Lecture et lectures

F. D.

08/Sep/2010

I. — Avantages généraux de la lecture

Il n'est pas douteux que, parmi les moyens que la divine Providence a mis à notre disposition pour le perfectionnement de notre âme, la lecture des bons livres ne soit un des plus excellents, tant au point de vue religieux qu'au point de vue simplement intellectuel et moral.

a) Elle est l'aliment de l'esprit et une des conditions les plus essentielles de son développement. — Tout comme les champs, l'âme a besoin d'être ensemencée pour produire, et il faut que nous lisions si nous voulons que notre intelligence fructifie: la lecture est comme la semaine de l'âme. Plus ou moins stérile parfois de son propre fond, comme dit Rollin, notre esprit invente peu et s'épuise aisément, mais la lecture lui fait tirer d'ailleurs ce qui lui manque; elle étend ses connaissances et ses lumières, porte plus loin ses vues, multiplie ses idées, les rend plus variées, plus distinctes, plus vives. Entre l'homme qui la néglige et celui qui s'y adonne assidument et avec Intelligence, elle met de la sorte une différence analogue à. celle que la culture met entre deux terres d'ailleurs assez semblables: "l'une, parce qu'elle est abandonnée, demeure brute, sauvage, hérissée d'épines; l'autre, remplie de toute sorte de grains et de fruits, ornée d'une agréable variété de fleurs, rassemble dans un petit espace tout ce qu'il y a de plus rare, de plus salutaire, de plus délicieux, et devient, par les soins de son maître, un heureux abrégé de toutes les beautés des saisons et des régions différentes".

b) D'ailleurs, la lecture n'est pas seulement pour l'esprit un élément de fécondité qui le fait produire avec plus d'abondance; c'est encore et surtout un moyen de conservation et de rénovation qui lui permet de retenir et de régénérer constamment ses productions et ses acquisitions d'autrefois pour en demeurer toujours maître. C'est sans doute à l'école et par l'enseignement des professeurs qu'il arrive ordinairement à la possession des principes élémentaires qui sont les germes des, divers ordres de connaissances; mais que sait, peu de temps après sa sortie de l'école celui qui: s'en tient là? "Une des lois les mieux établies de notre esprit étant d'oublier sans cesse", non seulement ces germes, privés du stimulant qui seul pouvait provoquer leur croissance, n'arrivent pas au degré de développement et de consistance auquel ils étaient destinés; mais ils s'étiolent, s'atrophient et finissent par disparaître. La lecture, au contraire, les entretient, les conserve, les vivifie, et leur permet d'atteindre une heureuse maturité. Par elle, on n'acquiert pas seulement chaque jour de nouvelles connaissances; mais on se remet en mémoire celles qu'on avait primitivement acquises et l'on augmente indéfiniment son trésor intellectuel, au grand profit du jugement comme du cœur et de la conscience.

c) En effet, si la lecture des bons livres étend, élève et mûrit nos pensées, si elle multiplie la puissance de nos facultés intellectuelles, elle n'a pas une moins heureuse influence sur nos sentiments et notre manière habituelle de vouloir et de nous déterminer. En nous mettant pour ainsi en contact-journalier avec les meilleurs esprits et les plus belles âmes de tous les temps, elle nous pique d'émulation, nous élève au-dessus de nous-mêmes; nous fait rougir de notre infériorité et nous donne une sainte envie de nous égaler â ceux dont nous admirons les vertus ou les grandes actions. Tourmenté d'inquiétude et de remords, Augustin se promène silencieusement dans son jardin, lorsque, par deux fois, une voix d'enfant, d'une maison voisine, fait entendre ces mots : Tolle, lege, prends et lis. Augustin la prend pour une voix du ciel, et comme il n'a près de lui que les Epîtres de saint Paul, il ouvre le livre au premier endroit venu, et tombe justement sur l'admirable passage où l'Apôtre défend aux fidèles de passer la vie dans l'intempérance et la débauche…, et le voilà versant des larmes de repentir et d'amour pour Dieu. C'est le commencement de la merveilleuse transformation de ce docteur incomparable, Blessé au siège de Pampelune et obligé à une longue immobilité; Ignace de Loyola est dévoré d'ennui. Pour se distraire, il demande des livres profanes, et on ne lui apporte que la Vie de Notre-Seigneur par Ludolphe le Chartreux. Il la lit cependant, faute de mieux; à la lumière qui en jaillit, il aperçoit tous les égarements de sa vie passée, rougit de la perversion de son cœur, pleure amèrement ses ingratitudes, prend la résolution de quitter le monde, résolution qu'il tâche d'affermir en lisant la vie des saints; et il devient l'illustre fondateur de la Compagnie de Jésus.

