Le XIV° Chapitre Général

19/Mar/2010

Une longue attente. — L'Institut des Petits Frères de Marie compte quatorze Chapitres Généraux dans ses cent trente années d'existence. Aucune de ces solennelles assemblées n'aura été désirée, attendue, préparée dans la prière et les actes de vertu comme la quatorzième qui s'est tenue du 16 septembre au 7 octobre 1946. Lorsque le Rév. Frère Diogène, chargé d'années et de mérites s'éteignait, le 23 février 1942 Saint-Genis-Laval, le monde entier dans les convulsions tragiques ne laissait entrevoir aucun indice de paix prochaine. Successivement les Chers Frères Michaélis et Marie-Odulphe ont apporté au gouvernement de la Congrégation des trésors d'énergie, de piété, de dévouement, de prudence et de sagesse… Par leurs circulaires, ils ont tracé, nette et vigoureuse, la ligne de conduite à suivre. A tous les membres de l'Institut, ils ont crié : Sursum corda! en ravivant la dévotion au Cœur Immaculé de Marie et au Vén. Père Champagnat, tandis que les regards scrutaient obstinément l'horizon pour y discerner l'aurore pacifique qui permettrait la réunion du Chapitre Général prévue par les Constitutions. Quatre années ont passé, décevantes sur nos espérances…

 

L'annonce officielle. — Pourtant dans les premiers jours de décembre 1945, le Conseil Général jugeait le temps venu des mesures préparatoires au Chapitre Général.

La circulaire du 25 décembre 1945 annonçait officiellement que la réunion si attendue se ferait à Saint-Genis-Laval. La partie de la lettre concernant le Chapitre Général, tirée sur papier fin, était envoyée aux provinces par les moyens les plus rapides. Des instructions précisaient la composition de l'assemblée, le mode d'élection, soulignaient l'importance de cette réunion et prescrivaient des prières. Avec des retards parfois considérables, dus aux difficultés postales, toutes les régions administratives de l'Institut procédèrent à l'élection de leurs députés.

A Saint-Genis, on s'affaira fébrilement pour rendre hospitalière la maison qui recevrait la centaine de représentants des provinces. Des plans s'exécutaient qui donneraient pleine satisfaction et rendraient aux cloîtres de l'antique maison-mère leur gloire passée…

Inutile de dire qu'aux préparatifs d'ordre matériel dans les locaux s'ajoutaient des travaux d'approche, d'un autre genre au Conseil Général.

 

Un contre-ordre. — On était au mois d'avril. Les Supérieurs majeurs suivaient avec inquiétude les échanges de notes diplomatiques entre les diverses chancelleries au sujet de l'attitude de certains gouvernements vis-à-vis de l'Espagne. Convaincus que la fermeture de la frontière franco-espagnole survenue à la suite de ces événements, rendrait pratiquement impossible le séjour en France des députés de nationalité espagnole, les membres du Conseil décidèrent, le 20 avril, de fixer à Grugliasco (Italie) le lieu de convocation du Chapitre Général. La circulaire du 24 mai 1946, en donnait publiquement avis et indiquait le 16 septembre, comme date d'ouverture des Exercices de la retraite préparatoire.

Le Cher Frère Euphrosin, Assistant Général, chargé du district d'Italie, mandaté par le Conseil, présiderait aux aménagements de la maison de Grugliasco.

 

Une magnifique restauration. — Par suite des bombardements, de l'occupation par les troupes italiennes et allemandes, des détériorations inévitables causées par les intempéries des saisons durant de longues années, la maison de Grugliasco se trouvait lamentablement délabrée. Alors, sous l'énergique et compétente impulsion du Cher Frère Euphrosin, Assistant Général, fort entendu en matière de construction et avec l'intelligente direction de M. l'entrepreneur Serratrice, bien connu des Frères Maristes, une nuée d'ouvriers de tous les métiers envahit la vieille demeure. Le Cher Frère Visiteur et les Frères de la Communauté, les Professeurs du Scolasticat et leurs élèves, les Juvénistes de Gassino venus à la rescousse avec leurs Directeur et Maîtres, tous mêlés aux ouvriers, se partageant la besogne, apportent un généreux et efficace concours aux réparations urgentes des locaux en détresse. Le Cher Frère Assistant, revêtu d'une longue blouse blanche, tête nue, anime tous les groupes, passe et repasse dans la fourmilière travailleuse. Tout est d'ailleurs sagement réglé : prières, travaux, repas et repos nécessaire se succèdent avec une prudente discrétion… Mais que de sueurs ! Que d'efforts ! que de joyeuses bonnes volontés sinon d'habiletés toujours adroites ! Ainsi de longs mois durant, on travaille d'arrache-pied, afin que les capitulants de 1946 se logent décemment.

