Le Collège Saint-Joseph, á Logrogne (Espagne)

01/Oct/2010

Logrogne (en espagnol Logroño) est une jolie ville de trente à trente-cinq mille âmes située sur la rive droite de l'Ebre, à 259 Km au N. N-O. de Madrid, sur les confins septentrionaux de la Vieille Castille. Capitale politique de la province de son nom et centre économique de la riche région de la Rioja, si fertile en beaucoup d'endroits qu'on la surnommée l’Andalousie du Nord, elle est aussi un foyer fort actif de vie intellectuelle.

Son origine se perd dans la nuit des temps, quoique son importance soit de date plutôt moderne. Avant Jésus-Christ, elle portait le nom de Briga. En l'an. 26 de notre ère, l'Empereur Auguste la fit agrandir et appeler Julia Briga en l'honneur de son oncle Jules César. Au temps des Arabes, elle fut désignée sous le nom de Lacoina, qui devint successivement, de transformation en transformation, Lucroya, Lucroy, Lucronio, Logrunio, et enfin Logroño.

Longtemps objet de litige entre la Castille et la Navarre, qui la possédèrent et la perdirent tour à tour à plusieurs reprises, elle finit par demeurer à la première; mais la Navarre garda, au nord de l'Ebre, une partie importante du territoire adjacent.

De ces époques éloignées, Logrogne garde plusieurs monuments remarquables, notamment l'église Santa Maria de Palacio avec sa belle flèche de 60 mètres de haut, modèle de légèreté, de sveltesse et de bon goût; et, celle de Santiago el Real, dont la nef unique, sans aucun pilier, produit un effet impressionnant, par ses vastes proportions.

Parmi ses monuments modernes, méritent une mention spéciale, l'Institut d'Enseignement Secondaire, l'Etablissement de Bienfaisance, l'Hôtel-de-Ville (Casa Consistorial), l'Hôpital Militaire, la Banque d'État, etc. Les alentours de la ville sont fort beaux et l'intérieur, avec ses rues bien pavées ou asphaltées, ne contraste pas avec ces agréables dehors. Dans l'ensemble, c'est, en somme, parmi les villes de troisième ordre du Royaume, une de celles qui présentent le plus agréable aspect.

En fait d'établissements d'instruction publique, Logrogne n'avait pas non plus, il y a déjà trente ans, grand-chose à désirer. Elle possédait un Institut et trois collèges d'enseignement secondaire; des Ecoles normales d'instituteurs et d'institutrices; une école élémentaire supérieure, agrégée à l'école normale; et 7 écoles publiques ou privées d'enseignement primaire. Mais il n'y avait, du moins pour les garçons, aucune école tenue par une congrégation religieuse vouée à l'éducation de la jeunesse; et on le regrettait à un double point de vue: d'abord, sauf petit, être d'honorables exceptions, l'enseignement des maîtres laïques, à l'abri du stimulant salutaire de la concurrence, se contentait trop de suivre la voie battue, sans se mettre en peine – de chercher le progrès; et d'autre part, il s'en tenait trop à l'instruction proprement dite sans se préoccuper — du moins au degré souhaitable — de l'éducation.

Un de ceux qui, pour l'avoir vu de plus près, déploraient tout spécialement cet état de choses était le pieux et zélé chanoine D. Pablo Lorente; aussi fut-il enchanté d'entendre un jour de la bouche de D. Cecilio Gasca, de Saragosse, l'heureux changement opéré sur ce point par les Petits Frères de Marie ou Frères Maristes, dans les quelques écoles que depuis dix ou onze ans ils avaient fondées dans le N.-E. de la Péninsule. Sans plus tarder, il écrivit aux Supérieurs du district, alors résidents à Canet de Mar, pour les inviter à venir créer à Logrogne une école du même genre; et sa proposition fut d'autant plus favorablement accueillie qu'on y voyait, en plus de la possibilité de faire un bien réel, un moyen de donner des voisins moins éloignés à nos Frères de Burgos et de Cabezón de la Sal, et de recueillir plus facilement les vocations qui paraissaient nombreuses dans la région.

Le Frère Congal reçut donc le mandat de se rendre sur place afin d'organiser toutes choses en vue de la fondation; mais ses recherches pour trouver un local propre à cet effet furent longtemps infructueuses. Faute de mieux, il dut finalement se contenter d'une maison située vers le nord de la ville et qui laissait extrêmement à désirer. Outre qu'elle n'offrait en effet, que des appartements petits et bas, elle n'avait qu'une cour très exiguë.

On s'y accommoda tout de même au moins mal qu'on put ; des quatre classes qu'il y avait, trois furent installées dans les trois appartements du rez-de-chaussée et la quatrième dans un petit passage ou corridor. L'étage d'en haut, qui servit d'habitation aux Frères, se composait d'une petite cuisine en mauvais état, deux petits dortoirs et une autre chambre qui servait à la fois de réfectoire et de salle d'études.

