Le ??Marist Brothers?? Old Boys Club? à Auckland (Nouvelle Zélande)

F.B.

06/Sep/2010

Dans le beau rapport lu au congrès eucharistique de Montréal par M. l'abbé Perrier, inspecteur des écoles de cette grande ville, et reproduit par le Bulletin dans son numéro de janvier 1911, nos lecteurs ont pu voir, exposées avec éloquence, les raisons qui démontrent la nécessité des œuvres postscolaires. Nous n'y reviendrons pas. Mais aux raisons, qui par leur nature même se tiennent toujours plus ou moins dans le domaine de la spéculation, il est bon d'ajouter quelquefois des exemples qui leur dorment un corps et les rendent palpables. C'est ce que nous allons essayer de faire aujourd'hui en rappelant l'origine, les progrès, le fonctionnement et les heureux résultats d'une de ces oeuvres, qui s'est fondée, il y a quelques années, près de notre école de Pitt Street, à Auckland, dans la Nouvelle Zélande.

* *

Au mois de juin 1904, un dimanche au soir, deux Frères de la communauté du Collège du Sacré-Cœur, s'entretenaient des intérêts de la religion en Nouvelle Zélande et déploraient la faiblesse de l'activité catholique à Auckland. L'un d'eux suggéra qu'il serait peut-être facile de remédier à ce mal en fondant une association catholique de jeunes gens. L'idée parut pratique, et, sans plus tarder, ils se rendirent chez le Frère Directeur de l'école de Pitt Street. La chose fut discutée de concert avec lui, et l'on décida de se mettre immédiatement à l'œuvre. Un des Frères, que son ancienneté à Auckland désignait spécialement pour cette mission, fut chargé d'en faire la proposition aux plus en vue des anciens élèves, et dès le dimanche suivant, la première réunion avait lieu. Elle comptait douze jeunes gens, tous bien connus pour la sincérité et la ferveur de leurs sentiments religieux, et qui ne regrettaient pas moins que les Frères le manque d'organisation parmi les catholiques. Aussi l'exposition qui y fut faite du plan général du projet ne rencontra-t-elle parmi eux que des enthousiasmes. Il y fut décidé qu'un Comité désigné à cette fin rédigerait une circulaire, qui serait adressée à un certain nombre d'anciens élèves, pour les inviter à une réunion générale fixée au mois de juin.

La plupart se firent un plaisir de s'y rendre, et les principaux articles des Statuts, mis en délibération, y furent adoptés. On y nomma également les Officiers et une Commission exécutive.

La Présidence d'honneur fut offerte à Monseigneur l'Evêque, qui l'agréa ; puis, comme l'association, bien qu’ouverte à tous les jeunes gens catholiques, était principalement destinée à grouper entre eux les anciens élèves des Frères Maristes, il parut convenable que le Président effectif de l'Association ou Club fût le trait d'union entre la grande majorité de ses membres et leurs anciens maîtres, et il fut inséré dans les Statuts que ce président serait toujours le Frère Directeur de l'école de Pitt Street, sans distinction de personne. On élut ensuite deux Vice-Présidents effectifs, un certain nombre de Vice-Présidents honoraires, un Secrétaire et un Trésorier.

Monseigneur ayant mis gracieusement à la disposition de l'œuvre deux chambres de l'école, on se hâta de les approprier à leur fin. Dans l'une on installa une bibliothèque ; dans l'autre, un billard ; puis, dans l'espoir que ce dernier serait une attraction pour les jeunes gens, et contribuerait, en leur donnant l'occasion de mieux se connaître, à faire régner un grand esprit de corps parmi la jeune génération catholique, il fut décidé que le Club serait ouvert tous les soirs.