Tant de patient courage devait aboutir au résultat souhaité : à une magnifique, bien que fort coûteuse, restauration de tous les quartiers, provoquant l'admiration et la satisfaction générales ! Un autre facteur de bien-être pendant leur séjour en Piémont, les capitulants allaient le trouver aussi dans la prévoyante charité des confrères des Etats-Unis, du Canada, du Mexique, du Brésil, d'Argentine et d'Espagne qui a généreusement facilité le ravitaillement en denrées alimentaires.

 

Les départs pour l'Italie. — A la nouvelle que les assises de l'Institut se tiendront à Grugliasco, les démarches se multiplient dans les consulats et les ambassades ; les moyens ultra-rapides de locomotion s'utilisent, pour se trouver le jour marqué, au rendez-vous… Par air, par mer, par terre, en franchissant les Alpes, ou en longeant la côte d'Azur, les groupes de capitulants s'acheminent vers le Piémont, dès les premiers jours de septembre. Le Cher Frère Sixto, Assistant Général, gravement affaibli par une redoutable maladie fait un effort héroïque et, par avion, se rend d'Espagne en Italie.

Le Cher Frère Vicaire Général et les membres de l'Administration Générale, quittent Saint-Genis, le mardi 3 septembre, et, prenant la ligne Lyon-Nice-Vintimille, sont accueillis avec les plus affectueuses manifestations de religieux respect et de filial attachement par les Frères, scolastiques et novices de la Villa Santo Stefano, à Vintimille, maison provinciale du district d'Italie. Le lendemain, 4 septembre, les Supérieurs arrivent à Grugliasco vers les 9 heures du soir, où toute la maisonnée alertée les reçoit avec des transports d'allégresse et chante un exultant Magnificat. Jeudi, 5 septembre sur les 11 heures, à la salle d'exercices du Second Noviciat a lieu un accueil officiel mais tout pénétré de la douce émotion qu'éprouvent des enfants affectueux, au retour de parents bien-aimés, après une longue absence. Le Cher Frère Marie-Odulphe, vicaire général, répond à la doublé adresse et aux chants de bienvenue des scolastiques et des juvénistes avec sa délicatesse coutumière qui ne lui laisse oublier personne. Au compte rendu, extrêmement élogieux, que donne le Cher Frère Euphrosin du dévouement et du bon esprit de la maison de Grugliasco, le Cher Frère Vicaire Général répond par d'intarissables félicitations.

Ce n'est pas d'ailleurs la Communauté seule qui est en jubilation de l'arrivée des Supérieurs. Toute la paroisse est en émoi… Les autorités ecclésiastiques et civiles sont d'accord pour provoquer une réception officielle, au Municipe, d'une délégation spéciale des Supérieurs. Sauf le Cher Frère Michaélis que des infirmités retiennent à Saint-Genis-Laval, le Régime est au complet et il va poursuivre, pendant les quelques jours qui restent, les préparatifs immédiats de la réunion capitulaire. Les députés des provinces affluent. Le 15 septembre, il ne manque plus que deux représentants qui devraient participer aux Exercices de la retraite.

 

La retraite. — Ainsi le 16 septembre, à 19 heures, la retraite s'ouvre dans la salle de travail du Second Noviciat que tant de Frères de l'Institut connaissent bien. Les capitulants ont l'honneur et le bonheur d'avoir pour prédicateur des Exercices spirituels, le Très Rév. Père Hilaire Balmés vicaire général des Oblats de Marie Immaculée. C'est lui qui donna ces mêmes Exercices au Chapitre Général de 1932. Dans son enthousiaste affection pour les Petits Frères de Marie, à qui il a prêché tant de retraites dans le passé, le Révérend Père n'a pas hésité à quitter ses importantes occupations de Rome pour venir distribuer aux capitulants de 1946, les trésors de son expérience sacerdotale et les élans enflammés de son zèle apostolique.

Les Supérieurs de leur côté, en des conférences spéciales et convergentes attirent l'attention des capitulants sur des sujets d'importance vitale. A la grande édification des témoins, les retraitants se plongent dans la prière, le recueille- ment et la réflexion avec l'imperturbable gravité exigée par les circonstances exceptionnelles qui les réunissent.

