Le B. P. Fondateur Ă©ducateur

Fr. Lorenzo

19/Oct/2010

IV. Homme d'action.

c) Formateur d'élite par l'appel à la collaboration (suite).

Savoir se faire aider, encore et surtout, pour parfaire la formation de ses disciples : c'est à l'œuvre que l'ouvrier reconnaît ses déficiences, ses besoins de lumière et de forces. Nécessité donc de ce qu'on peut appeler l'action dirigée; on reste enfant aussi longtemps qu'on n'a pas quelque responsabilité. Y a-t-on pensé dans nos maisons de formation ?

Le Vénérable Père avait merveilleusement compris ce double aspect de la collaboration : Il sut se faire aider.

Dès le début, il voulut donner à ses Frères un Directeur qui marchât à leur tête pour les conduire, pour maintenir le règlement et reprendre ceux qui l'enfreindraient1. « Ce Directeur, si peu formé fût-il, s'acquittait de son emploi avec prudence, zèle, douceur et fermeté », nous dit F. Jean-Baptiste. Chaque semaine, il adressait aux Frères une exhortation « ordinairement très animée mais toujours simple et pratique2 ».

Dès cette époque, chacun se choisit un moniteur pour être averti de ses défauts. « Un Frère des plus pieux de la maison était chargé de suivre les nouveaux venus et d'indiquer au Fondateur ceux qui avaient de la peine à s'habituer, de même que ceux qui balançaient dans leur vocation3. »

Le Vénérable Père recourt facilement à l'aide de ses Frères. Un postulant est hésitant et veut se retirer ; il le confie au Frère cuisinier ; celui-ci sait si bien le stimuler qu'au lieu de demander à se retirer, le postulant sollicite une soutane et devient l'excellent F. Jérôme4.

On sait le rôle joué par le bon F. Stanislas dans ce domaine. « Il y avait dans cet excellent Frère, un tel attachement pour les membres de l'Institut, un tel zèle pour la sanctification de tous, une telle abnégation de lui-même, une telle énergie dans ses paroles et dans sa volonté, un tel cachet de vertu et de sainteté dans sa conduite, qu'il n'y avait presque pas possibilité de lui résister ! Oh ! que de Frères lui doivent après Dieu la persévérance dans leur vocation. »

F. Cassien est tenté et regrette les austérités auxquelles il pouvait se livrer avant sa profession. Pour le guérir, le Père lui envoie F. Bonaventure qui sort du noviciat. « La vertu de ce Frère m'a guéri complètement de ma tentation », écrit F. Cassien.

Pour se faire seconder avec plus de fruits, pour assurer la pérennité de son œuvre, le Vénérable Père eut soin de former une élite susceptible d'en conserver et d'en propager l'esprit : il apporta un soin tout particulier à l'éducation des Directeurs.

Il les instruisait sérieusement de leurs devoirs, leur donnait des conférences spéciales, avait avec eux des entretiens particuliers et entretenait une correspondance suivie. Il les admettait dans son conseil, les mettait en face de cas concrets, prenait leur avis. « Quelquefois, après avoir débattu en conseil les avantages et es inconvénients d'une mesure, il en confiait l'exécution à un Frère et laissait à son jugement le soin de la traiter pour le mieux. Une fois l'affaire terminée, il demandait compte de la manière dont elle avait été accomplie, louait et approuvait ce qu'il jugeait bon, indiquait quel moyen on aurait dû prendre pour écarter une difficulté, pour vaincre un obstacle, pour concilier un différend, ou se contentait de dire que si l'on avait pris telle autre voie, on aurait mieux réussi5. »

De l'ensemble des instructions, avis, conseils, et méthode du Vénérable sur ce sujet, le F. Jean-Baptiste a tiré le chapitre XVII de la biographie du Fondateur et surtout son précieux livre : Le bon Supérieur, que plusieurs congrégations nous envient.

