Le IV° Congrès Interaméricain de léducation catholique

20/Oct/2010

Le Congrès s'est tenu dans le cadre grandiose de la capitale fédérale du Brésil, à Rio de Janeiro, du 25 juillet au 5 août 1951.

Le premier Congrès de la C. I. E. C. (Confédération Interaméricaine de l'Éducation Catholique) s'était tenue à Bogota (Colombie), en 1945, le deuxième à Buenos-Aires (Argentine), en 1946 ; le troisième à La Paz (Bolivie), en 1948. Devant l'urgence des problèmes éducatifs, il avait été décidé d'étudier à Rio de Janeiro, en 1951, l'un des plus douloureux : celui de la formation intégrale des adolescents et. très particulièrement, celui de leur formation morale et sociale. En effet, la croissance rapide de la population, la modernisation extraordinaire des techniques font de l'habitat, des mélanges raciaux, de la presse, du cinéma, de la radio et déjà de la télévision, autant d'occasions de déséquilibres et de désordres qui risquent de rendre moralement vains les grands efforts accomplis pour multiplier les établissements scolaires de tous les degrés. Ces problèmes, la nécessité d'adapter les programmes d'enseignement et les méthodes d'éducation de la jeunesse aux besoins actuels, ont provoqué au sein des nations américaines une fermentation d'idées et des expériences qui nécessitent de sérieuses mises au point. Le IV° Congrès Interaméricain de l’Éducation Catholique s'est proposé la tâche ardue d'établir les bases solides des principes éducatifs qui permettent de discerner l'ivraie du bon grain et de fournir à tous les éducateurs des orientations actuelles et sûres.

La floraison d'Instituts religieux au Brésil, l'incomparable pittoresque de la baie de Guanabara que domine la gigantesque statue du Christ au Corcovado, tout faisait augurer la pleine réussite d'une réunion qui, à sa clôture, apparaissait comme un véritable succès d'organisation de travail collectif et d'entente internationale.

La Commission Exécutive, présidée par le R. P. Arthur Alonso, S. J., fit appel aux Frères Maristes. Le beau Collège São José de la Tijuca, élégamment placé dans un splendide décor de verdure et de montagne, offrait naturellement un local des plus confortables et des mieux adaptés aux travaux du Congrès. Profitant de la période de vacances de juillet, les salles de classe vastes et bien servies par des galeries extérieures, pourraient servir aux réunions de nombreuses commissions. La salle des fêtes se prêtait à merveille aux sessions plénières. La chapelle, véritable bijou de grâce et de bon goût, offrait sa tranquillité et son atmosphère de prière. On fit appel à toutes les ressources de la technique moderne pour faciliter le travail de l'immense ruche et, à cet effet, plusieurs compagnies voulurent avoir l'honneur d'offrir gratuitement leurs services et leur équipement.

Plus d'un millier de congressistes, prêtres, religieux ou religieuses pour la plupart, venus de tous les pays d'Amérique, trouvèrent le plus chaleureux accueil au Collège São José. La collaboration et l'intervention d'hommes et de dames dans les diverses séances fut très appréciable, et prouva que dans les pays des deux Amériques, l'élément laïque s'organise pour lutter côte à côte avec la hiérarchie de l'Église.

Nos Frères, venus surtout des trois Provinces du Brésil, participèrent de façon très active et très efficace, sous la direction du G. F. Désire-Alphonse, A. G., aux travaux des diverses commissions.

 Relater les travaux du Congrès déborderait le cadre de cet article purement informatif. Tous les sujets proposés étaient brûlants d'intérêt et centrés sur la doctrine fondamentale de l'éducation chrétienne : notre incorporation au Christ, le souci de la conservation de l'état de grâce et l'inhabitation de l'Esprit-Saint. D'après les simples titres des thèmes, on peut se faire une idée du beau travail réalisé. Le programme étudié à Rome en 1950 dans une réunion préparatoire, avait été réparti entre les diverses nations. Leurs délégations avaient établi des rapports qui furent présentés et discutés dans les Commissions de travail.

