Le Collège Français de l« Immaculée Conception » du Nan-Tang, à Pékin

Fr. M.-E.

16/Sep/2010

A l'occasion des "Noces d'argent’’ de la Province de Chine, il semble tout naturel d'entretenir quelques instants les lecteurs du Bulletin de l'institut d'une œuvre qui a motivé l'envoi des premiers Frères en Extrême-Orient ; l'Ecole Franco-Chinoise dite du Nan-t'ang, actuellement dénommée Collège Français de l'immaculée Conception.

Cette courte monographie d'un de nos plus beaux établissements sera lue sans nul doute avec intérêt, car on y verra d'une manière frappante les effets de la bénédiction du Sacré-Cœur et de la maternelle protection de Marie.

Le 8 mars 1891, six Frères de la Province de St. Genis-Laval, à la demande de Monseigneur Tagliabue, Vicaire apostolique de Pékin, s'embarquaient à Marseille sur le Yang-Tse, à destination du Céleste-Empire. C'étaient les C. F. M" Candide, Aristonique, Antonin, L. Michel, J. Félicité et M. Basilius1.

Le 12 avril suivant, ils débarquaient heureusement sur cette terre de Mission, et quelques jours après, ils franchissaient les antiques et gigantesques remparts de la capitale des "Fils du Ciel’’.

Reçus à l'évêché du Pé-t'ang, par Messieurs les Missionnaires Lazaristes, ils furent durant trois semaines les hôtes de S. G. Monseigneur Sarthou, digne successeur de Mgr. Tagliabue. Ce temps fut employé par les Frères à l'étude ardue des premiers rudiments de la langue chinoise ; puis, le 17 mai, S. Grandeur, du haut de la chaire de l'ancienne église cathédrale du Nan-t'ang2, présentait aux fidèles de la paroisse, les nouveaux maîtres destinés à la direction du petit collège établi depuis 4 ans dans les bâtiments de la Mission. Les Frères étaient chez eux, ils allaient se mettre courageusement à l'œuvre.

Mais qu'était cette œuvre qui venait d'être confiée à nos Frères ? Un rapport du C. F. M. Julien daté du 14 février 1896, et que nous trouvons dans une circulaire de la même année, nous donnera quelques renseignements sur ce sujet.

Le Collège du Nan-t'ang fut fondé par MM. les Lazaristes, dans le but de travailler plus efficacement à l'éducation chrétienne des enfants chinois et de hâter le jour où la Chine pourra jouir de notre civilisation.

La langue chinoise fut à peu près la seule enseignée dans le Collège jusqu'en 1889, époque à laquelle, un missionnaire, M. Capy, en prit la direction. Rempli de zèle, Français de cœur autant que de naissance, il essaya d'introduire notre langue dans le programme de l'Ecole, et, grâce à son savoir-faire et à sa ténacité, les élèves d'abord revêches, finirent par s'affectionner à cette étude, et bientôt on put constater d'excellents résultats et concevoir de réelles espérances.

Deux ans plus tard, en 1891, répondant aux sollicitations de M. Favier, alors Vicaire-Général, et à la demande officielle de Mgr Tagliabue, les Supérieurs envoyèrent des Frères, comme il est dit plus haut.

Cette œuvre avait donc deux buts : 1° l'éducation chrétienne de la jeunesse chinoise ; 2° l'introduction et le développement en Extrême-Orient de la langue de notre chère patrie.

Dans les commencements, lorsque les Frères prirent la succession du R. P. Capy, les élèves étaient admis à l'école des l'âge de 8 ou 9 ans ; ils entraient au cours préparatoire, où on leur enseignait les éléments de la lecture et du calcul, tout en commençant à meubler leur mémoire des noms français des objets qui les entouraient. D'années en années, ils suivaient les sections des divers cours jusqu'à ce qu'enfin ils fussent capables de lire et de comprendre des traités de religion, de grammaire, d'histoire, de géographie, d'arithmétique et autres sciences ; d'écrire correctement sous la dictée, de traduire du chinois en français, et vice versa, et de tenir convenablement les comptes d'une maison de commerce. L'étude du chinois était menée de pair avec celle du français, et un temps à peu près égal était consacré à chaque langue.