 

V. Éducateur vingt-quatre heures par jour. — a) Habileté à tirer parti de toutes les circonstances. Le P. Champagnat était l'opposé de ces maîtres à compartiments étanches qui sont successivement professeurs de morale, de langues, de mathématiques ou d'histoire, sans compénétration ni communication aucune entre chaque branche. Il fit merveilleusement ce que l'on prône aujourd'hui, la concentration des matières ; ou plutôt, il réalisa ce qu'il recommanda lui-même avec tant d'instance, la création d'une atmosphère religieuse.

 Il avait profondément à cœur la formation religieuse et professionnelle de ses Frères. On peut dire que cette idée l'a obsédé continuellement, qu'elle fut la raison d'être, le but et le stimulant de toute sa vie. Il y travaille par ses instructions, par ses exemples, par ses conseils, ses réprimandes et ses corrections. Son esprit est constamment en éveil pour glisser une réflexion ; son cœur trouve toujours le mot qui console, qui encourage, stimule les énergies ou découvre des horizons nouveaux.

C'est une parole qu'il a attrapée au vol et qui devient l'occasion d'une instruction ou d'un conseil : « Ce n'est qu'un Frère ! Ces quarts de Frères ! — Ce péché n'a nui à personne ! et ce sont les thèmes de beaux chapitres dans Avis, leçons, sentences.

Quelquefois il tire parti d'un fait banal comme le moule de F. Bonaventure et ce sont des directives précieuses pour le maître des novices. C'est le F. Hippolyte avec sa lampe et sa leçon sur la réflexion. C'est la mort du F. Pacôme et le rapprochement entre l'anévrisme et l'irrégularité. C'est la mort du bon F. Dorothée et la comparaison entre la phtisie qui mine l'organisme et la tiédeur qui conduit au péché mortel.

C'est parfois la question d'un Frère qui donne naissance à un développement ; ainsi nous avons : pourquoi le démon nous tente, les petites vertus du F. Laurent, la solide vertu du F. Chrysostome.

D'autres fois, c'est lui-même qui pose la question et des réponses, il prend occasion d'une conférence ou de quelques avis : Qu'est-ce qu'un saint ? — Quel est le meilleur moyen pour réussir ?

Il profite de l'Évangile : les premières places qu'il désire pour ses Frères. Il profite des placements : l'importance de bien accomplir son devoir d'état.

Il est éducateur à tout instant et partout : à la salle de conférences sans doute, au tribunal de la pénitence ou à son bureau de direction ; en classe : l'histoire de Clovis, la leçon de géographie et celle de géométrie ; en récréation aussi, où il explique par exemple « ce que c'est que perdre sa vocation », où il parle « des Frères qu'il n'aime pas » ; au réfectoire : « ce que c'est qu'un saint », la vie de saint François d'Assise et la sainte joie » ; en voyage : il instruit son compagnon, que ce soit F. Jean-Baptiste et les causes de malaises d'un établissement ou le Frère qui a soif, etc. …

En résumé, on peut dire, qu'il avait su créer un climat intensément religieux. Nos catéchismes n'auront de valeur, notre enseignement ne portera des fruits que dans la mesure où le fluide émanant de notre âme ardente, saura créer dans nos classes cette atmosphère religieuse qui fait que nos écoles sont des écoles chrétiennes et non laïques. Sans faire de sermons à tout propos, il faut que la façon de présenter les faits, d'apprécier les événements, de critiquer une page de littérature, d'accomplir nos actions et de faire agir les élèves, soit fortement imprégnée d'esprit religieux. C'est alors seulement que nous ferons des chrétiens et des hommes dans le sens plénier du moi. Ah ! si nous arrivions à vivre pleinement la doctrine du Corps mystique et à en faire vivre nos élèves, quelle merveilleuse formation nous donnerions ! Un feuillet intitulé: « L'idéal qu'il te faut, Jésus à ton âge », pourrait nous y aider grandement.

b) Art de capter l'attention. a Ses instructions étaient courtes, mais animées et pleines de feu. » Trois qualités essentielles pour qu'elles portent des fruits ! Animées et pleines de feu, elles fixaient l'attention, gagnaient les cœurs, excitaient les enthousiasmes et déclenchaient les volontés ; courtes, elles n'avaient pas le temps de fatiguer, de sorte que toutes les facultés restaient en alerte jusqu'au moment de passer à l'action.

