Le District de Madagascar

F. Gabriel-Augustin

27/Oct/2010

BETAFO

C'est à la demande du R. P. Dantin, Supérieur de la Mission des Pères de La Salette et futur Vicaire apostolique d'Antsirabe, qu'arrivaient à Bétafo, le 17 janvier 1912, deux Frères Maristes fournis par la Province de Syrie.

Située à 1 400 m d'altitude et à 150 km de Tananarive, dont le sépare le Massif d'Ankaratra, point culminant et immense château d’eau de l'île, Bétafo, ou plus exactement l'agglomération de villages qui la constituent, dressée sur une éminence, dans une vaste plaine tropicale parsemée d'habitations enchâssées dans la verdure, apparaît comme un centre agricole riche de sa végétation luxuriante, de ses cultures variées, de ses rizières ingénieusement étendues jusqu'aux derniers étages irrigables des collines disposées en amphithéâtre. Les habitants, plutôt grands de taille, solidement charpentés, durs à la fatigue, habitués dès leur jeune âge aux rudes travaux champêtres, ont le tempérament vigoureux des Hovas, non plus terribles comme le raconte la légende, mais paisibles comme des agneaux, dociles, laborieux, doués d'une grande puissance d'assimilation, profondément religieux par instinct et tout disposés à recevoir avec respect le message de l'Evangile. Ce sont les constatations que firent le F. André-Frédéric et son compagnon, quelques mois après l'ouverture des cours. Ils eurent bien à faire pour organiser les huit classes, diriger, stimuler et contrôler les professeurs indigènes, d'autant plus que les Pères de la Mission et la population avaient voulu avoir un pensionnat. Un troisième Frère, F. Brieuc-Marie arrive heureusement l'année suivante. Mais les premières grandes difficultés, inhérentes à l'implantation de toute œuvre vraiment féconde, se multipliaient aussi… et durant huit ans.

 

Le renfort.

Le renfort impatiemment attendu n'arriva qu'en mars 1920, avec le débarquement à Tamatave de cinq Frères sous la conduite du F. Joseph-Bonus. Reçus avec solennité à Antsirabe par les Pères de la Mission et par la population, ils furent quelques jours après conduits à Bétafo en trois « pousses » par douze « bourgeanes » (coureurs). Il leur en coûta bien un peu de se voir traînés par des hommes ; aussi récitèrent-ils deux chapelets pour ces pauvres diables qui franchirent leurs 24 km en moins de deux heures et demie. A leur rencontre étaient accourus F. André-Frédéric et F. Brieuc-Marie avec tous leurs élèves. Le jour de Pâques eut lieu la réception organisée par la chrétienté : discours grandiloquents et offrande des traditionnels cadeaux (moutons, oies, canards, riz, etc. …).

Puis, les sept missionnaires maristes se mettent à l'œuvre. Cette œuvre, qui s'avérera magnifique un jour, va être menée de façon sage, énergique, constante par le F. Joseph-Bonus, qui prend la direction du petit district et en sera l'organisateur entreprenant et tenace…

 

Ce Berrichon.

De santé fragile, d'aspect austère, d'une volonté d'airain, ce Berrichon, qui avait dû retarder de huit ans son entrée au noviciat pour se fortifier dans les travaux des champs, puis l'interrompre pour cause de phtisie ; qui avait été guéri par le Bienheureux P. Champagnat une première fois pour lui permettre d'achever ses études et de partir pour le Liban, et une deuxième fois pour de bon à la suite d'une promesse, et qui avait œuvré neuf ans d'un dur labeur au Liban et onze années comme Maître des Novices à Bairo, était bien l'homme que la Providence avait préparé de longue date pour relancer à Madagascar l'œuvre que les deux pionniers de la première heure avaient eu le mérite d'implanter solidement et de maintenir coûte que coûte. Le nouveau chef de Mission sera, à travers les difficultés et les déceptions de toutes sortes, l'incomparable porte-drapeau de l'espoir invaincu qui ranime les élans et coordonne les efforts. Il commence par consacrer au Sacré-Cœur la Communauté de Bétafo où il laisse trois Frères, et il s'installe avec les trois autres à Antsirabe où fonctionnent l'Ecole malgache et l'Ecole européenne avec internat. Pour le ravitaillement des deux Communautés vivant dans des conditions de pauvreté qui rappellent La Valla, il se procure un âne qu'il dresse avec de mauvais harnais et un pousse-pousse usagé transformé en voiture.