 

Les séances préparatoires. — Comme il est marqué dans les Règles du Gouvernement, vers le quatrième jour, une réunion préliminaire a lieu dans la grande salle des « pas perdus » du Second Noviciat, transformée en salle capitulaire pour la troisième fois, en un quart de siècle. Avant de préciser l'objet de la réunion, le Cher Frère Vicaire Général communique la bénédiction du Saint-Père aux membres du Chapitre. La bénédiction est reçue à genoux et en priant pour le Souverain Pontife. Il s'agit tout d'abord, de vérifier officiellement le mandat de chaque député ou suppléant. Une commission spéciale a dû rédiger un rapport

à cet effet. Après la désignation des scrutateurs et des secrétaires provisoires, commence la longue énumération des représentants élus en suivant l'ordre alphabétique des trente-deux divisions administratives dont se compose actuellement l'Institut. Ce contrôle effectué, le Président pourra déclarer le Chapitre Général régulièrement constitué. Des séances ultérieures permettront d'élire les scrutateurs et les secrétaires définitifs, de répartir les capitulants selon les compétences en diverses commissions, et de préciser jusque dans les plus menus détails l'ordre à suivre dans l'opération capitale de l'élection du Rév. Frère Supérieur Général.

La retraite continue pour s'achever le 23 septembre avec le déroulement des cérémonies traditionnelles dans la chapelle qui en a vu tant d'autres analogues. A diner, un capitulant ne résiste pas à l'idée d'adresser, au nom de ses confrères, de chaleureux remerciements aux membres du Régime pour la sagesse avec laquelle ils ont assuré la bonne marche et la prospérité de la Congrégation, malgré les persécutions sanglantes et les violentes tempêtes qui se sont abattues sur plusieurs provinces entre les deux réunions capitulaires.

Dans la soirée, les retraitants pourront à loisir se communiquer les impressions personnelles que leur laissent ces premières phases de leur séjour à Grugliasco.

 

Le 24 septembre, fête de Notre-Dame de la Merci. — C'est le jour de l'élection du Rév. Frère Supérieur Général. On suivra un programme méticuleusement établi. Le Salve Regina et la prière se disent avec la Communauté, à la chapelle. A 6 heures, on entend la messe de Notre-Dame de la Merci et grâce à deux prêtres qui distribuent la sainte communion, elle finit à 6 h. 40. Le Père Prédicateur revient avec cinq enfants de chœur et portant la relique de la Sainte Croix ; ils prennent la tête de la procession ; les capitulants font cortège et se rendent dans la salle des séances où ils reçoivent la bénédiction de la relique. On récite à genoux le Veni Creator, l'Ave maris stella. Puis debout, les capitulants entendent retentir quatre-vingt-dix-neuf fois l'exclamation, Dieu soit béni ! qui répond à l'appel nominal. Malgré l'ardent désir, plusieurs fois manifesté et les prières faites pour voir tous les députés présents, seul le Frère Visiteur d'Allemagne manque à l'appel et n'assistera pas au Chapitre.

Sur l'invitation du Président, lecture est faite d'une section des Règles du Gouvernement, puis d'un texte de la circulaire : « Appel à la Sainteté» du Rév. Frère Louis-Marie. Après environ un quart d'heure de méditation, commence la cérémonie du serment canonique dont chaque capitulant dira la formule. C'est 7 h. 30… Les rideaux tirés, laissent filtrer, par les grandes baies, la claire lumière d'une belle journée.

Au fond de la salle, deux tables sont disposées où les capitulants, par ordre de préséance, vont silencieusement rédiger leur bulletin de vote. Vers 8 heures, le défilé est fini. On compte les billets, on les proclame. A 8 h. 15, le Cher Frère Vicaire Général se lève et, employant la formule protocolaire prescrite, proclame aux applaudissements de l'assemblée, le Cher Frère Léonida, Supérieur Général des Petits Frères de Marie. Alors, le Cher Frère Vicaire Général, en une chaude allocution, présente à l'assemblée le nouvel élu dont il relève les qualités. Le Rév. Frère Supérieur répond en se soumettant à la manifestation de la volonté de Dieu. Il ne consent à bénir le Frère Vicaire Général qu'après avoir reçu sa bénédiction à lui. Ensuite, le Rév. Frère Supérieur est conduit par les scrutateurs au fauteuil préparé au fond de la salle et les capitulants se rendent deux à deux devant lui pour lui offrir l'hommage de respect et d'obéissance et demander sa bénédiction. C'est 8 h. 35 quand la porte s'ouvre de nouveau… Les cloches du campanile se mettent à carillonner éperdument la joyeuse nouvelle… Les juvénistes, qui ont pensé pouvoir auparavant déjeuner tranquilles, abandonnent précipitamment leur réfectoire…. La procession, qui a recommencé en sens inverse, conduit le Rév. Frère Supérieur Général au chœur de la chapelle au chant du Magnificat et du Te Deum. La messe d'action de grâces suit fervente et recueillie.