Voici ce qu'en dit F. Jean-Baptiste : « Le style du P. Champagnat, quoique très simple, était noble et énergique, sa parole pleine de feu, son ton pénétré, sa figure animée : tout en lui annonçait un homme rempli de l'esprit de Dieu. C'était là ce qui touchait, ce qui rendait ses instructions intéressantes aux Frères, et ce qui les leur faisait préférer à celles des prédicateurs les plus renommés. Un sentiment de satisfaction se manifestait sur tous les visages, quand on le voyait monter en chaire. Jamais on n'était rassasié de l'entendre et on aimait mieux ses instructions familières, ses exhortations paternelles, ses répétitions même que les discours les mieux travaillés6.

Instructions familières, exhortations paternelles, répétitions : voilà le secret de l'influence de sa parole. Instructions familières : ce sont presque des conversations avec ses auditeurs. Il interroge : « Qu'est-ce qu'un saint ? Combien y a-t-il d'églises ? Pourquoi Dieu appelle-t-il la charité son commandement ? Quelle est la cause de la désunion dans une communauté ? Devinez quels sont les Frères que je n'aime pas ? ». C'est le feu roulant des questions au F. Louis : Frère Louis aimez-vous ?… Rappelons le dialogue avec F. Damien, avec F. Dorothée, avec les petits Frères qui veulent jeûner.

Il sait provoquer les questions : « Se ne comprends pas ce que vous entendez par petites vertus ? » objecte F. Laurent. « Doutez-vous de ma vertu ? » demande F. Chrysostome, inquiet. « Mon Père y a-t-il encore des Frères que vous n'aimez pas ? » s'enquièrent les novices.

On l'interrompt pour lui poser des objections : « Mais mon Père, le Saint-Esprit recommande de châtier les enfants ?…» — « Voulez-vous me permettre de vous faire observer que es châtiments sont nécessaires….7 ».

Dans les conférences qu'il fait aux Frères Directeurs, il « accordait à tous la liberté de lui proposer leurs difficultés, de lui soumettre leurs doutes et tout ce qui les embarrassait dans le détail de leurs fonctions. Les Frères usaient largement de cette liberté sur une foule de questions d'administration8 ».

En somme il se dégage des livres du F. Jean-Baptiste, l'impression nette que le plus souvent les instructions du Vénérable Père avaient la forme d'entretiens familiers, de dialogues pour ainsi dire, auxquels tout le monde prenait une certaine part active. C'est d'ailleurs ce qu'il demandait de ses Frères dans les catéchismes.

Pour capter et soutenir l'attention, il emploie abondamment les moyens intuitifs : histoires, comparaisons, choses matérielles, faits divers, foisonnent dans ses instructions. Tout est concret et vivant : « s'exposer à la tentation, c'est jouer avec les serpents9 ». Une maison religieuse est un arbre chargé de fleurs dont les fruits sont différents10. Les novices sont un arbre qui, planté au bord des eaux et dans un terrain excellent, doit porter des fruits abondants11. Le maître des novices est le moule de tous les Frères, de toute la Congrégation12. Le directeur est à sa communauté ce que la greffe est à l'arbre ; il est le miroir de sa communauté13. Le saint cordon de Valenciennes devient le cordon de l'habit religieux, des vœux, du couvent, des règles qui garde le religieux14. Le démon c'est le chien aboyant, le rusé compère qui enivre son client ; il est comme les abeilles de saint François de Sales15.

