Le Bx. Champagnat dans ses instructions et sermons inédits

F. A. BALKO

11/Jun/2010

Brother Avit quotes Brother Jean-Baptiste as expressing the private opinion that «You only put what is good into biographies ». Does this mean that his « Life » of Fr. Champagnat is more an ideal portrait? Will the Founder's hitherto unpublished « Sermons » give us a true picture of his personality?

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El Hermano Avit refiere esta confidencia del H. Jean- Baptiste: « Solo se escribe lo bueno en las biografías ». ¿Significa esto una cierta idealización en la « Vida » del P. Champagnat? ¿Tal vez un estudio de los « Sermones » pueda darnos un concepto más justo de su personalidad?

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O Irmáo Avit cita esta confidencia do Irmáo foáo Baptista: « Só se escrevé o lado bom ñas biografías ». Nao haverá, portanto, na vida do Padre Champagnat algo de idealizacao? Um estudo dos « Sermóes » poderá levar-nos a um conceito mais justo sobre sua personalidade?

 

Nous pensons tous connaître le Père Champagnat grâce aux « Livres de l'Institut » et aux travaux ultérieurs qui ont pour but de nous les faire assimiler. La série de ces études commence par la circulaire du 6 janvier 1857 du Révérend Frère François sur les exemples et les maximes du Bienheureux Fondateur, entièrement composée avec des extraits de la « Vie de Joseph-Benoît-Marcellin Champagnat, prêtre, fondateur de la Société des Petits-Frères-de-Marie » par un de ses premiers disciples, Lyon, 1856. Le Frère Jean-Baptiste a compris la nécessité de combler une lacune importante dans l'œuvre du Fondateur. Celui-ci, en effet, n'a pratiquement pas laissé par écrit une doctrine à l'usage de ses fils spirituels. Si l'esprit et les traditions des origines ont pu être transmis à toutes les générations jusqu'à la nôtre, c'est grâce au travail obstiné de ce disciple de la première heure.

 

La « Vie » par le Frère Jean-Baptiste: exactitude ou édification?

Cependant, malgré ses mérites, l'auteur de la « Vie » est un homme du 19ième siècle qui néglige de justifier ses assertions par la référence directe aux sources, et vise davantage l'édification que l'exactitude historique et psychologique, selon cette confidence faite au Frère Avit: « On ne met que ce qui est bien dans les biographies ». (Abrégé des Annales, p. 619). Qui ne voit pas alors le danger d'une synthèse où une optique personnelle préside au choix des matériaux et dans laquelle la part de la reconstitution doctrinale est pratiquement incontrôlable?

Le Frère Jean-Baptiste nous dit bien qu'il s'est servi des témoignages écrits et oraux de personnes qui ont connu le Père Champagnat, ainsi que des écrits de celui-ci, mais il a cru bon de-soustraire à la postérité la documentation qu'il avait recueillie. S'il a raison de présenter le Fondateur dans les perspectives de son temps, et son succès parle en sa faveur, nous sommes fort démunis dans notre dessein de retrouver les éléments primitifs derrière la synthèse, afin de demander au Fondateur des exemples et des consignes pour notre temps. Sous le revêtement épais appliqué par une piété filiale trop empressée, nous aimerions retrouver les vieilles pierres, en sentir la rugosité, en voir scintiller les cristaux sous le soleil et la lumière.

 

D'où: recherche des nuances moins connues de la personnalité du P. Champagnat.

Après un siècle de commentaires des ouvrages du Frère Jean-Baptiste, c'est la soif de la documentation historique de première main qui anime les recherches du Frère Pierre Zind1 et du Frère Gabriel Michel2 sur les années obscures de Marcellin Champagnat et les débuts de son œuvre. C'est également dans cette hantise du contact direct avec la personnalité du Père Champagnat que j'ai entrepris d'examiner de près les manuscrits qui nous sont restés de ses sermons et instructions. Ce tête-à-tête direct avec un homme aux prises avec les difficultés de la composition a suggéré quelques vues sur son caractère, sur la nature et les limites de son intelligence, sur ses positions doctrinales et sur les orientations de sa vie spirituelle.

 

I. – LES MANUSCRITS ET LEURS SOURCES3

In the archives there are some manuscript Sermon notes of Fr. Champagnat (The typed copy represents 140 pages of manuscript).

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En los Archivos existen manuscritos de la preparación de los sermones del Beato Fundador. (Su copia mecanográfica representa unas 140 páginas).

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Existem, nos arquivos, textos manuscritos de preparaçâo dos sermoes do P. Champagnat. (A copia datilografada preenche urnas 140 páginas).

 

1. – Les manuscrits:

a) en quoi ils consistent.

Sermons et instructions sont écrits sur des feuilles de papier non rayé, de format divers, souvent recueillies en petits cahiers (Archives, 134/1-28). Quelques ébauches sont disséminées dans les cahiers, parmi des notes de toute espèce (Archives, 132/1-10). Il existe, également aux archives, une copie dactylographiée des sermons et instructions avec d'autres écrits du Père Champagnat. Par raison de commodité nous nous servons de cette copie, et en adoptons la pagination, après avoir vérifié son texte sur les documents originaux.

