Le Pape-Roi

02/Oct/2010

Evidemment, le Bulletin, dans les lignes suivantes, n'apprendra pas grand' chose à ses lecteurs, concernant la nouvelle situation du Souverain Pontife, telle qu'elle résulte des récents accords du Latran. Toutes les voix de la presse, en tous pays, les ont publiés et commentés, ce qui, déjà, suffirait à prouver leur importance. Mais, comme tous ses lecteurs n'ont pas cessé, durant de longues années, dans leurs prières, de demander à Dieu une solution heureuse à la situation jadis si pénible au Père des fidèles, il lui paraît indispensable de témoigner de quelque façon de leur joie commune. On l'excusera donc de faire, comme dans une bonne famille, ou l'on rappelle volontiers les évènements heureux, bien qu'ils soient connus de tous, et qu'on en ait déjà parlé bien des fois. *

 

Rappel des faits historiques anciens. — La constitution des Etats Pontificaux se perd, pour ainsi dire, dans la nuit des temps. L'invasion des Barbares et la disparition des autorités impériales avaient, en fait, laissé la ville de Rome au pape, dès avant le 5° siècle. Et c'est ce qui explique pourquoi St Léon-le-Grand dut aller la défendre devant Attila.

Quelques siècles plus tard, Charlemagne avait ajouté au domaine de St Pierre, selon l'expression si chrétienne d'alors, diverses villes et territoires voisins. Et ainsi s'était étendu un petit Etat souverain qui occupait, d'une mer à l'autre, tout le centre de l'Italie, donnant un corps visible à l'institution de la Papauté. Quand on se rappelle la suite des temps troublés qui se succédèrent et qui mirent plus d'une fois aux prises la souveraine autorité de l'Eglise avec des princes puissants et parfois pervers, on ne peut que reconnaître la main de la Providence dans l'établissement du Pouvoir temporel.

Il y avait bien quelques inconvénients à ce que le Pape fût en même temps prince de ce monde et Pasteur universel. Les passions politiques agitèrent plus d'une fois le petit royaume, soit par les compétitions du dedans, soit par les attaques du dehors. Il donna prise à bien des critiques, qu'on se rappelle avec quelle assurance le Dante dans sa Divine Comédie loge au fond de son Enfer les papes qui lui déplaisent.

Mais au total, leur rôle de Chefs de la Chrétienté domina si ordinairement la pensée des papes que l'Eglise tira le plus grand profit de son royaume temporel, assez grand pour la rendre indépendante, et trop petit pour lui inspirer des desseins ambitieux.

Aussi ce royaume fut-il généralement respecté et il traversa sans trop de vicissitudes les dix siècles qui séparent Charlemagne de Napoléon.

Ce dernier, dans son omnipotence, osa un jour faire le pape prisonnier et supprimer le royaume temporel de l'Eglise. Il nomma même roi de Rome son jeune fils. Effectivement, ayant transporté le pape à Fontainebleau, il essaya de toutes façons d'asservir à ses desseins politiques la puissance du Chef de l'Eglise.

Mais la Providence montra bien vite qu'elle tenait à la liberté du Souverain Pontife, en détrônant son oppresseur, et les traités qui suivirent la chute de Napoléon rétablirent toutes choses dans leur ancien état. Cela devait durer un peu plus d'un demi-siècle.

 

Le dernier conflit. — Une plus pénible épreuve attendait l'Eglise. Vers le milieu du 19ième siècle, l'Italie, jusque là morcelée en près de dix petits Etats, commença l'œuvre de son unité nationale, qui devait, à son achèvement; englober en un seul royaume toute la péninsule.

Le sentiment, légitime en soi, qui poussait toute l'Italie à se réunir, trouvait un obstacle, précisément dans l'Etat pontifical, qui séparait les régions du nord de celles du sud. Il y aurait eu peut-être un moyen de se contenter d'une fédération d'Etats, mais, les passions politiques s'en mêlant, ce fut la solution radicale qui l'emporta. Après bien des luttes, parfois sanglantes, Rome vit, en 1870, l'armée italienne pénétrer de force, par la Porte Pia et le Pape fut à la merci du nouveau pouvoir.

Celui-ci vota, par une loi dite des Garanties, une sorte d'arrangement, qui devait durer près de soixante ans, mais qui, au fond, n'arrangeait rien, puisque l'indépendance de la Papauté n'était pas reconnue.

Aussi, l'arrangement ne fut jamais accepté par le Pape. En vain les autorités italiennes, une fois établies à Rome cherchèrent-elles ordinairement à se montrer déférentes envers le Souverain Pontife. Celui-ci, conscient de ses responsabilités, devait forcément refuser la situation qui lui était faite et les indemnités qui lui étaient offertes.

A commencer par Pie IX, il protesta hautement, et désormais il renonça à sortir du Vatican, y vivant en prisonnier volontaire, et renouvelant fréquemment sa protestation solennelle.

Les années s'écoulant, le bruit des luttes s'apaisa, et c'est dans une atmosphère plus calme que put être entamée, il y a deux ans, la série de négociations, heureusement terminée ces temps-ci.

Tout fut conduit dans le plus grand secret. Aussi, ce fut une explosion de joie, dans le monde entier, quand on apprit, la veille des signatures au début de février dernier, que l'accord dont on parlait souvent, qu'on souhaitait ardemment, mais qu'on n'espérait plus guère que dans un lointain avenir, était enfin réalisé.

 

Situation actuelle. — L'Italie ayant consenti à céder sur le point de la souveraine indépendance du St Siège, celui-ci, en retour, a réduit ses exigences, concernant l'étendue territoriale, au minimum de ce qui semble nécessaire pour affirmer sa souveraineté. Il en résulte un petit royaume, infime si on le juge quant l'étendue, mais égal aux plus grands empires quant ses droits. Il a, en effet, un territoire, un souverain, un peuple, des lois, une armée; il accrédite et reçoit des ambassadeurs, il signe des traités. Il peut avoir une monnaie, s'il le juge à propos, et plus d'un — même parmi les jeunes frères — espère rassembler sans trop tarder la série de ses timbres-poste.

Ce qui est plus sérieux, c'est que son territoire, pour restreint qu'il soit, est parmi les plus vénérables de la terre: le Vatican, St Pierre, quels souvenirs évoquent ces noms! c'est que son Souverain est plus qu'un prince d'ici-bas, c'est le Vicaire de Jésus-Christ ; c'est qu'il est vénéré par plus de trois cents millions de fidèles; c'est qu'il est obéi jusqu'aux extrémités du monde ; c'est que ses enfants ne cessent de croître en nombre et que ses soldats, dont nous sommes, lui gagnent tous les jours de nouveaux sujets. Réjouissons-nous donc de voir la Providence, quine ménage pas les épreuves à son Eglise, lui réserver, au temps marqué, les triomphes nécessaires. Espérons que la nouvelle situation, qui rend à l'Italie sa place officielle de grande nation catholique, sera le point de départ d'une nouvelle extension de la Sainte Eglise, plus puissante pour le bien, ers vénérée par les peuples, plus libre pour élever la voix dans toutes les circonstances graves où le monde peut se trouver.

Et continuons à, prier pour le vénéré Pontife Pie XI, dont la prudence, la sagesse et la fermeté ont mené à bonne fin la solution d'un des plus grands problèmes de tous les temps.

Oremus pro pontífice nostro Pio!

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