Mais tout cela entraînait d'assez fortes dépenses et il fallait se préoccuper d'y faire face. A la fondation d'associations de ce genre, il est d'usage, là-bas, de nommer un grand nombre de vice-présidents honoraires, qu'on tache de prendre parmi les personnages accommodés. Avisés de leur nomination par le secrétaire, ils répondent généralement en faisant parvenir au Club une somme assez rondelette. Ceux de la jeune Association n'y manquèrent pas. Toutefois les fonds réunis de cette façon étaient loin de suffire. On eut recours au système des obligations. On en émit un certain nombre, valant chacune une livre sterling (25 francs), qui furent achetées par les membres, le Club se chargeant de payer l'intérêt aux taux courants1. Un capital de 150 livres (3.750 fr.) fut ainsi constitué, et l'œuvre put commencer aussitôt. Des membres de bonne volonté se chargèrent de faire faire au bâtiment les améliorations nécessaires.

* *

Le Club, comme nous avons dit, est ouvert à tous les jeunes gens catholiques, à quelque société qu'ils appartiennent. On y voit des ouvriers, des commis de bureau des hommes d'affaires, des étudiants de l'Université, etc. De là naturellement une grande variété dans les goûts et les aptitudes ; et pour donner autant que possible satisfaction à tous, on a établi diverses sections : Section littéraire, Section musicale, Club de gymnastique, Club des photographes, Football Club, Cricket Club, parmi lesquelles les membres ont à choisir.

La Section littéraire tient ses réunions une fois tous les quinze jours, et on n'y reste pas sans rien faire. Il y a deux ans, ses Membres prirent une part prépondérante à la formation d'une Union des Sociétés littéraires d'Auckland, qui a organisé un concours annuel où prennent part des représentants de chacune des sociétés, ce qui, en dehors de l'utilité de la chose elle-même, contribue puissamment à mettre de l'activité, de l'entrain et de l'intérêt aux réunions habituelles. Cette section est considérée, non sans raison, comme la plus importante, parce qu'elle est non seulement la pépinière où se recrutent, mais encore l'arène où s'exercent et s'aguerrissent aux combats de la parole et de la plume les futurs leaders de l'action catholique à Auckland.

Le succès de la Section musicale a été également des plus heureux. Elle compte toujours des artistes d'une grande valeur ; aussi les représentations qu'elle donne de temps en temps produisent-elles de belles sommes, consacrées soit au Club, soit aux couvres de charité catholiques. D'autre part, sans parler de l'agrément personnel qu'elle procure à ceux qui en font partie, elle est la grande attraction des séances publiques, où elle met du charme et de la vie. Chaque fois qu'une de ces séances doit avoir lieu, le secrétaire général du Club n'a qu'à envoyer un mot au directeur de la section, et on peut-être sûr que tout sera au mieux.

L'existence du Club de gymnastique a été un peu plus mouvementée ; son organisation est encore incomplète et ce n'est guère, jusqu'à présent, qu'un : club de boxe. Mais le Football Club et le Cricket Club suppléent amplement à ce qu'il aurait d'insuffisant pour l'éducation physique.

Aux matches de football qui ont lieu devant le grand public d'Auckland, le Club est toujours représenté par des équipes de la division des plus grands (Seniors) et de celle des plus jeunes (Juniors), et les lauriers remportés par ses champions n'ont pas peu contribué à étendre au loin sa réputation. Chaque année une délégation est envoyée à Napier et à Wanganui pour lutter avec les clubs catholiques de ces villes ; et c'est un plaisir en même temps qu'une consolation de voir combien ces rapports contribuent à développer, à fortifier les sentiments de religieuse fraternité qui devraient toujours régner parmi les catholiques, quelque part qu'ils se rencontrent. Il va sans dire que, dans ces tournées, le capitaine d'équipe est responsable de la conduite de ses hommes, et celle-ci jusqu'à présent n'a jamais mérité que des éloges, et n'a laissé partout que de bons souvenirs ; témoin, entre beaucoup d'autres faits, la lettre pleine de félicitations que le Président du Club, Frère Georges, recevait, il n'y a pas longtemps, d'un inconnu qui avait voyagé dans le train avec l'équipe de football : « Jamais, y est-il dit, je n'ai voyagé avec des joueurs de football qui sans se départir en rien des règles de la bienséance, se soient tant amusés que ces jeunes gens ».