Il faudrait encore citer des pages et des pages d'histoires, faits édifiants, applications pratiques, etc., puisés dans l'Écriture Sainte, dans l'Évangile, dans la vie des saints et des Pères du désert, dans la vie courante elle-même, qui piquent l'attention, captent l'auditoire et dont le Vénérable tire ensuite des leçons ad hoc : Saint Martin et le démon16. Vision du bienheureux Giordano17, démons tentateurs de l'homme occupé et du paresseux18, pain à chacun selon son mérite19, c'est une bonne partie des livres du F. Jean-Baptiste qu'il faudrait relever ici- Il n'est pas facile de faire la part exacte de ce qui en revient au Vénérable, mais il est certain que son biographe rend parfaitement son esprit et sa méthode.

Pour que la leçon dure, il sait aussi la fixer par des moyens concrets : les trois prédicateurs de l'amour de Dieu20, les trois premières places21 par exemple, pour n'en citer que deux. Dans les circonstances solennelles, pour frapper profondément, il sait dramatiser : le départage dans l'histoire des bas de drap, le renvoi du jeune scandaleux, à La Valla, et l'amende honorable qui suivit.

Pour fixer les idées dans les esprits, il revient souvent sur les mêmes sujets. Tout le monde sait qu'en toute occasion, le Nisi Dominus vibrait comme un son de cloche pour rappeler la confiance en Dieu. « Ses instructions roulaient presque toujours sur la piété, l'obéissance, la mortification, l'amour de Jésus, la dévotion à la Sainte Vierge et le zèle pour le salut des âmes22. On sait avec quelle insistance il revient sur l'horreur du péché, la charité fraternelle, la nécessité d'observer les petites choses et de vivre en la présence de Dieu.

 

VI. Maître de lui-même. — a) Égalité d'humeur. La maîtrise de soi est une qualité indispensable à l'éducateur. Qu'il puisse dire comme Auguste à Cinna, dans le drame cornélien :

Je suis maître de moi comme de l'univers ;

Je le suis, je veux l'être…

Pour contenir son petit monde, pour concentrer l'énergie de tous et la diriger sûrement, il faut posséder son âme et ses nerfs. Notre Vénérable Fondateur a excellé dans ce domaine. Voici le témoignage que F. Jean-Baptiste rend de lui : « Jamais aucun de nous n'a entendu sortir une plainte de sa bouche ; jamais nous ne l'avons vu s'impatienter ou nous gronder, quoiqu'il en eût souvent l'occasion par suite de notre maladresse et de nos autres défauts. Si nous ne faisions pas bien ce qu'il nous commandait, il nous montrait avec bonté de quelle manière il fallait nous y prendre ; si, malgré ses leçons, nous ne pouvions réussir, il exécutait lui-même le travail, se montrant toujours content et satisfait de notre bonne volonté23. »

« Son extérieur avait quelque chose de sévère qui au premier abord inspirait le respect et même la timidité ; mais dès qu'on avait pris contact avec lui, c'est la confiance et, l'amour qui chassaient toute crainte. Son caractère gai, ouvert, ferme, ardent était constant et uniforme. Ses manières simples et affables, sa franchise et l'air de bonté répandu sur son visage, lui gagnaient tous les cœurs. On était toujours prêt à recevoir sans peine, et même avec plaisir, ses avis, ses instructions et jusqu'à ses réprimandes.

« Si tout autre, disait un Frère, m'eût adressé une pareille réprimande, je n'aurais jamais pu la supporter ; mais tout en me disant mes vérités, il a su si bien me prendre, que non seulement je ne suis pas fâché contre lui, mais je l'aime plus qu'auparavant24.

« Ce qu'il y avait de plus admirable dans le caractère du P. Champagnat, dit F. Jean-Baptiste, c'est qu'il était toujours le même. Les épreuves, les fatigues, les maladies, les soucis de l'administration d'une nombreuse communauté, rien n'altérait la paix de son âme et la sérénité de son visage. Jamais il ne se plaignait, jamais on nec l'a vu triste et découragé. Bien loin de là, cachant ses peines et ses fatigues, il relevait sans cesse le courage de ses Frères25. »

Dans le jeu, car il lui arrivait de jouer avec ses Frères pendant les récréations, dans le jeu, comme ailleurs, il était toujours digne et retenu, quoique gai et très aimable.