Ce n'est qu'après déjeuner que le Benedicamus Domino délie les langues et permet les manifestations de la joie générale. Des dépêches partent dans toutes les directions pour annoncer l'heureux événement…

A midi, malgré une certaine consigne renvoyant les discours à plus tard, le doyen des Provinciaux traduit les sentiments de ses collègues et des capitulants ; le Frère Provincial d'Angleterre se fait l'interprète des Frères de langue anglaise pour exprimer délicatement des souhaits. Le Cher Frère Euphrosin se réclame de ses nombreuses, anciennes et intimes relations pour avoir le droit de donner du Rév. Frère Supérieur Général un curriculum citer que l'on écoute avec le plus vif intérêt et qui a été déjà reproduit par les petites revues des provinces. Les juvénistes, eux-mêmes, émerveillés de la rapidité du travail des capitulants, viennent jeter au milieu du repas les notes fraîches de joyeux couplets que la comique ritournelle : « C'est magnifique ! » achève en guise de refrain.

Dans la soirée, après l'office, une petite fête de famille réunit tout le monde dans la grande salle des séances. Les scolastiques et les juvénistes chantent. Le Frère Secrétaire Général exprime les sentiments des diverses catégories d'auditeurs présents et de tous les sujets de l'Institut, répandus dans les trente-deux provinces ou districts au nombre de 10.708, d'après la plus récente statistique. Il s'essaie à mettre en relief cette vérité de foi que la divine Providence, qui, dans le même acte simple et indivisible, préside de toute éternité à l'évolution des empires, comme aux menus détails de nos vies individuelles, a conduit par la main le Rév. Frère Supérieur Général à toutes les étapes de son existence pour nous le donner aujourd'hui comme notre Chef, notre Guide et notre Père. Cette affirmation d'ailleurs, par son évidence, sautera aux yeux des capitulants au cours des journées suivantes… Un député de Colombie, en un langage où la reconnaissance, les regrets et les espérances baignent dans la prière et la poésie, invoque, pour le Rév. Frère Supérieur Général, la maternelle protection de Notre-Dame de Los Andes, à laquelle les Frères ont élevé, à Yanaconas, un grandiose piédestal. Les aspirants du Mexique offrent, par les mains de leur Frère Provincial, un bouquet spirituel exquisément illustré. Le Rév. Frère Supérieur répond affectueusement 'à tous ces souhaits et accorde aux Frères, scolastiques et juvénistes de Grugliasco qui se sont tant dévoués aux préparatifs, un congé d'une exceptionnelle importance que favorisera la généreuse gratitude des Frères capitulants, puis appelle les bénédictions du bon Dieu et de la Sainte Vierge sur toute l'assistance et sur la Congrégation entière.

 

Élection des membres de l'Administration générale. — La journée du 25 septembre est consacrée aux élections des Frères Assistants Généraux et des Frères Économe Général et Secrétaire Général. Une petite circulaire annonçant la composition du Régime de l'Institut et portant le nom de tous les membres du Chapitre est immédiatement envoyée dans les provinces et communiquée à des personnalités et à des Congrégations amies.


Après l’élection : la messe d’action de grâces.

Naturellement, ces diverses élections, en plus des prières ferventes et fraternelles qu'elles ont provoquées, réclament une petite fête où se manifesterait sous des formes neuves, variées, éclatantes, l'impressionnant esprit de famille qui règne dans tous les secteurs de la Congrégation. Le Frère Économe de la maison et les Frères cuisiniers, qui se surpasseront, par leur activité, durant le séjour des capitulants, ordonnent bien les choses. Et le 26, vers la fin du dîner Commence une interminable série de toasts. Le premier qui prend la parole, député de Grèce, relève dans l'harmonieuse langue de l'Attique, les noms grecs des quatre derniers Supérieurs Généraux et rappelle les souvenirs historiques profanes et ecclésiastiques laissés par celui de Léonidas, avec d'ingénieuses applications au rôle du Rév. Frère Supérieur. Après, c'est l'arabe sous sa double forme littéraire et populaire, le chinois qui, d'après la spirituelle remarque du traducteur sait, selon les circonstances, dire en peu de paroles beaucoup de choses, ou bien peu de choses en beaucoup de paroles. Puis des langues aux sons gutturaux ou étranges comme le sosuto, le gaélique, le maori, l'afrikander, alternent avec l'anglais, le brésilien, l'espagnol, l'allemand, l'italien, le flamand. Le Canada et les États-Unis expriment leurs souhaits en français, mais le dernier mot appartient au délégué du Congo, spécialiste en dialectes exotiques, qui retrouve un succès exploité jadis au Second Noviciat!… Le Frère Provincial de Nouvelle-Zélande se rattrapera un des jours suivants en lisant à son tour une adresse en samoan et une autre en fidjien. Tous ces aimables interprètes des sentiments de leurs lointains confrères rivalisent de souplesse persuasive pour convaincre le Rév. Frère Supérieur des immenses avantages qu'il y a de prendre un contact direct avec tant d'œuvres si prometteuses de prospérité.

