Le Congres Eucharistique de Madrid

06/Sep/2010

Il ne peut pas entrer dans nos intentions de donner ici un tableau, même succinct, des manifestations splendides qui se sont déroulées à Madrid, à la fin du mois de juin dernier, à l'occasion du 22ième congrès eucharistique international. Outre que ce serait sortir de notre cadre, ce serait aussi entreprendre une tâche inutile, puisque la presse catholique de tous les pays en a parlé longuement au temps voulu. Pour plusieurs raisons, cependant, nous ne serions pas excusables de les passer entièrement sous silence. C'est d'abord à cause des liens étroits d'affinité qui nous lient, comme chrétiens et comme religieux, à la noble, chevaleresque et si foncièrement catholique nation, qui a fait à Notre Seigneur cet inoubliable triomphe, puisqu'elle est la patrie de 500 d'entre nous et que nous élevons plus de 10.000 de ses enfants ; c'est ensuite à cause de la place considérable qu'ont eue dans les travaux du congrès, l'instruction chrétienne et la communion des enfants, qui nous intéressent à un si haut degré ; c'est enfin à cause de la modeste part que la Congrégation y a prise, puisqu'elle s'y trouvait représentée par plusieurs de ses membres, et qu'il une des séances le Frère Provincial, invité à prendre la parole après plusieurs personnages de distinction, y donna des détails fort écoutés sur la préparation des enfants à la première communion dans nos écoles d'Espagne.

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Selon la remarque générale, le 22ième Congrès eucharistique, celui de Madrid, aura été sans doute, comme tous les autres, une réunion internationale de catholiques en vue de rendre au Très Saint Sacrement un hommage particulièrement solennel ; mais il aura été plus encore — et c'est consolant quand on songe aux menaçants nuages dont l'horizon politique était alors chargé — une grandiose manifestation de foi et de dévouement de la nation espagnole envers Jésus-Christ et son Eglise.

Ce fut le thème préféré et la note dominante de tous les grands discours qui y furent prononcés, depuis ceux de l'infant, Don Carlos et du cardinal légat à la séance d'inauguration, jusqu'à celui du roi Alphonse XIII à la dernière assemblée générale. Et les faits l'ont proclamé, si possible, encore plus éloquemment que les paroles. Non seulement on y a vu figurer une élite nombreuse de toutes les régions de l'Espagne catholique actuelle, débordante d'enthousiasme et de foi ; mais, dans des discours vibrants de religion et de patriotisme, on y a évoqué, pour ainsi dire en l'honneur de Jésus Hostie, toutes les gloires de l'Espagne héroïque des temps passés.

 

« Nobles et illustres étrangers — s'écriait, dans une péroraison de belle envolée, un des plus sympathiques orateurs du Congrès — si le grand Raphael, dans le fameux tableau de la Dispute du Saint Sacrement, a pu grouper autour de la divine Eucharistie toutes les plus grandes figures de l'histoire chrétienne, votre puissante imagination encore excitée par les ardeurs du soleil d'Espagne, ne manquera pas, au cours de la procession de demain, de l'aire revivre devant vos yeux toute la suite de notre glorieux passé. Elle vous montrera, portant sur leurs épaules la custode sacrée, des prêtres qui s'appelaient Calderón et Lope de Vega. Louis de Léon et Louis de Grenade, saint Ignace de Loyola et saint Jean de la Croix… Elle vous fera voir Dominique de Guzman, Raymond de Peñafort, Malon de Chalde, Thérèse de Jésus, Jean de Dieu, Joseph Calasanz, les théologiens espagnols du Concile de Trente, Melchior Cano, Suarez, Maldonat et Victoria, et les princes de la peinture, Juan de Juanes, Zurbaran, Velasquez, Murillo et tant d'autres, venir dans un long et magnifique défilé se prosterner tour à tour devant l'Hostie sainte. La vénérable figure du légat pontifical, vous rappellera celle d'un autre archevêque de Tolède, le cardinal Cisneros. Et quand notre monarque, entouré de toute sa cour, viendra rendre les derniers hommages la majesté du Roi des rois, vous croirez revoir, prosternés devant Jésus au Très Saint Sacrement pour lui offrir leur couronne, Ferdinand le Saint, Philippe Il et tous les rois catholiques…

C'est sous cette impression que vous retournerez chez vous ; et, quand, mus par de louches intérêts, de prétendus amis du progrès ou une presse de commande vous représenteront l'Espagne comme une nation qui perd la foi, qui demande pour ses codes des réformes antichrétiennes et qui n'aime plus ni ses ordres religieux, ni l'Eglise, ni le Pape : je vous en prie au nom du Saint Sacrement, protestez ; défendez-la contre de si absurdes calomnies ; dites que ce n'est point là l'Espagne que vous avez vue ; que la véritable Espagne est l'Espagne catholique, l'Espagne de la Foi, l'Espagne de l'Eucharistie ».

Et la longue ovation que provoquèrent ces derniers mots dans l'immense assemblée, prouva qu'ils étaient la traduction du sentiment commun de toutes les âmes.

