Le sens de notre dévotion mariale

R. P. Borboux, S.J.

05/Nov/2010

Le BULLETIN DE L'INSTITUT est, bien naturellement, réservé à la famille mariste, sauf une rubrique: l'aujourd'hui de l'Eglise. Si nous faisons une exception, c'est que le R. P. Borboux S.J. qui, avec le Révérend Frère, a prêché la retraite de nos Frères de Grèce, parle de la Ste. Vierge en des termes capables de faire prier et atténue ainsi ce que peut avoir de pénible l'interrogation finale de l'article précédent — trop vraie d'ailleurs.

N.B. – Le R. P. Borboux est sous-directeur à Lumen Vitae (Bruxelles).

 

Le sens de notre dévotion mariale

Pour qu'un être m'intéresse, il faut qu'il ait un lien avec ma Vie. Il faut que son sentier ait croisé mon sentier, son sourire mon sourire… qu'il soit venu, un jour, s'asseoir à mon foyer, que son âme ait déteint sur la mienne.

Voulez-vous m'intéresser à Sophocle, à Virgile? Ne me racontez pas seulement leur vie; n'allez surtout pas me donner la liste de leurs œuvres; mais enchantez-moi par leurs vers; montrez-moi combien ils ont marqué notre civilisation au point que notre regard, notre sympathie pour les êtres et les choses ne seraient pas ce qu'ils sont si Sophocle, si Virgile n'avaient pas existé.

Et si Beethoven nous émeut encore si profondément, c'est sans doute parce qu'il nous transporte en ces terres inconnues et divines de la « Pathétique », ou nous exalte par son « Hymne à la joie »; mais n'est-ce pas surtout parce qu'en ces moments indicibles, il nous révèle en quelque sorte à nous-mêmes et nous introduit à cette découverte que faisait un jour Lacordaire: « Des accents que je portais en moi et que je ne connaissais pas ».

Ainsi de la très Sainte Vierge Marie. Pour qu'elle occupe notre pensée et notre vie, pour que « chez nous elle soit Reine » ne faudrait-il pas que nous comprenions par tout notre être, que sans Elle, nous ne serions pas ce que nous sommes, que sans Elle, s'évanouirait le meilleur de nous-mêmes. Et de fait: Sans la Vierge, c'est tout notre paysage chrétien qui serait saccagé!

Sans la Vierge nous n'aurions plus de Jésus, et partant point de Rédempteur; sans la Vierge, ce serait le meilleur de nous-mêmes qui nous serait arraché.

 

I. – Je me suis donc réveillé un matin, avec l'idée saugrenue, que la Vierge n'avait pas existé!

Du coup, un immense voile de tristesse enveloppa la terre. Evanouies soudain ces icônes saintes et mystiques de la Théotokos, ces toiles de nos vieux maîtres, qui nous font deviner son visage, celles de Van Eyck, de Memling, de Quentin Matys ou de Roger de la Pâture, celles de Fra Angelico, de Filippo Lippi, du Greco, de Raphaël.. Disparue, la Pietà de Michel-Ange! Effacées ces verrières de tant de cathédrales gothiques.

Effacés ces vieux hymnes de nos poètes à la gloire de Marie, et les vers de Dante et les pages sublimes d'un Péguy ou d'un Claudel. Plus d'Ave Maria de Schubert, plus de Salve Regina pour bercer nos Monastères au bord de la nuit. Plus aussi de Notre Dame de partout, toutes ces cathédrales à Elle dédiées et dont les clochers se répondent en terre chrétienne comme les étoiles dans une nuit de printemps. Et Strasbourg toute rose entre les feuilles d'avril et Chartres avec sa « flèche irréprochable » et N.D. de Paris, de Rouen ou d'Amiens. Plus d'humbles chapelles dans les champs ou sous les tilleuls où sa naïve image jette sa note de faïence bleue au milieu des coquelicots et des blés.

Sans la Vierge plus de jeunes enfants voués au bleu, plus de petites filles portant le nom de Marie. Plus de congrégations religieuses portant le nom de Sainte Marie. Finis ces grands pèlerinages en bonne terre chrétienne ! Et Lourdes en France, et Tinos en Grèce, et Fatima au Portugal, ou Banneux et Beauraing en Belgique…

Plus de Rosaires non plus, aux doigts de nos vieilles mamans, plus de guirlandes de ses fêtes au fil de l'année liturgique, plus de procession le 25 mars ou le 15 août à travers le grand boulevard de Tinos, lorsque son icône enguirlandée de fleurs naturelles processionne au milieu des hymnes et des cantiques.