Au stade actuel de la recherche on n'est pas en mesure d'assigner une date précise à la grande majorité des sermons et instructions du Bienheureux Père Champagnat. Il y a cependant quelques points de repère. Dans un canevas relatant le résumé des méditations que le Père Champagnat propose aux Frères, nous relevons la date du mercredi, 10 octobre 1838. Le deuxième sermon « Memorare novissima » mentionne le jubilé parmi les observances à ne pas négliger. Or la Bulle de proclamation de ce jubilé accordé par Léon XII porte la date du 24 mai 1824. D'après sa place entre d'autres notes datées dans le cahier n. 8, le petit discours sur l'Assomption a été prononcé le 15 août 1832.

L'ensemble des textes pouvant être considérés comme sermons ou instructions, ou ébauches d'un sujet d'allocution, occupe environ 140 pages dactylographiées. De longueur très diverse, ces sujets peuvent occuper jusqu'à 20 pages, comme le sermon sur le délai de conversion, ou ne consister qu'en une esquisse de quelques lignes, un questionnaire d'une demi-page. En général l'abbé Champagnat ne pèche pas par la longueur, et l'on pourrait retenir l'exemple du sermon sur la conversion, entièrement de sa main, qui s'étend sur trois bonnes pages.

b) Destination et Thèmes.

Sur l'ensemble, quelques instructions seulement s'adressent sûrement aux Frères: De l'humilité, Instruction sur le vœu d'obéissance, les schémas de méditation pour la retraite, Instruction pour le compte de conscience. Pour le reste, les thèmes abordés par le Père Champagnat peuvent être classés sous les quatre titres suivants: grandes vérités, année liturgique, pratique des sacrements, exhortations morales; l'ordre de la mention correspondant à l'importance respective du groupe.

La place accordée aux grandes vérités reflète bien les conventions et les usages des prédicateurs de la Restauration: 4 sermons sur l'enfer, 8 sermons sur la mort du pécheur, 1 sur la fin de l'homme, 1 sur la conversion, 1 sur le délai de la conversion; environ 75 pages. La série liturgique comprend 2 sermons sur le rosaire, 1 sur la Purification, 1 sur la Toussaint, 1 sur la Trinité (Sacré-Cœur, Fête-Dieu), 2 sur les quarante heures: 30 pages environ. Les instructions sur les sacrements de pénitence et d'eucharistie sont reprises en deux séries parallèles; la contrition et la satisfaction sont même l'objet de trois ébauches. Si le nombre des pages consacrées aux différents sujets n'a qu'une signification très relative, beaucoup de thèmes demeurant inachevés ou n'étant qu'ébauchés, l'application de ce critère aux causeries sur les sacrements nous induirait certainement en erreur, la plupart des textes se réduisant à des canevas.

Le groupe des exhortations morales comporte deux sermons sur le pardon des injures, 1 sur l'ivrognerie, 1 sur l'impureté, une instruction sur les devoirs des parents et des maîtres, 3 sur la sanctification du dimanche, une sur la prière. Nous pourrions y joindre les deux sermons sur l'aumône et sur la^ reconnaissance, mentionnés par le Frère Avit dans les Annales de la maison de l'Hermitage, aux pages 27-28 (Archives n. 213/26), et qui ne figurent pas dans les archives. C'est aussi le cas d'un sermon sur l'impénitence, à ajouter au groupe des grandes vérités.

c) Choix de thème ou absence de thème permettent-ils d'entrevoir des conclusions?

Cette revue rapide donne l'idée d'un ensemble assez complet, capable d'éclairer et d'entretenir la vie chrétienne des paroissiens. Cependant deux remarques viennent spontanément à l'esprit. L'abbé Champagnat était bien de son temps en accordant la part du lion aux grandes vérités. La chose n'est que normale chez un homme aux ressources intellectuelles modestes et difficilement capable d'initiative en ce domaine. L'absence de textes concernant directement l'amour du Christ et la vie d'union avec lui, (sauf dans les schémas de sujets de méditation), peut nous surprendre davantage. Nous donnerions volontiers la même explication que dans le cas précédent. Il est probable que cette vie intérieure, nourrie des mouvements les plus intimes de l'âme, et qui s'exprime volontiers à travers le flux insaisissable de l'affectivité, a découragé la plume du pauvre vicaire, qui se sera dédommagé dans des improvisations ferventes et pratiques, conformes au goût de ses paroissiens.

 

2. – Les sources:

The source of some of Fr. Champagnat's sermons can be traced.

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Se pueden encontrar las fuentes de cierto número de sermones del Padre Champagnat.

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Podem-se encontrar as fontes dum certo número de sermôes do P. Champagnat.

 

a) ce qui a pu être trouvé.

La condition primordiale pour l'étude des sermons et instructions, celle qui détermine la valeur de tout jugement et de toute conclusion en ce domaine, est la recherche des sources utilisées. Jusqu'à présent il a été possible d'identifier le modèle de 13 sujets abordés par le Père Champagnat. Voici les auteurs mis à contribution.

