Le Progrès dans la vertu par limitation de Jésus-Christ

26/Sep/2010

Ce numéro du Bulletin devant paraître, s'il plaît à Dieu, entre les retraites de nos Frères de l'hémisphère nord, qui viennent de se terminer, et celles de nos Frères de l'hémisphère sud, qui seront probablement à la veille de commencer quand la poste sera à même de le remettre à nos maisons de ces lointains pays, il nous a semblé que c'était une circonstance éminemment propice pour rappeler avec quelque détail à l'attention de tous un des devoirs les plus fondamentaux de la vie religieuse, nous voulons dire le progrès dans la vertu, la tendance à la perfection, l'effort constant pour nous rendre chaque jour un peu plus semblables à N. S. Jésus-Christ, le divin modèle de tous les prédestinés et, à un titre spécial, celui des âmes religieuses. En vue de nous y exciter et de nous encourager, considérons un moment, sous la conduite d'un maître éminent de la vie spirituelle1 : 1° que cette application assidue à nous conformer avec Jésus-Christ est une tâche nécessaire ; 2° que son accomplissement, dans les circonstances où il nous est demandé, est non seulement possible mais relativement facile ; 3° de quelle manière et par quels moyens nous pouvons y arriver.

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L'application constante à nous rendre de plus en plus conformes à Jésus-Christ est d'abord pour nous une tâche absolument nécessaire ; car en dehors d'elle, nous ne saurions être ni de vrais chrétiens ni, à plus forte raison, de vrais religieux.

Pour être vraiment digne du nom de chrétien, ce n'est pas assez, en effet, d'en avoir reçu le sacré caractère au saint Baptême. Personne, dit saint Cyprien, ne mérite de le porter, s'il n'est, autant qu’il le peut, le parfait imitateur de Jésus-Christ.

Par définition, un vrai chrétien est un disciple, et par conséquent un imitateur de Jésus-Christ. C'est un homme qui prend l'Evangile pour règle de sa conduite et Jésus-Christ pour idéal de ce qu'il doit être, un homme qui travaille constamment à devenir une copie vivante de Jésus-Christ, à en exprimer tous les traits dans sa personne afin que la vie du Christ paraisse en lui, comme parle saint Paul, et de manière à pouvoir dire avec ce grand apôtre qu’il vit de la vie de Jésus-Christ, ou plutôt que Jésus-Christ vit en lui.

Heureux qui peut se reconnaître à ces caractères ! Il réalise vraiment l'idéal du chrétien. Mais en dehors de là, nul n'a pleinement le droit de s'appeler tel, et ce n'est que par une sorte d'usurpation qu'il en prend le titre. Il peut bien en avoir le nom et les apparences, mais il n'en a ni la vertu, ni la réalité, ni l'esprit. Selon le mot de Tertullien, il n'est guère, à proprement parler, qu'un fantôme de chrétien. Et encore moins, cela va sans dire, peut-il, dans ces conditions, se croire un vrai religieux quand même il en porterait l'habit et les autres insignes ; car, sans rien retrancher de l'obligation commune à tous les chrétiens d'imiter la vie et les exemples de Jésus-Christ, le titre de religieux implique en outre l'engagement public, contracté devant Dieu et devant l'Eglise, de s'attacher plus étroitement encore que les simples chrétiens à la suite du divin Maître, par la pratique des conseils évangéliques et des vertus qui en sont la plus haute expression.

Pour être de vrais religieux, plus encore, si possible, que pour être de vrais chrétiens, il faut donc, de toute nécessité, ressembler à Jésus-Christ, vivre de sa vie, faire en sorte qu'il vive en nous ; il faut être pleins de l'esprit de Jésus-Christ, c'est-à-dire aimer et honorer Dieu en Lui et comme Lui ; estimer, désirer, rechercher ou mépriser les choses comme Lui ; régler nos pensées, nos affections, nos paroles et nos actions selon son esprit et ses maximes ; il faut aimer et pratiquer l'humilité, l'obéissance, la douceur, la patience, la chasteté, la charité et les autres vertus comme il les a aimées et pratiquées lui-même. Or il est malheureusement fort à craindre, si nous voulons faire un sérieux et loyal examen de nos dispositions : et de notre conduite, que nous nous trouvions dans l'obligation de convenir que, sur une foule de ces points, il existe, hélas entre nous et ce divin modèle du parfait religieux, de bien stridents contrastes. Et quel puissant motif pour nous de secouer enfin notre trop longue insouciance à cet égard pour travailler généreusement à devenir ses imitateurs en esprit et en vérité !