Actuellement il n'en est plus ainsi ; les élèves ne sont reçus qu'au dessus de 12 ans, et l'étude du chinois est passée au deuxième plan, laissant la plus grande partie du temps à l'étude du français et des autres sciences.

Les débuts furent pénibles pour les Frères ; peu familiarisés encore avec une langue dont ils savaient à peine quelques mots usuels, ils avaient à enseigner les éléments du français à une soixantaine d'enfants, dont une quinzaine tout au plus avaient des notions suffisantes pour pouvoir causer quelque peu avec eux et leur servir d'interprètes.

Une plus forte impulsion fut donnée de suite à l'enseignement du français ; les nouvelles méthodes furent appliquées et les élèves, charmés de leur progrès, se mirent de tout cœur l'étude.

En janvier 1892, à l'occasion du nouvel an et de la proclamation des compositions semestrielles, une première séance récréative était donnée par les enfants. Les assistants s'en retournèrent enchantés, enthousiasmés des chants, compliment et dialogues entendus, ils pouvaient à peine en croire leurs oreilles.

Un an après l'arrivée des Frères, le collège comptait plus de 100 élèves, parmi lesquels 40 internes. Dans une lettre datant de cette époque, le C. F. Mie Candide, Directeur, disait : Nos enfants se sont montrés dociles et ont correspondu à nos soins au-delà des nos prévisions ; tout le monde est satisfait et on se plaît à rendre témoignage à notre succès auprès d'eux.

En 1893, le C. F. Mie Candide, nommé Directeur de l'orphelinat de la Mission à Chala Eul, passait la direction du Collège au C. F. Elie-François récemment arrivé de France avec 4 de ses confrères3.

Aux vacances de 1894, huit élèves ayant terminé leurs études, furent placés dans des positions honorables et lucratives. Ce succès amena de nouvelles recrues, et les jeunes gens placés propageaient au dehors la bonne réputation du petit collège. En 1899, les 22 élèves de la 1ière classe furent pris comme interprètes ou employés de bureaux par la nouvelle Cie Franco-Belge pour la construction de l'importante ligne de Chemin de fer (1.221 Km.) de Pékin à Han-K’eou, sur le fleuve Bleu.

Les vides furent bien vite comblés, et l'œuvre en pleine prospérité voyait s'ouvrir devant elle un avenir plein d'espérances lorsqu’éclata, au printemps de 1900, la fameuse révolution des Boxeurs, qui l'enveloppa dans ses ruines.

On était à la fin de mai ; les rumeurs et les craintes se faisaient plus vives, plus alarmantes. Sur les conseils de MM. les Missionnaires, l'école fut licenciée pour faire place aux orphelins de Chala et à une escouade de Marins envoyée de la Légation de France pour protéger les intérêts français du quartier.

Le séjour de la garde ne fut pas de longue durée, car on s'aperçut bientôt que la position n'était pas tenable, et qu'en cas d'une attaque armée, cette poignée d'hommes était infailliblement sacrifiée. Le 5 juin, ordre lui fut donné de rentrer à la Légation.

Le 13 juin, tous les professeurs de l'école étaient encore chez eux, attendant avec anxiété la tournure qu'allaient prendre les événements. Frère Jh Félicité, Directeur de la maison de Chala, se trouvait également au collège avec sa communauté, depuis quelques jours. Dans la soirée, le C. F. Louis-Michel4, Directeur, se rendit pour affaires au quartier européen ; il s'y trouva cerné par les Boxeurs, qui, ce soir-là, donnèrent leur premier assaut aux Légations étrangères. Il put cependant faire parvenir à ses Frères, l'ordre de se réfugier à la faveur des ténèbres, à l'évêché du Pé-t’ang, non encore cerné, et où se trouvaient déjà l'enseigne de vaisseau Paul Enri et 30 matelots français5.