d) Nous nous bornerons à ces deux exemples, qu'il serait cependant aisé de multiplier; mais nous prendrons occasion du dernier pour dire quelques mots d'un autre précieux avantage des bonnes lectures, qui est de dissiper l'ennui, et de consoler l'âme dans les heures d'abattement et de tristesse.

L'ennui! Qui n'a senti plus ou moins, à tel ou tel moment, les atteintes de ce mal terrible, qui courbe sous sa désolante influence tous les âges et tous les rangs, décolore la vie, projette son ombre lugubre sur tout ce que la nature et la grâce peuvent avoir de plus attrayant, verse son poison sur les plus pures jouissances, et jette l'âme dans un tel état de langueur et de prostration qu'elle devient lasse de tout, incapable de trouver du plaisir à rien, obsédée de découragement et fatiguée même de l'existence?

Or, le meilleur moyen de le prévenir comme de l'oublier ou de l'exiler promptement, c'est la lecture de bons livres. On sent que Fénelon en a fait l'expérience, quand il fait dire à son héros, dans Télémaque: « Heureux ceux qui aiment à lire! En quelque endroit que les jette la fortune ennemie, ils portent toujours avec eux de quoi s'entretenir, et l'ennui, qui dévore les autres hommes au milieu même des délices, est inconnu à ceux qui savent occuper leur esprit par quelque lecture »

Ce n'est pas du reste l'ennui seul, mais toutes sortes de souffrances morales que la lecture des bons livres est propre à guérir ou à soulager. Semblables à des amis complaisants, les bons livres se présentent à nous dans nos heures de tribulation, de chagrin ou de tristesse; et, non contents de nous faire goûter les douceurs d'une société charmante, ils répandent sur nos maux, souvent bien exagérés par notre imagination intempérante, la lumière de la vérité, nous apprennent à en faire bon usage, nous indiquent le remède, à y apporter, et nous font entrevoir la récompense qui en sera le fruit, si nous savons les supporter, comme de vrais chrétiens, avec patience et résignation à la volonté de Dieu.

Ce sont à la fois — dit un prédicateur illustre, qui fut en même temps un maitre dans la science pratique de la vie — des anges de lumière et des anges de consolation. A certaines heures de détresse morale, ils nous apportent dans leur parole muette un soulagement et un réconfort que nous ne pourrions trouver dans le bruit d'aucune parole vivante. Ce sont des amis seuls capables de combler le vide de notre solitude. Nous pouvons les entendre jusqu'au bout, et ils peuvent tout nous dire: ils n'ont point à craindre les susceptibilités de l'amour-propre, et ne sont point exposés à faire à un cœur délicat ces blessures qui n'ont point de nom, et que l'on fait souvent à ceux que l'on aime même en voulant les consoler. Ce sont des consolateurs que nous consentons plus volontiers à entendre parler, parce qu'ils ne peuvent pas humilier notre souffrance.