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Il est vrai que, réduits à nos propres moyens, nous aurions raison de trouver la tâche supérieure à nos forces ; mais cette excuse devient sans valeur si nous venons à considérer qu'indépendamment du secours Jésus de grâce, toujours promis à notre bonne volonté, a tout fait pour nous en rendre l'accomplissement non seulement possible, mais même relativement facile, en prenant à notre égard les caractères les plus capables de nous déterminer à nous mettre résolument à sa suite, à marcher sur ses pas et à nous modeler sur sa manière de penser, de sentir et de faire.

Sachant combien la puissance de l'exemple, déjà grande par elle-même, s'accroît encore avec la dignité de celui qui le donne, c'est d'abord — et très légitimement d'ailleurs — avec le titre de roi qu'il se présente à notre imitation afin de nous rendre plus attrayante.

Notre roi, il l'est, en effet, par droit de naissance, puisque, étant Homme-Dieu en vertu de l'union hypostatique, il est par le fait même le roi du ciel et de la terre, le maître souverain des anges et des hommes ; il l'est par droit de conquête puisqu'il nous a délivrés, comme assure l'Apôtre, de la puissance des ténèbres et de la tyrannie du démon pour régner lui-même sur nous par son amour ; il l'est enfin par le choix que nous avons fait de lui à notre baptême et par la fidélité inviolable que nous lui avons jurée alors et, plus solennellement, au jour e notre profession religieuse.

Or, si, dans les royaumes d'ici-bas, les sujets montrent généralement tant d'inclination, d'ardeur et d'empressement à se modeler sur leur souverain ; si les courtisans, dans le dessein de lui plaire, tiennent à honneur de l’imiter en tout et ne craignent pas de faire pour cela les plus grands sacrifices quand même, hélas ! tant de choses en lui soient souvent bien peu dignes d'imitation, comment pourrions-nous hésiter, nous qui avons le bonheur d'être sous l'empire du roi incomparablement le plus grand, le meilleur, le plus digne, le plus généreux et le plus parfait qui fut jamais, à marcher généreusement sur ses traces, fallût-il pour cela nous imposer quelque assujettissement et quelque contrainte ? Si dans la guerre un roi va lui-même à la tranchée, s'il expose sa personne en quelque occasion, quelque périlleuse qu'elle soit, il n'est point d'officier ni de soldat qui ne crût se déshonorer en refusant de le suivre.

S'il s'abaisse à quelque fonction qui semble peu dans la dignité d'un souverain, comme de fouir la terre ou de porter des fascines, il n'est prince ni grand seigneur qui croie s'abaisser en faisant cette action, quelque basse qu'elle soit, dès que le roi en donne l'exemple. En vérité aurions-nous la foi, nous qui nous disons chrétiens et religieux, si nous nous faisons un sujet de peine ou de honte de suivre notre roi Jésus dans toutes les actions de notre vie quelque basses ou difficiles qu'elles paraissent, et même si nous ne nous en faisions pas un bonheur et une gloire ?

Et si l'ineffable dignité de Jésus notre divin roi a déjà ainsi, par elle seule, le droit de nous faire passer par dessus toutes les difficultés que nous trouvons à marcher sur ses traces, que sera-ce si nous ajoutons que c'est sous la seule impulsion de son immense amour pour nous qu'il s'est décidé a nous frayer ainsi la voie ?