Il était temps, pour les Frères du collège, de trouver un refuge ; car le lendemain à 9h du matin, l'église du Nan-t'ang que les persécutions des 3 derniers siècles avaient respectée, la résidence des Missionnaires, l'école, l'hôpital des Sœurs de St. Vincent de Paul, la maison des sœurs chinoises étaient envahis par des bandes d'égorgeurs et de pillards. Tout fut pillé, incendie et détruit de fond en comble ; il ne resta pas pierre sur pierre.

Ce n'est point ici le lieu de retracer même dans ses grandes lignes, le récit émouvant du siège des Légations et du Pé-t’ang par les Boxeurs unis aux troupes impériales ; non plus que les événements sanglants qui se sont déroules en maintes provinces de Chine à cette triste époque ; des relations nombreuses et documentées6 les ont fait connaître depuis longtemps au monde civilisé. Les Boxeurs ne cessèrent leur carnage à Pékin que le 14 août, jour de l'entrée des troupes alliées dans la capitale

Ce fut pendant cette tourmente qui dura 2 mois, et durant laquelle les Frères prirent une part active à la défense commune, que tombèrent glorieusement au champ d'honneur les Chers Frères Jules-André, visiteur et Jh Félicité.

Les troubles apaisés, les Frères survivants, non découragés, s'installèrent dans la demeure abandonnée d'un mandarin, située entre le palais impérial et le Pé-t’ang, siège de l'évêché et centre principal de la Mission. Hélas ! les fatigues et les privations endurées pendant le siège avaient eu leur contrecoup ; les Frères ne restaient plus que 4 valides ; deux qui étaient malades et un autre blessé grièvement avaient repris le chemin de France ; ceux qui restaient rouvrirent le cours français. Cinquante nouveaux élèves furent admis, le local provisoire ne permettant pas d'en recevoir un plus grand nombre. Des aménagements furent faits sans retard, et, à la fin de l'année, l'école renaissante comptait déjà de nouveau une centaine d'enfants.

En 1901, grâce aux indemnités versées par la Chine, les Frères purent faire l'acquisition de la propriété sur laquelle ils étaient installés depuis quelques mois ; puis, sur l'emplacement d'une partie des constructions chinoises, ils y bâtirent, en 1902, avec l'approbation de Monseigneur et des Supérieurs, une commode et assez spacieuse maison européenne.

Les travaux, commencés le 10 mars, furent si bien menés qu'au 1ier septembre le local était prêt. C'était une belle construction à 2 étages, mesurant 46 mètres de long sur 18 de large et pouvant contenir 300 élèves, dont 100 internes.

A la fin de novembre, les travaux de nivellement des cours et l'ameublement de la maison étaient terminés ; les fêtes de l'inauguration furent fixées au 6 décembre.

Dans la matinée, M le Vicaire Général procéda à la bénédiction du nouveau collège, placé sous le puissant patronage de Marie lmmaculée. A midi, de modestes agapes réunissaient la table des Frères tous les Missionnaires de Pékin. Puis, le soir, une séance dramatique et musicale où assistaient, à côté de Mgr Jarlin, coadjuteur de Mgr Favier, évêque de Pékin, et de Mr. le Ministre de France en grand appareil, S. Ex. Lien-Fang, vice ministre des affaires étrangères, de nombreuses Notabilités européennes et plusieurs Mandarins de différents degrés, parents d'élèves ou amis de l'école, fit, au dire de tous, une excellente impression.

Le Collège français est désormais relevé de ses ruines ; et le sang généreux de ses 15 élèves chrétiens tombés martyrs durant la persécution des Boxeurs lui sera pour l'avenir, tout le fait espérer, un gage des bénédictions divines.

L'année 1903 vit le nombre des étudiants monter 245, dont 112 païens. Ce nombre se maintint avec une légère fluctuation durant les années suivantes.