Tout le monde sait avec quelle impassibilité il supporta l'affront de son curé entonnant l'O Crux Ave… pendant que le Père faisait une instruction aux fidèles. Alors que ceux-ci frémissaient d'impatience, lui sans laisser paraître aucune émotion, et sans témoigner la moindre peine, continua son instruction quand le curé eut fini de chanter.

Et ce jeune étourdi qui fit une ascension jusqu'au premier étage à dos… de saint. Conséquences ? il eut un an pour se corriger.

Même quand il fustige les coupables, on sent que ce sont des actes réfléchis, voulus, mûris dans la prière et non l'effet d'une émotion soudaine et mal contenue.

b) Science de la correction. La connaissance profonde qu'il avait du cœur humain, sa parfaite maîtrise de lui-même, sa délicate bonté et sa douce fermeté permettaient au Vénérable Père d'appliquer une correction dans les meilleures conditions possibles d'amendement.

Les misères de ses Frères le touchaient sans jamais l'irriter. Il a dû quelquefois reprendre certains Frères avec fermeté ; mais jamais on ne l'a vu se fâcher contre les coupables, ni leur parler avec colère.

Il cherchait d'abord à s'insinuer dans l'esprit, à gagner le cœur de celui qu'il reprenait, afin de lui faire avouer lui-même sa faute, puis il lui donnait avec bonté les moyens de s'en corriger. Il tenait compte des circonstances qui pouvaient atténuer la gravité d'une faute, telles que le temps, l'âge, le caractère. En général, il était indulgent pour les jeunes gens lorsqu'il les voyait animés de bonne volonté. Frère Sylvestre est presque félicité pour avoir monté la brouette jusqu'à la salle d'étude.

La correction prend des formes variables : c'est parfois un simple regard ou bien une phrase « courte et incisive » : « Voilà qui est édifiant pour un Frère qui doit donner l'exemple26. » « Jusques à quand serez-vous enfant ? » « Vous me devez27. »

Au F. Matthieu qui paresse sur le tas de cailloux, il envoie porter un coussin. Pour faire accepter la correction sans décourager, il avait soin de faire ressortir les qualités, les progrès.

Il avait pour principe de pardonner les deux premières fois et de ne punir que la troisième : « La première fois, je pardonne ; la deuxième, on me doit; la troisième, on me paie28 ! »

Preuve irrécusable qu'il connaissait la faiblesse humaine et laissait à la bonne volonté et à la grâce le temps de faire leur œuvre. La correction doit n'avoir qu'un but, l'amendement du coupable, et la bonté fait souvent beaucoup plus que la rigueur. Notre Vénérable Père était très bon, indulgent même lorsque les principes n'étaient pas en jeu et qu'on apportait de la franchise et de la bonne volonté ; mais il savait être ferme.

Ferme lorsqu'il s'agit d'une vertu déjà solide qu'il veut éprouver et affermir : Frères directeurs employés à la cuisine, ou punis publiquement pour avoir perdu du temps ;

Ferme et irréductible lorsqu'il se butte au mauvais esprit ou à la mauvaise volonté : révolte des bas de drap, abus des sorties dans les familles, culotte de soie, etc. … ;

Ferme et intraitable lorsqu'il s'agit de préserver son troupeau : renvoi de jeunes gens qui se sont oubliés contre les mœurs ;

Ferme lorsqu'il ne trouve pas la bonne volonté, la franchise, surtout lorsque les avis répétés ne produisent pas d'effets : religieux en l'air, hypocrites, paresseux, retournés dans leur famille !