La procession du lendemain devait du reste être une splendide réalisation de la vision anticipée du brillant orateur. Jésus porté triomphalement à travers les rues de la grande capitale, magnifiquement pavoisées et jonchées de fleurs et de verdure ; escorté de plus de cent mille hommes qui formaient respectueusement la haie sur son passage ou marchaient devant lui en chantant ses louanges ; entouré de huit mille prêtres et de près de cent évêques qui, avec l'accent d'une foi inébranlable et d'un indéfectible amour entonnaient le Pange Lingua, l'hymne des hymnes en l'honneur de l'Eucharistie ; voyant devant lui tous les fronts s'incliner, tous les genoux fléchir, le drapeau national s'abaisser jusqu'à terre, les soldats de la patrie en tenue d'apparat lui présenter respectueusement les armes, les hauts dignitaires du royaume, les grands corps de l'Etat, les princes de la famille royale, le roi et la reine eux-mêmes tomber tour à tour à genoux ; et Lui, du haut d'un splendide autel dressé sur une place publique ou du balcon d'honneur du Palais Royal, bénissant tout ce peuple prosterné, tandis que le canon fait retentir l'air de sa grande voix, que toutes les musiques militaires font entendre un air triomphal et que sonnent à grande volée toutes les cloches non seulement de la ville, mais pour ainsi dire de tout le pays : ce fut vraiment un spectacle unique, et dont ne perdront jamais le consolant souvenir, si longtemps qu'il leur soit donné de vivre, ceux qui ont le bonheur de l'avoir vu.

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Mais s'il n'y eut et ne pouvait y avoir de spectacle plus magnifique et plus grandiose que celui de cette procession de clôture, il y en avait eu, la veille, un plus gracieux et peut-être plus touchant. C'est celui de la Communion générale des enfants, au parc du Retiro, le matin du 28 juin. On sait ce qu'a de délicieusement émouvant, surtout depuis l'application du décret Quam singuleri, l'aspect de nos grandes églises et même de nos plus humbles chapelles, les jours de première communion ; ce que présente d'angélique et de vraiment céleste la vue de ces jeunes enfants aux âmes pures comme des lis, attendant avec une douce impatience, l'heureux moment où Jésus va venir en eux pour les combler de ses grâces.

Eh bien, qu'on multiplie leur nombre par 200, par 500, par 1.000. Qu'on se figure dans un magnifique jardin public, au milieu du chant des oiseaux, sous la caresse d'un ciel proverbialement pur, au matin d' un jour superbe, 20.000 et plus de ces petits chérubins terrestres, réunis autour de trois modestes autels dédiés à Jésus Enfant, à saint Louis de Gonzague, à saint Pascal Baylon, et attendant, pieux et recueillis, le commencement de la sainte messe, que trois prélats vont y célébrer simultanément.

De temps à autre, quelques-uns abandonnent leur place et courent, sans respect humain, trouver un prêtre quelconque, assis n'importe où, pour lui faire part de quelque ombre qu'ils viennent de découvrir dans le cristal, purifié pourtant avec tant de soin, de leur délicate conscience.

Mais voici neuf heures qui sonnent. Les trois célébrants montent à l'autel, et le recueillement redouble. Tous ces enfants suivent avec une pieuse attention les diverses parties du saint sacrifice. Bientôt les accents de la Marche Royale, jouée par la musique militaire, annoncent le moment solennel de l'élévation et cette armée de petites têtes s'incline respectueusement sous la bénédiction de l'Hostie sainte, tenue dans les mains des trois prélats. Le tableau est vraiment digne de tenter le pinceau d'un grand maître. Le moment de la Communion arrivé, les trois prélats officiants, assistés de trois autres évêques et d'une dizaine de prêtres, s'avancent vers la Table sacrée pour distribuer le pain de vie à cette innocente multitude, qui, pendant près d'une heure et demie, vient, par petits groupes, s'agenouiller devant eux, puis les mains jointes, les yeux baisses regagne pieusement sa place pour s'entretenir de son bonheur avec le divin Ami qui se plaît parmi les lis et fait ses délices d'habiter avec les enfants des hommes. Pendant ce temps la musique militaire fait entendre des airs pieux.

Après un moment d'action de grâces, Mgr l'évêque de Madrid-Alcala donne sa bénédiction ; un prévoyant Comité de Dames, quand la sollicitude des Maîtres et Maîtresses n'y a pas déjà pourvu, fait circuler dans tous les rangs du chocolat et des brioches ; S. E. le Cardinal Légat vient prendre place sur un trône de velours rouge, près de la grande porte du parc, et tout ce petit peuple ; en se retirant, défile successivement devant lui, au chant de l'hymne du congrès, Gloire au Christ Jésus ! ou aux cris de : Vive le Cardinal Légat ! Vive le Pape ! Vive l'Espagne catholique !

La foule — et elle avait raison — ne se rassasiait point d'admirer ce spectacle, ravissant de fraîcheur et de simplicité.

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