Bourdaloue (Louis), 1632-1704, célèbre prédicateur jésuite, considéré comme le réformateur de la chaire et le grand modèle des prédicateurs au temps du Père Champagnat. Celui-ci lui emprunte le sujet de trois sermons: entretien pour la fête de tous les saints, et deux ébauches sur le pardon des injures.

Bonnardel, curé de Semur-en-Brionnais, Chanoine d'Autun, publie en 1807 son « Cours d'instructions familières pour les dimanches, les fêtes, et autres jours remarquables de l'année ». Il s'inspire lui-même de Réguis, La voix du Pasteur, 1766. On souligne la clarté, la simplicité, le ton direct de ce prédicateur qu'on sent près de son peuple. L'abbé Champagnat lui est redevable, à divers degrés, de quatre emprunts: deux sermons sur la mort du pécheur, et deux esquisses sur la Très sainte Trinité et l'Assomption de la Sainte Vierge.

Chevassu (Joseph), 1674-1753, ancien élève du séminaire Saint-Irénée de Lyon, curé des Rousses, dans le diocèse de Saint-Claude, est surtout connu pour son « Missionnaire paroissial » (Lyon, 1753). Cet ouvrage comprend des prônes pour tous les jours de l'année et des conférences sur le symbole des Apôtres, sur les sacrements, et sur les commandements de Dieu et de l'Eglise. C'est cette dernière partie qui fut exploitée par le vicaire de La Valla dans la plupart de ses instructions sur le sacrement de pénitence. Le « Missionnaire paroissial » se caractérise ainsi dans sa préface: « Des instructions simples et solides, à la portée du peuple, telles qu'on les fait ordinairement dans les missions ». Bonnardel et Chevassu appartiennent également à la liste des auteurs largement copiés par le Curé d'Ars.

Le Père Cheminais de Montaigu, S.J., 1650-1689, dont les sermons furent édités par le Père Bretonneau en 1690-1692, et deux fois réédités sous la Restauration, fournit deux modèles au Père Champagnat: Sermon sur l'impureté, Sermon sur la rechute dans le péché. L'humble vicaire a de la peine à se retrouver dans les subtilités du prédicateur de métier.

Apparemment le Père Champagnat n'emprunte qu'un seul thème, (Sermon sur la Purification de la Sainte Vierge), aux huit volumes de l'« Evangile médité pour tous les jours de l'année » de Duquesne (1732-1791), qu'il avait dans sa bibliothèque personnelle. L'auteur avait été grand vicaire à Soissons, et aumônier de la Bastille. Son ouvrage, édité en 1773, a nourri la foi et la piété de bien des chrétiens pendant la Révolution.

b) Recherches à faire.

La recherche des sources des sermons et instructions du Bienheureux Père, Champagnat est loin d'être terminée, et devra donc être reprise. Je suis conscient qu'il m'en échappe; entre autres un genre de catéchisme développé ou de rituel qui semble avoir fourni le texte de quelques instructions, et qu'il n'a pas encore été possible de repérer, malgré le grand nombre d'ouvrages similaires examinés. Cependant, j'ai l'impression, qu'à partir des comparaisons rendues possibles par les sources reconnues, j'arrive, en général, à distinguer les passages qui ne sont pas de la plume du Père Champagnat, sans prétendre à l'infaillibilité, bien entendu.

C'est ainsi que je ne tiens pas compte du sermon le plus long figurant dans les manuscrits et intitulé « Sermon sur le délai de conversion ». Son style académique soutenu, son souffle oratoire, dépassent sans l'ombre d'un doute, les possibilités de l'abbé Champagnat. Toutes les recherches pour lui trouver une source étant demeurées stériles, je me suis provisoirement arrêté à l'idée que le séminariste Champagnat, doué d'esprit pratique, et connaissant son peu d'aptitude pour la composition, a relevé des sermons ou instructions modèles pour s'en servir à l'occasion. (J'ai sous la main des notes analogues d'un séminariste de 1812). D'ailleurs l'abbé Champagnat n'aura probablement pas prononcé le sermon sur le délai de conversion, puisque le texte ne semble pas comporter de traces de son intervention, alors que toutes les autres ébauches portent la marque d'une élaboration plus ou moins poussée, et plus ou moins heureuse. Quelle que soit la valeur de cette hypothèse, il est intéressant d'observer que la prévoyance vise les thèmes les plus habituels de la prédication du temps: mort du pécheur, enfer, rosaire…

 

II. – QUELQUES RESULTATS DE L'ANALYSE.

This initial study allows us to form an opinion on certain aspects of the style of Father Champagnat, on the progress he made as a preacher and the doctrine he taught.

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Este primer estudio nos permite sacar algunas conclusiones acerca del estilo del Beato P. Champagnat, de sus progresos como predicador, su doctrina…

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Este primeiro estudo leva-nos a algumas conclusôes sobre o estilo do.P. Champagnat, seus progressos de pregador, sua doutrina.