C'est, en effet, uniquement a cause de l'amour en quelque sorte infini qu'il nous porte, que Jésus nous a donné les admirables exemples d'humilité, de pauvreté, de patience, de mortification, d'obéissance, etc. …, qui remplissent les pages du saint Evangile ; c'est uniquement par amour pour nous qu'il s'est soumis à tant de travaux, de souffrances, d'humiliations et de tourments. A lui, tout cela, était inutile : il n'en avait besoin ni comme remède aux infirmités de l'âme, puisqu'il n'y était nullement sujet, ni comme expiation de ses offenses, étant l'innocence et la sainteté même, ni comme préservatif contre le péché, étant impeccable par nature. Mais nous, il le savait, nous étions infirmes et mortellement malades, nous étions coupables et dignes de tous les châtiments, nous étions faibles et entraînés par les penchants de notre nature viciée à toute sorte de mal, et nous avions besoin, par conséquent, de puissants préservatifs pour nous fortifier et nous défendre ; tout malades que nous étions, nous n'avions pas le courage de prendre les remèdes qu'on nous présentait, si salutaires qu'ils fussent, parce qu'ils nous paraissaient trop amers, tout coupables que nous étions, nous faisions difficulté de nous soumettre aux peines que nous avions si justement et si fréquemment méritées parce qu'elles nous semblaient trop rudes ; tout faibles que nous étions, nous ne pouvions nous résoudre à prévenir les maux où nous entraînaient nos penchants vicieux parce que les préservatifs qu'on nous offrait effrayaient notre délicatesse. Qu'a donc fait Jésus-Christ ? Entraîné par son incommensurable amour envers nous, il a voulu prendre les remèdes dont nous avions besoin, afin que son exemple en diminuât l'amertume et nous encourageât à ne pas nous en rebuter : quoiqu'il fût la sainteté même, il s'est soumis aux plus grandes peines qu'on puisse imposer aux plus grands criminels, afin de nous amener par là, à nous soumettre de bon cœur aux peines légères que la miséricorde bien plus que la justice de Dieu nous impose en satisfaction pour nos péchés ; bien qu'il fût impeccable, il n'a pas hésité à prendre des préservatifs aussi inutiles qu'indignes de lui, afin de nous animer par son exemple à nous en servir, nous à qui notre fragilité et le dérèglement de nos inclinations les rendent non seulement utiles, mais absolument nécessaires ; et ainsi du reste. Ne serait-il pas étrange que, l'amour que Jésus a eu pour nous l'ayant obligé à tout cela, l'amour que nous devons avoir pour lui ne pût pas nous résoudre aux sacrifices, en comparaison si minimes, que peut demander de nous le devoir de travailler à nous rendre de plus en plus conformes à lui ?

Pourtant, comme pour suivre notre pusillanimité et notre égoïsme jusque dans leurs derniers retranchements et ne laisser place de leur part à aucune excuse valable, Jésus a voulu faire plus encore. Appelant au secours de notre générosité défaillante nos intérêts les plus grands, les plus chers et les plus impérieux, il n'a promis pour récompense à ces quelques sacrifices que l'amour, la fidélité et même l'honneur suffisaient à nous commander pour le suivre, rien moins qu'un royaume, et quel royaume ! un royaume qui n'aura point de fin, un royaume éternel où, pour prix de l'empire qu'il aura sur nous, il nous rendra à jamais participants de sa gloire et de son bonheur infinis.

Pour nous empêcher de nous y porter avec ardeur et empressement, il ne nous reste donc aucun motif légitime et la seule détermination raisonnable que nous puissions prendre est de nous engager résolument, avec l'aide de la grâce, dans la voie royale de l'imitation de ce divin Maître. "L'entreprise est grande, c'est vrai, mais le secours, dit Bossuet, est égal au travail. Dieu qui nous appelle, nous tend la main ; son Fils qui lui est égal marche devant nous pour nous guider, et, comme saint Paul, mous sommes en droit de dire : Je puis tout en celui qui me fortifie".

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Mais de quelle manière et par quels degrés successifs pourrons-nous arriver à cette bienheureuse et si nécessaire imitation du divin Maître et modèle des élus ? L'Ecriture sainte nous le suggère lorsque, faisant allusion à la Sagesse éternelle, Jésus-Christ, le Verbe incarné, elle le désigne tour à tour sous les noms de miroir sans tache, d'exemplaire ou modèle, de règle et de cachet.

Le propre d'un miroir est de nous montrer nos taches, nos défauts et par là de nous inspirer le désir de nous en défaire. Tel est aussi le premier effet que produit en nous la contemplation de Jésus et de ses vertus divines. En nous présentant à nous-mêmes, en mettant devant nos yeux, nos vices, nos défauts, nos imperfections, avec l'opposition criante qu'ils ont avec les vertus et les perfections de ce divin exemplaire, cette contemplation nous inspire une vive horreur de ces défauts et de ces vices, qui sont un obstacle essentiel à la ressemblance que nous devons avoir avec Jésus-Christ et nous porte à nous en corriger ; c'est pourquoi saint Paul invitait les premiers fidèles et avoir toujours les yeux attachés sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi (Hébr. XII).