Les capitulants admirent l'à-propos du Révérend Frère qui fait bonne contenance et ne suffoque pas sous cette avalanche de discours. Sans doute, le français, le castillan, l'anglais, l'italien lui sont familiers ; mais il sait relever délicatement ce que chacune des harangues contient de plus caractéristique et répond le mieux aux espérances d'avenir dans les multiples secteurs qui défilent sous ses regards attentifs. Il ne se plaint en souriant que d'une chose, c'est que l'ayant nommé Supérieur Général, on veuille en faire immédiatement un Visiteur.

 

Les exigences d'un artiste. — Dans la soirée de ce jour, l'artiste photographe, qui répond au nom prédestiné de Frère Abile, réclame tous les capitulants sous son objectif. Depuis plusieurs jours, il a fait dresser des tréteaux, il surveille le jour et la lumière propices. Méticuleusement, il place, dispose, arrange… Avec d'infinies précautions, il tire, retire plaques et plaques… Mais ces premières épreuves répondant mal à son goût des belles œuvres, il demandera qu'on se soumette de nouveau à ses exigences… Et les capitulants sans se faire trop prier, consentiront encore… à poser ! Ils accepteront aussi de voir fixer sur la plaque sensible leur attitude à la salle des séances.

 

Les élections hors de Grugliasco. — Alertés par la nouvelle de la réunion du Chapitre Général, à Grugliasco, les journalistes sont à l'affût pour l'annonce des élections. Comme toujours, les informations fournies subissent la fantaisie des rédacteurs et paraissent plus ou moins tronquées dans les périodiques de la région. De nombreux télégrammes et lettres de félicitation affluent de la part des notabilités amies de l'Institut. Dés le 28, le Très Honoré Frère Athanase-Emile, supérieur général des Frères des Écoles Chrétiennes télégraphie : « En notre nom personnel, au nom de notre Institut, nous offrons fraternelles félicitations élection supériorat Institut Frères Maristes. Promettons prières, formulons vœux pour long fructueux généralat. »

Le Rév. Père Janssens, le Préposé Général de la Compagnie de Jésus, écrit de Rome, le 2 octobre, « qu'il est heureux d'offrir ses vœux et ses religieux sentiments au Révérendissime Frère Léonida, nouveau Supérieur Général des Frères Maristes, et y joint ses prières à Dieu, pour que, sous son généralat, la belle œuvre de l'éducation chrétienne, si nécessaire aujourd'hui, continue et se développe dans toutes les écoles de sa Congrégation ».

A la même date, le Très Rév. Père Ernest Rieu, Supérieur Général de la Société de Marie, qui n'a pas encore reçu la communication officielle de l'élection, envoie la lettre suivante : « J'apprends par la presse, la nomination qui vous élève au rang de Supérieur Général de votre méritante Congrégation; et, uni comme le suis à tout ce qui porte votre nom et exprime vos intérêts, j'ai hâte de vous dire ma joie et les souhaits que j'ai dans le cœur pour l'heureux développement de votre Institut sous la direction que vous êtes appelé à lui donner.

« Je prie Dieu, qui a si merveilleusement développé vos rouvres sous la conduite de vos éminents prédécesseurs de leur donner sous la vôtre, le complément qu'ils attendent et que nous attendons tous de votre zèle et de la sagesse qui vous distingue.

« J'invoque aussi la Très Sainte Vierge, la reine si honorée de votre Institut, et lui demande de bénir votre charge, pour qu'en résultent la ferveur personnelle de vos fils et les heureux effets de leur apostolat.

« En ces sentiments, veuilles agréer, mon Révérend et Cher Frère Général, l'assurance de mes fervents souhaits et de ma bien respectueuse considération en, Notre-Seigneur. »

E. Rieu, S. M.

Nous faisons grâce à nos lecteurs des autres témoignages de sympathie reçus à cette occasion.

