Le saint Nom de JĂ©sus

René Tostain le Goz

21/Sep/2010

Jésus! comprenons-nous bien tout ce que ce nom divin possède de charme, d'attrait, de parfum et de paix? Jésus! Quand j'ai prononcé ce nom, j'ai nommé tout ce que mon cœur est capable d'aimer de meilleur et de plus doux ; j'ai nommé un idéal de beauté supérieur à tout ce que mon esprit peut concevoir ici-bas. J'ai rencontré une force assez puissante pour soulever mille mondes et attirer tous les cœurs; j'ai découvert la sagesse-souveraine où toute vérité brille, où toute grandeur resplendit, où toute justice s'affirme, où toute bonté se résume, où toute charité se dilate et s'épanouit. En nommant Jésus, j'ai donné le son de l'harmonie qui contient toutes les vibrations élevées du genre humain et fourni la clef de celles d'En-Haut, qui les dépassent. En disant: "Jésus!'‘ j'ai nommé l'infini répondant à toutes les aspirations de l'âme humaine vers le bien, le beau et le vrai dévoilés et départis sans mesure. Quand j'ai prononcé ce nom adorable, la paix m'enveloppe, l'espérance me pénètre et la joie m'envahit. C'est l'étincelle d'un foyer où: mon cœur s'échauffe, se transforme et ne se reconnaît plus.

"Jésus!" quand ce nom monte de mon cœur à mes lèvres, je me sens communier à la Divinité du Fils du Père céleste, à l'Humanité du Fils de Marie, plein de grâce et de vérité. Je communie à l'amour d'un cœur souverainement aimable et uniquement consolateur du Cœur du Verbe incarné, source et abîme de toute miséricorde, plénitude de repos et de paix pour tous les hommes de bonne volonté.

Quand le nom de Jésus a résonné à mes oreilles, il me traduit les cantiques des anges. Je sens passer sur moi tous les frémissements de leurs ailes et en moi, ceux de tous les cœurs altérés comme le mien de paix et du bienfait des dons célestes. J'y sens un appel aux vertus les plus liantes et aux abnégations les plus généreuses. Ne pouvant m'élever à des hauteurs inaccessibles à ma faiblesse, je suis du désir les échos de celte mélodie descendue du ciel pour m'apporter le nom de Jésus et remportant avec elle mes élans impuissants. Ce nom est pour moi l'interprète de toute poésie divine et humaine. Je l'entends résonner dans les souffles de l'air et les chants de la nature; je respire son parfum dans celui des fleurs et les étoiles semblent me l’écrire au firmament. La vague me le murmure avec les plaintes et les prières de la terre. Je l'entends surtout (et combien doux!) dans les accents de mon cœur, quand, solitaire en présence de Dieu, je l'écoute parler et m'entends prier. Ne l'entendez-vous pas tous, comme moi, d'ailleurs, ce nom sacré, monter des souvenirs de notre enfance, de nos lèvres toutes jeunes et de celles qui nous apprirent à le balbutier, nom cadencé en nos premiers cantiques, fleuri d'allégresse et de candeur, comme un Alléluia pascal? Toutes les joies de nos premières années chrétiennes exultent dans le rappel de ce nom délicieux ; musique lointaine dont les notes ravivées réjouissent notre vieillesse. De ce nom de Jésus est empreint le souvenir de nos longues années vécues, mêlé à nos bonheurs et plus encore à nos peines, à l'amertume de nos fautes et au regret de nos défaillances, parfum austère rempli de l'onction de nos repentirs et de la douceur de leurs larmes.

Combien surtout nous apparaît suave la mélodie du nom de Jésus, quand nous l'entendons chanter sur les lèvres de notre Mère, la Sainte Eglise, dans les liturgies de son poème incomparable parsemé de l'éclat de ce nom divin comme des scintillements d'or dont elle parsème elle-même ses vêtements.

Combien plus encore, ce nom sacré, qui est lumière, nous illumine de ses clartés, combien ce nom de Jésus, l'allégresse du ciel, nous réjouit d'harmonies inconnues, quand, à la parole du Bien-Aimé, nous nous rendons libres et sincères et qu'élevés au-dessus de nous-mêmes, nous goûtons dans l'abnégation, la plénitude de ses dons! Quelle solitude craindre, quand elle-même se remplit du nom de Jésus! Les bruits de la foule troublent sa douceur, le contact du monde en atténue et même en dissipe le parfum. Toute éloquence et toute sagesse s'affadissent bientôt, si elles ne sont remplies du nom et de l'esprit de celui qui est la sagesse dit Père. Dans le seul nom de Jésus se communique l'esprit de l'Évangile et se révèlent la doctrine des apôtres et la science des docteurs.