Ce que le Football Club est pour l'hiver, le Cricket Club l'est pour l'été. Quant au Club des photographes, il est en voie d'organisation et fait bien augurer pour son avenir ; mais il est encore trop peu développé pour mériter autre chose qu'une simple mention dans ce rapide exposé.

Disons seulement un mot des réunions générales. La principale est celle qui a lieu annuellement à l'occasion du banquet traditionnel. En 1909, 220 membres du Club s'y trouvaient présents et de beaux discours, vibrants d'idéal catholique, y furent prononcés en présence de Monseigneur l'Evêque, qui présidait. En dehors de cela, il n'y a pas de pique-nique général ; mais de temps à autre un groupe de 50 à 60 membres organise une sortie où, sans préjudice de la dignité dont des chrétiens ne doivent jamais se départir, l'ennui n'a gardé de trouver place. Que de journées se sont déjà passées ainsi dans la plus franche gaîté ! En outre, chaque fois qu'un des membres est sur le point de quitter la ville ou se trouve à l'occasion de quelque événement important de sa vie, comme par exemple de ses noces ou de son élévation à quelque dignité, une délégation du Club va lui présenter au nom de tous les membres ses félicitations ou ses souhaits d'adieu. Dans ces réunions, il y a toujours quelque rafraîchissement, mais on ne fait jamais usage de boissons alcooliques.

Chaque année, il y a une campagne de recrutement dirigée par les membres du Club. Deux délégations sont choisies, et, sous la conduite de chefs intelligents, elles rivalisent d'ardeur pour amener de nouveaux membres à l'Association. Pour devenir membre du Club, il faut d'abord que le jeune aspirant soit nommé par deux des membres qui en font déjà partie. Son nom est ensuite affiché jusqu'à la prochaine réunion générale, où, par vote, il est admis ou refusé.

Dans le Club, il règne un esprit catholique excellent. Ses membres sont toujours prêts à répondre au premier appel de Mgr. l'Evêque ou du Clergé, pour leur prêter leur concours dans les œuvres qui ont pour but le bien de la Religion, et quand les circonstances le demandent, non seulement ils ne craignent pas, mais ils tiennent à honneur de faire publiquement profession de leur foi. Leurs relations avec toutes les autorités religieuses n'ont jamais cessé d'être très bonnes, et ils entourent les Frères, leurs anciens maîtres, d'une respectueuse et reconnaissante affection2.

Tout cela, sans nul doute, est très consolant et donne grandement à espérer. Beaucoup regrettent — et avec raison ce nous semble — que dans le Club il n'y ait pas eu jusqu'à présent un cours régulier d'Apologétique, ni, à proprement parler, de programme d'études régulièrement organisé ; mais cela viendra sans doute, quelque jour. En attendant, cet inconvénient est beaucoup atténué par des conférences qui s'y font assez fréquemment sur des sujets religieux, sans compter que beaucoup de notions utiles sur la religion peuvent être recueillies dans les discussions littéraires. Tout en admettant que le Club n'ait pas encore donné tout ce qu'on peut attendre de lui, et qu'il donnera, s'il plait à Dieu, dans la suite, on ne peut pas voir les fruits qu'il a produits parmi ses membres et sur le corps catholique en général, sans être porté à bénir Dieu de son institution.

Un des points sur lesquels son influence a été particulièrement salutaire et féconde est celui de la fréquentation des sacrements. Indépendamment de la communion privée que beaucoup d'entre eux font tous les mois ou tous les huit ou quinze jours, et parfois plus souvent encore, tous sont invités, chaque trimestre, à une communion générale, et rares sont ceux qui y manquent. Cette communion générale se fait alternativement dans chacune des quatre paroisses de la ville, où a lieu à cette occasion un sermon de circonstance ; et, en plus de la grande édification qui en résulte pour l'ensemble des fidèles et du bien qui est produit en chacun d'eux par la grâce du sacrement, elle a un avantage d'un autre ordre. Elle est suivie, en effet, dans quelque local voisin de l’église, d’une réunion amicale, où de nombreux discours se font entendre et où l'on se fortifie mutuellement dans l'amour et la pratique de notre sainte foi, dans les sentiments de fraternité chrétienne et dans l'esprit de l'Association (V. la vignette de la seconde page de la couverture).