Si la Sainte Vierge n'avait pas existé, plus de Reine pour les Anges et pour les Apôtres et pour les Confesseurs et les Saintes Femmes et les Martyrs. Plus de secours des Chrétiens à l'heure de Lépante et à tous les instants décisifs de la Chrétienté. Plus d'étoile de la mer pour nos marins en détresse, plus de consolatrice pour nos malades et pour les affligés. Plus de refuge pour nous pauvres pécheurs!

Plus de Mère douce, et rassurante à l'heure de notre mort. Plus de porte du Ciel!

 

II. – Mais si la Vierge n'avait pas existé ce n'est pas seulement notre paysage chrétien qui en serait saccagé. Sans la Vierge nous n'aurions plus de Jésus et partant point de Rédempteur, car la Vierge est la jeunesse dont le fils est Jésus.

Il fut une heure, voyez-vous, dans l'histoire des hommes où le ciel toucha la terre. Il y eut un moment de silence et d'amour où l'avance de Dieu rencontra l'assentiment de l'homme. Saint Jean et Saint Luc nous le racontent chacun à leur manière, comme si l'Esprit-Saint qui les inspirait renonçait lui-même à épuiser en une fois ce thème inépuisable.

« Au commencement était le Verbe, écrit Saint Jean, et du coup, c'est l'envol de l'aigle jusque dans les profondeurs de Dieu. Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu, et il était Dieu le Verbe. Donc d'un côté Dieu et son Verbe, celui qui est totalement ». Et voici maintenant de l'autre côté: « Tout ce qui a été fait, comme nous le dit encore Saint Jean… Le monde et le monde obstiné qui se refuse. Aussi est-ce désormais entre ces deux extrêmes, entre ces deux totalités que le drame va se jouer. Le Verbe qui est la Vie, qui est Lumière, qui est le Fils du Père se penche vers ses créatures, il les cherche obstinément pour se communiquer à elles, pour les rendre en lui lumineuses, vivants enfants de Dieu. Entre l'infinité chargée d'amour qui se penche et l'interminable lourdeur humaine qui se refuse, le rapprochement se fait toujours plus voisin. Et rompant tout à coup cette profondeur troublante du silence, du oui humble mais total de la Vierge c'est l'Eternel qui jaillit. « Et Verbum etc.. Et le Verbe etc.. Et dans cet éternel unique, ce sont les deux totalités qui désormais se soudent ». Dieu s'est fait homme, dit Saint Augustin pour que l'homme fût fait Dieu, car le résultat du Fiat c'est sans doute, la conception de l'Unique Verbe incarné dans le sein de la Vierge Marie, mais c'est aussi la communication en cet Unique, de la Vie de la Grâce, de la Lumière, de la Vérité, de la Qualité du fils de Dieu, à tout le genre humain. Marie, mère de la grâce, Mère de l'Eglise, parce que Mère de Jésus. Voilà pour Saint Jean, l'Aigle, le Théologien. Et voici maintenant Saint Luc, l'historien de l'Enfance de Jésus et de nos origines chrétiennes. Il reprend le même thème, exactement le même thème, mais cette fois du côté humain. Vous en connaissez le récit pur, simple, franc, lumineux, comme une fresque de l'Angelico.

« L'Ange Gabriel etc. … Je suis la servante du Seigneur etc. … Et depuis cet instant Marie fut la Mère de Jésus. En Elle le Verbe s'était fait chair et il habitait parmi nous! Mais ce n'est pas seulement par son fiat que la Sainte Vierge fut la femme dont le fils fut Jésus. Comme si, par là elle ne lui avait donné que sa chair et rien que sa chair de nouveau-né. En réalité jamais femme ne fut mère de son fils comme Marie le fut de Jésus.