 

Il est à peine utile de mentionner que la comparaison, ligne par ligne, expression par expression, des manuscrits avec les sources est la partie la plus importante et la plus féconde de cette étude. L'attitude de l'écrivain devant son modèle, ses corrections, ses ajouts, ses omissions suggèrent bien des idées sur ses convictions, son esprit, et même son caractère. Les passages où il s'écarte de son modèle sont particulièrement précieux, puisqu'ils révèlent, outre les idées, les sentiments et les pratiques qui lui sont vraiment personnels, le style qui lui est propre, avec le degré de possession de la langue et l'aptitude à la composition.

Les deux séries des quatre sermons sur l'enfer et des cinq variantes du thème « Memorare novissima » étant des versions parallèles du même sujet, permettent une disposition synoptique qui illustre l'évolution du prédicateur dans la préparation de ses allocutions. Les autres morceaux ont fait l'objet d'une analyse plus sommaire, se basant surtout sur le résultat du travail antérieur. L'analyse dont on vient de parler a toujours été suivie d'une réflexion synthétique sur chaque sermon, groupant les remarques de détail sous les deux rubriques générales: composition, doctrine. Ce sont ces deux titres qui permettront d'en exposer les principaux résultats.

 

1. – Remarques sur la composition.

a) difficultés réelles.

Un contact sérieux avec les manuscrits du Père Champagnat constitue une surprise pour le Frère Mariste habitué à voir son Fondateur à travers la présentation étudiée et le style hagiographique de son premier biographe. Même si l'on ferme les yeux sur une ponctuation inexistante ou déroutante, et une orthographe habituellement défectueuse, comme tant d'autres à cette époque, on ne peut qu'être frappé par le fait que l'auteur de ces écrits a de la peine à construire correctement des phrases un peu complexes, et surtout, à composer des textes suivis, malgré une bonne volonté et des efforts évidents. Des échantillons de phrases incohérentes peuvent être cueillis à peu près dans tous les manuscrits. Les compositions personnelles sont rares et se font remarquer par leur indigence d'inspiration. A ma connaissance, il n'y a guère qu'un seul sermon achevé qui soit entièrement de la main de l'abbé Champagnat, le sermon sur la conversion. On aurait de la peine à lui trouver un plan logique, et les divers développements ne prennent corps que par des recours aux lieux communs et aux énumérations fastidieuses4.

 

b) et qualités réelles.

Il serait d'autre part surprenant de ne pas trouver des qualités à ces écrits. L'abbé Champagnat en manifeste plusieurs, bien que dans une modeste mesure. Il a le sens du détail vécu et concret, du dialogue avec son auditoire, et fait sentir un certain mouvement oratoire dans les sujets qui lui sont vraiment familiers, lui permettant d'être lui-même. On sent également les effets de la piété et des convictions personnelles agissantes, qui sont probablement plus efficaces que la logique des arguments pour évoquer l'idéal chrétien et mettre les âmes simples en face de Dieu. Nous venons d'énumérer des qualités de prédicateur populaire qui donnent raison aux témoignages du procès de béatification en faveur des succès en chaire de l'abbé Champagnat.

 

c) quelques constatations sur l'évolution des procédés.

D'autre part, ceux qui ont fréquenté les écrits du Père Champagnat s'accordent dans la constatation de ses progrès en orthographe et en correction grammaticale, bien qu'on puisse affirmer que son langage reste toujours défectueux, et que les phrases incohérentes signalent leur présence jusqu'aux dernières années5. Par contre, les essais de composition personnelle suggèrent plutôt une évolution parabolique. En effet, les progrès mentionnés, l'évolution de l'écriture ainsi que des procédés de préparation permettent d'apercevoir une succession dans la composition de ces écrits. La comparaison des quatre versions du sermon sur l'enfer, ainsi que des cinq versions du thème « Memorare novissima » font penser à trois étapes dans le procédé de composition. Au début, le jeune prêtre est manifestement inférieur à sa tâche. Il copie servilement son modèle, se contentant de changer quelques expressions et d'opérer des coupes qui ne respectent pas toujours la suite logique des idées; son manuscrit est habituellement inachevé. Dans un deuxième temps, c'est une entreprise plus catégorique d'adaptation. L'abbé Champagnat s'aventure dans des phrases et des développements personnels où se révèlent régulièrement ses défauts et sa faiblesse dans la composition. A un certain moment il ne rédige plus que des canevas, souvent sous forme de questionnaire. S'il suit un texte, il se contente de démarquer le modèle, pratiquement sans effort d'assimilation. Nous placerions volontiers les deux premières périodes, sans les séparer par une limite précise, au temps du vicariat de l'abbé Champagnat à La Valla, 1816-1824, époque où furent prononcés la plupart de ses sermons et instructions. Dans la suite, l'écriture devient plus expéditive; le Père Champagnat absorbé par le gouvernement de l'Institut n'a plus le loisir de s'essayer à faire des phrases, et il est probablement conscient de ses limites, ainsi que de ses vraies ressources personnelles. Cette impression s'appuie sur l'examen de quelques morceaux éparpillés dans des cahiers qui portent quelques notes datées.

