LEcole dArts et Métiers et le Collège St. Joseph, à Durango

11/Sep/2010

Après Bilbao, Durango est sans contredit la plus belle et les plus importantes villes de la province basque de Biscaye. Son enviable situation dans une jolie plaine entourée d'une ceinture de hautes montagnes; les nombreuses voies de communication: routes, chemins de fer, tramways électriques qui la mettent en faciles relations avec Saint-Sébastien, Vitoria et surtout Bilbao, dont elle n'est qu'à 30 km.; les mines de fer, de zinc et de plomb qui s'exploitent dans ses alentours, les productions variées des campagnes environnantes; la beauté de ses rues, places et monuments; l'abondance et l'excellente qualité de ses eaux potables: tort contribue à lui donner une importance que ses habitants ont toujours eu à cœur de maintenir et d'accroitre par leur intelligence pratique et par la cordialité de leurs relations.

C'est à la fois un centre agricole et industriel et une petite place de commerce au séjour calme et sain, recherché par les familles catholiques de Bilbao.

Son climat est un des plus heureusement tempérés de tout le pays. Les hautes montagnes du sud le préservent du solano, vent brûlant venu d'Afrique, et dont le plateau de Castille est souvent désolé. Les courants d'eau chaude dérivés du Gulf Stream qui parcourent la mer Cantabrique y tempèrent les rigueurs de l'hiver, et des pluies abondantes y entretiennent en toute saison une humidité un peu ennuyeuse à certains égards, mais éminemment favorable â la végétation. Toutes les hauteurs ont gardé leur couronne de verdure et la succession de leurs sites offre la plus agréable variété: ici des forêts de hêtres, de chênes, de pins et de châtaigniers; là de vastes étendues de fusains et d'arbousiers; ailleurs d'immenses tapis de bruyère et de fougères recouvrent les vallonnements des massifs élevés ou les sous-bois ombreux des collines. Autour des fermes, en plein champ, prospèrent de riches plantations d'arbres fruitiers surtout de pommiers, dont le cidre est une boisson très appréciée dans le pays, de même que le chacoli, petit vin aigrelet produit par de petites vignes aux petits raisins blancs toujours acides, tandis qu'un peu plus au nord, dans les jardins ensoleillés du littoral croissent les orangers et une espèce de citronniers aux fruits énormes. Les hauts pâturages nourrissent de nombreuses bêtes à laine et à cornes et une petite race de chevaux, et les terres de labour produisent toutes les récoltes des pays tempérés, mais principalement le maïs, qui est la base de l'alimentation des villageois; il joue aussi un grand rôle dans l'engraissement des animaux de la ferme, principalement des chapons, qui jouissent d'une réputation méritée. C'est par milliers qu'on les expédie, chaque année, à la Noël, vers les grandes villes, surtout vers la capitale, où ils se vendent jusqu'à 30, 35 et même 40 francs la paire.

Les travaux des champs n'ont d'ailleurs pas tellement absorbé l'activité de celte diligente population qu'ils lui aient fait oublier les soins non moins utiles de l'industrie. Les moindres ruisseaux, captés à chaque pas, sont employés de mille manières à la mise à profit des trésors miniers dont la nature a fourni très abondamment le sol. Pendant longtemps, les forges de la villes et des environs ont envoyé en quantités considérables, dans tous les points de la métropole et des colonies, des balustrades de balcon et d'escalier, des armes blanches et surtout des poêles en fer battu que, dans beaucoup de provinces les produits plus expéditifs de l'industrie moderne ne sont point parvenus à supplanter. Les vastes ateliers de la Compagnie de chemins de fer, d'importantes fabriques de pointes de Paris, de clous, de chaînes, d'instruments agricoles, d'ustensiles de cuisine et d'autres articles dérivés du fer et de la tôle, sans compter de nombreuses tanneries, occupent encore une bonne partie de la classe laborieuse.

Comme dans toute l'étendue des Provinces Basques, la pratique de la religion y est en grand honneur, et les sentiments chevaleresques de l'Espagne héroïque y subsistent dans toute leur intensité. C'est, en somme, un peuple et un pays éminemment sympathiques.