On éprouva cependant une fois de plus que la pauvreté et l'incommodité du local ne sont pas un obstacle aussi essentiel qu'on pourrait le croire. Les classes, commencées le 15 septembre 1898 avec douze élèves, en avaient avant la fin de l'année scolaire, la bénédiction de Dieu aidant, 130 animés du meilleur esprit. La communauté régulière, unie, heureuse au milieu de son dénuement, commençait à être avantageusement connue dans le public. Tout allait bien par conséquent et l'on se prenait à faire de beaux projets pour, l'avenir de l'œuvre. Mais c'était le temps de la consolation, qui, selon l'ordre ordinaire de la Providence, n'allait pas tarder à être suivi de l'épreuve.

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L'année suivante, en effet, par suite de la petite vérole qui se déclara dans l'école et dont deux Frères furent atteints, le nombre des élèves diminua passablement et l'on put craindre que ce fût le prélude d'un échec au moins relatif. Par bonheur il n'en fut rien ; et en 1900, 1901 et 1902, on remarqua, en revanche, une sensible augmentation qui se poursuivit jusqu'en 1905 où le nombre des inscriptions s'éleva à 190.

C'est qu'entre temps, il s'était produit deux faits qui avaient notablement favorisé ce retour de confiance en faveur de l'Ecole. D'abord, au mois de mars 1901, on avait pu laisser la maison étroite, incommode et malsaine qui avait abrité les débuts pour passer à une plus grande qui, sans être encore, à beaucoup d'égards, une perfection, marquait cependant sur la précédente un très appréciable progrès. Située dans la partie sud de la ville, au n° 3 de la rue Mercado, elle était d'un facile abord, mais à d'autres points de vue assez mal commode. L'espace n'y manquait pas; mais, encombrée d'une multitude de cloisons qui la divisaient en petits appartements pourvus chacun de leur cuisine, de leurs alcôves etc. elle était extrêmement incommode et le propriétaire ne se prêtait pas à des transformations intérieures qui eussent été indispensables. En 1901 il deviendra plus accommodant; et, en attendant la construction d'un local ad hoc, celui-ci pourra devenir fort acceptable.

D'autre part, au mois de septembre de la même année 1901, l'école, qui n'avait eu jusque-là que des classes d'enseignement primaire, fut autorisée à ouvrir progressivement des classes d'enseignement secondaire, ce qui lui permit de garder ses meilleurs élèves, lesquels auraient dû sans cela la quitter, leurs classes élémentaires finies, pour aller dans un établissement d'enseignement secondaire. De 1901 à 1910, les six classes d'enseignement secondaire purent ainsi être progressivement installées; le nombre des élèves qui en suivaient les cours s'éleva graduellement, de 0 à 76 et les notes obtenues aux examens officiels de fin d'année devant les Professeurs de l' ‘’Institut’’ (Lycée) donnèrent des résultats particulièrement enviables.

Il suffit de dire que sur 1.567 examens passés au cours de ces dix années, il y eut 384 notes ‘’très bien’’, (sobresaliente); 407 notes ''bien'' (notable) ; 660 notes ''passable'' (aprobado), et seulement 1I5 ajournements ou échecs. De plus, durant le même temps les mêmes élèves obtinrent 139 matricules d'honneur, la plus haute qualification que puisse recevoir le candidat.

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L’année d'avant, en 1909, un troisième élément, destiné, lui aussi, dans l'espoir de tous, à prendre peu à peu d'heureux développements, s'était ajouté au Collège, avec la permission des Premiers Supérieurs : c'était le pensionnat. D'une part, en effet, à diverses reprises, des instances avaient été faites dans ce but par les familles de la région, dont les enfants, pour avoir la possibilité de suivre les cours de l' ‘’Institut’’, étaient obligés de prendre logement chez les particuliers, où ils étaient loin de trouver toujours les conditions de vigilance et de protection morale qui eussent été désirables. Et d'autre part la maison où l'on se trouvait, louée d'abord pour six ans, puis pour dix, et où, avec l'agrément du propriétaire, d'importantes transformations intérieures avaient été faites, permettait d'accommoder au moins pour quelques années, les débuts de l'œuvre. On s'était donc décidé à la commencer.

Le nombre des pensionnaires fut d'abord petit : une dizaine à peine; mais d'année en année il alla se développant, quoique d'une manière assez lente. En 1913, il est à 14; en 1917, à 34; en 1919, â 38; et en 1921, à 54. De son côté, à travers quelques fluctuations, le chiffre des externes était arrivé, cette année là, à 306, ce qui faisait, pour l'ensemble du collège, une population de 360 élèves, dont 135 pour l'enseignement secondaire.

