Le nouvel Internat de Rio de Janeiro

06/Oct/2010

Les Petits Frères de Marie, avec quelques alternatives de calme et d'appréhension, exerçaient depuis près de trente ans leur apostolat au Brésil, sous la glorieuse bannière de leur Mère bénie, quand, en 1920, à la suite du Chapitre Général, ils reçurent la visite du T. R. F. Stratonique.

En effet, après avoir, avec une prudence et une fermeté admirables, pendant des années que l'âpreté des circonstances et des temps, avait démesurément allongées, semble-t-il, tenu les rênes du gouvernement de l'Institut, cet auguste vieillard, de si sainte mémoire reçut de son vénéré successeur, le Révérend Frère Diogène, la mission, de tout point conforme à ses goûts, d'inspecter les nombreux établissements que la Congrégation dirige dans les divers pays du nouveau monde.

 

L'ancien Collège. — Les prémices de cette mesure bienfaisante étaient réservées à la communauté de Rio de Janeiro et allaient avoir la plus heureuse influence sur les destinées de leur œuvre dans cette grande métropole brésilienne.

C'est le propre de la jeunesse de former de beaux projets, mais qui, hélas ! résistent difficilement à la critique sereine de la vieillesse. Là, n'était pas le cas : les locaux où fonctionnait le Collegio Diocesano Sao José étaient vieux, délabrés, et bien peu conformes aux exigences de l'hygiène. Ils avaient peut-être été merveilleux pour l'époque ou les trois Pères Paiva y avaient installé le Collège le mieux accrédité d'alors. Peut-être avaient-ils été encore bien suffisants pour le Séminaire, alors peu nombreux, que les RR. PP. Lazaristes y avaient dirigé longtemps. Mais à l'heure actuelle, il faut convenir qu’ils ne suffisaient plus du tout, et pour bien des motifs, à une population scolaire toujours grandissante. Les familles le chuchotèrent doucement entre elles, pas trop fort pour ne pas discréditer un Etablissement auquel elles confiaient leurs enfants, mais assez clairement tout de même pour être comprises de la Direction.

Les Frères aussi, et mieux que personne, comprenaient l'urgence d'une amélioration profonde, pour ne pas dire une transformation radicale. C'était le thème obligé des conversations, surtout après la réception de quelque doléance de pas mal de mamans, plus impatientes ou plus perspicaces que les autres.

D'un coup d'œil aussi sûr que rapide, le T. R. Frère Stratonique se rendit compte de la situation et fit justice aux observations qui lui furent présentées alors. Ajoutons, ce qui était d'accord avec son zèle apostolique et son ardeur toujours juvénile, il poussa à la roue, comme on dit vulgairement.

 

Démarches. — Mis au courant des démarches tentées auprès de l'autorité ecclésiastique, pour une reconstruction sur place de l'immeuble appartenant à l'archevêché, il voulut entrer lui-même en contact immédiat avec le zélé Vicaire Général d'alors, Mgr Maximiano Leite de Silva. Mais l'entrevue le convainquit vite que l'affaire n'irait pas toute seule et qu'il y aurait force difficultés à tourner avant d'arriver au but souhaité.

La divine Providence allait entrer en scène sollicitée par nos protecteurs célestes, Saint Joseph et l'aimable Thaumaturge de Lisieux.

Par détermination du Saint Siège, le très illustre et très cher archevêque de Recife, S. Exc. Don Sebastao Leme allait être transféré à Rio de Janeiro comme coadjuteur de S. Em. le Cardinal Arcoverde, et le Collegio S. José retrouverait en sa personne la paternelle bienveillance que n'avait jamais cessé de lui porter l'éminent prince de l'Eglise. Après avoir vainement tenté pour des raisons trop longues à exposer, de passer à la Congrégation la propriété des immeubles, que le Collège occupait depuis les débuts de 1902, force fut à Son Excellence d'abandonner ce projet. Elle s'ouvrit alors en toute simplicité au C. F. Provincial et l'engagea à rechercher une situation à l'endroit qui paraîtrait le plus propice à établir un grand pensionnat, l'assurant à nouveau de sa bonne volonté, pour tout ce qui dépendrait d'elle. L'heure des déterminations était arrivée.

L'Externat. — Le C. F. Provincial n'hésita pas un seul instant à les prendre, tout en partageant les responsabilités avec son Conseil, et, la séparation de l'Internat et de l'Externat étant reconnue nécessaire, le Conseil Général fut saisi à deux reprises d'une demande d'achat de terrains. On acquit d'abord à d'excellentes conditions et dans un quartier magnifique un lot se prêtant sous tous rapports au bon fonctionnement d'un grand Externat. Deux ans plus tard l'établissement, modèle de simplicité et d'élégance, en même temps que de surveillance facile, avec ses deux vérandas superposées en forme d'U groupant autour d'elle 18 classes bien éclairées et ventilées, avec une chapelle aussi commode que pieuse, et la résidence de la communauté lui faisant pendant, était solennellement bénit par Sa Grandeur Mgr l'Archevêque Coadjuteur, et ouvrait ses portes à une jeunesse pleine d'espérances, qui, en moins de 5 ans, a dépassé le chiffre de 700 présences.