Jusqu'en 1907, le local suffit largement aux besoins de l'Ecole ; mais a cette époque, dans le dessein de donner un plus grand développement aux œuvres chinoises (Juvénat et Noviciat), il fut décidé que le Collège serait séparé de ces dernières et transféré au Nan-t'ang, sur son ancien emplacement resté inoccupé depuis 1900.

Les supérieurs approuvèrent le projet et accordèrent 30.000 francs pour son exécution. Ajoutée aux 10.000 taëls provenant des indemnités accordées par le Gouvernement chinois pour la mort de nos frères de Nan-Tch’ang en 1906, cette somme faisait un total disponible un peu supérieur à 60.000 frs.

Mgr. Jarlin concéda aux Frères pour 99 ans un terrain de 100 mètres de long sur 55 de large, situé à l'est de l'église du Nan-t'ang nouvellement reconstruite.

Les plans de l'établissement furent établis par le C. F. Louis-Michel, alors Provincial. Le nouveau collège très bien compris comme dispositions d'ensemble, tout construit en briques rouges et grises, se compose d'un bâtiment principal avec étage, flanqué de deux ailes. D'un style simple mais de bon goût, la maison a d'ailleurs, outre les conditions essentielles d'hygiène et de commodité, un cachet architectural bien en rapport avec sa destination.

Désormais au large et bien indépendant, le Collège alla depuis lors en se développant, et malgré les troubles politiques qui .surgirent ces dernières années dans l'Empire du Milieu, il devint sous la direction du Frère Joseph-Vincent, un des premiers établissements scolaires de la capitale.

Le niveau des études s'y est élevé insensiblement avec le nombre des classes et celui des étudiants, constamment en progrès. Des examens présidés par un délégué de la Légation de France s'y font chaque année depuis 1908 ; et le nombre des élèves diplômés, minime dans les débuts, a été de 22 l'année dernière.

On verra plus loin le programme des études tel qu'il est actuellement. Sans pouvoir aller encore de pair avec celui de l'enseignement secondaire en France, il s'en rapproche cependant d'une manière rapide ; et, si rien d'anormal n'arrive, le jour n'est peut-être pas très éloigné où il lui sera égal.

En 1913, S. Ex. Monsieur Conty. Ministre plénipotentiaire de-France à Pékin, obtint du Gouvernement français, en faveur du Collège du Nan-t'ang auquel il s'intéresse beaucoup et qu'il désire voir plus prospère encore, un crédit de 80.000 frs pour l'agrandissement du local devenu trop exigu. Un autre don de 40.000 frs d'un généreux bienfaiteur de France, vint s'ajouter la magnifique subvention obtenue par Mr. le Ministre, et il fut décidé que l'on entreprendrait sans retard les constructions nécessaires.

Dès janvier 1914, des pourparlers s'engagèrent avec la Mission pour obtenir un morceau de terrain contigu au Collège, afin d'y édifier commodément les bâtiments projetés ; et, le 15 mai, un nouvel arrangement avec MM. les Lazaristes nous donnait pleine satisfaction. On nous cédait une bande de terrain de 22 m. de large sur toute la longueur de la propriété, ce qui était suffisant pour l'exécution des plans élaborés.

En juin, commençaient les travaux du nouveau bâtiment ; il fallait se hâter si l'on voulait avoir quelque chose de prêt pour la rentrée de septembre. Pour être plus sûr, on décida de n'entreprendre cette année-là qu'une partie des constructions en vue, se réservant de les poursuivre l'année suivante.

Tout alla pour le mieux, et à la rentrée, on pouvait ouvrir trois classes nouvelles et recevoir de la sorte 360 élèves.

