Le Désiré des Nations

Boreau

16/Sep/2010

De l'antique Sion les vierges désolées,

En touchant le kinnor humide de leurs pleurs,

A l'ombre des palmiers de leurs belles vallées

Soupirent tristement des hymnes de douleurs.

` Combien de temps encor serons-nous délaissées ?

Où sont ô Jéhovah ! tes solennels serments ?

Sion n'est-elle plus l'objet de tes pensées ?

Ne sommes-nous plus tes enfants ?… ;,

Et le Seigneur a dit : " La femme oubliera-t-elle

De nourrir de son lait l'enfant qu'elle a produit ?

Comme elle vole à lui dès que sa voix l'appelle !

N'est-ce pas son amour alors qui la conduit ?

Mais qu'aux devoirs de mère elle soit infidèle,

Que son sein criminel oublie un jour son fruit,

J'en ai juré par moi, je vous serai fidèle''.

¤ ¤ ¤

Dieu se tait… Ecoutez… De son luth inspiré,

Quels accents fait entendre un prophète sacré !

Nations, apprenez les décrets qu'il révèle :

Lève-toi, lève-toi, revêts-toi de splendeur,

5ecoue enfin, secoue une indigne poussière

Voici, Jérusalem, les jours de ta grandeur ;

Voici qu'elle a brillé, ta céleste lumière !

Lève-toi, lève-toi, revêts-toi de splendeur :

Voici, Jérusalem, les jours de ta grandeur !…

Dans d'épaisses ténèbres

Fous marchez au hasard, peuples de l'univers ;

De ses voiles funèbres

La mort vous a couverts…

Mais la sainte cité fleurit comme une rose ;

Sur elle du Seigneur la gloire se repose.

Lève-toi, lève-toi, revêts-toi de splendeur :

Voici, Jérusalem, les jours de ta grandeur !…

Un enfant nous est né…

D'une terre flétrie

Telle s'est élevée une tige l'envie ;

Sur la colline de Sion

Il descend comme la rosée

Qui coule des sommets d'Hermon

Dans la plaine fertilisée.

Tous les dons à la fois s'échappent de son sein :

Les solitudes sont pareilles

Aux plus charmantes fleurs d'Eden,

Et le peuple pour qui sont faites ces merveilles

Germera comme un lis germe en un jour serein.

Les rives du Jourdain ne sont plus désolées,

Le Seigneur est venu visiter Israël.

Il donne à ses déserts, il donne à ses vallées

La gloire du Liban, la beauté du Carmel.

Le loup près de l'agneau bondit dans la prairie,

Le léopard soumis broute avec le chevreau,

Et le lion se joue à travers le troupeau

Qu’un seul petit enfant mène à la bergerie…

¤ ¤ ¤

Les siècles de l'attente enfin sont révolus…

Lyre des prophètes, silence !

Le Dieu promis a pris naissance ;

Hommes, brisez vos fers, vous ne gémirez plus !…

Dans les champs d'Ephraïm quels transports, quelle ivresse !

Quels sublimes concerts !

Pourquoi cette allégresse ?

Quelle clarté divine a sillonné les airs ?

Voici d'une légère nue

Qu'un des célestes messagers

Est descendu près des bergers.

Ils tremblent à sa vue :

D'une gloire inconnue

Son front est couronné.

Ne craignez pas, dit-il, livrez-vous à la joie,

C'est à vous, ô pasteurs que le Très-Haut m'envoie.

Allez à Bethléem : votre Sauveur est né

Puis l'ange, sans laisser de trace,

Tel qu'un rapide éclair aux cieux est retourné.

Cependant á travers l'espace.

Un son vague s'est répandu,

Et les bergers ont entendu,

Aux doux frémissements de la harpe des anges,

Les chants précipités d'un concert de louanges.

Gloire à toi, Jéhovah ! gloire, gloire à jamais !

Gloire au plus haut des cieux ! tes mains sont désarmées.

Hosanna ! saint, saint, saint est le Dieu des armées !

Gloire à toi, Jéhovah ! gloire, gloire à jamais !

Gloire au plus haut des cieux ! et sur la terre, paix !

Ton foudre dort éteint… tes mains sont désarmées ;

Paix à tous les mortels de bonne volonté !„

Et ce cri par le ciel fut longtemps répété…

Oh donc est mon Sauveur ! Ephrata, ville sainte ?

Mon cœur tremble, palpite et d'espoir et de crainte.

Quoi ! c'est lui que je vois sur la paille gisant !

C'est là mon Dieu… ! c'est vous, c'est vous, divin Enfant !

O mystère ineffable !

O miracle d'amour !

Il était donc écrit qu'avec le bœuf un jour

Le Lion de Juda coucherait dans l'étable ?

Enfant de l'homme ! enfant des cieux !

De quelle majesté ton visage rayonne !

Et toi, Vierge, qui tiens ce fardeau précieux,

A quels nobles pensers ton time s'abandonne !

Le souci maternel se peint bien dans tes yeux.

Sur le front de ton Fils doucement inclinée,

De la divinité tu contemples les traits ;

Non, tu n'ignores pas quelle est sa destinée :

Tu tressailles de joie au don que tu nous fais.

Avec quelle grâce enfantine

It sourit à ce saint vieillard,

Adorant, comme toi, sa céleste origine,'

Et n'ayant plus aussi, comme toi, qu'un regard !…

Eternelle parole, éternelle pensée,

Salut, ô Dieu caché sous un voile mortel !

Salut, dernier rameau d'une tige brisée !

Pour lui distille, ô ciel ! une douce rosée !

Puissent d'Emmanuel

Les jours sembler aux jours qu'il apporte à la terre…,

Mais déjà de Rachel

Arrive jusqu'à moi la plainte funéraire.

Mes vœux sont superflus ;

Elle pleure ses fils parce qu'ils ne sont plus,

Et mes yeux ont, hélas ! rencontré le Calvaire…

Boreau.

RETOUR

Nos Souhaits...

SUIVANT

Bonne année !...