 

L'Internat. — Tout en rendant de très ferventes actions de grâces pour l'inauguration de ce nouveau foyer de piété et de science, on ne s'était pas désintéressé de l'Internat. Vers la fin de novembre 1923, un superbe domaine, situé dans un des quartiers des plus salubres de la capitale, sur la lisière de la forêt de Tijuca avait été providentiellement acquis par la Congrégation, d'une famille encore plus noble encore par ses sentiments chrétiens que par le beau nom qu'elle porte. La famille Mello Vieira, à la veille de signer le contrai, refusait, pour nous être agréable, une proposition incomparablement plus avantageuse pour elle que la nôtre. On comprend aisément que les Frères de Rio de Janeiro lui fassent une place de choix parmi leurs nombreux bienfaiteurs.

 

Le site. — La. Providence semble avoir prodigué tous les agréments naturels dans ce coin privilégié du District fédéral : vastes surfaces planes qui, se prêtent à la formation de cours splendides, bien qu'à des niveaux différents. Là pourront se développer à leur aise les théories de pensionnaires prenant leurs ébats ou déroulant leurs exercices militaires et gymnastiques. Tout près est la forêt sans limites, parcourue en tous sens de sentiers permettant excursions et promenades, pleines de charmes, à l'ombre d'arbres gigantesques. En grimpant un peu, on s'élève vers deux pics à la crête altière, dont la masse imposante et la hauteur impressionnante défient le Corcovado, que domine la statue merveilleuse du Christ Roi. Quelle tentation permanente pour les alpinistes, qui, de leur sommet ne se lassent jamais d'admirer le panorama unique au monde de la baie de Guanabara et de la ville, étendue sous leurs yeux.

En plus, nous jouissons d'eaux d'une pureté cristalline, qui sont d'une valeur inestimable dans notre climat. Leur abondance est surprenante. Elles se précipitent d'une cascade à l'autre à travers un lit torrentiel, semé de rochers, répandant partout la fraîcheur et la fécondité, invitant après avoir largement approvisionné l'établissement les maraîchers du voisinage à étendre leurs cultures. Et que de fois déjà le projet a été fait de posséder un jour une piscine de natation.

Ne fallait-il pas tout cela pour faire oublier la propriété de Rio Comprido, que plus de cinq lustres de travaux et de sueurs des Frères avaient fini par transformer en un petit paradis terrestre.

Ajoutons à cela un climat idéal, également exempt de la brume humide de la mer et de la canicule du centre de la. ville, loin des vents violents qui balaient incessamment le sommet des montagnes environnantes.

 

L'édifice. — C'est dans ce cadre enchanteur qu'il s'agissait d'édifier un nouveau pensionnat, capable de contenir au large 300 internes, et pourvu de toutes les installations que permet une construction neuve et bien adaptée. Il n'y avait pas de temps à perdre. Les plans de l'Externat S. José ayant donné pleine satisfaction servirent de point de départ, en tenant compte pourtant de la différence des destinations et du terrain, en même temps que des exigences de la Commission des travaux publics de la Préfecture.

Sur une éminence dominant la rue, dont il reste à 50 mètres, se dresse l'édifice principal, lui aussi en U. Au rez-de-chaussée sont installés la conciergerie, les divers parloirs et services de la direction, et enfin 6 salles de classe spacieuses, ainsi que la salle d'études de la première division. Le premier étage contient 6 classes correspondantes avec le service de l'économat et les divers laboratoires ou musées. A ce niveau, dans le prolongement de la branche gauche de l'U, ont été construits les services de l'infirmerie. Finalement, le 2nd étage, coiffé d'une solide toiture en fer, est occupé par les dortoirs des diverses divisions ainsi que les cellules de la communauté.

Deux galeries d'une quinzaine de mètres de long relient les cuisines et réfectoires avec la salle des fêtes, actuellement chapelle, en attendant que cette dernière soit construite.

Il résulte de tout cet ensemble une façade de 120 mètres de long, d'aspect imposant.

En taisant le nom de l'architecte, nous céderons à la modestie du dévoué confrère dont le talent a édifié deux centres d'éducation à tous points de vue remarquables, au cœur du Brésil. Cela n'empêche pas de le remercier ici de son dévouement et de son travail, dont la Province et, par suite, tout l'Institut, ont bénéficié, pour le bon renon de l'enseignement catholique.

Sera-ce un jugement téméraire de supposer qu'à la lecture de ces lignes la pensée viendrait. à quelques lecteurs que leurs confrères du Brésil se sont laissés entraîner à des rêves de grandeur. Cela peut être, surtout si nous avouons qu'à Sao Paulo il a fallu presque en même temps édifier un autre édifice de même genre, pour loger le Collège archidiocésain.

N'en croyez rien chers Lecteurs. La Providence, qui a visiblement béni la Province depuis ses premiers jours, a tout ordonné pour nous forcer la main et nous obliger à nous établir dans des locaux construits par nous. Ce sont les éminents archevêques de Rio de Janeiro et de Sao Paulo qui n'ont cessé de nous soutenir dans notre mission éducatrice et de nous pousser à nous établir définitivement pour le plus grand bien de l'éducation catholique.

Gardez-vous donc de nous porter envie et songez aux responsabilités et aux charges qu'ont dû accepter la Province, surtout par ce temps de crise mondiale, qui est survenu depuis le commencement des constructions.

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