Le nom de Jésus est timbré du son de sa voix et du bruit de ses pas. Jésus accourt toujours vers celui qui l'invoque et qui prononce son nom avec tendresse. Jésus est le grand cri de l'âme aimante. A son appel, l'Epoux vient toujours. Laissons donc chanter, nuit et jour, ce nom sacré de Jésus dans notre âme. Sa mélodie très suave ne fatigue jamais et elle possède plus de charmes que tous les discours des hommes. Ce nom admirable, mille fois répété, dilate notre entendement et en nous communiquant les impressions les plus pures, sans autres paroles, nous insinue l'esprit des enseignements divins. Vous tous, qui savez méditer et que la longueur des formules fatigue, aimez le nom de Jésus et appelez sur vous son attrait délicieux. Ce nom est un paradis de délices, il est l'aliment de l'amour et la source intarissable de la volupté sainte promise à tous les cœurs purs. Le nom de Jésus comporte la suavité de son joug et c'est ce nom qui le rend léger. Quand vous !'aurez répété cent fois, vous aimerez à le répéter encore, car il porte avec lui la faim et la soif du désir, selon la parole de celui qui a dit: "Ceux qui me mangeront auront encore faim et ceux qui me boiront demeureront altérés'', de celui qui, pour nous, s'est fait le pain vivant, descendu du ciel. En son royal banquet la mélodie de son nom vous tiendra dans l'extase et même ce-nom tout seul est un festin mystique, Bonus epulantis. Les heures passeront pour vous délicieuses au pied du tabernacle ou devant l'Hostie contemplée dont la saveur demeurera sur vos lèvres et la chaleur dilatera votre cœur. Quelle merveilleuse communion spirituelle nous fournit le nom de Jésus, continuée après nos actions de grâces! Le nom de Jésus est comme la personne visible du Dieu caché. Si nos sens veulent voir, sentir, entendre, goûter en quelque sorte le mystère eucharistique, qu'ils se remplissent du nom de Jésus. Alors nos yeux s'ouvriront comme ceux des disciples d'Emmaüs, nos oreilles entendront le son de la voix qui ravissait les apôtres; nous toucherons les plaies du Seigneur comme Thomas; comme Madeleine nous les arroserons de nos larmes et les couvrirons de nos baisers. Toute la demeure de notre âme sera embaumée du parfum divin; car dans la pénétration profonde de notre foi, les réalités mystiques se feront plus lumineuses et plus sensibles pour nous que l'humaine réalité.

Le nom de Jésus complète et achève la prise de possession de l'Eucharistie sur nos âmes. Il en est le complément, la garantie et le signe sensible. Saint Bernardin de Sienne était divinement inspiré en ramenant tout au nom de Jésus dont il se constitua le porte-enseigne, résumant l'appel à toutes les vertus, à tous les entraînements chrétiens dans ce nom auréolé de rayons d'or. Si saint Bernard nous dit que le nom de Marie doit sans cesse demeurer sur nos lèvres et dans notre cœur, combien le nom de Jésus, le fruit béni de ses entrailles, doit-il s'y adjoindre et ne jamais s'en séparer! Répétons donc incessamment ce nom de Jésus, sans nous lasser ni nous rassasier jamais. C'est un rayon du ciel qui entre dans notre âme, réjouit et fortifie nos sens. C'est une étincelle de l'amour du cœur divin qui tombe dans le nôtre pour l'embraser. C'est une goutte de la rosée de la grâce qui nous purifie, nous désaltère, nous apaise et nous vivifie. Chaque fois que nous redisons ce nom, nous ajoutons une maille à notre armure spirituelle, nous décochons une flèche à l'ennemi, nous nous garantissons d'un trait ou d'une blessure de sa part. Le nom du Fils du Très-Haut appelle sur nous la protection des anges et, à la façon d'une incantation, la fait descendre du ciel sur nous, en même temps qu'à titre d'exorcisme puissant il refoule loin de nous les démons vers l'abîme. Car, comme l'arôme des fleurs attire les abeilles au printemps, le nom de Jésus, parfum du Paradis, attire vers nous les Esprits bienheureux.

Le nom de Jésus est la myrrhe qui endort nos douleurs, le baume qui guérit nos plaies, la monnaie des grâces qui constitue la rançon de nos fautes et le prix du ciel. Plus nous redisons ce nom avec foi et amour, plus nous nous enrichissons. Chaque nom de Jésus, pieusement redit, est pour ainsi dire une Pièce d'or ravie aux trésors célestes. Que nos heures et nos jours, nos mois et nos années se remplissent donc du doux nom du Sauveur des hommes; que notre vie en soit imprégnée; elle sera transfigurée. Que ce nom, thème unique des cantiques du ciel, soit également celui des chants de notre exil. Remplissons notre solitude de ce nom aimable et nous ne connaîtrons plus l'ennui. Faisons en sorte d'en embaumer notre intérieur familial et nous y verrons fleurir la paix et les vertus. Clamons librement ce nom admirable, apprenons-le aux petits, enseignons-le à tous. Que notre plume le trace d'elle-même, qu'il s'échappe de nos lèvres dès notre réveil, que la douleur l'y appelle, que la joie l'y ramène. Oublions tout pour ne savoir que Jésus, pour n'aimer et ne désirer que Jésus et ne jouir que de Lui seul.

Que son nom soit l'encens qui parfume nos prières et les offrandes mystiques de nos pénitences, à la manière du prêtre qui encense les dons déposés sur l'autel. Sertissons avec amour cette perle divine dans la corolle des fleurs de nos Rosaires. Ne nous lassons jamais, en un mot, de pénétrer notre être tout entier de la douceur et de la vertu du nom de Jésus. Faisons pacte avec le Dieu aimé pour que chaque respiration de notre poitrine, chaque pulsation de notre cœur redisent son nom et notre amour pour lui. Gage de salut pour tous lés hommes, que ce nom sacré soit la prière ininterrompue du malade, le cri de l'âme en péril, la supplication la plus ardente de nos angoisses, la paix de nos larmes, l'espoir de notre pardon. La vie est triste, l'horizon est sombre, les dangers se multiplient autour de nous, appelons Jésus jusqu'à ce qu'il nous réponde. "Venez, Seigneur Jésus!". Que son nom scelle notre dernier souffle, gage suprême de salut pour tous ceux qui l'auront invoqué. "En vérité, nous répond-il, je viens bientôt: Amen, venio cito".

                             (D'après la "Revue Mariale'').

                  René Tostain le Goz.

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