L'Écriture d'ailleurs n'appelle pas seulement Jésus un miroir où nous devons nous regarder pour apercevoir nos défauts ; mais un exemplaire sur lequel nous devons nous former, un modèle accompli dont nous devons être les copies vivantes et sur lequel, par conséquent, nous devons avoir continuellement les yeux attachés pour en exprimer tous les traits dans notre personne, pour régler nos sens, nos facultés et toutes leurs opérations sur les sens, les facultés et les opérations de Jésus-Christ, de manière que nos yeux soient purs, simples et modestes comme les siens ; que nos oreilles soient, comme les siennes, fermées à tous les vains discours, à toutes les paroles qui choquent la pudeur ou blessent la charité ; que notre bouche ne soit ouverte, comme la sienne, que pour édifier le prochain, consoler les affligés et instruire ceux qui en ont besoin ; que nos mains, à l'instar des siennes, ne soient occupées qu'à des œuvres de justice et de miséricorde, etc. … Chacun de nous, dit saint Grégoire de Nysse, doit être le peintre de sa vie ; la volonté est comme la main qui en forme les traits par ses actes comme par autant de coups de pinceau ; les vertus sont les couleurs dont elle se sert pour achever le tableau ; mais c'est Jésus-Christ qui est le modèle. Il faut donc que, comme des peintres qui veulent copier un chef-d’œuvre nous ayons incessamment les yeux sur lui pour en exprimer l'air et tous les traits.

Jésus-Christ, dans le langage de la sainte Ecriture, est encore appelé la règle droite, juste, infaillible, sur laquelle nous devons dresser toute notre conduite si nous voulons qu'elle soit bonne, vertueuse, et telle que Dieu la veut. En d'autres termes, Jésus-Christ est la règle générale et universelle de notre vie, comme chacune de ses actions doit être la règle particulière de chacune des nôtres, soit qu'il s'agisse d'actions naturelles et indifférentes en soi, comme le boire, le manger, le dormir et les récréations innocentes qu'on prend pour délasser le corps et l'esprit ; soit qu'on ait en vue celles qui ont trait aux devoirs envers le prochain dans les relations sociales, comme les entretiens, les conversations, les bons offices qu'on est dans l'occasion de rendre ou les œuvres de charité qu'on a le devoir de pratiquer ; soit enfin qu'on entende parler de celles qui ont spécialement rapport à la piété et dont l'ensemble constitue nos devoirs envers Dieu, comme la prière, l'assistance à la sainte messe, les œuvres de pénitence, etc. … Dans les unes comme dans les autres, le meilleur moyen de leur donner toute la perfection dont est susceptible notre nature, c'est de se représenter comment Jésus s'y comportait et de tâcher de nous rapprocher le plus de cette règle infaillible. Par exemple pour le manger, le boire, le dormir, suivons l'exemple de saint François de Borgia : jetons un regard sur Jésus et rappelons-nous comme la pure nécessité et la raison l'ont seules engagé a ces sortes d'actions, avec quelle tempérance et quelle prudence il s'y conduisait et combien il savait les relever, quelque basses ou indifférentes qu'elles soient en elles-mêmes, et les rendre surnaturelles et saintes par les intentions très nobles et très pures dont il les animait. Pour bien nous comporter dans nos relations avec le prochain, songeons à la manière dont Jésus, durant le cours de sa vie mortelle, se comportait dans ses rapports avec les hommes : à la modestie qu'il faisait paraître en toute sa personne, où se fondaient dans une si admirable harmonie l'humilité, la simplicité, la dignité, la douceur, la discrétion, la prudence et les autres vertus sociales ; à l'affabilité avec laquelle il s'accommodait à toutes les faiblesses ; à la patience avec laquelle il se pliait -à toutes les importunités ; à la charité qu'il mettait à pardonner les injures, à la bonté qu'il apportait à accueillir les pauvres, les malades, les affligés ; au soin qu'il faisait paraître à assister les uns, à soulager ou à consoler les antres, à faire du bien à tous. Mais c'est surtout, si l'on peut dire, dans nos exercices de piété, dans l'accomplissement de nos devoirs envers Dieu que nous devons avoir une application particulière a contempler Jésus dans la manière dont il accomplissait les siens afin de nous en servir comme d'une règle infaillible à laquelle nous tâcherons de conformer les nôtres. Dans nos prières, considérons son respect, son humilité, son recueillement, sa ferveur, sa persévérance, sa soumission aux divines volontés de son Père ; si nous entrons à l'église ou à la chapelle, pensons à la manière dont il fut présenté au temple et avec quelle dévotion il y allait pour adorer son Père ; si nous entendons la sainte messe, représentons-nous le cénacle où il changea pour la première fois le pain en son corps et le vin en son sang ; si nous sommes sur un lit de douleur, pensons à Lui quand il était sur la croix et ainsi de suite ; c'est ainsi .que nous pratiquerons le troisième degré de 'l'imitation de ce divin Maître en faisant de ses actions la règle constante des nôtres.