Un examen attentif fait découvrir de nombreux textes qui représentent une transition entre les étapes indiquées. Ainsi la deuxième ébauche sur le thème « Statutum est omnibus hominibus semel mori » constitue un essai de recomposition du sujet à partir du modèle de Bonnardel: l'inspiration y sombre dans la platitude et s'épuise après quelques énumérations. Plus nombreux encore sont les textes qui se résignent au copiage après un essai malheureux de composition personnelle. Le morceau sur la fin de l'homme, avec sa première ébauche barrée, pourrait en constituer l'illustration même visuelle. Le rédacteur ne réussit pas à progresser dans son développement; il répète trois fois la définition du catéchisme dans l'espace de quelques lignes, accumule fautes et ratures, et… abandonne. Il recourt alors à un modèle en essayant d'abord de le maîtriser, mais il se rend bientôt et copie servilement ces phrases froides et bien faites où il ne se reconnaît pas. Si le Père Champagnat a laissé de sa vie une image de briseur de rochers (Vie, II, p. 209), l'examen de son activité intellectuelle nous habitue à des constatations bien différentes.

On pourrait alors caractériser l'évolution des procédés de préparation des sermons par le schéma suivant: texte (peu modifié), texte-travail personnel (passage de l'un à l'autre), essai de composition personnelle, travail personnel-texte (passage inverse), texte (peu modifié).

Face à cet ensemble de préparations tronquées le lecteur acquiert la conviction, que malgré son courage et son acharnement, le rédacteur de ces ébauches se mesure à un obstacle inamovible. L'appareil du discours composé est une armure de Goliath pour ce David, qui saura se servir efficacement de la fronde de l'allocution spontanée, mettant librement en valeur sa sympathie naturelle et sa ferveur. L'examen des manuscrits nous suggère, d'autre part, une haute idée de la conscience professionnelle de l'abbé Champagnat. Il recompose quatre fois le sermon sur l'enfer, cinq fois le thème « Memorare novissima », en se répétant substantiellement. S'il avait eu quelque facilité, il aurait évidemment produit des textes bien plus différents les uns des autres, sinon entièrement renouvelés.

 

2. – Contenu doctrinal.

Vu la proportion de textes copiés, l'établissement d'une doctrine personnelle de l'abbé Champagnat se révèle une entreprise difficile. On peut quand même essayer de lier quelques gerbes, ou au moins de suggérer quelques orientations, en recueillant les réactions personnelles du compilateur devant ses modèles, et surtout, en exploitant le peu de textes qui lui sont attribuables. A ma connaissance, il s'est très rarement aventuré à composer un plan sans le secours d'un texte étranger. Le sermon sur la conversion et les deux séries de schémas de méditations pour la retraite semblent appartenir à ces cas privilégiés.

En schématisant les positions du rédacteur de ces textes, on pourrait affirmer qu'il ne connaît que cette alternative: le péché, suivi de la damnation, ou la sainteté dans l'union à Jésus-Christ. Entre les deux se place la possibilité de la conversion, qui remet l'homme en face de Dieu dans des sentiments d'humilité, d'adoration, et d'amour, et le fait bénéficier de la rédemption de Jésus-Christ. Les devoirs de la vie chrétienne apparaissent découler de l'amour de Dieu ou s'y rattacher. Si la Sainte Vierge est présentée comme un modèle dans le mystère de la Purification, habituellement c'est son rôle d'intercession qui trouve une application dans les textes examinés. Les saints n'y apparaissent que comme des types exemplaires et enviés de la vie chrétienne.

 

a) Les Grandes Vérités.

Si l'on ne trouve que des traces du thème du « Salut », caractéristique de la prédication du temps, le péché, la mort et l'enfer occupent une place prépondérante dans l'ensemble des manuscrits. Le péché est toujours abordé sous l'angle de l'exhortation ascétique ou morale. Dans les schémas de méditation on rencontre quelques expressions reproduites par le Frère Jean-Baptiste, comme « péché, mal de Dieu », « le péché mortel est le mal de l'homme6 ». Dans le sermon sur la conversion, comme dans les instructions sur le sacrement de pénitence, c'est l'expression « offense de Dieu » qui prend la place des appellations juridiques, celles-ci n'ayant manifestement pas les sympathies de l'abbé Champagnat. Les instructions sur le sacrement de pénitence exigeant des positions doctrinales et disciplinaires précises, il les a empruntées à des ouvrages qui faisaient autorité, comme le « Missionnaire paroissial » de Chevassu. Il opère des simplifications heureuses et se montre parfois plus équilibré que son modèle, en évitant les formules excessives ou les détails curieux et oiseux. Mentionnons pour l'exemple, qu'il ne relève pas les cas de refus de l'absolution.

 

b) Attitude à l'égard du rigorisme.