Mais comment sont-ils devenus la patrie adoptive d'une communauté de Petits Frères de Marie? C'est ce qu'il nous faut brièvement rappeler.

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C'était au mois de juillet 1901. Depuis un an, les débris dispersés de la communauté de N. D. de Lacabane, profitant de l'offre hospitalière qui leur était faite par la municipalité d'Oñate, s'étaient réfugiés dans le magnifique et historique palais de l'Université, et y avaient ouvert une école avec un petit pensionnat annexe. Deux Frères de la maison faisaient donc, pendant les vacances, une tournée dans la région en vue de faire connaître le pensionnat et de lui recruter quelques élèves, lorsque, sous la seule conduite de leurs anges gardiens, ils arrivèrent à Durango. Ils n'y connaissaient âme qui vive, et pensaient y être entièrement inconnus, non seulement comme personnes, mais encore comme congrégation.

A leur grande surprise, cependant, ils y furent accueillis, ou peu s'en faut, comme des envoyés du ciel. Quelques-unes des principales familles, à qui ils firent une visite, promirent très volontiers leurs enfants. « Mais, pas pour Oñate, ajoutaient-elles: c'est ici que nous voulons vous les confier; notre confiance vous est acquise. Depuis si longtemps nous vous attendions! C'est la Providence qui vous envoie. Restez ici a Durango; ouvrez votre collège le plus tôt possible, demain si vous voulez, et vous verrez que les élèves ne tarderont pas à lui arriver ». Tel est le résumé de ce qu'ils entendirent un peu partout. Naturellement ils ne purent rien promettre, si ce n'est de faire part à leurs supérieurs des désirs et des dispositions si bienveillantes de ce bon peuple.

A leur retour à Oñate, ils n'apportaient pas une bien longue liste d'inscriptions pour le pensionnat; mais, grâce au récit qu'ils firent de leur réception à Durango, ils ne laissèrent pas de produire, au sein de la communauté, une visible impression de joie ; car on commençait à se sentir à l'étroit sous les cloîtres de l'Université où se trouvaient déjà réunis l'école, le pensionnat, et le noviciat renaissant, sans compter un petit nombre de bons anciens.

Bientôt après, en compagnie du charitable et dévoué D. José de Letamendi, vicaire d'Oñate, qui s'était fait, dès la première heure, l'aumônier et l'ami désintéressé des Frères, le regretté Frère Anaclétus, alors Provincial de N.-D, de Lacabane, vint à Durango pour répondre à l'invitation des autorités, qui lui avaient fait une demande écrite de professeurs pour leur Ecole d'Arts et Métiers, et pour s'entendre avec elles sur les conditions de la fondation.

On n'eut pas de peine à tomber d'accord. Les Frères, prendraient l'engagement de donner pendant six mois de l'année, de 7h à 9h du soir, aux élèves âgés de plus de 12 ans qui en feraient la demande, un enseignement dont le programme, déjà en vigueur, comprenait les matières ci après: enseignement primaire ; dessin linéaire, architectural et mécanique; dessin d'ornement, de paysage et de figure; leçons pratiques de modelage; les quatre premières années de l'enseignement secondaire.

En retour, la municipalité donnerait à chacun des Frères nécessaires, un traitement annuel de 500 francs; le mobilier, la lumière et l'eau réclamées par le bon fonctionnement de l'école, et faciliterait les démarches nécessaires pour obtenir les autorisations légales.

De plus, les Frères auraient la faculté d'ouvrir dans l'école tous les cours libres qu'ils voudraient, à condition de donner l'enseignement gratuit à 5 enfants pauvres présentés par le Conseil Municipal.

 

I. — Ecole D'ARTS ET METIERS

Ce fut le 25 octobre 1904 que les cinq Frères destinés à former la nouvelle communauté sous la direction du C. F. Camarinus1, aujourd'hui Provincial, arrivèrent à Durango. Leur entrée ne fut rien moins que solennelle. La maison qui leur était destinée se trouvait encore aux mains de toute une équipe d'ouvriers qui en avait pour des semaines avant d'avoir terminé sa tâche. Première et ennuyeuse déconvenue.