 

II. — Lectures qu'il faut faire

Il faut donc, comme saint Paul le recommandait à son cher disciple Timothée, nous appliquer à la lecture, lire de bons livres:

a) Il faut lire pour nous récréer, car notre esprit, comme un ressort, a besoin de se détendre de temps en temps pour retrouver sa souplesse, son élasticité, et il n'est guère pour lui de délassement plus agréable, de jouissance plus saine, de récréation plus efficace qu'une lecture bien choisie.

b) Il faut lire pour nous instruire. Il est, hélas ! tant de choses qu'on aurait besoin de connaître à fond et en détail, surtout quand on s'occupe d'enseignement, et qu'on ne sait que d'une façon plus ou moins vague ou rudimentaire! Or, nous l'avons vu, la lecture bien choisie et bien faite est précisément le moyen par excellence d'étendre notre horizon intellectuel, de conserver et de rafraîchir nos connaissances acquises, de donner à nos idées sur les personnes et les choses un fondement plus solide et plus exact, et par là de rendre nos leçons plus claires, plus: variées, plus intéressantes, mieux écoutées, plus efficaces.

c) Il faut lire pour nous édifier. Selon la remarque très juste d'un psychologue contemporain, ce sont les idées qui inclinent aux actes. Il s'ensuit que, pour se tenir habituellement dans la disposition de bien agir, de mener une vie sainte, il est très important de vivre le .plus habituellement possible dans une atmosphère de bonnes et saintes pensées, et c'est le grand avantage que nous apporte la lecture de livres pieux, édifiants, comme par exemple la Vie des Saints, les traités solides et bien écrits sur les vertus chrétiennes et religieuses, etc. … Elle est pour l'âme chrétienne, obligée par les exigences de la vie de consacrer une part considérable de son temps aux préoccupations matérielles et au souci des choses terrestres, ce qu'est pour l'homme qui vit habituellement dans l'atmosphère confinée des villes, une promenade quotidienne â la campagne, où, par la respiration d'un air vif et pur, il se revivifie le sang et évite de s'étioler comme un trop grand nombre de ceux qui ne jouissent pas du même avantage.

d) Il faut lire enfin pour nous réformer. Dans la lecture que nous venons d'appeler édifiante, le rôle de celui qui la fait est surtout passif, il y reçoit des impressions vertueuses qui agiront ensuite comme d'elles-mêmes et produiront leur effet pour ainsi dire à son insu, et sans lui demander aucune coopération personnelle. Mais il en est une autre qui se fait avec une attention plus active, dans quelque livre plus particulièrement qualifié pour servir de guide1, et sur les principales pensées de laquelle on revient par la réflexion pour en mieux goûter la vérité, l'importance, l'opportunité, et tâcher de se les assimiler par une sorte de digestion. C'est proprement la lecture spirituelle, que les auteurs ascétiques et les maîtres les plus expérimentés dans la conduite des âmes sont unanimes à recommander comme un des meilleurs moyens de s'entretenir et de progresser dans la vie surnaturelle. "Si vous vous y rendez assidu et vous y portez avec empressement, dit en particulier Louis de Blois, dans son Directeur des âmes religieuses, vous éprouverez bientôt qu'il n'y a rien de plus propre à remplir l'âme de joie, à lui adoucir les exercices de piété, à l'accoutumer insensiblement eaux pures délices de l'esprit, à la dégoûter des plaisirs des sens et à l'affermir dans ses bons desseins… Les maximes de la vie spirituelle dont elle s'y pénètre comme à son insu sont pour elle un aliment qui la soutient et la fortifie; et, quand même elles semblent d'abord s'effacer de sa mémoire, elles ne cessent pas de la maintenir toujours pure aux yeux de Dieu, semblables à ces eaux vives qui purifient les canaux où elles ne font que couler sans s'y arrêter.

e) Il va sans dire cependant que pour produire de si grands fruits la lecture spirituelle doit offrir plusieurs conditions nécessaires.

il est d'abord essentiel de ne la faire que dans des livres capables de fournir à notre âme une nourriture saine et substantielle, en rapport avec notre position, notre caractère et nos besoins; mais, ce choix une fois déterminé avec l'aide, s'il le faut, d'un directeur éclairé, il faut que nous acceptions docilement les enseignements que nous y trouvons comme s'ils nous venaient de la bouche même de Dieu.

