée, qui ne subira plus de recul. Rien de si commun aujourd'hui que le nimbe et même la couronne royale, symboles de la gloire et de la puissance de Marie, au ciel et sur la terre.

Un des plus remarquables de ces peintures est celle retrouvée à Rome en 1900, lorsque fut mise à jour la crypte de Santa Maria Antiqua, remontant au IV° siècle.

Le nombre de ces images vénérables, datant de l'époque qui suivit le concile d'Ephèse est immense. Toutes les églises d'Orient en ont conservé ou reproduit quelque exemplaire et n'en connaissent presque pas d'autre. Les familles chrétiennes d'Orient, depuis les persécutions iconoclastes, ont pris l'habitude d'en vénérer quelqu'une, devant laquelle elles se réunissent pour prier et entretiennent une veilleuse, chaque nuit.

 

Fin du moyen âge. Les statues. — La fin du moyen âge, où furent bâties tant d'églises et de monastères, voit se multiplier en Occident les images de la sainte Vierge et apparaître les statues. Les premiers siècles chrétiens proscrivaient ces dernières, à cause de leur usage païen. Le monde, alors, était couvert d'idoles, souvent artistiques sans doute, mais représentant les taux dieux.

Pourtant, une fois le paganisme détruit, la proscription cessa, du moins en Occident, car l'Orient chrétien les proscrit encore rigoureusement. Mais, quand il n'y eut phis d'idoles à sculpter, il n'y eut aussi plus de statuaires. La sculpture disparut du monde du V° au XI° siècle, a pu dire Gillet. Aussi, on assiste à de longs tâtonnements et les plus anciennes de nos statues, généralement en bois, et ne remontant pas au delà du XII° siècle, ou, au plus, du XI°, sont d'un art tout à fait rudimentaire. Le R. P. Fabre (Art Chrétien, p. 116) a pu les qualifier de barbares.

 

Vierges noires. — Vierges à manteaux. — Il faut Mentionner, à cette époque, 'bon nombre de statues qui ont pris un aspect noirâtre, soit que le bois ait bruni, soit pour d'autres motifs, sur lesquels on discute encore. On les appelle Vierges noires. On peut citer, comme exemple, celle du Puy.

Ces antiques statues, noires ou autres, sont le plus souvent habillées de riches manteaux, ne laissant voir que la tête. On les place ordinairement dans les cryptes des églises, à moins qu'on ne dispose de chapelles où règne une demi-obscurité. Beaucoup de Frères ont prié devant celle de Fourvière, où le V. P. Champagnat lui- même s'est tant de fois agenouillé.

On a, en plusieurs lieux, attribué à saint Luc quelques-unes de ces antiques statues. Mais, ce qu'on sait de la répulsion des Juifs et des premiers chrétiens pour toute image taillée, ne permet pas d'admettre cette hypothèse.

On est même allé plus loin et on a cité des statues, dites achéropites, c'est-à-dire faites, non de la main des hommes, mais par les anges. Ces traditions sans preuves sont aujourd'hui abandonnées.

 

Vierges gothiques. — La fin du moyen âge voit la construction des merveilleuses cathédrales gothiques. Leurs formes élancées nécessitent l'allongement en hauteur des divers éléments : fenêtres, portes, piliers, etc. … La statuaire, qui a progressé, suit la même tendance. Aussi, elle représente bien vite la sainte Vierge debout. Les Vierges, jusque-là assises, se lèvent, portant l'enfant Jésus, non plus « dans l'axe » ; suivant l'expression technique, mais sur un de leurs bras, comme on le voit, à la Vierge dorée de la cathédrale d'Amiens, une des merveilles de l'époque.

Cette pose nouvelle est un enrichissement que l'on a soigneusement conservé depuis, pour s'en servir très souvent beaucoup de très belles statues montrent Marie, ainsi représentée, sur le sommet de tours, de clochers, de collines.

 

Symboles. — On ajoute souvent à l'image de la sainte Vierge quelque symbole, comme la couronne royale sur la tête ou le sceptre entre les mains. Quant à l'enfant Jésus, on lui voit non seulement l'évangile, seul attribut primitif, mais encore, parfois, le globe du monde. (Amiens).