A ce point se pose naturellement la question de l'attitude du Père Champagnat à l'intérieur du rigorisme moral professé par le clergé français de son temps. Les témoins du procès de béatification sont unanimes à affirmer qu'il était un confesseur apprécié et attirait spécialement par sa bonté. (Nous savons que son condisciple Jean-Claude Colin, s'est débattu péniblement, et pendant de longues années, entre la compassion pour les âmes et la fidélité aux règles rigides apprises au séminaire). Nous touchons ici un aspect caractéristique de la personnalité de Marcellin Champagnat: l'équilibre vital, fait de foi profonde, de bonté de cœur et de sens pratique, dominant les facultés proprement intellectuelles plutôt médiocres, le conduit avec sûreté, et le met à l'abri des écarts de l'esprit. On trouve cependant quelques passages, dans les sermons destinés à « faire peur » au pécheur, (sermon sur l'enfer, la mort, la conversion), où l'abbé Champagnat recourt aux expressions sévères de la morale du temps, mais toujours dans un contexte d'exhortation où la fin paraît justifier les moyens. Il est par ailleurs aisé de remarquer que le prédicateur hésite parfois dans l'appréciation théorique de la gravité d'une faute comme le péché impur que visent habituellement ses réquisitoires (cf. copie, p. 64). Le morceau intitulé « Moyens de profiter des prières des Quarante heures » (p. 60) permet également de constater que le zèle du prédicateur produit quelques exagérations. Au total, bien que marqué par son temps, l'abbé Champagnat donne une nette impression d'équilibre quand on le compare à ses contemporains, surtout au Curé d'Ars.

 

c) La conversion – la vie chrétienne.

Le sermon sur la conversion fait prendre conscience du péché par la contemplation des exemples des saints et des martyrs. Il reflète probablement l'idéal spirituel de l'abbé Champagnat, chez qui le saint prend la relève du prédicateur pour entraîner à sa suite son auditoire chrétien. Après un exercice ingrat de composition, auquel il se livre par devoir professionnel, son âme ardente et apostolique livre son contenu comme un jardin tourmenté par l'orage laisse s'exhaler ses parfums.

 

« Dès son réveil, il (un chrétien) commence par offrir son travail à Dieu, par une élévation de cœur: Mon Dieu, je vous donne mon cœur, donnez-moi le vôtre», (p. 113).

 

L'oraison jaculatoire convient certainement mieux au prêtre fervent, héritier des disciples de M. Olier, qui a fait d'un souvenir sulpicien une pratique personnelle d'union à « l'intérieur de Jésus ». Nous pourrions souligner ici un trait qui est un facteur important dans les succès apostoliques de l'abbé Champagnat: il adopte les sentiments qu'il veut communiquer à l'auditoire, il se met toujours sur les rangs du peuple chrétien.

La suite du sermon continue l'exposé des pratiques d'une vie chrétienne fervente:

 

« Je vous offre mon travail et toutes mes souffrances en union aux souffrances de Jésus-Christ, en satisfaction de mes péchés», (p. 113). Ces mêmes éléments amplifiés se retrouvent dans le chapitre de la vie du Père Champagnat qui traite de sa prédication (I, p. 53-54).

 

Cependant, le zèle de l'abbé Champagnat ne perd pas le sens des réalités et de la vie laborieuse des gens de la campagne. C'est l'observance du dimanche qui porte l'accent principal et constitue comme un carrefour où aboutit et s'exprime l'amour de Dieu, et d'où partent et se ramifient les diverses obligations de la vie chrétienne. Amour de Dieu, fidélité aux commandements, sanctification du dimanche semblent bien constituer les lignes de force du programme de vie que l'abbé Champagnat propose à ses paroissiens, puisqu'il les reprend dans un passage improvisé du sermon sur la Purification de la Sainte Vierge (p. 50).

 

d) Union au Christ et perfection.

Qu'il s'agisse de l'offense de Dieu dans le péché, ou du face à face avec sa sainteté dans la conversion, l'abbé Champagnat donne l'impression de ne jamais détourner son regard de la majesté de Dieu. Toute sa prédication est pénétrée par cette présence auguste qui lui donne son unité intérieure, comme aussi à chacun des sujets traités. Dans les schémas de méditation pour la retraite, dont l'ensemble pourrait refléter les grandes lignes de sa conception de la vie spirituelle, il aborde directement le thème de la perfection chrétienne et religieuse.

 

« La perfection consiste en une intime union avec Dieu. Que faut-il faire pour établir cette intime union? Il faut copier trait pour trait Jésus-Christ ». (p. 89).

On retrouve aisément dans ce résumé les deux aspects essentiels de la dévotion au Christ placé par M. Olier à la base de la vie sacerdotale7. D'autre part, cette dévotion à la personne du Christ, faite de relations qu'on pourrait appeler personnelles, et d'imitation, correspond bien aux goûts de l'abbé Champagnat, revêche aux abstractions.

Voulant préparer les fidèles aux solennités de la Fête-Dieu et du Sacré-Cœur, il recueille quelques citations évangéliques dont la première semble lui tenir particulièrement à cœur puisqu'il la reprend dans le sermon sur la Purification:

 

« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et je vous soulagerai ». (p. 32).

« Ils vous serrent, ô divin Jésus, tendrement sur leur cœur. C'est vous qui les soulagez, ô tendre enfant, de leurs fatigues. Déjà commence à s'effectuer cette promesse: Venite ad me qui laboratis et onerati estis et ego reficiam vos ». (p. 52).