II faut un tact extraordinaire et l'esprit de Dieu pour doser à point bonté et fermeté, patience, indulgence et sévérité. Puissions-nous arriver à cette maîtrise et à ce doigté que possédait si bien notre Vénérable Fondateur !

 

Conclusion. — Le sujet est loin d'être épuisé ; les caractéristiques les plus importantes, les traits les plus attrayants n'ont pas été touchés.

Pour réussir en éducation, il faut un amour sincère et profond, un dévouement inlassable et sans bornes, un zèle véritable et éclairé, une grande bonté qui sait se faire aimer et évite de rebuter, la patience qui attend l'heure de la moisson sans rien brusquer ni se décourager, l'énergie qui surmonte les difficultés, l'autorité qui impose une discipline forte mais douce, la prudence qui permet d'éviter les écarts ou les pas imprudents. Chacun de ces points demanderait un assez long développement, d'ailleurs F. Jean-Baptiste les a assez bien expliqués dans la vie du Vénérable ainsi que les vertus morales, sans lesquelles il ne saurait y avoir d'éducation véritable : amour de Dieu, esprit de prière, humilité, confiance en Dieu, etc. …

Le fait de glisser sur ces points pour appuyer sur d'autres moins connus, n'implique ni dédain, ni mépris. Ces qualités primordiales de l'éducateur sont les seules vraiment indispensables ; elles seules entraînent.

Les saints, « ils n'ont qu'à exister : leur existence est un appel », dit Bergson ; mais tout, chez eux, constitue un appel et le côté humain, tout secondaire qu'il est, n'est pas à dédaigner.

Puissent ces quelques considérations, nous faire mieux apprécier notre Père et maître : notre Vénérable Fondateur. Comme tous les saints, il a été à la page, on peut même dire qu'il a été quelques pages avant son époque. Nous n'avons pas à rougir de marcher sur ses traces.

Entendons son appel ; qu'un égal zèle des âmes enflamme nos cœurs ! A un siècle de distance son dynamisme est assez puissant pour nous lancer vers la conquête des sommets. Comme lui mettons à la base de notre apostolat, les vertus surnaturelles ; que notre action soit d'abord et surtout le rayonnement d'une âme consumée d'amour ; mais n'oublions pas que notre valeur humaine a aussi sa puissance au moins comme instrument. Visons donc à être des éducateurs parfaits, et pour cela cultivons notre être tout entier, en gardant la hiérarchie des valeurs sans doute, mais sans en mépriser ni en négliger aucune.

Ame de feu débordante d'amour de Dieu, intelligence lucide et éclairée, connaissance approfondie des hommes et des choses, caractère ferme mais doux, pleine possession de tout notre être, profonde conviction de la noblesse de notre tâche, volonté irréductible de nous y consacrer pleinement, puis dynamisme entraînant : voilà ce qu'il faut pour produire des fruits durables dans notre mission d'éducateur de la jeunesse. Voilà ce que notre Père attend de nous ; nous n'avons pas le droit de reculer : le premier il nous a tracé la voie et comme le divin Maître à ses apôtres, il nous dit : Duc in altum!

Qui l'aime, le suive.

                               Fr. Lorenzo.

_______________________

1 Vie, p. 95.

2 Id. p. 98.

3 Id., p. 518.

4 Id., p. 521.

5 Vie, p. 505.

6 Vie, p. 335.

7 Avis, p. 55.

8 Vie, p. 505.

9 Avis, p. 73.

10 Avis, p. 289.

11 Biographie. p. 89.

12 Biographie, p. 88.

13 Vie, p. 503.

14 Avis, p. 169.

15 Avis, p. 166.

16 Avis, p. 159.

17 Avis, p. 175.

18 Vie, p. 469.

19 Avis, p. 86.

20 Biographie, p. 19.

21 Avis, p. 63.

22 Vie, p. 135.

23 Ibidem, p. 135.

24 Vie, p. 312.

25 Vie, p. 312.

26 Vie, p. 490.

27 Vie, p. 490 et 491.

28 Vie, p. 491.

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