Puis, les artistes, suivant leur fantaisie, lui placent entre les mains, parfois un oiseau, une fleur, un fruit, etc. avec lesquels la sainte Vierge semble l'amuser. C'est sans doute pour traduire des sentiments de tendresse maternelle. Mais, c'est un commencement de décadence. On mêle ainsi des sentiments terrestres à ceux jusque-là seuls représentés de vénération et de prière, qui semblaient ne se rapporter qu'au ciel. Les peintres ne sauront bientôt plus garder de limites.

– A vrai dire, tant qu'il ne s'agit que d'une colombe, comme à N.-D. du Marthuret, en Auvergne, on peut y voir le symbole de l'âme chrétienne, confiée par Marie à Jésus.

Les poètes qui- devinent tant de choses l'ont bien compris. Voici, par exemple, quelques strophes détachées d'un poème de L. Mercier, sur N.-D. du Marthuret :

 

Entre ses paumes, l'Enfant-Dieu

Tient une Jeune tourterelle

Qui palpite, effrayée un peu

Des doigts divins posés sur elle

Un oiseau ? Qu'est-ce que cela ?

Le serviteur de Notre-Dame

Qui, plein d'amour, le cisela

N'a-t-il pas figuré son âme ?

Sans doute, lest nôtres aussi.

O Jésus, puisses-tu les prendre,

Nos âmes, comme ; celle-ci,

Dans ta main souveraine et tendre!

 

De même, le raisin qu'on voit à Afflighem (Belgique), à la reproduction de la statue qui, selon la tradition, salua Saint Bernard, peut, avec la sainte Ecriture, signifier l'allégresse et, par suite, convenir à Marie, source de notre joie.

Mais on verra, un jour, Baroccio peindre une Madone au chat, Murillo, d'ordinaire si admirablement inspiré, une sainte Famille au petit chien, Titien une Vierge au lapin, etc. … ce qui n'a plus aucun sens religieux, il faut bien en convenir.

Mais ici nous anticipons. Soulignons plutôt que le moyen âge finissant est à la fois très pieux et commence à devenir très artiste, se dégageant petit à petit des types rigides et peu nombreux que le passé lui avait légués.

 

Les Primitifs. — C'est vers cette époque, en Italie d'abord, qu'on commence à représenter la sainte Vierge dans des scènes à multiples personnages, comme l'Annonciation, l'Adoration des mages, la Descente de la croix, etc. C'est un essai heureux pour sortir de la fixité des modèles byzantins. Les premiers peintres sont encore gauches et naïfs, leurs tableaux ont pour nous d'amusants anachronismes, mais leurs sentiments sont pieux et délicats.

Il faut citer parmi eux, dont beaucoup sont restés inconnus et qu'on désigne du nom générique de Primitifs, deux noms parvenus jusqu'à nous : Giotto et Fra Angelico.

 

Leur piété. — On ne peut oublier, quand on l'a aperçue une fois, la physionomie de la sainte Vierge écoutant l'ange de l'Annonciation, telle que Fra Angelico l'a peinte, penchée en avant, pour mieux entendre, le regard attentif, les mains croisées, en signe d'acquiescement.

Le Bienheureux Angelico qu'on n'a guère surpassé a peint de nombreuses Madones, toutes pareilles par un air d'angélique candeur et de céleste piété.

 

Leur confiance. — Et quel geste, à la fois familier et significatif, que celui esquissé par la sainte Vierge, dans le tableau de Giotto, où il a représenté Marie priant pour saint François, qui se tient derrière elle. Elle le montre à son divin Fils, de son pouce retourné, pendant qu'elle exprime sa prière.

C'est ce même pouvoir d'intercession et de protection que peignent d'autres Primitifs, quand ils montrent Marie, (Mater omnium) soit abritant ses serviteurs, une confrérie, une Ville ou un Ordre religieux, sous son vaste manteau, soit brandissant une massue sur la tête du démon qui veut lui ravir un de ses enfants, réfugié auprès d'elle, et tant d'autres scènes analogues, populaires au Moyen âge.

 

Renaissance. —.Mais voici la Renaissance! La peinture et la sculpture, arrivées à la pleine maturité, vont représenter Marie seule ou dans diverses scènes, avec un art qui n'a plus été dépassé. Il est vrai que les artistes n'ont pas toujours su conserver les sentiments chrétiens de leurs prédécesseurs.