Et ne croyez pas que ce soit ici, une de ces exagérations pieuses, familières aux prédicateurs lorsqu'ils parlent de Marie. Non! cela découle immédiatement de notre dogme pourvu que nous consentions à y réfléchir. Car si Jésus est vraiment le fils de Marie, par là même il est homme « vrai homme » comme le représenteront à l'envi les conciles et donc prenant sur lui toute la condition humaine hormis le péché. Mais alors les lois de l'hérédité qui nous donnent non seulement telle chair, mais telle structure physique, tels traits du visage, tel tempérament, tel caractère. Vous remarquez que par l'Incarnation, Marie fut l'Unique parente humaine de Jésus. Aussi est-ce sans mélange qu'ont dû jouer en lui ces lois de l'hérédité. De même, donc, que du côté divin Jésus fut l'image de son Père, de même du côté humain, Jésus fut-il et ne fut-il que l'image de sa Mère.

Lorsqu'à Nazareth, petit garçon de 10 ans, il allait puiser l'eau à la fontaine, les bonnes vieilles du village durent se dire à le voir: « Mais c'est tout à fait sa mère. Les traits de son visage — ceux qu'il imprima sur le voile de Véronique — c'étaient ceux de sa Mère. Son regard, celui qu'il posa sur le jeune homme riche — c'était celui de sa Mère. Son maintien à table — aux noces de Cana — mais c'était le maintien de sa Mère. Ses gestes — lorsqu'il toucha l'aveugle-né, c'étaient ceux de sa Mère. Sa démarche lorsqu'il s'avança vers le tombeau de Lazare — c'était la démarche de sa Mère.

Et que dire alors de son âme? de sa psychologie? Cette émotivité devant la souffrance des hommes, cet amour spontané des enfants, des petits et des humbles, ce don de bienveillance universelle, ce goût de la nature, cette facilité à vibrer à tous les contacts humains, ce style rempli d'images familières où passent les parfums des lys et des foins coupés, les cris des passereaux, les rayons dorés du soleil sur les vignes, ce don de poésie!

Tout cela, dites-moi, n'était-ce pas le reflet de sa mère?

Ouvrez, du reste, le « Magnificat » cette prière où la Vierge nous livra son âme, ouvrez ensuite le sermon des Béatitudes et dites-moi: n'est-ce pas le même style? Le Fils y parle comme parlait déjà sa mère.

Entrevoyez-vous à présent pourquoi aucune Mère ne fut et ne sera jamais ce que Marie fut pour Jésus. Vraiment sans la Vierge, nous n'aurions plus notre Jésus, mais par là même nous n'aurions plus de Rédempteur. Car une fois encore le Rédempteur s'est fait homme, et le Christ n'est homme qu'étant le fils de Marie.

Le Rédempteur devait être homme, disons-nous, car pour pouvoir faire passer en nous ses satisfactions et sa vie divine — en quoi consiste notre Rédempteur — le Christ devait nous être uni dans une commune nature, c'est-à-dire être homme comme nous. Or, dites-moi, comment le Christ fut-il homme, comme nous, sinon en tant que Fils de Marie?

Ce n'est donc qu'en Marie qu'il est notre Rédempteur. Aussi Marie ne s'ajoute-t-elle pas, comme nous, à la Rédemption. Elle est dans la Rédemption même, elle participe à la Rédemption — non pas à côté de Jésus — non pas comme celle que Jésus interpose entre Lui et les hommes, pour garder les distances car il n'y a absolument qu'un seul Médiateur, le Christ, qui ne doit être complété par rien d'autre. Mais Marie participe à la Rédemption en formant le Rédempteur lui-même. Elle est à la racine même de notre Rédemption.

Et cela de nouveau, parce que le Christ ne nous a rachetés qu'en étant homme, et qu'il n'est homme qu'en étant Fils de Marie.

« La médiation de Marie, écrit le Père Mersch, réside en premier lieu dans celle même du Christ et elle s'exerce en lui; la médiation de Jésus est parfaite, est parfaite du côté humain, en étant mariale ».

Comprenez-vous maintenant pourquoi la Vierge est essentielle au catholicisme. Les autres Saints — un Saint Irénée, un Saint Augustin, un Saint Dominique, un Saint François, un Saint Ignace, une Sainte Thérèse d'Avila ou de Lisieux, un curé d'Ars etc. auraient pu ne pas exister — et la physionomie du catholicisme n'en aurait pas été substantiellement changée. Mais, sans Marie, c'est le christianisme tout entier qui s'effondrerait dans le néant, car le christianisme c'est la religion du Christ Jésus… Et il n'y aurait pas de Christ Jésus sans la Vierge Marie.