Heureusement les arrivants étaient d'humeur joyeuse, d'esprit ingénieux, et ce leur fut un jeu de résoudre cette difficulté. Moyennant quelques meubles de rencontre, ils s'installèrent sommairement dans quelques-uns des appartements les moins encombrés. Un lit rudimentaire pour chacun, un léger bataclan de cuisine, une vaisselle à l'avenant: n'était-ce pas l'indispensable, en attendant le nécessaire? On déjeunait sur le pouce, on dinait et soupait à la hâte sur quatre escabelles recouvertes de deux tabliers de cuisine en guise de nappe et — comme eût dit Sancho Panza — l'appétit se trouvait aussi bien satisfait que si l'on eût été assis comme des empereurs à une table superbe.

Ce qui leur paraissait bien plus préoccupant, c'était la manière dont allait se passer la première rencontre avec les élèves.

« Ils étaient — raconte avec humour un des intéressés — de 75 à 80, la plupart grands garçons de 15 à 20 ans, ouvriers ou apprentis; ils n'avaient pas la réputation de se gêner beaucoup relativement à la discipline, et une partie d'entre eux, chauds partisans de l'ancienne direction, s'étaient bien promis de ne pas rendre aisé le succès de la nouvelle. Et à tout ce monde, si différent, d'âge, de goûts et d'aptitudes, il allait falloir donner un enseignement auquel nous n'étions pas habitués et que nous ne savions pas bien par quel bout commencer. On conçoit que ce ne fût une perspective amusante. Si du moins nous avions pu nous faire comprendre à notre aise! Mais les élèves parlaient le basque, auquel nous n'entendions goutte, et un peu l'espagnol, où nous avions à faire tant de progrès! Aussi, comme nous trouvâmes courtes, en ce jour redouté du 3 novembre, les dix minutes de chemin qui séparaient notre résidence de la maison d'école où on nous attendait pour l'installation! Nous aurions voulu ne jamais arriver! Enfin, quoique le cœur battît fort, nous tâchâmes de faire bonne contenance, et en somme, les choses allèrent moins mal que nous ne craignions. Après les présentations officielles, où l'éloquence de MM. les Membres du Comité eut plus de part que la nôtre, le Frère Directeur donna, comme cadeau de joyeux avènement, un jour de congé qu'on parut accueillir avec joie.

Nous eûmes la sensation d'une montagne qu'on aurait enlevée de dessus nos épaules; mais ce ne devait pas être, hélas! pour longtemps; le lendemain il allait falloir reprendre le fardeau et il ne nous apparaissait que plus lourd. Heureusement Dieu donne des grâces d'état. A l'heure fixée nous revînmes avec un peu plus d'assurance, et nous n'eûmes pas lieu d'être mal satisfaits. Dans beaucoup de ces jeunes gens, nous trouvâmes de la sympathie, de la retenue, de la bonne volonté et nous entrevîmes la possibilité d'envisager l'avenir sous un jour moins sombre. Il nous restait cependant de rudes moments à passer.

Les quelques garnements qui voulaient à tout prix nous empêcher de prendre pied à l'école n'avaient pas perdu de vue leur dessein et ils y travaillaient avec autant d'habileté que de malice. Un beau soir, tandis que les travaux de la classe battaient leur plein, une main inconnue coupe sournoisement le conducteur électrique où s'alimentaient les lampes et nous voilà tout à coup dans la plus complète obscurité. Naturellement les organisateurs du coup monté ne perdirent pas l'occasion de susciter un chahut en règle et l'on peut se figurer la position des pauvres professeurs, en attendant qu'on eût pu réparer le méfait, dont l'auteur resta introuvable.

Plus d'une fois, pendant quelques semaines, le même phénomène se reproduisit dans des circonstances analogues avec cette différence cependant qu'instruit par l'expérience on avait pris ses précautions et qu'une autre lumière — bien pauvre, il est vrai — put suppléer tant bien que mal celle qui subissait ainsi de temps en temps de si inopportunes éclipses. Par bonheur nos Patauds au petit pied ne purent pas si bien dissimuler leur manœuvre qu'elle ne fût à la fin éventée et ne leur fit signifier poliment d'aller exercer ailleurs leur trop désagréable industrie. D'autre part, le C. F. Paul-Marie, alors Provincial d'Espagne, voulut bien envoyer à notre secours un Frère de Gérone, ce qui, en renforçant notre personnel insuffisant, nous permit de diviser les élèves en deux sections, au grand profit du bon ordre et de l'efficacité de l'enseignement.

