Le pensionnat de Notre-Dame des Andes Ă  Yanacona (Cali)

05/Oct/2010

Le Bulletin a parlé récemment de l'externat Saint Louis de Gonzague de Cali et il a cité en passant, le pensionnat de Notre-Dame des Andes, qui en est le complément, et qui a mis, pendant 25 ans déjà entre les mains de nos Frères l'élite de la jeunesse d'une des régions les plus importantes de la Colombie. Fondé en 1905, il vient de célébrer ses noces d'argent; il est donc bien juste de lui dédier quelques lignes, en attendant que les lointains échos de la fête arrivent jusqu'à nous.

Yanaconas. — C'est le nom indigène qui désigne tout le versant oriental de la pittoresque vallée du Pichindé qui coule un peu vertigineusement sur les pentes de la Cordillère Occidentale des Andes, au pied des Farallones, dont les pics escarpés se dressent à plus de 4.000 mètres. Depuis sa source jusqu'à son confluent avec le Cali, le Pichindé parcourt bien quelques trois ou quatre lieues, limitant d'un côté notre Hacienda de Yanaconas, qui est bornée de l'autre par la ligne de faite d'une série de collines, dont les crêtes bizarres ou les sommets arrondis, s'élèvent de plus en plus, jusqu'à s'accrocher aux flancs de la haute Cordillère. Elles sont couvertes de forêts et de prairies où paissent en liberté de nombreux troupeaux, et on peut, comme on le devine, faire de beaux congés sans sortir de notre propriété.

C'est en 1894, sous l'administration du C. F. Joseph-Célestin, que ce vaste et beau domaine nous fut acquis pour une somme équivalent alors à un peu moins de 2.000 dollars.

Voici dans quelles circonstances. Nos Frères étaient à Cali depuis deux ans, à la tête du Collège officiel de Santa Librada et de l'école communale. La tâche était rude et le climat par trop épuisant : on était jeune alors, et on se dépensait. sans compter, mais, tout de même il était nécessaire à l'époque des vacances de changer un peu de site, d'abandonner la ville aux grosses chaleurs, pour aller demander à la montagne un air plus frais et un peu de repos. Or les Pères Lazaristes avaient, tout près de la ville une propriété et une maison de campagne, situées à une altitude de 1.600 mètres, où leurs novices et leurs scolastiques venaient passer les vacances. Non loin de là se trouvait une maison, où, en se serrant un peu, on pourrait arriver à se loger, avec l'avantage du voisinage des bons Pères pour le service religieux.

Or, Yanaconas était en vente, car c'est bien de Yanaconas qu'il s'agit et de sa petite ferme. Munis des autorisations voulues on eut vite conclu le marché, et aux vacances de 1894 on s'y installa tant bien que mal. On aménagea l'humble chaumière selon les besoins d'une communauté religieuse: salle d'étude et d'exercices, dortoir, réfectoire et quatre ou cinq chambrettes encore pour les hôtes plus distingués. tout à coté, une case servait de cuisine. On partageait le temps, selon la règle, entre la prière, l'étude, le repos et la récréation. Les vacances étaient belles et réconfortantes dans cette douce retraite qu'égayaient aux heures d'expansion, les voix un peu trop bruyantes parfois des nouveaux solitaires, se mêlant au murmure du torrent ou au chant des oiseaux qui peuplaient la forêt voisine.

Comme on se trouvait bien, corps et âme, dans ce nouvel Hermitage! Aussi les jeunes santés s'y refirent vite et les vacances finies, on put reprendre avec une nouvelle ardeur la rude et sainte besogne.

Notre-Dame de l'Hermitage des Andes. — On y revint les années suivantes et même en plus grand nombre, car les Frères des autres établissements de la chaude vallée du Cauca : Palmira, Bouga, Cartago, avaient eux aussi besoin de repos et d'un peu d'air rafraîchissant. Mais on y était de plus en plus à l'étroit. On obtint donc la permission de construire, et, en 1898, un joli chalet s'éleva tout à côté de la maison primitive. C'est une construction en bois, à deux étages, agrandie depuis, avec chapelle, salles, chambres, dortoirs et larges corridors à chaque étage, à l'avant et à l'arrière, et dont les combles à lucarnes pouvaient être aménagés en dortoir.

C'est ce qui fut fait quelques années plus tard, lorsque le petit pensionnat établi à Yanaconas en 1905, commença prendre son développement.

La maison, en effet, où se réunissaient plus de 60 Frères à l'époque des vacances et de la retraite, n'avait aucun usage le reste de l'année. Or en 1905 le C. F. Bérillus, Assistant de la province de Saint Paul-Trois Châteaux, vint visiter la Colombie, pour la seconde fois. On avait dû quitter Santa Librada en 1902; San Luis Gonzaga se développait alors péniblement; il fallait compléter par un pensionnat l'œuvre des Frères dans le Cauca. On pensa tout d'abord l'établir à Cali, mais n'ayant pu trouver un local assez vaste, le C. F. Assistant, sur l'invitation de Mgr Cayzedo, archevêque de Popayán et comptant sur la Providence, décida d'ouvrir le pensionnat à Yanaconas. Le conseil de Monseigneur fit cesser toute hésitation et la Providence a si bien gardé l'œuvre, fondée sous la bénédiction du saint Prélat, aujourd'hui archevêque de Medellin, qu'aucun accident grave n'est arrivé qui ait réclamé d'urgence le secours du médecin, à trois lieues dé la ville. Monseigneur nomma un aumônier avec résidence au pensionnat. Au spirituel donc on a été bien servi et bien gardé.