Il y a pourtant dans cette imitation un quatrième degré qui est de considérer Jésus-Christ non plus seulement comme un miroir qui nous montre nos défauts et nous incite à les corriger ; non plus seulement comme un idéal ou un parfait modèle dont nous devons nous appliquer à reproduire en nous tous les traits ; non plus seulement comme une règle infaillible que nous devons appliquer à toutes et à chacune de nos actions pour les rendre bonnes et vertueuses ; mais comme un cachet, comme un sceau, que nous devons imprimer sur notre cœur et dans le plus intime de nos âmes2. C'est de toutes les imitations la plus élevée, la plus parfaite. Il y a, en effet, cette différence entre la ressemblance que produit la peinture de la copie avec son original et celle qui se fait par le cachet, que la première se fait seulement par expression sans que l'idéal soit appliqué ni imprimé sur la copie, à la production de laquelle il ne contribue qu'extérieurement et par l'idée que s'en forme le peintre ; tandis que la ressemblance que produit le cachet se forme par impression et par l'application intime de l'original même à la substance qui en reçoit la figure. Et c'est ce qui marque admirablement la ressemblance que nous devons avoir avec Jésus-Christ, sans laquelle les autres seraient non seulement imparfaites, mais inutiles. C'est pour l'exprimer que l'Ecriture sainte nous dit tantôt qu'il faut que Jésus-Christ demeure en nous et que nous demeurions en lui ; tantôt que nous devons travailler à former Jésus-Christ dans nos cœurs ; tantôt enfin que nous devons avoir l'esprit de Jésus-Christ sous peine de ne pas être à lui. Or qu'est-ce qu'avoir véritablement l'esprit de Jésus-Christ ? C'est : 1° avoir les mêmes pensées et les mêmes appréciations que Jésus-Christ, penser et juger des choses comme il en a pensé et jugé ; 2° avoir les mêmes affections t les mêmes inclinations que Jésus-Christ, c'est-à-dire aimer et embrasser tout ce qu'il a aimé et embrassé, haïr et éviter ce qu'il a haï et évité ; 3° avoir, dans sa conduite et ses actions la même fin que lui ; 4°, enfin, pratiquer les vertus qu'il a pratiquées.

C'est donc à cela que nous devons continuellement tendre et nous appliquer assidûment, si nous voulons être véritablement religieux et satisfaire à la promesse que nous avons faite de marcher à sa suite et d'être véritablement à lui. Ce doit être constamment non seulement notre principale, mais pour ainsi dire notre unique occupation, puisque, en somme, c'est sur cela et sur cela seul que nous serons jugés. C'est sans doute humainement au-dessus de nos forces, mais avec la grâce de Dieu, comme nous avons déjà vu, c'est possible et même relativement facile ; il y a des sacrifices à faire, mais ils doivent nous paraître bien légers, même en dehors des consolations qu'ils comportent, si nous considérons le bonheur sans fin qui doit en être le prix. Acceptons-les donc courageusement en faisant nôtres, pour nous y animer, ces paroles de l'imitation de Jésus-Christ :

"Allons, mes frères, marchons ensemble. Voilà notre Roi qui nous montre la voie. Il sera notre soutien, lui qui est notre guide et notre chef. Suivons-le courageusement et il combattra pour nous.

"Certes la vie du bon religieux est une croix mais une croix qui mène au ciel".

"Que rien ne nous effraie. Soyons prêts, s'il le faut, à mourir généreusement dans cette guerre, comme disait Judas Macchabé à ses compagnons d'armes et ne souillons pas notre gloire de la honte d'avoir fui’’ (Imit., III, 59).

N'oublions pas la belle parole du Vénérable Fondateur, que nous avons tous prise pour devise au jour de notre vêture. "Se faire Frère, c'est s'engager à se faire saint". Et se faire saint, c'est travailler constamment et sans défaillance, avec le secours de la grâce divine, à nous rendre de plus en plus semblables à Jésus-Christ, le divin modèle de tous les saints.

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1 Le Père Fa. Nepveu, S. J. : L'Esprit du Christianisme ou Conformité du Chrétien avec Jésus-Christ.

2 Pone me ut signaculum super cor tuum, mets-moi comme un cachet sur ton cœur (Cant. VIII, 6).

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