Cette consolation n'était pas de trop pour nous faire oublier un peu non seulement les désagréments et les épreuves du début, mais encore les incommodités d'un hiver exceptionnellement froid et pluvieux. Qu'on songe, en effet, qu'après avoir peiné ailleurs toute la journée2, il nous fallait, chaque soir, venir à l'école, située, comme j'ai déjà dit, à près d'un kilomètre de notre résidence, à travers des chemins boueux, demeurer, les pieds tout humides, deux longues heures durant, dans de grandes salles non chauffées, puis retourner â la maison pour prendre un sommeil tardif dans un pauvre lit où l'on avait toutes les misères du monde à pouvoir se réchauffer!

Enfin, si les jours heureux passent comme l'ombre, la Providence a voulu que les jours pénibles, tout en paraissant plus longs, ne durent pas en réalité davantage, de sorte que, la bonne humeur et le bon esprit s'en mêlant, nous vîmes arriver, sans avoir trop langui, le mois d'avril qui marque la fin des cours, et nous congédiâmes, assez contents d'eux et de nous, nos élèves de cette première année, en leur donnant rendez-vous pour le mois d'octobre. Peu de jours après, le Comité directeur et le Conseil municipal, chacun de leur côté, nous votaient des félicitations dont les Actes de leurs réunions font encore foi.

A ce propos, il m'est agréable de dire ici, avec reconnaissance, qu'au milieu de nos difficultés nous avions trouvé un grand et précieux réconfort dans l'appui bienveillant et décidé des autorités religieuses et civiles, et dans la généreuse sympathie de l'immense majorité de la chrétienne population du pays ».

A l'époque fixée, nos élèves ne furent pas seulement fidèles à revenir mais leur nombre se trouva considérablement accru. Ils étaient sortis 76; or, à la clôture des inscriptions, leur nombre s'élevait à 130, et bien qu'au fond on n'eût pas eu bien sérieusement à se plaindre de l'esprit général durant la plus grande partie de la première année, cet esprit lut beaucoup meilleur pendant l'année nouvelle.

Maîtres et Elèves se connaissaient mieux, et il en était résulté, dans leurs rapports, une atmosphère d'estime réciproque et de confiance mutuelle qui les rendait plus cordiaux. Le travail classique y trouva, lui aussi, l'occasion d'une remarquable effervescence d'application, d'activité. Ce qu'il fallut aux Frères de temps, de patience et de dévouement pour suivre d'une manière minutieuse les dessins de ces jeunes ouvriers et apprentis, pour y collaborer assidûment avec eux, en atténuer les défauts, en rehausser les endroits bien réussis et donner au tout, moyennant une teinte ou quelques traits bien placés, un agréable aspect, serait chose difficile à bien dire. Que d'heures de temps libre, de récréation, de promenade et même de sommeil furent sacrifiées, joyeusement d'ailleurs, à cet interminable et fastidieux travail de retouche, qui s'appliquait à se dissimuler le plus possible pour laisser aux Elèves l'illusion que le résultat était bien leur travail et leur donner ainsi confiance en leurs forces! Mais, de leur côté, ces jeunes gens furent touchés de ces soins aussi assidus que désintéressés; ils payèrent en application et en bonne volonté ce qu'on leur donnait en dévouement. si bien que leurs travaux, exposés en diverses circonstances, excitèrent l'admiration – pas très difficile, il est vrai — des nombreux visiteurs.

Les années suivantes, le bon esprit continua et le nombre des élèves s'accrut encore comme l'indique le tableau ci-dessus.