 

Artistes de la Renaissance. — On ne peut citer ici que quelques noms parmi les plus représentatifs. La liste complète tiendrait des pages, si l'on voulait noter toutes les peintures .d'alors consacrées à Marie, par Pérugin, Botticelli, Ghirlandajo, Vinci, Le Corrège, della Robia, Sassoferrato, etc. …

Michel-Ange fit, tout jeune encore, sa célèbre Pietà, qui est conservée à Saint Pierre de Rome. On n'a jamais surpassé une telle sculpture et rarement atteint une telle intensité d'émotion pieuse.

Raphaël a peint environ 40 Madones. On ne peut lui refuser ni grâce souveraine des attitudes, le charme des visages, l'harmonie des couleurs, mais il semble que le parfum de piété diminue singulièrement dans quelques-unes de ces toiles immortelles, à mesure que l'art grandir,

L'Espagnol Murillo est l'incomparable peintre de Marie immaculée, dont il a répété maintes fois le motif principal : Marie suspendue dans les airs, entourée d'anges, descendant sur terre ou montant au ciel, au point que plusieurs de ses Immaculées ont été prises pour des Assomptions ou réciproquement.

Il faudrait ici reproduire une cinquantaine de ces peintures ou sculptures célèbres prises parmi les chefs-d’œuvre de la Renaissance. Heureusement qu'on en trouve dans toutes les bibliothèques. Bornons-nous à une Immaculée Conception de Murillo, un fragment de la vaste Assomption de Titien et une page hors texte où l'on voit, au N° 1, une Madone de Sassoferrato, au N° 2, un détail de la Pietà de Michel-Ange, au N° 3, une Madone de Raphaël. Le N° 4 est une peinture de Ghirlandajo et le N° 5, une Vierge au Rosaire de Murillo.

Depuis la Renaissance. — Il n'est pas possible, non plus, de passer en revue les innombrables tableaux sculptures, fresques, vitraux ; mosaïques, gravures, qui depuis la Renaissance, ont, en tout pays, décoré les églises, orné les places publiques, embelli les livres, etc. en reproduisant les traits de la très sainte Vierge.

Il n'est guère de grand artiste qui n'ait peint ou sculpté quelque Notre-Dame. Quelques uns, comme Flandrin, Ingres, Orsel y ont passé une partie de leur vie.

Tout au plus peut-on remarquer que les protestants ont empêché, dans les pays où ils ont triomphé, les arts plastiques de choisir la sainte Vierge comme sujet de nouveaux chefs d'œuvre. Les pays catholiques ont été plus heureux, Là, la peinture et la sculpture ont admirablement loué la bienheureuse Vierge Marie depuis des siècles.

 

Décadence. — Toutefois, avec le XVII° siècle s'accentue le déclin de la piété dans l'art marial et, au XVIIIe siècle, les tableaux représentant Marie sont trop souvent de simples prétextes à peindre quelque scène d'intérieur on les attitudes d'une Mère quelconque avec son enfant. Le nimbe lui-même disparaît le plus souvent du front de Notre-Dame. La sainte Vierge est pour ainsi dire, laïcisée, pour un siècle entier.

Les plus caractéristiques de ces tableaux, en se bornant à quelques-uns, sont ceux qui ont trouvé accueil dans les grands musées, où, vraiment, c'est mieux leur place que dans nos églises. Tels sont la Vierge à, la Grappe, de Mignard. Le titre seul assure qu'il s'agit de la sainte Vierge et de l'enfant Jésus. C'est gracieux, mais ce n'est plus pieux. Il en est de même de celui de Rembrandt, intitulé le Ménage du Charpentier, de celui de Fragonard qui porte le nom de Sainte Famille et de beaucoup d'autres. Même la Sainte Famille de Poussin, qu'il a peinte, arrêtée sur la route d'Egypte, n'est qu'un prétexte à montrer de beaux arbres et des ruines dans le lointain.

Le Bénédicité de Lebrun veut être une Sainte Famille et y arrive tout juste.

Il semble alors qu'on suive en peinture le précepte de Boileau, interdisant les sujets religieux. Il y a du jansénisme dans l'air et ce dernier, hostile à tout sentiment de tendresse envers Dieu, ne pouvait être que néfaste au culte de notre bonne Mère du ciel.

 

Époque récente. — De notre temps, la typographie et le moulage mettent en circulation d'innombrables représentations de la très sainte Vierge, et heureusement la dévotion a repris ses droits. Comme il y en a de torts les-prix, on né peut toujours-espérer d'y découvrir un remarquable cachet artistique. Mais, du moins, la plupart de ces images sont pieuses et réellement dignes de contribuer à notre dévotion envers la sainte Vierge. Et, d'ailleurs, il est très facile de ne porter son choix que sur celles-ci, pour peu qu'on ait du goût et de la piété. Il n'est si pauvre église qui ne possède quelque jolie statue ou beau tableau de la bénie Mère de Dieu.