C'est le 5 octobre 1905 que Yanaconas, trop triste et solitaire rependant de longs mois de l'année, recevait ses nouveaux hôtes recrutés dans les externats de Cali et de Bouga. ils étaient 24, de 7 à 13 ans, qui devaient former le noyau du Collège de Notre-Dame des Andes et lui inspirer ce délicieux esprit de famille qu'il a gardé à travers les années de vicissitudes.

Le nom de N.-D. des Andes fut donné à la maison de Yanaconas devenue pensionnat: il faut y sous-entendre celui de l'Hermitage, car le Révérend Frère Théophane voulut bien l'y ajouter en approuvant et bénissant la fondation.

Développements. — Dès la seconde année, le collège atteignait le chiffre de 50 élèves; il en avait 91 la troisième et 110 la quatrième. Il se maintint à peu près à ce nombre pendant plusieurs années, et en 1919 l'inscription montait jusqu'à 157, pour redescendre ensuite, à cause de la crise économique dont souffrit le pays vers 1921. Il s'est relevé depuis et il recevait l'an dernier plus de 130 enfants dont l'esprit, la tenue et la piété, plus encore que le nombre, faisaient la consolation de leurs maîtres.

C'est un beau résultat, surprenant même si l'on tient compte de l'éloignement du Collège situé à plus de trois lieues de la ville et des difficultés de son accès. Il faut encore s'y rendre à cheval, par un tout primitif chemin de montagne, et c'est ainsi qu'il faut faire également tous les transports.

L'œuvre aurait acquis un bien plus grand développement si l'on avait pu donner suite au projet de construction d'une route à laquelle l'administration départementale avait assigné les fonds nécessaires ; mais à cause de difficultés financières, tout l'argent n'a pas été versé, et il a fallu suspendre les travaux. Il reste encore 8 kilomètres à faire. On espère bien pourtant que le projet aboutira. Les anciens, très influents dans la politique, sont là qui poussent à la roue.

D'autre part, l'isolement du pensionnat est favorable aux études et, grâce aux pratiques religieuses et à une solide formation chrétienne, favorable aussi au bon esprit et à une forte éducation morale.

D'ailleurs, on a créé à Notre-Dame toutes les distractions honnêtes convenables aux jeunes gens : sports, séances littéraires et récréatives, conférences avec projections lumineuses, cinématographe, etc. … ; sans compter les promenades et tous les attraits d'un site charmant, à l'horizon immense, au ciel radieux, à l'air pur et vivifiant et à la température d'un printemps perpétuel.

A cité de l'œuvre elle-même, la Hacienda, elle aussi, s'est développée : on a embelli les alentours de la maison ; on a fait un grand jardin potager entouré de plantations diverses ; on a défriché au loin, et même un peu trop parfois, et l'on a créé des prairies artificielles qui ont permis l'élevage en grand du bétail : vaches et chevaux. Le rendement, suivant l'usage, n'a pas semblé correspondre aux espérances ; mais l'amélioration et le développement considérable de la propriété cultivée, grâce au concours du Collège, constitue une richesse fort appréciable.

Résultats. Quant aux résultats du pensionnat, au point de vue éducatif, ils sont très consolants et ils ont été signalés par les journaux de Cali, á l'occasion de 25ième anniversaire de sa fondation. Un journal de gauche en fait même les plus grands éloges et se plaît à mettre en relief « le splendide travail d'éducation réalisé par les Frères Maristes dans cet établissement et son influence sur la culture intellectuelle du pays ». Après avoir fait l'historique du Collège et décrit sa belle organisation, ses installations, les avantages de sa position et de son climat, il se fait l'avocat de la route future et semble gourmander le gouvernement de ne pas s'y être intéressé davantage.

Parlant des élèves il dit ceci : « Pendant ses 25 premières années d'existence plus de 800 élèves sont passés par cet établissement; 67 d'entre eux on été reçus bacheliers à Yanaconas et 48 parmi eux ont obtenu des titres universitaires: 31 ont reçu le grade de docteur en droit, 9 en sciences mathématiques et 8 en médecine ».

Il publie ensuite les noms des plus illustres enfants de Notre-Dame des Andes, dont l'influence se fait sentir dans la vie sociale, la presse, les assemblées politiques, l'administration départementale et même dans l'administration nationale: l'un d'eux, le Dr Alejandro Cabal Pombo, Président de la Chambre à 25 ans, a été ministre de l'intérieur et ministre de la guerre. Et ce qui est mieux encore, un autre, l'abbé Hernando Botero O'Birne, docteur de l'Université Grégorienne, est aujourd'hui Chancelier du diocèse de Cali.

Ce que le journal ne dit pas, et ce qui est le plus consolant, c'est l'esprit chrétien et apostolique de ces beaux chevaliers de la cause de Dieu, leur attachement à leurs anciens maîtres et la douce fierté avec laquelle ils se disent les enfants, les fils spirituels de Notre-Dame des Andes.

RETOUR

Histoire de nos Juvénats...

SUIVANT

Au Salvador (Nos oeuvres)...