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L'Ecole est sous la haute direction d'une Junte ou Comité, présidée par M. le Maire, qui fixe le budget annuel de l'Ecole, détermine les récompenses à accorder; et, au besoin, prononce le renvoi temporaire ou définitif des élèves dont la conduite ne serait pas compatible avec le bon ordre ou la discipline. Régulièrement, un de ses membres, délégué par elle, devrait venir faire chaque jour une visite d'inspection, et chaque mois, il devrait y avoir une assemblée plénière pour écouter la lecture d'un rapport des professeurs sur la marche des études; mais, en pratique, il y a longtemps que rien de tout cela ne se fait: les Frères ont en somme toute liberté de donner l'enseignement et d'organiser l'école comme bon leur semble. Ce n'est pas à dire, bien entendu, que la discipline ne coute rien â maintenir. Comme nous avons déjà eu l'occasion de le faire remarquer, les élèves pour la plupart, sont des ouvriers ou des apprentis qui sortent de l'atelier pour venir à l'Ecole. Très différents d'âge, de capacité et d'aptitudes, et d'autre part très susceptibles sur le point d'honneur, ils veulent être traités avec beaucoup de ménagement, de circonspection et de prudence pour ne pas se froisser; mais ils sont accessibles à la persuasion, et il est rare qu'avec du calme, de la patience et un peu de doigté on ne parvienne pas à tout arranger pacifiquement.

Les principaux articles du code disciplinaire sont les suivants:

1° Les demandes d'inscription sur le registre de l'École doivent se faire dans les quinze jours qui précèdent la rentrée. Après, il faut une autorisation spéciale de M. le Maire pour pouvoir être admis.

2° En se faisant inscrire, chaque élève dépose 2 francs et reçoit une carte de matriculation sur laquelle sont ensuite inscrites à mesure ses journées de présence.

3° Les journées de présence sont constatées par un appel nominal que fait le professeur au commencement de la classe.

4° Tout élève qui trouble l'ordre ou ne travaille pas perd son droit à la journée de présence et peut être porté absent.

5° Les deux francs de matriculation sont rendus à la fin des cours à tout élève qui a moins de 18 absences non justifiées.

6° La somme provenant des matriculations qui n'ont pas été rendues est répartie entre les élèves qui ont moins de 4 absences.

7° A la Noël et à la fin des cours, les élèves qui n'ont aucune absence reçoivent chacun 5 francs.

8° Après les examens de fin des cours, présidés par la Junte ou un membre du Conseil Général, il est distribué pour 300 francs de prix aux élèves les plus laborieux et les plus assidus.

9° Soixante-et-dix francs en quatre livrets de la Caisse d'épargne sont tirés au sort entre les meilleurs élèves.

10° Enfin, les élèves qui se rendraient coupables de graves fautes d'indiscipline peuvent être déférés a la Junte, qui, au besoin, sur la demande des professeurs, prononcerait publiquement l'exclusion temporaire ou définitive, mais le cas, grâce à Dieu, est extrêmement rare.

En ce qui regarde l'enseignement, l'Ecole comprend un cours d'adultes, un cours de dessin et des ateliers.

Le cours d'adultes, divisé en deux classes graduées, est destiné aux jeunes gens ou aux hommes — car un bon nombre ont plus de 20 ans — qui désirent compléter leurs études primaires. On y enseigne les matières généralement comprises dans l'enseignement primaire et primaire-supérieur, en insistant particulièrement sur les applications de l'arithmétique aux opérations commerciales et financières : intérêts, escompte, répartition proportionnelle, assurances, tenue des livres, etc. … Il compte une moyenne de 60 à 70 élèves.

Le cours de dessin se divise en deux sections : le dessin linéaire et le dessin d'ornement, comprenant chacune trois classes graduées, où l'on étudie successivement la théorie et la pratique de ces deux genres de dessin et de leurs diverses branches, depuis les principes les plus élémentaires, jusqu'à l'exécution de travaux assez difficiles et compliqués. En diverses circonstances, ces travaux exposés ont mérité des appréciations très élogieuses de la part des experts. Ce cours, dans ses deux sections à peu près égales, compte de 140 à 150 élèves.

Les travaux d'atelier, enfin, consistent en exercices pratiques de coupe de pierres, d'assemblage en bois et en fer; en exécution d'escaliers tournants en fer à cheval et en colimaçon, de grilles en fer doux; en modelage et moulage de bustes, de statues, d'ornements d'architecture, etc. …, etc. …

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Depuis bientôt dix ans qu'elle fonctionne ainsi sous la direction des Frères, l'École a donné, en somme, de très bons résultats, dont les autorités du pays, à diverses reprises, ont exprimé hautement leur satisfaction.