Comprenez-vous dès lors aussi pourquoi la dévotion à la Vierge Marie n'est pas à ajouter aux autres dévotions, pourquoi elle est et doit être une dévotion essentielle à tout cœur catholique.

Nous pourrions, certes — et nous pouvons être d'excellents catholiques sans avoir une dévotion à tel ou tel Saint, quel que soit son mérite et sa gloire. Mais nous ne pourrions prétendre à la même excellence, sans une vigilante attention et un profond attachement à la Vierge Marie, car, de nouveau, c'est elle seule qui nous a donné et ne cesse de nous donner Jésus; comme c'est elle seule qui nous a donné et ne cesse de nous donner à Lui. Et de même que son rôle a été et est de rendre le Christ plus proche de nous, de même, n'est-il dans notre dévotion au Christ que de nous rendre plus proche de Lui.

Et c'est pourquoi c'est dans un climat mariai que doit s'épanouir notre dévotion au Christ lui-même. (Je ne vous ai pas parlé de la Vierge « Figure de l'Eglise » et ne vous en parlerai guère ce soir).

C'est pourtant comme « Figure de l'Eglise » que l'a vue Vatican IL Fidèle à la théologie patristique le Concile a vu en elle l'image de l'Eglise entière, celle en qui se reflète et se personnalise tout le mystère de l'Eglise, objet de la volonté salvifique de Dieu, dans le Christ. Et je me dis sans doute, que cela doit être vrai et probablement très beau. Mais pourquoi ne pas vous l'avouer en toute simplicité? — Je ne suis jamais parvenu à oublier la phrase du poète anglais Francis Thompson qui remerciait le Seigneur de nous avoir donné Marie, parce que c'était elle qui empêchait le christianisme de tourner en système philosophique ou théologique. Peut être, sur ce point lui étais-je sensiblement accordé? En tout cas, je n'ai jamais oublié cette phrase. Peut-être changerai-je un jour? Mais aujourd'hui encore je n'aime guère voir notre Mère à tous recouverte d'une lourde armure théologique, pas plus que je ne tiens à voir son visage maternel si pur et si gracieux, se mêler en symboles, abstraits, énigmatiques pour notre bon peuple chrétien… On ne prie pas une figure ou une image, fût-elle même celle de l'Eglise. Et je comprends l'élan du peuple siennois; émerveillé de la Madone de Duccio, qui pour la première fois dans l'art primitif italien rompait avec le hiératisme traditionnel byzantin, il voulut porter son image en triomphe de l'atelier du peintre à la cathédrale où elle se trouve encore aujourd'hui: le peuple avait retrouvé la Madone. A mon tour je préfère approcher la Vierge comme le faisait ce bon peuple siennois, comme le faisaient nos mamans et rejoindre ici le Père Charles — écrivain jésuite — lorsqu'il écrivait: « C'est cette dévotion à la Mère du Christ qui entretient dans l'Eglise le véritable esprit de famille. Autour du foyer les enfants ne sont qu'un même peuple et les yeux de leur mère les ont tous nivelés dans un amour identique. Ils ne sont que « ses enfants », et je ne vous demande, ô mon Dieu, qu'une seule faveur ce soir, celle de rester dans votre Eglise, non comme un lettré, ou comme un philosophe, mais tout simplement comme un enfant de votre Mère Marie. (Prière de toutes les heures).

Et ce qui me donne de comprendre pourquoi, sans la Vierge, ce ne serait pas seulement notre environnement chrétien qui serait saccagé; ce ne serait pas seulement Jésus, ce serait encore le meilleur de nous-mêmes.

 

III. – Je ne sais pas si vous avez été frappés il y a quelques jours, en la fête de l'Immaculée Conception, des paroles impressionnantes de l'Epître, tirée du Livre de la Sagesse, que l'Eglise applique à la Vierge Marie:

« Avant même que le Seigneur ait rien créé, tout au début de son œuvre, je lui appartenais. Dieu m'a voulu de toute éternité, depuis toujours, avant la création du monde. Le chaos primitif n'existait pas encore et j'étais déjà présente à la pensée de Dieu. Les sources n'avaient pas encore jailli, les montagnes ne dressaient pas encore leurs masses imposantes, Dieu n'avait pas encore façonné la terre avec ses fleuves, ses océans et ses continents ni les cieux avec leurs étoiles, que je prenais place en sa pensée et en son amour ».