Parmi les membres il en est aussi de particulièrement zélés qui, à l'occasion, savent se faire apôtres, soit auprès de leurs collègues, soit auprès d'autres personnes de leur connaissance, et profitent discrètement de leurs bonnes relations avec elles pour les ramener à la pratique oubliée de leurs devoirs de chrétiens. On ne saura jamais tout le bien opéré de la sorte.

Peu de temps après sa fondation, le Club se joignit à la Fédération des Sociétés catholiques des Jeunes gens de Nouvelle Zélande, dont le centre est à Wellington, mais qui tient chaque année, dans quelqu'une des principales villes, une Conférence générale, où sont convoqués des représentants de toutes les associations fédérées. En outre, elle publie une revue trimestrielle recommandable à tous égards intitulée Catholic Magazine. A Auckland, le prix d‘abonnement à cette revue est compris dans la cotisation exigée de tous les membres du Club, de sorte que chacun d'eux la reçoit régulièrement, et peut la lire avec grand profit.

Pour le gouvernement et la direction du Club, plusieurs systèmes ont été successivement essayés. Dans le principe, on avait institué une Commission exécutive, qui se réunissait tous les quinze jours et traitait les affaires. Après avoir subi diverses modifications, elle a été supprimée, et remplacée par un régime plus conforme aux mœurs du pays et se rapprochant de celui des sociétés démocratiques. Au lieu d'être traitées tous les quinze jours dans une assemblée réduite, les affaires le sont actuellement dans une assemblée générale qui se réunit tous les mois et l'on parait s’en trouver mieux. Affaire de tempérament, et d'habitudes. Dans les petites sociétés comme dans les grandes, le meilleur régime, en somme, est toujours celui qui, en s'adaptant le plus possible aux aspirations générales, réussit le mieux à orienter toutes les volontés vers la réalisation de l'idéal commun. Tout consiste à le trouver et s'y tenir.

Enfin, nous omettrions, ce nous semble, une des principales causes de la prospérité de l’œuvre si nous manquions de signaler ici la paternelle bienveillance et la protection décidée dont l'entoura toujours son regretté Président d'honneur, S. G. Mgr. Lenihan, évêque d'Auckland, et le dévouement infatigable de son Président effectif, le C. P. Georges, qui tout en laissant la plus large part possible aux libres initiatives des jeunes gens, n'a jamais cessé de les inspirer discrètement, de les diriger avec compétence et les seconder de tout son pouvoir sans que ses devoirs de religieux, de professeur ni de directeur aient jamais eu à en souffrir.

Il s'est ainsi acquis à un haut degré et à juste titre le respect, la confiance et l'affection de tous, et a réfuté pratiquement le préjugé de ceux qui regardent a priori la direction d'une œuvre postscolaire, comme incompatible avec les devoirs d’état d'un Directeur de Communauté. Il peut être vrai que souvent, en effet, la conciliation n'est pas possible ; mais il reste prouvé qu'elle l'est du moins quelquefois.

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1 Tout en permettant de constituer le capital nécessaire à la marche de l’œuvre, ce système des obligations offre un avantage précieux de créer une solidarité plus étroite entre les divers membres. Tous ou presque tous étant possesseurs d'un ou plusieurs titres, chacun a intérêt à ce que les choses marchent bien, et à contribuer pour sa part à l'obtention de ce résultat.

2 Entre beaucoup d'autres preuves, ils leur en donnèrent, il y a deux ans, une bien éclatante. Sachant que les Frères avaient besoin de construire une résidence et que, comme en beaucoup d'autres endroits, les fonds leur manquaient, ils organisèrent une tombola, dont le produit, qui s'élevait à la belle somme de 650 livres (16.250 frs.), fut tout entier consacré à cette œuvre.

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