Sans doute, dans la liste des anciens élèves, on chercherait en vain des ingénieurs ou des artistes de renom; mais ce n'est pas là son but. Uniquement destinée (du moins jusqu'ici) à la classe laborieuse, elle vise au but plus modeste mais au fond beaucoup plus humanitaire et plus pratique de former des ouvriers qui puissent exercer avec intelligence et avec goût, d'après des principes empruntées à la science, aux règles générales de l'art, la profession qu'ils ont choisie et sortir ainsi de l'ornière de la routine, ou capables, grâce au complément qu'ils ajoutent à leur instruction, souvent trop sommaire, de tenir plus honorablement leur place dans la société.

Or, à ce point de vue, on peut dire que l'école a déjà produit des fruits excellents. Beaucoup de ses anciens élèves se sont acquis une réputation méritée dans les ateliers où ils travaillent, et c'est à eux qu'on aime à confier de préférence les travaux qui réclament de la précision ou de l'initiative. La plupart, surtout les plus âgés, ont conservé beaucoup d'estime et d'affection pour leurs anciens Maitres, dont ils sont les amis et, au besoin, les défenseurs dévoués.

La Junte fondatrice a exprimé à plusieurs reprises le désir de voir donner dans l'établissement on enseignement plus complet moyennant la création d'ateliers où les jeunes ouvriers de diverses professions pourraient commencer leur apprentissage sous une direction éclairée ; mais le manque de ressources et la difficulté de trouver le personnel nécessaire n'ont pas permis jusqu'à présent de donner suite à ce louable dessein. Dieu veuille que l'avenir, à cet égard, soit plus favorable que le passé!

 

Il. — COLLÈGE SAINT-JOSEPH

L'École d'Arts et Métiers, ainsi que nous l'avons dit, est une école du soir, dont les cours ont lieu chaque jour de 7 à 9 heures. C'est elle qui fut la raison directe de la venue des Frères; mais à côté d'elle, ils établirent aussi, dès le début, une école de jour qui s'est développée parallèlement en faisant le bien dans une autre sphère.

C'est le Collège Saint-Joseph, dont il nous reste maintenant à dire quelques mots.

Il devait être ouvert en même temps que l'École d'Arts et Métiers, dans la maison que les Frères avaient louée pour leur résidence; mais, à cause des travaux d'aménagement, qui n'étaient pas terminés, elle ne le fut que quelques semaines plus tard.

Commencées le 11 novembre, nos deux classes eurent — raconte un des professeurs — 7 élèves le matin et 9 le soir. Ce n'était pas très encourageant; mais, nous souvenant que les œuvres les plus prospères ont eu souvent des débuts pénibles, nous ne perdîmes pas confiance; et l'avenir, grâce à Dieu, montra que nous avions eu raison. Le lendemain, il en vint quatre autres et le nombre augmenta peu à peu, de manière qu'aux vacances de Noël il était monté à 40. Comme la rentrée de janvier s'annonçait bonne, nous ouvrîmes une troisième classe, qui à son tour se trouva bientôt remplie. Avant la fin des classes, en y comprenant les quelques élèves qui suivaient le cours commercial et les cours d'enseignement secondaire, nous avions, pour cette école du jour, un total de 70 enfants.

L'année suivante, grâce sans doute à la protection du bon saint Joseph, que nous avions pris pour patron spécial de l'école, ce nombre fut près de tripler; mais nous n'avions fait que changer d'embarras; et, après avoir gémi sur notre pénurie, nous étions tentés de nous trouver, comme certain personnage de La Fontaine, « malheureux par trop de fortune ».

Tout était plein, bondé, et, dans des classes de trente places, nous avions dû mettre jusqu'à 60 élèves et plus. Il fallait absolument se procurer de l'espace; mais la maison ne pouvait s'y prêter et le seul moyen était de construire autre part.

Parmi les diverses propositions qui nous furent faites, nous donnâmes la préférence à celle de Dn. José Uribasterna, qui s'offrait à construire, d'après les plans que nous lui fournirions, un nouveau collège contigu à celui que nous occupions, de manière que nous pouvions conserver la même cour, le même jardin et. le même préau. On se mit à l'œuvre au mois d'avril et au mois de septembre nous pouvions y commencer les classes.