 

Le travail important du XIV° Chapitre Général. — Bien entendu, une fois les élections faites, les capitulants, répartis en huit Commissions ayant chacune un président, un rapporteur et un secrétaire, s'attellent à leur besogne dans tous les moments disponibles laissés par les réunions plénières.

Les dossiers respectifs sont examinés avec le plus grand soin…. Un rapport est établi par chaque Commission aboutissant à des conclusions précises. Le président en informe le Rév. Frère Supérieur Général lequel indique le jour et l'heure où, en séance générale, le rapport sera lu, les conclusions seront soumises à la discussion et, s'il le faut, au vote du Chapitre Général.

Il n'est pas de la compétence du Bulletin de livrer à ses lecteurs ce dont les capitulants ont laissé le soin au Rév. Frère Supérieur Général et à son Conseil pour être promulgué et porté à la connaissance de l'Institut. Ce qu'il est permis de dire c'est que le travail des Commissions a été exécuté avec autant de sérieux que de célérité et que les délibérations ont été dirigées avec un doigté et une maîtrise remarqués par tous les membres du Chapitre. Se succédant à un rythme accéléré, les séances plénières ont eu raison des plus volumineux rapports.

 

La visite au Campo Santo de Grugliasco. — Un précieux avantage possédé par certaines maisons provinciales est la concession d'un cimetière pour la sépulture des Frères. Que de prières ! que de De Profundis ! même que de chemins de Croix ! sont semés au cours des pieuses visites accomplies en tout temps, mais surtout à l'époque des retraites, à ces tombes sur lesquelles fleurissent les chrysanthèmes, les cinéraires, les roses et… les souvenirs fraternels. A Grugliasco, les Frères Maristes ne jouissent pas du privilège qu'ils ont à Saint-Genis-Laval, à Notre-Dame de l'Hermitage, à Saint Paul-Trois-Châteaux et ailleurs. Au Campo Santo ou cimetière communal, un caveau aux nombreux loculi garde les restes mortels de toute une phalange de Supérieurs et de confrères.

Les membres du XIV° Chapitre Général, ont voulu s'acquitter d'un devoir de gratitude à l'égard de ces chers et vénérés défunts. C'est pourquoi, le samedi matin, 5 octobre, après une messe solennelle pour les morts, tous les capitulants se rendent processionnellement au Campo Santo en récitant le rosaire. Devant le caveau funèbre, les Frères chantent le Libera me et M. l'Aumônier récite les prières liturgiques de l'absoute… Puis le cortège, en priant toujours, reprend le chemin de retour, tandis que l'immense couronne des sommets des Alpes resplendit au soleil levant.

 

La clôture du XIV° Chapitre Général. La fête de Notre-Dame du Rosaire, solennisée le 7 octobre, marque la fin du Chapitre. Après la grand'messe, une suprême réunion a lieu. Les dernières dispositions sont prises ; tous les procès-verbaux, mis au point ; le Rév. Frère Supérieur Général tire les ultimes conclusions ; remercie du magnifique et réconfortant spectacle donné par les représentants de l'Institut, du bon esprit et de la parfaite charité qui ont régné durant ces importantes assises et trace en quelques formules très denses le programme que tous devront s'efforcer de réaliser dans le domaine pratique de notre vie quotidienne. Il prononce la formule déclarant que le Chapitre Général est clos, puis bénit tous les capitulants.

A dîner, l'éloquence, la gratitude, la piété filiale se donnent encore carrière. Le Cher Frère Marie-Odulphe se lève et s'estime heureux d'avoir présenté le Rév. Frère Supérieur Général sous des traits qui ne seront pas désavoués aujourd'hui par les auditeurs. De vigoureuses et retentissantes approbations répondent à ces paroles.

Le Rév. Frère Supérieur Général attribue au cœur d'or du Cher Frère Premier Assistant, ce qu'il appelle des exagérations. Un capitulant, compagnon du juvénat du Révérend Frère, rappelle les visites à Notre-Dame de Prouille, berceau de l'Ordre Dominicain, et, dans son enthousiasme de méridional, escompte de magnifiques succès pour un généralat préparé de longue date et béni par Notre-Dame du Rosaire.