Quel écho, n'est-il pas vrai, à ces perspectives grandioses des épîtres pauliniennes, où l'Apôtre nous dévoile le mystère insondable du Christ, alpha et oméga, principe et fin de toutes choses en qui et pour qui tout a été créé. Car de même que le Christ est le premier voulu dans la pensée du Père, et que c'est en Lui et par Lui que tout a été créé, de même la Vierge Marie, parce que condition de possibilité immédiate du Christ a été voulue pour Dieu avant que ne fût voulue par Lui la création du monde: n'est-ce pas le sens de notre Epître?

Et de même que c'est pour nous avoir comme fils, en son fils bien-aimé, qu'il nous créa à l'image du sien, de même c'est à l'image de la Vierge qu'il créa toute femme.

Comprenez-vous, dès lors, pourquoi le plus profond en toute femme est l'amour maternel, cette générosité totale de l'amour qui se donne sans compter, sans attendre de retour. Marie ne fut-elle pas créée par Dieu pour être la Mère de son Fils, et en Lui la mère de tous les hommes?

Comment la femme créée à l'image de Marie ne serait-elle pas maternelle jusqu'en ses dernières profondeurs. Aussi est-ce à l'image du Cœur de la Vierge que fut créé par Dieu le cœur de nos mamans. Et c'est ce qui fait leur incomparable douceur.

Voulez-vous ici-bas l'image la plus émouvante, mais aussi la plus exacte du Seigneur et de son amour pour nous? Regardez une maman — une vraie maman? Dans la suavité et la générosité de son cœur vous verrez passer l'amour même de Dieu.

Mais poursuivons. Le meilleur ou du moins une partie du meilleur de nous-mêmes, ne le devons-nous pas au cœur de nos mamans? Sans elles, peut-être aurions-nous:

La raison, mais sans l'intuition;

L'esprit de géométrie, comme dit Pascal, mais sans l'esprit de finesse;

La force, mais sans la douceur;

La justice, mais sans la mansuétude.

Non vraiment! sans le cœur de nos mamans, nous ne serions pas ce que nous sommes. Mais il nous faut ajouter aussitôt que sans le cœur de la Vierge, le cœur de nos mamans ne serait pas non plus ce qu'il est, puisqu'il ne fut voulu qu'à son image.

Entrevoyez-vous alors la profondeur mystérieuse, invisible mais réelle de la présence de Marie en chacune de nos vies.

Sans elle, sans cette présence à la fois vivante, cachée et doucement rayonnante de la Vierge dans la Création, c'est le meilleur de nous-mêmes qui nous serait enlevé.

Et c'est pourquoi, comme vous le demande votre Chapitre Général, reprenant la pensée de votre Bienheureux Père Fondateur, vous voudrez réserver une place de choix à la Vierge dans votre vie de Frère Mariste et dans votre apostolat. Vous tiendrez à ce que sa pensée soit plus que jamais l'inspiratrice de votre prière, et vous n'aurez rien de plus à cœur que de transmettre ce joyau de la tradition chrétienne à toutes ces générations de jeunes, dont la formation vous est confiée.

Lorsque l'on songe à cette terre de Grèce, à l'héritage prestigieux, dont notre civilisation occidentale lui est redevable, à ces valeurs chrétiennes dont elle reste aujourd'hui si fortement imprégnée, ne peut-on penser que l'admirable dévotion à la Théotokos partagée par la communauté orthodoxe aussi bien que par la communauté catholique ne soit, dans les années à venir, un pont de lumière et de paix jeté entre elles, par le Seigneur lui-même pour le rapprochement de nos deux Eglises.

Et serait-il téméraire d'ajouter que votre Institut, spécialement consacré à Marie ne soit appelé de ce fait à jouer un rôle primordial dans cette œuvre de compréhension mutuelle et d'union.

C'est pourquoi en cette fin de retraite songeant à cette

Mère de miséricorde « qui est notre vie, notre espérance et notre salut »

nous lui confierons notre vie de Frères et d'Apôtres.

Nous lui demanderons de créer en nous un cœur à l'image du Sien

afin que nous puissions, avec Elle et comme Elle,

travailler plus que jamais à cette œuvre d'Union en

cette terre de Grèce

si chère à son divin Fils.

R. P. Borboux, S.J.

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