La guerre, et avec elle la mobilisation, vint mettre le désarroi parmi le corps professoral et gêner quelque peu le bon fonctionnement des cours ; néanmoins les classes n'eurent pas trop à souffrir et, à la rentrée du jour de l'an 1915, une nouvelle classe fut créée pour recevoir quelques jeunes élèves admis. Le nombre des étudiants atteignit 400. Ce chiffre élevé eût été bien supérieur encore, s'il avait été possible d'établir un plus grand nombre de classes, car, sur 190 nouveaux élèves inscrits, on put tout au plus en recevoir 40.

Le printemps de 1915 vit la reprise des travaux pour l'achèvement du Collège. Cinq mois suffirent pour en voir arriver la fin.

En septembre suivant, plus de 200 nouvelles inscriptions ; mais hélas ! on ne put, avec regret, recevoir que le nombre d'élèves nécessaire pour combler les vides et compléter quelques classes ; le personnel enseignant faisant défaut, il fallut se borner ; le chiffre des élèves présents fut limité à 420.

Il est vraiment regrettable d'être obligé de refuser des centaines de jeunes gens, mais la cause en est uniquement dans les circonstances actuelles. Nombre de Frères de Chine, atteints par la mobilisation, sont incorporés au Corps d'occupation ; les uns à Pékin, les autres à Tien sin ou à Shanghai.

La mort à son tour est venue faucher dans nos rangs en 1915 ; deux de nos confrères nous ont été enlevés à la fleur de l'âge ; un autre, plus jeune encore, a dû, à bout de forces, quitter le collège pour prendre un repos obligé… et les renforts ne viennent plus de France ! Allons-nous voir notre œuvre si riche d'espérances rester stationnaire sinon dépérir ?

Le collège dans son développement actuel peut contenir 600 élèves dont 120 internes ; il vient donc, comme importance, immédiatement après celui de Shanghai. Il compte actuellement 12 classes, formant 3 cours : élémentaire, moyen et supérieur.

Les élèves y sont admis de 12 à 20 ans ; la durée des études est de 6 ans en moyenne, deux années dans chaque cours7.

Les jeunes gens, pour être admis au cours supérieur, doivent avoir passé avec succès les examens du certificat d'études. Les matières qui constituent le programme du Cours Supérieur sont, en dehors du français et du chinois : les mathématiques, les sciences physiques et naturelles, l'histoire générale, la géographie, la comptabilité, le dessin et l'anglais ; récemment on y a ajouté la morale et la philosophie.

Tous les étudiants appartiennent à la classe aisée ; un bon nombre d'entre eux sont fils de hauts fonctionnaires et d'officiers de tous grades.

Le collège dans ses débuts était essentiellement pour les enfants chrétiens ; peu à peu l'élément païen a été admis et actuellement il forme la grande majorité8.

C'est sur ces derniers que se porte naturellement la plus grande part de notre zèle, et il n'est pas sans remporter quelques succès encourageants. Chaque année, un certain nombre de nos élèves qui ne sont pas empêchés par leurs familles, dociles à nos enseignements et surtout à l'appel de la grâce, se font chrétiens.

Le nombre des baptisés va s'augmentant chaque année ; il a été de 8 en 191 ;i : on peut prévoir qu'il sera le double en 1916.

Tous nos néophytes sont des jeunes gens de 18 à 20 ans ; il est consolant pour nous de les voir embrasser le christianisme à un âge où tant d'autres en Europe ne visent et ne pensent qu'à s'en affranchir.

Chose digne de remarque, nos nouveaux chrétiens sont en général plus fervents, plus édifiants que les anciens : c'est-à-dire que ceux qui le sont de par leurs familles depuis plusieurs générations. La religion chrétienne a pour eux des charmes qui les ravissent ; nés dans le paganisme, ils ignoraient jusqu'alors les beautés du christianisme, les amabilités de Dieu ; soudain, c'est un nouvel horizon qui s'ouvre devant eux, et leurs âmes, qui viennent d'être affranchies du joug du démon, s'élancent vers Celui qu'ils veulent aimer et servir dorénavant.