On en trouve dans toutes les familles bien chrétiennes et dans toutes les communautés. Il y en a dans toutes nos classes.

Dans beaucoup de nos Collèges, notamment à Rome et à Athènes, les élèves voient l'image de Marie les accueillir au-dessus de la porte d'entrée, où ils peuvent la saluer, chaque matin.

Les grands artistes fournissent un certain nombre de modèles. Mais, tourmentés par le besoin de nouveauté, il n'est pas rare de leur voir faire de choquantes fautes de goût. Notre S. P. le Pape a même dû protester officiellement, il n'y a pas encore bien longtemps, contre certaines horreurs qu'on trouve un peu partout et hélas ! jusque dans des missels. Il serait ici bien facile de citer des noms !

Le plus souvent, pourtant, surgit l'illustration de quelque belle idée, pleine de sens chrétien. Telle est, pour en citer une, N.-D. de Brebières, où, la statue de la sainte Vierge nous la montre en bergère, entourée de brebis confiantes, l'enfant Jésus portant un agneau dans ses bras. L'allusion, tirée du nom même de l'endroit, est limpide ; un enfant la comprend.

Telle est encore la Madone à l'Olivier de Barabino devenue si rapidement populaire ou le Repos au pied du sphinx, d'Olivier-Merson, montrant Marie tenant entre ses bras Jésus endormi, qui commence à illuminer la nuit du paganisme.

 

Types plus répandus. — Parmi les belles et dévotes peintures ou sculptures que le dernier, siècle n'a cessé de multiplier, il faut signaler quelques types nouveaux et bien connus, dont deux, d'ailleurs, ont été fournis par la sainte Vierge elle-même.

Ce sont : 1° la Vierge de la Médaille miraculeuse et 2° la Vierge de Lourdes, qu'il est inutile de décrire, puisque tout le monde les connait.

Notre-Dame du Puy, N.-D. de la Garde et autres du même genre, de dimensions moins grandioses, grandioses la même idée  : Marie mère de Dieu, dont elle obtient, qu'il nous bénisse. La sainte Vierge porte, sur un de ses bras, l'enfant Jésus, et celui-ci fait le geste de bénir.

La statue que nous pouvons bien appeler N.-D. de Grugliasco, et que notre Institut a emportée de Saint-Genis, en 1903, pour la sauver de la main des Méchants, est de ce genre. C'est une des plus belles qui soient au monde.

 

Conclusion. — Il faut arrêter ici ces courtes pages sur un sujet qui a fourni bien des volumes, notamment ceux de Cécile Jéglot, et qu'on n'a pu qu'effleurer rapidement.

Comme on le voit, rien aujourd'hui de si commun que des images belles et pieuses de la très sainte Vierge, soit dans nos maisons, soit dans nos églises, soit dans les rues et autres lieux publics. Il y en a près de 200 dans la seule ville de Lyon, aux angles des maisons. Chacun sait que c'est par les lampes allumées la nuit devant les madones qu'a commencé l'éclairage des villes, au moyen-âge.

Partout elles rendent plus sensible, au milieu de nous, la présence de notre céleste Mère et nous rappellent son doux souvenir.

Que de prières elles ont inspirées, que de pieuses pensées elles ont fait naître! De combien de faveurs de la Reine du ciel n'ont-elles pas été l'occasion ?

Nous ne saurions trop les multiplier autour de nous. C'est d'ailleurs l'intention de nos saintes Règles, où nous lisons, à l'art. 52, que l'image ou la statue de Marie doit être dans tous les lieux réguliers de nos maisons. Ce n'est pas précisément pour développer notre goût artistique, mais bien pour soutenir et nourrir notre piété envers notre céleste Mère et Patronne. Qu'elle soit donc à jamais bénie dans tous les siècles, par le génie des artistes qu'elle a si bien inspirés! Surtout, qu'elle soit à jamais priée devant ses images, dont beaucoup ont mérité le titre de miraculeuses! Et qu'elle continue à protéger ses enfants chéris, spécialement tous nos Frères et tous nos élèves!

 

 


 

 

 

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