Il a la forme d'un T, avec un rez-de-chaussée et un étage. En bas, sont les quatre classes d'enseignement primaire avec le cours commercial et les classes d'enseignement secondaire, avec le parloir, la cuisine, le réfectoire, etc. …; et au dessus sont les appartements des Frères avec une grande salle de dessin, qui peut se transformer pour l'occasion en une salle de fêtes où peuvent tenir 600 personnes. C'est là que se fait l'école du soir.

En cette année 1906-1907, le collège atteignit le chiffre de 240 élèves, qui a été jusqu'à présent son apogée, mais autour duquel il s'est sensiblement maintenu depuis, grâce à la confiance des familles que n'a pu lui ravir aucune concurrence, aux témoignages de satisfaction que lui a toujours donnés l'autorité académique, et à la bonne contenance de ses élèves dans les examens. Au mois de juillet dernier, un journal de Bilbao, la Gaceta del Norte, s'exprimait en ces termes en parlant du collège:

« Dernièrement, au collège Saint-Joseph, que les Frères Maristes dirigent avec tant de succès à Durango, eurent lieu les examens de fin d'année en présence de M. le Sénateur Ampuero, de M. le Maire et d'une nombreuse représentation du clergé; et dès l'abord on put admirer la variété et l'étendue du savoir des élèves, qui malgré leur grand nombre — ils sont, nous a-t-on dit, plus de 250 — étonnèrent les examinateurs par un vrai luxe de connaissances. Entre tous les autres, les élèves de l'école de la classe de commerce se distinguèrent par leur habileté dans les exercices de tachygraphie, dont les cours ont été donnés cette année par la première fois. Après la distribution des prix, qui consistaient en magnifiques ouvrages en rapport avec les diverses classes, M. le Sénateur Ampuero termina la séance par quelques mots très éloquents, et exprima ses félicitations et ses remerciements aux Maitres et aux Elèves. A ces félicitations; nous unissons les nôtres, en souhaitant que ce méritant Collège continue pendant longtemps à se consacrer avec la même ardeur et le même succès à l'éducation de la jeunesse ».

Dans son état actuel, le Collège Saint-Joseph comprend:

1° Quatre classes d'enseignement primaire avec un programme analogue à celui des écoles similaires de France.

2° Un Cours de Commerce, où l'on enseigne avec les langues castillane, française et anglaise, la calligraphie, la géographie, l'arithmétique, l'algèbre, les sciences physiques et naturelles, la comptabilité, la tenue des livres, la mécanographie et la sténographie.

3'' Les six classes d'enseignement secondaire d'après le programme des instituts ou Lycées espagnols.

Toutes ces classes sont payantes. Celles de l'enseigneraient primaire sont toujours pleines et comptent ensemble une moyenne annuelle de 170 à 180 élèves. Le Cours de Commerce est fréquenté, chaque année, par une vingtaine d'élèves qui se préparent pour la plupart au commerce d'outre-mer. Une bonne quarantaine de ceux qui en sont sortis occupent chez des négociants des Philippines, de Cuba, du Mexique et du Chili des positions avantageusement rétribuées, et nombre d'autres sont en chemin d'en avoir d'analogues. Quant aux classes de l'enseignement secondaire, elles n'ont pas une bien nombreuse clientèle parce que la situation du pays ne le comporte pas; mais les beaux résultats que leurs élèves obtiennent chaque année aux examens officiels, où naturellement leur titre de ‘’libres’’, ne les favorise pas, montrent la valeur et la solidité de l'enseignement qui s'y donne. Le tableau ci-dessus met en évidence, en même temps que le progrès de l'ensemble de l'établissement, les notes obtenues par les élèves de ces classes.

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1 Les quatre autres étaient les FF. Philoteus, Marie-Léovigilde, Marie-Achille et Marie-Polyeucte.

2 C'étaient les mêmes professeurs qui donnaient les leçons le soir a l'École d'Arts et Métiers, et pendant le jour ou Collège Saint Joseph, dont nous parlerons plus loin.

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