 

Mystère d'intimité avec le Christ, mystère aussi de souffrance personnelle qui reparaît régulièrement dans la vie du Père Champagnat. Pour lui le Christ est vraiment le Sauveur, qui nous rachète de la mort par sa propre immolation et nous offre son intimité et sa vie éternelle dans la communion eucharistique. Voici, dans sa tendresse et sa plénitude doctrinale, la profession de foi qu'il propose aux moribonds en leur présentant le crucifix:

 

« Mon cher frère, voici l'image de votre Dieu, mort en croix pour vous délivrer de la mort éternelle ». (p. 54).

Les vertus qui semblent attirer en tout premier lieu la contemplation amoureuse du Père Champagnat sont la pauvreté et les souffrances du Divin Sauveur:

« Jésus pauvre dans l’étable de Bethléem, en Egypte, à Nazareth, pendant ses trois ans de vie publique, sur la croix… ».

« Jésus souffrant depuis sa naissance jusqu'à sa mort ». (p. 90).

A l'occasion de la retraite il propose encore à la méditation des Frères la vertu d'obéissance, toujours à l'imitation de Notre-Seigneur, et avec un accent indubitable de conviction personnelle qui n'est pas dépourvu d'angoisse:

« Sur l'obéissance de Jésus-Christ étant Dieu, et à toutes sortes de personnes et en toute chose, jusqu'à la mort, selon l'ordre de son Père. De là j'ai pris la résolution de l'imiter à l'avenir, en tout, par sa grâce toute-puissante, qui rend forts les faibles dans les occasions ». (90, bis).

Il ressort des textes que nous possédons, ainsi que des exemples de sa vie (II, p. 253-256) que le Père Champagnat ne connaissait pas les demi-mesures dans l'obéissance. Comme texte pour une instruction sur le vœu d'obéissance (p. 132-133), il copie le passage très agressif pour l'amour -propre du Chapitre IX du premier livre de l'Imitation de Jésus-Christ, l'adoptant tout entier, probablement parce qu'il y reconnaît ses propres sentiments.

« Poussière apprends à obéir, apprends à t'humilier terre et limon, à t'abaisser sous les pieds de tout le monde; apprends à briser ta volonté et à ne refuser aucune dépendance… ».

Ailleurs, (p. 131), il copie un texte commentant l'obéissance parfaite selon Saint Ignace, avec les comparaisons bien connues: corps mort, bâton, statue.

Une double méditation sur la chasteté correspond à la mesure privilégiée accordée à cette vertu tout au long des manuscrits; ces préférences pourraient remonter à l'influence de la tante religieuse sur l'éducation de Marcellin.

La méditation sur « L'intention pure pour faire toute chose pour la gloire de Dieu », reprend le thème de l'offrande, cher au Père Champagnat, complété ici par la pratique de l'examen:

« Examiner s'il s'y est mêlé quelque chose de contraire pour le réformer ». (p. 90 bis).

Un autre élément de la vie spirituelle est l'objet d'une présentation laconique:

« La douceur, à l'ensemble de Jésus-Christ. La pratiquer en tout ». (ibid.).

Cette vertu, au parfum salésien, était une des richesses du caractère du Père Champagnat, et probablement un facteur important pour le succès de son ministère.

La méditation de clôture de la retraite vient couronner l'effort spirituel ébauché:

« Sur l'amour de Dieu, s'unissant au Cœur adorable de Jésus ». (ibid.).

Le Père Champagnat reproduit, dans son style propre, la devise de l'Apôtre que s'est appropriée le fondateur de Saint-Sulpice: « Viventes Deo in Christo Jesu ». (Rom. 6,11).

e) Dévotion à Marie.

Les manuscrits ne nous présentent pas d'instruction vraiment doctrinale sur la Sainte Vierge, ni sur le Christ, d'ailleurs. Le sermon sur la fête de l'Assomption aurait pu comporter cet aspect, mais il s'arrête à l'introduction, copiée, d'ailleurs, de Bonnardel.

Dans le deuxième sermon sur le rosaire, l'abbé Champagnat a voulu traiter le sujet d'une façon personnelle. Hélas, ses moyens l'ont encore une fois trahi, et ici l'échec est significatif: c'est un des plus forts exemples d'indigence d'inspiration et de piétinement. Cependant nous y découvrons des traits qui parlent en faveur de son équilibre doctrinal. La phrase évangélique en exergue « mansit autem Maria cum illa » (Luc 1,56), et l'évocation insistante de la vie de Jésus, donnent une orientation fondamentalement juste à la dévotion du rosaire: revivre les mystères de Jésus en la compagnie de sa mère. La définition qu'il en donne peut surprendre par sa justesse, en mentionnant Notre-Seigneur avant la Sainte Vierge comme objet de cette pieuse pratique mariale:

« Le rosaire est une dévotion établie pour honorer Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa sainte mère ». (p. 40).

