Le VII° centenaire de la Cathédrale de Burgos

24/Sep/2010

Nos 26 Frères de Burgos et leurs 730 élèves prirent leur bonne et joyeuse part, le 19 juillet dernier et les jours suivants, aux fêtes grandioses qui eurent lieu dans la vieille capitale castillane à l'occasion du VII° centenaire de sa magnifique cathédrale.

En plus d'être une merveille de l'art gothique, dont il est comme un résumé, ce temple splendide en l'honneur de Marie, commencé en 1221, sous le règne de saint Ferdinand, est en quelque sorte, pour le peuple espagnol, le cœur historique de la Patrie, le centre de cristallisation autour duquel sont venus se grouper tous les éléments dont se compose le royaume actuel d'Espagne, ou pour employer une expression de Sa Majesté Alphonse XIII, c'est "le symbole de ce que l'Espagne fut, est, et sûrement continuera d'être''.

C'en serait déjà assez pour expliquer et justifier l'enthousiasme que provoqua dans tous les cœurs le retour pour la 700ième fois du jour où en fut posée la première pierre ; mais il y avait plus, on avait eu l'heureuse idée, à cette occasion, d'y transférer les restes de deux autres personnifications de l'Espagne héroïque : les reliques du roi saint Ferdinand, qui se vénéraient dans la chapelle de l'université pontificale de Saint Jérôme, et les cendres du Cid Campeador, qui après avoir reposé pendant longtemps au couvent de San Pedro de Cárdena, situé à 8 km. de la cité, se trouvaient depuis 1842 à l'Hôtel-de-Ville.

Les deux translations, qui eurent lieu respectivement le 19 et le 21, en présence des autorités religieuses, civiles, militaires, universitaires, etc. …, et d'un immense concours de peuple, revêtirent une pompe et un éclat vraiment extraordinaires.

Le 19, jour de la translation des reliques de saint Ferdinand, la Messe pontificale, à laquelle assistaient, avec le Cardinal Archevêque de Burgos, le nonce apostolique, les archevêques de Verapolis et de Valencia et les évêques de Pamplona, Palencia, Madrid, Osma, Vitoria, Coria et l'abbé de Silos, fut célébrée par S. E. le Cardinal Archevêque de Tolède, Primat d'Espagne; et le panégyrique du saint roi fut prononcé par le Père Zacarias, le prince, dit-on, des prédicateurs espagnols contemporains, qui, avec autant de science historique que de talent oratoire, célébra en même temps les vertus du glorieux monarque et les gestes héroïques de la Castille, la petite Patrie d'où est née la grande.

Le surlendemain, la translation des cendres du Cid Campeador D. Rodrigo Diaz de Vivar et de son épouse Doña Gimena, prit les proportions d'une véritable apothéose.

Dès 8 heures du matin, les troupes de la garnison commencèrent à couvrir les parcours que le cortège civico-religieux devait suivre, et une foule énorme se massait aux abords de ce parcours.

De l'Hôtel-de-Ville, après que le roi eut signé le procès verbal de la livraison du coffre contenant les deux glorieuses dépouilles, le cortège se mit en marche à 8 heures et demie.

Le précieux cercueil, placé sur l'affût d'une pièce d'artillerie et couvert d'un riche tapis, marchait en tête, sous l'escorte d' une section de sapeurs, suivi de la musique de Valence et d'un piquet d'infanterie.

Venait ensuite le Roi, seul et à pied, entouré des soldats de son escorte, et derrière lui, le Ministre de l'Instruction publique avec plusieurs officiers du palais.

Devant la tribune où se trouvait la reine, entourée d'une escorte d'honneur, l'affût s'arrêta, le nonce apostolique monta et les autres prélats se rangèrent aux deux côtés ainsi que le ministre et sa suite. Le Capitaine général, à cheval, se plaça à droite et les troupes de la garnison commencèrent à défiler en bel ordre, ce qui était d'un effet vraiment solennel.

Au passage du cortège officiel, la multitude, contenue par les forces de la gendarmerie et de la sûreté publique, poussait des vivats enthousiastes à l'adresse des Souverains, de l'Archevêque de l'Espagne et de Valencia. Arrivé à la cathédrale, dont toutes les cloches sonnaient à la volée, le cercueil du héros et de son épouse fut pris de dessus l'affût de canon qui l'avait amené de l'Hôtel-de-Ville, et porté devant le maitre autel par l'infant Don Fernando, le maire de Burgos, le duc de l'Infantado, le ministre de l'instruction publique et le maire de Valencia.

Suivit une messe de Requiem extra-solennelle célébrée par S. E. le Cardinal Archevêque de Burgos, à l'issue de laquelle, l'évêque de Vitoria prononça une éloquente oraison funèbre en l'honneur du héros national, et fit, en terminant, une prière instante pour que l'esprit du Cid revive et demeure pour toujours dans le peuple espagnol, pour assurer à la Patrie la grandeur véritable et aux citoyens la gloire du ciel.

Puis, tandis que flottent sous l'immense voûte les harmonies du Libera me, les cloches sonnent à toute volée et les canons font entendre des salves ininterrompues.

Enfin l'Archevêque de Burgos, après avoir présenté l'acte d'inhumation à la signature du roi, de la reine et des autres personnages désignés, le remet au maire de la ville, qui l'enferme dans un tube aussitôt scellé en présence de tous; et le coffre est enfermé dans le mausolée qui lui avait été préparé dans la crypte. A l'extérieur de ce mausolée une plaque de marbre indiquera désormais aux visiteurs, par une inscription en lettres de bronze, l'endroit où git la poussière qu'anima un jour l'âme la plus héroïque qu'ait eue la Castille, mère pourtant de tant d'autres héros.

La veille, 20 juillet, la vénérable et somptueuse cathédrale avait reçu solennellement sous ses voûtes, aux vibrants accents de la Marche Royale, scandée par les sept cents voix du célèbre orphéon d'Azcoitia, le 27° successeur de saint Ferdinand, S. M. Alphonse XIII. Comme le rappela très opportunément le Cardinal Archevêque, la présence du pieux monarque actuel faisait revivre un moment, à 700 ans de distance, l'époque glorieuse où le fils d'Alphonse IX, en même temps qu'il traçait avec la pointe de son épée les limites de son royaume agrandi, jetait les fondements de temples de la paix, comme les cathédrales de Burgos et de Tolède.

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