Le mouvement de conversion, dans nos écoles de Chine, date de l'ère républicaine. Il serait bien plus accentué encore si les empêchements du côté de la famille n'étaient pas souvent insurmontables, et si surtout les ridicules préjugés répandus contre la religion chrétienne n'étaient pas encore très vivaces. Il faudra du temps avant que ceux-ci soient entièrement tombés ; et ce ne sera donc pas un petit succès pour nous si nous parvenons à les extirper de chez nos élèves encore païens. Alors un grand pas sera fait vers leur conversion, car celui qui n'est plus ennemi n'est pas loin d'être ami. En convertissant l'enfant, on a grande chance de contribuer, par là même, à la conversion de toute la famille, car il est reconnu que les néophytes sont très zélés pour la propagation de la religion, et ils ont du succès.

Notre mission de catéchistes auprès de la jeunesse chinoise est donc possible maintenant plus qu'autrefois ; et c'est de tout cœur que chacun s'y livre dans sa sphère d'influence.

La moisson lève et s'annonce abondante, mais les ouvriers manquent. Daigne le Père de Famille en envoyer de nombreux dans cet immense champ qu'est la Chine, demeurée presque entièrement jusqu'ici sous le joug du prince des ténèbres, et donner au Collège du Nan-t'ang la consolation d'avoir sa petite part au développement du royaume de Dieu dans les âmes, tout en travaillant à faire pénétrer dans l'esprit et dans le cœur de la jeunesse chinoise les principes de la vraie civilisation dont l'Evangile est la source.

Fr. M.-E.

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1 F. M. Candide, 1ier Visiteur de Chine, est mort du typhus à Chala, en 1895. — F. J. Félicité a été tué par une mine en 1900, au siège du Pé-t'ang.

2 Elle fut érigée en siège épiscopal en 1688. Monseigneur Mouly, transféra ce siège au Pé-rang en 1860.

3 Il ne resta que 2 ans dans ses fonctions, il mourut du typhus, lui aussi en 1896. Il fut remplacé par le C. F. r° Julien arrivé d'Australie, en 1891 avec le C. F. Cléophas.

4 Il avait remplacé en 1897 le C. F. M. Julien, placé au collège St. François-Xavier à Shanghai.

5 Restèrent seulement au Nan-t’ang 2 frères chinois (FF. Jph Mie-Adon et Jph Mie Candide) avec les 120 orphelins venus de Chala depuis quelques jours sur l'ordre de Mgr Favier. Le 14 juin au matin, se voyant en danger, ils se réfugièrent sur la terrasse de la sacristie avec les enfants. En proie à la chaleur du soleil et aux ardeurs du feu qui consumait l'église et les bâtiments tout autour d'eux, ils demeurèrent dans leur pénible situation de 9h du matin à 3h du soir. Ne pouvant plus supporter l'ardeur du feu qui les entourait, ils descendirent de ce lieu de refuge. Plusieurs enfants qui s'enfuyaient furent pris et massacrés non loin de l'église. Fr. Marie-Adon trouva la mort peu après à Chala où il était retourné. Seul, fr. J'' Mie Candide parvint d s'échapper et à gagner le quartier des Légations.
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6 Voir, dans la Circulaire du mois d'octobre 1900, la lettre du C. F. Louis-Michel, et dans celle de décembre de la même année, le journal du C. F. Jules-André, visiteur.

7 A leur sortie du Collège, les élèves s'ils n'entrent pas à l'Université ou dans d'autres grandes écoles, trouvent facilement à se placer dans les diverses Compagnies de Chemin de fer, dans les postes, douanes, mines, consulats de France et de Belgique, Ministères et Légations, administrations chinoises, banques, maisons de commerce, Municipalités, Compagnies de tramways, comme professeurs de français dans les écoles du Gouvernement et autres, etc. …, etc. …

8 Les Frères ont au Pé-t'ang sur la partie de la propriété non vendue en 1910 au Gouvernement, une école florissante pour les chrétiens, c'est l'école du S. Cœur, dont le Bulletin a parlé récemment.

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