Au fond du réfectoire, en grosses lettres capitales, une inscription affirme que le XIVe Chapitre Général laisse des souvenirs impérissables ; et une banderole audacieuse, au-dessus des membres du Régime, dit : « Au revoir, en 1958 ! »

Les juvénistes interviennent avec des couplets humoristiques ! « Vous avez bien travaillé ! » chantent les petits bonshommes aux vénérables personnages qui les applaudissent. Ils ont eu leur merveilleux congé. Portés par des autobus, ils s'en sont allés au célèbre sanctuaire de Notre-Dame de Mondovi, et ils disent leur merci. Leur minuscule orateur s'exprimant en italien sonore, ne se déconcerte pas. Il fait crier trois fois : Evviva ! au Rév. Frère Supérieur, aux Frères Assistants, aux capitulants… Mais il a une belle requête à présenter. Il demande, à la grande joie de ses camarades, la reconstitution du Juvénat Saint-François-Xavier !

Les scolastiques arrivent de l'autre côté du réfectoire. Leur grande promenade au mont Cenis les a enthousiasmés. Au fur et à mesure qu'ils gravissaient les cimes, la splendeur des blancs sommets et les vastes horizons ont éveillé dans leurs âmes de poétiques envolées et d'immenses désirs d'apostolat lointain…. Aussi, volontiers chantent-ils des couplets de circonstance où s'expriment ces rêves de missions qui ont toujours hanté l'imagination des juvénistes et scolastiques de Saint-François-Xavier. Puis c'est le tour du vénérable curé de Bussolino (Gassino) qui depuis une quarantaine d'années est l'aumônier dévoué du juvénat San Giuseppe. Il a parcouru à vélo, malgré son grand âge, les 50 à 60 kilomètres qui le séparent de Grugliasco, pour venir saluer les Supérieurs et leur dire son attachement aux Frères Maristes.

Un député de Bética (Espagne) donne alors une exquise poésie en castillan intitulée : « Elegido » où s'expriment les plus délicats sentiments envers le Rév. Frère Supérieur Général que la Sainte Vierge a conduit à ce poste éminent.

Enfin le Cher Frère Provincial d'Iberville intervient pour dire la profondeur et l'intensité évocatrice des impressions emportées par les capitulants. Vingt fois, il affirme la permanence du souvenir de tant de personnes et de lieux aimés.

Dans cette circonstance encore, le Rév. Frère Supérieur Général reste égal à lui-même. Il a le secret, après chaque intervention, d'exprimer les sentiments qui correspondent le mieux à l'âge, à la dignité des orateurs et à la nature des objets évoqués…

La fête de Notre-Dame du Rosaire finit en beauté. Au salut du Saint-Sacrement, aux chants d'action de grâces, s'ajoute un acte d'une surnaturelle importance. Le Rév. Frère Supérieur Général renouvelle au Sacré-Cœur de Notre-Seigneur et au Cœur Immaculé de Marie, la consécration totale des personnes et des œuvres de l'Institut, comme aux précédents chapitres généraux.

 

Le départ. — Dès mardi matin, 8 octobre, un groupe notable de capitulants se dispose à repasser les Alpes. Cependant une voix puissante et sympathique s'élève à déjeuner. C'est à la fois un hymne d'action de grâces et une manière d'élégie ou d'oraison funèbre qui signalent la disparition d'un vocable. La fusion de certains secteurs de l'Institut est décidée. Désormais, il ne sera plus question de « province de Constantinople »…. ` Mais tant de travaux, tant d'efforts, tant de souvenirs s'attachent aux rives du Bosphore !… Que de belles figures de religieux ont passé en Turquie et en Grèce !… Tout ce passé est évoqué avec une émotion contagieuse et un tribut de reconnaissance veut être rendu à tous ces ouvriers d'une grande œuvre qui fut finalement celle de la Divine Providence…

Le Rév. Frère Supérieur Général félicite l'orateur et ne manque pas de laisser ouvertes, devant les esprits et les cœurs, les encourageantes perspectives et les espérances de restaurations futures.

La dislocation de l'assemblée est un fait accompli dans la journée.

 

Beau geste de sympathie. — Aussitôt que l'élection du Révérend Frère fut connue, M. Martin Artago, ministre des Affaires étrangères d'Espagne, pour manifester le vif intérêt qu'il porte à l'Institut des Frères Maristes dont il apprécie hautement toutes les œuvres, chargea le Consul de Turin d'offrir au nouvel élu les vœux du Chef du Gouvernement espagnol.

Prévenus de cette sympathique démarche, le Cher Frère Sixto, Assistant Général, les Frères Provinciaux d'Espagne et quelques Frères de la même nationalité, députés au Chapitre, accueillent M. le Consul Bernabé Toca y Ferez de la Lastra, le 8 octobre, vers 3 heures de l'après-midi. Il leur exprime sa satisfaction de remplir une mission qui lui est particulièrement chère.