1. Formation intégrale du chrétien, rapporté par la Colombie et Costa Rica. — 2. Vision unilatérale des philosophies non chrétiennes sur les problèmes de formation. (Rapporté par le Canada et le Honduras.) — 3. La formation morale et sociale (délimitation des travaux du Congrès) (États-Unis et Equateur.) — 4. Formation de la conscience morale du jeune homme (Cuba et Guatemala). — 5. Formation de l'affectivité (Chili et Paraguay). —6. Formation de la volonté (Mexique et Nicaragua.) — 7. Formation du caractère (Argentine et Uruguay). — 8. Formation de la personnalité (Brésil et Pérou). — 9. Problèmes spéciaux de l'adolescence en face de la morale et de la foi (Salvador et Bolivie). — 10. Éducation sociale (Venezuela et République Dominicaine).

Ce furent dix jours de labeur intense et de grande édification. Tous ces travaux, commencés avec la bénédiction du Saint-Père, se terminèrent solennellement au Théâtre Municipal, dans un somptueux décor où s'entrecroisaient les couleurs pontificales et celles de tous les pays d'Amérique. Sous la présidence de Son Eminence D. Jaime Camara, cardinal archevêque de Rio de Janeiro et légat pontifical — qui ne perdit pas une seule réunion plénière du Congrès — la foule des congressistes eut le plaisir d'entendre la parole du Président de la République, M. Getulio Vargas, qui voulut apporter aux éducateurs catholiques l'appui et l'encouragement du pouvoir civil, dans un pays qui s'honore d'avoir dans son ciel la « Croix du Sud » et qui remercia la Providence d'être né dans les bras de la religion chrétienne.

Il ne manquait plus sur tous ces travaux que la bénédiction d'En-Haut, du Père de toute grâce. Et elle nous arriva, pleine d'onction paternelle, par la grande voix de S. S. Pie XII. Nous eûmes la joie d'entendre, dans une admirable diction portugaise, le radio-message du Pape et de recevoir à genoux sa bénédiction.

Dans son radio-message, le Saint-Père (après avoir souligné l'importance de l'éducation pour l'avenir moral et religieux de l'enfant et de la société dont il est membre), signale une lacune déplorable : la lamentable décadence de l'éducation familiale, ce qui fait que « le premier, le plus grand devoir qui incombe aujourd'hui à l'éducateur catholique, c'est de suppléer à la déficience de l'école familiale. »

De même « en face des déficiences de l'enseignement neutre et des autres occasions de naufrage moral et religieux pour la jeunesse imprudente (livres impies ou licencieux, spectacles cinématographiques, auditions radiophoniques…), il faut, par l'éducation, tremper la jeunesse pour les luttes de la vie, car si l'adolescent, une fois son éducation terminée, ne s'en va pas solidement élevé, il est impossible que, soumise ainsi à des impressions diverses, battue par tant de heurts, cette image de Dieu ne devienne rapidement, totalement déformée. » De là l'importance d'une «formation chrétienne et catholique qui sache profiter de tous les progrès de la pédagogie, passés au crible du jugement toutefois, afin de discerner l'or de ses imitations ».

 Pour commémorer l'accueil spécial des Frères Maristes au IV° Congrès Interaméricain de l'Éducation Catholique, le comité exécutif décida de placer une plaque en bronze à l'entrée du Collège São José. L'inscription latine porte l'éloge suivant :

 

« Au Collège São José de Rio-de-Janeiro

insigne rempart de la religion catholique au Brésil,

Tous ceux qui, venus ici de toute l'Amérique

pour réaliser le IV° Congrès pour la bonne

formation de la jeunesse catholique,

rendant grâce pour la fraternelle hospitalité

et remerciant le travail réalisé avec sollicitude

par les Frères de la Congrégation de la

Sainte Vierge Marie,

d'un cœur reconnaissant et plein d'estime

offrent cet humble témoignage.

D. D. D.1

Rio-de-Janeiro, 5-VIII-1951. »

 

Les résolutions d'un Congrès, a-t-on dit, demeurent lettre morte. Cela est peut-être vrai si Ton attend des fruits immédiats. Ce qui est certain, c'est que le brassage des idées et leur mise en lumière, l'exposé des méthodes nouvelles et le contact d'hommes éminents venus d'un peu partout, l'atmosphère d'entente, de sérieux et d'effort d'une élite, ne peuvent manquer d'influencer le travail éducatif dans ses réalisations pratiques.

__________________

1 D. D. D.=Dant, donant, dedicant.

RETOUR

Le 15 août 1951 à Bairo, Italie...

SUIVANT

Nouvelles de Chine...