Pour assurer le développement des trois écoles, il conçoit le projet de recruter des Frères du pays. Le 2 janvier 1923, le noviciat est canoniquement érigé, avec les deux premières recrues dont le F. Joannès-René. A la deuxième vêture, en 1930, ils sont cinq. Mais la croix est proche : après le F. André-Frédéric, le fondateur et le rude ouvrier de la première heure, décédé l'année précédente, deux de ces jeunes Frères meurent de consomption, sans doute par suite de l'état insalubre des locaux. D'où urgence de bâtir. Au prix de longues privations, F. Joseph-Bonus avait eu la prévoyance d'acquérir plusieurs parcelles de terrain. La maison de formation fut rapidement édifiée, assez vaste, pensait-il, mais agrandie dans la suite, car les juvénistes affluaient et les vêtures se succédaient tous les deux ans, par groupes de trois, cinq ou plus. Le 25e anniversaire, en 1937, est célébré à Bétafo par seize Frères profès, trois novices et quinze juvénistes. La guerre de 1939 accroît l'isolement du District qui n'a reçu qu'une fois la visite d'un Supérieur, le F. Augustin-Joseph, A. G., en 1931. Malgré des difficultés inouïes et des oppositions de toute nature, F. Joseph-Bonus poursuit résolument son œuvre organisatrice. Sur quarante-deux vocations recrutées par lui, une dizaine seulement n'ont pas abouti. C'est qu'il aimait ses Frères malgaches, pour lesquels il restera toujours le Supérieur affectueux, pieux, dévoué, compréhensif de leur mentalité, serviable et grand ami de la croix, au point que sa vie a été un calvaire. C'est pourquoi d'ailleurs la maison de formation s'appelle Sainte-Croix. Animé d'un grand esprit de suite, il a réussi par une dizaine d'achats parfois minimes, à créer une propriété de 4 ha où les vergers et les jardins font aujourd'hui l'admiration des visiteurs, ainsi qu'une vigne dont le vin a une réputation de bourgogne.

 

Le plein essor.

Après la guerre, les Supérieurs majeurs (F. Jean-Emile, A. G., en 1946, F. Marie-Bernard, en 1947, et le R. F. Léonida, en 1950) peuvent constater l'œuvre accomplie grâce au dévouement et à l'abnégation de tous les Frères, des vétérans des débuts et de ceux qui sont venus successivement, au compte-gouttes souvent, renforcer les cadres, tel le Maître des Novices actuel, le F. Tarcisio-Luigi.

En 1948, le F. Joseph-Bonus est libéré de sa charge, mais il continuera jusqu'à sa mort, en 1954, à mener sa vie d'abnégation et d'effacement. Sous la direction du F. Roger-Adrien, puis du F. Callixte, le District, solidement basé et auquel le Bienheureux Fondateur a marqué sa protection en guérissant le jeune Ranaivo, poursuit à grande allure son développement : mise en valeur de la propriété de 32 ha acquise en 1948, fondation de l'école de Diégo-Suarez en 1953, agrandissement du Collège Saint-Joseph et de l'école paroissiale de l'Immaculée-Conception, à Antsirabe, de l'école Saint-Louis à Bétafo et prise en charge, en 1958, de l'école d'Isotry à Tananarive qui compte déjà 1 000 élèves.

Erigé nouvellement en District autonome, il est appelé à un splendide rayonnement dans la Grande Ile en route de chrétienté.

F. Gabriel-Augustin.

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