Le Rév. Frère Supérieur Général, entouré des Chers Frères Euphrosin, Jean-Emile et Sebastiani, Assistants Généraux, reçoit le digne visiteur à son bureau et s'entretient aimablement avec lui quelques instants, après quoi, il le prie d'accepter un vin d'honneur.

Tous les Frères de langue espagnole étant présents, c'est pour M. le Consul une agréable surprise de se voir au milieu d'une représentation aussi nombreuse.

Le Rév. Frère Supérieur Général, en termes enthousiastes, dit son admiration pour l'œuvre profondément chrétienne que réalise le Gouvernement du Général FRANCO et prie M. le Consul de vouloir bien lui présenter l'expression de sa vive reconnaissance et celle de l'Institut pour la délicate attention dont il se voit l'objet.

Dans sa réponse pleine de charme, M. le Consul se déclare très heureux de représenter Son Exc. M. le Ministre des Affaires étrangères en des circonstances si importantes pour la Congrégation des Frères Maristes. Et en souvenir de cette agréable et bienveillante visite, M. le Consul a gentiment accepté de figurer dans un groupe photographique.

 

Une solennelle réception à l'Hôtel de Ville de Torino. — Bien tard, dans la soirée du 8 octobre, M. l'avocat Valerio Cottino, professeur à l'Université et grand ami des Frères Maristes, annonce que la municipalité de Torino se dispose à recevoir, à l'Hôtel de Ville, tous les membres du Chapitre Général. On l'informe du départ d'une partie des capitulants; mais il est entendu qu'une délégation d'environ une quarantaine de membres accompagnera le Rév. Frère Supérieur Général et son Conseil.

Vers 9 h. 30, les voitures du municipe turinois arrivent à Grugliasco pour prendre les Frères. Quelques-uns pourtant se rendent à Torino par tramway. Sur les 10 heures, le groupe comprenant des représentants des provinces lointaines, que signalent de vénérables barbes, et des provinces d'Europe, pénètre dans les grands salons de l'antique Hôtel de Ville. M. le syndic Roveda accueille le Rév. Frère Supérieur et le Conseil Général avec une parfaite courtoisie d'abord à son bureau, puis dans la salle de réception, entouré, des vice-syndics MM. Quarello et Chiamarello et d'autres notabilités. M. le Syndic prononce une allocution sur le rôle capital de l'éducation dans les circonstances créées par les événements. Il relève l'esprit de sacrifice et d'abnégation qu'exige la mission d'éducateurs pour cultiver ce qu'il y a de plus noble et de plus élevé dans la jeunesse. Il se réjouit de voir que les capitulants venus de pays si divers sont satisfaits de leur séjour dans la province de Torino et il souhaite sincèrement que, retournés dans leur patrie, ils conservent un bon souvenir de l'Italie hospitalière.

Le Rév. Frère Supérieur, dans une courte adresse en italien, remercie M. le Syndic et la municipalité de Torino de l'accueil sympathique fait aux représentants de notre Institut. Il forme des vœux pour que l'Italie retrouve, dans la paix, la prospérité digne d'une grande nation… Un vermouth d'honneur est servi et après un échange de paroles courtoises, de souhaits et de remerciements, les Frères prennent congé de ces Messieurs et sont ramenés par les voitures municipales à leur demeure.

 

Tandis que les capitulants se dispersent. — Dans ces derniers jours, le Conseil Général, en attendant un retour à Saint-Genis-Laval, que l'on ne considère pas encore comme définitif, a de longues séances au cours desquelles d'importantes décisions sont prises pour le gouvernement des provinces…

Les Frères capitulants cherchent par quelles voies les plus rapides ils pourront retrouver leur champ d'action. Les difficultés du retour seront peut-être, pour quelques-uns, plus grandes que pour leur venue en Europe. Plusieurs devront se morfondre en de longues et patientes attentes par suite de la rareté ou de l'encombrement des moyens de transports.

Mais après ces longs tête-à-tête avec des confrères venus de toutes les parties de l'Institut, après les impressions irrésistibles de vitalité puissante de notre Congrégation, tous s'en retournent réconfortés et admirablement décidés à promouvoir, de toutes les énergies d'un zèle renouvelé, parmi les quelque 11.000 sujets et les 185.000 élèves de nos établissements, dans l'esprit du Vén. Père Champagnat et sous la protection de Notre-Dame et de saint Joseph, le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

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1 C'est-à-dire Frère Abile.

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