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Mais la maison était devenue absolument comble, et le nombre des enfants croissait toujours. Pour n'être pas obligé de les refuser, on loua une maison contiguë, dont le rez-de-chaussée et les deux étages furent successivement aménagés et occupés: mais, si l'on put ainsi obvier pendant quelque temps aux nécessités les plus urgentes, on ne peut pas dire que le problème eût été véritablement résolu. Quoi qu'on eût pu faire, en effet, le local demeurait trop étroit, incommode, très insuffisamment pourvu des conditions que l'hygiène et la pédagogie contemporaines s'accordent à exiger; et… nulle espérance de rencontrer en ville une autre maison qui répondit aux désidératas; vingt ans de vaines recherches avaient surabondamment prouvé qu'une telle maison n'existait pas. Le seul vrai remède au mal était de construire ad- hoc, malgré les difficultés — assurément pas petites — qu'il allait falloir affronter; et force fut bien de s'y résoudre en comptant sur le secours de la Providence pour arriver à les vaincre.

Le premier pas était de s'assurer un emplacement propice, et on eut la bonne fortune d'en rencontrer un qui, à tous points de vue, paraissait bien convenir. Situé au Sud-Est de la ville, dans la zone d'extension, à l'angle de la rue Général Zurbano et de la future avenue Colomb, qui doit la couper, bien orienté au midi, abondamment pourvu d'air, d'eau et de lumière, de prix modéré enfin, ce qui en rendait l'acquisition moins inabordable: tout semblait vraiment s'être réuni pour le désigner au choix comme emplacement d'une maison d'éducation.

Aussi le Conseil provincial et le Conseil Général, à qui la permission d'acheter fut tour à tour demandée, n'hésitèrent-ils pas à donner une réponse favorable, bien que la dépense à faire et celle de la construction qui allait en être le corolaire obligé ne fussent pas sans les préoccuper un peu.

Le terrain fut donc acheté; et, au point le plus propice de sa surface, sur le bord méridional de la rue Général Zurbano commença bientôt à s'élever, d'après les plans soigneusement étudiés de l'habile architecte C. Agapito del Valle, ancien élève de l'Etablissement, le bel édifice on ont pu s'installer, grâces à Dieu, dans d'excellentes conditions, à la dernière ouverture des cours, tous les éléments du. Collège: chapelle, classes, salle de réunion, appartements de la Communauté, dortoirs des pensionnaires, cuisine, réfectoires, etc. etc. avec leurs dépendances respectives. Plus d'un détail sans doute n'avait pas encore reçu son dernier fini : cela viendra peu à peu ; mais pour l'espace, la commodité, l'hygiène, et tout ce qui touche à la pédagogie, quelle heureuse différence avec les locaux de rencontre où l'œuvre avait dû vivre pendant près de trente ans!

Non seulement, dans l'organisation intérieure de la maison, tout a été soigneusement calculé pour donner à ces difficiles et importants problèmes scolaires la solution la plus favorable possible; mais la physionomie extérieure de l'édifice a elle-même son rôle éducatif: d'abord parce que son aspect agréable et riant est pour les élèves une attirance, un élément de joie; de gaîté et de bonne humeur qui invite au travail et le facilite ; ensuite parce que, l'harmonieuse proportion de ses lignes, de même que l'heureuse combinaison de ses teintes est pour eux une mirette leçon d'esthétique.

Les Frères de Logrogne se garderont d'oublier cependant que ces avantages, tout précieux qu'ils sont, ne sont en somme que secondaires; et, sans en sous-estimer la valeur, ils ne s'attacheront que plus fortement à ce qui a fait jusqu'ici leur enviable succès. Une expérience de près de trente ans leur a démontré jusqu'à l'évidence que ce que les enfants et leurs familles cherchent d'instinct, dans le choix d'une maison d'éducation, c'est au fond bien moins encore l'aisance et la commodité du local que la compétence, la vertu et le dévouement des maîtres; que la piété, la régularité, l'union fraternelle qui règnent dans les communautés, unies au véritable intérêt qu'on porte aux enfants ont plus de puissance pour les attirer et les attacher à l'établissement que les charmes et les commodités de la plus belle maison; qu'enfin, même dans un local incommode et de pauvre apparence on peut faire énormément de bien à 'condition d'avoir sur soi la bénédiction de Dieu et de ne pas craindre la peine. Et ce sont bien là des principes dont ils sont plus fermement que jamais résolus de ne pas se départir.

Ils espèrent toutefois que, par les mêmes moyens, il leur sera donné de faire, dans la belle maison que leur a procurée la divine Providence, un bien non moins solide et un peu plus étendu. C'est leur chère mais unique ambition. Laus Deo.

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