C'est la contemplation admirative des vertus de Marie qui défraye la dévotion dans le sermon sur la Purification de la Sainte Vierge. C'est le Père Champagnat qui note que la Sainte Vierge observe la loi « avec une scrupuleuse fidélité ». (p. 50). On peut présumer que dans la description de la Sainte Famille, le fervent prédicateur nous suggère quelques aspects pratiques de son propre idéal spirituel:

« Voyons cette Sainte famille s'avançant vers Jérusalem, sans orgueil, dans leur équipage, sans doute, sans précipitation, mais avec un air simple et recueilli, les yeux modestement baissés et tournés vers son cher enfant-Jésus ». (p. 51).

Remarquons le binôme modestie-recueillement, attitude animée et focalisée par la personne de Jésus. Encore un fruit probable de l'éducation sulpicienne, devenu un réflexe personnel.

Cependant, la dévotion à Marie, dans les manuscrits, s'exprime habituellement par l'invocation. Nous y trouvons des formules où la plénitude doctrinale s'unit à la ferveur de la piété:

« Vierge Sainte, refuge des pécheurs, priez votre adorable Fils qu'il dispose les cœurs de mes auditeurs ». (sermon sur la mort du pécheur, p. 53).

« Sainte Vierge, vous qui êtes notre mère, le refuge des pécheurs, c'est sous votre protection que je vais travailler à mon salut ». (sermon sur la conversion, p. 114).

D'habitude l'homme d'action qu'est le Père Champagnat ne prend pas le loisir de ciseler une formule doctrinale. Son invocation se réduit alors à un appel rapide, l'essentiel de la prière:

« Esprit-Saint votre lumière, et vous, Vierge Sainte, votre assistance ». (p. 54).

 

Conclusion: plus une vie qu'une doctrine.

Le but visé par l'analyse des manuscrits du Père Champagnat est la connaissance plus immédiate du Bienheureux Fondateur. Cependant, dans le cadre de cet article je dois me limiter à esquisser quelques conséquences découlant directement de l'étude précédente.

Si l'on ne peut guère attribuer au Père Champagnat une doctrine personnelle, on trouve chez lui des principes communs, mais justes et profonds, autour desquels semble se cristalliser sa vie de foi. D'autre part, on constate la présence d'un élément d'équilibre, constitué probablement par la prédominance de la vie profonde du cœur et du sens pratique dans l'apostolat.

Les grandes lignes de la doctrine spirituelle ébauchée dans les manuscrits reconduisent directement à l'héritage sulpicien du séminaire Saint-Irénée. On y distingue aussi des traits de spiritualité salésienne, remontant, probablement, à l'influence éducative de la Sœur de Saint-Joseph, tante du Bienheureux.

En guise de conclusion pratique nous pourrions retenir, que ce que nous devons demander à notre Bienheureux Fondateur, c'est moins un corps de doctrine que des consignes pratiques de vie spirituelle qu'il a lui-même expérimentées et qu'il a appliquées dans la formation de ses disciples. De là découle l'importance des traditions essentielles dont le flux porte jusqu'à notre génération les impulsions de vie émanant du Fondateur. Principes et traditions des origines ont d'ailleurs bien pu s'incarner dans la figure privilégiée du Vénérable Frère François, qui devrait retenir davantage notre attention.

F. A. BALKO

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1 Frère Pierre Zind (Louis-Laurent), Contribution à la reprise des travaux sur les origines des Petits Frères de Marie, Bulletin de l'Institut, janvier 1955 – juillet 1956, Tomes 21 et 22.

2 Frère Gabriel Michel, Histoire, Bulletin de l'Institut, janvier 1967 – décembre 1969, Tomes 27 et 28.

3 Dans le n. 166 du Bulletin de l'Institut, Avril 1957, pp. 453-467, le Frère Jules Victorin présente sommairement les sermons et instructions du Père Champagnat et en cite quelques passages parmi les meilleurs. Comme il ne se préoccupe pas de déterminer ce qui peut vraiment être attribué au vicaire de La Valla, je ne puis faire miennes ses appréciations

4 J'espère que les confrères ne me tiendront pas rigueur de ma franchise que j'ai voulue discrète. Je professe personnellement une vénération profonde à l'égard de notre Bienheureux Fondateur, et c'est un peu pour cela que je désire connaître les ressources réelles qu'il a apportées dans la collaboration à la grâce de choix dont il fut l'objet.

 

5 « Son langage, comme son style, était simple, à peine français parfois, mais il était très clair, ferme et très attrayant ». (Annales, 1837, p. 139).

6 Sentences, leçons, avis du Vénéré Père Champagnat, Lyon, 1868, chapitre 8, p. 72 Vie, II, p. 205.

Soulignons ici le problème posé par le petit nombre des rencontres, (toutes signalées), entre les manuscrits des sermons et instructions et les textes du Frère Jean-Baptiste. Citons, pour l'exemple, le fait particulier, qu'entre deux instructions du Père Champagnat sur l'humilité et le chapitre correspondant de la « Vie » il n'y a qu'une citation d'évangile de commun.

7 « Il concluait de la même maxime, que le désir, l'espérance, l'exercice habituel de tout vrai séminariste, doivent être de vivre intérieurement de la vie de Jésus-Christ, et de le manifester au dehors par la pureté des œuvres ». (J-H Icard, Traditions de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, Paris, 1886, p, 133).

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