D'autre part, s'il est bon de s'y appliquer avec ardeur, il importe bien plus encore de s'y adonner avec discrétion, sagesse et pureté d'intention; d'y chercher des motifs de nous améliorer, d'avancer de plus en plus dans la connaissance et l'amour de Dieu, et non un simple aliment de la curiosité ou de l'amour-propre. comme serait la profondeur de la doctrine, un vain étalage d'érudition, la perfection de la forme, etc. …

« Il en est, dit encore Louis de Blois, qui ne voudraient lire que du merveilleux, à qui rien ne plaît sans la grâce de la nouveauté, et pour qui les choses les plus utiles semblent ne plus avoir de valeur dès qu'elles sont communes, à la portée de tous et depuis longtemps en usage ». Gardons-nous de ce travers, comme de celui qui consisterait à lire sans ordre, selon le plaisir du moment, tout ce qui nous tombe sous la main. « Une telle légèreté, selon la remarque du P. Faber, dissipe la spiritualité plutôt qu'elle ne l'avance ». Pour bien faire, il faut, quelque livre qu'on lise, s'y attacher et ne point le laisser qu'on ne le possède et qu'on ne puisse au besoin s'en rendre compte ù soi-même. Le changement dé livres fait toujours beaucoup de confusion et peu de profit; c'est comme les papillons, qui voltigent sur toutes les fleurs sans prendre le suc d'aucune; l'abeille, mieux instruite, s'y attache jusqu'à ce qu'elle soit remplie de leur douce liqueur.

 

III. — Lectures qu'il faut éviter

Profit de récréation, profit d'instruction, profit d'édification, et profit de réformation ou d'avancement spirituel : tel est donc, en résumé, le quadruple bienfait que nous apporte la lecture bien choisie et bien faite. Mais, ici comme partout, la médaille a son revers, et un évêque espagnol a pu écrire avec preuves à l'appui, il y a quelques années, dans un livre qui a eu du retentissement2, que "le péché capital des temps modernes sera d'avoir transformé en instrument de perversion ce que la bonté divine avait destiné à l'instruction et à la sanctification des âmes". Pour être complètement dans la vérité, il faut donc bien qu'à côté des avantages des bonnes lectures, nous exposions brièvement les inconvénients des mauvaises, et qu'après avoir parlé de celles qu'il faut faire, nous disions aussi un mot de celles qu'il faut éviter.

a) Nous ne dirons pas qu'au premier rang de ces dernières, il faut mettre celle des livres et des journaux ouvertement immoraux ou impies: tous les lecteurs du Bulletin, grâce à Dieu, en sont tellement convaincus que nous craindrions, en le leur rappelant, de faire plus qu'une impertinence. Mais il sera peut-être moins inutile de signaler à leur défiance certains autres ouvrages plus corrects en apparence, où la religion est traitée avec un respect de commande, mais où l'on ne se fait pas faute de dénigrer plus ou moins directement ses institutions et ses ministres; où, au moyen d'artifices de style, les situations délicates sont présentées avec la réserve exigée par la pudeur publique mais où la passion n'apparaît pas moins avec des traits qui la rendent dangereuse, et cela d'autant que la conscience publique est sur ce point d'une indulgence déplorable. Le génie, dit-on, a ses droits, l'art a ses privilèges; et, sous prétexte de littérature, d'instruction ou de délassement, on lit sans scrupule, à son grand détriment spirituel et moral, ces écrits équivoques dont le moindre inconvénient est de troubler l'esprit, d'affadir le cœur, d'amollir le caractère et de salir l'imagination. En vain dirait-on qu'on n'en éprouve aucun effet pernicieux: pour être parfois latents ces effets n'en sont pas moins réels et il est rare que le temps ne finisse pas par les révéler. "Toute lecture fait quelque chose, dit avec l'autorité d'un esprit très pénétrant et d'une grande expérience M. Antonin Eymieu, l'estimable auteur du Gouvernement de soi-même: la seule condition est qu'elle soit comprise et nous apporte des idées3".

b) Avec la lecture des ouvrages dont l'esprit est équivoque et des ouvrages passionnés, quand même au fond ils seraient moraux et chastement écrits, il faut éviter, au moins habituellement, celle des ouvrages frivoles, dans la catégorie desquels il faut comprendre tous les romans, même ceux qu'on a coutume d'appeler bons. Outre qu'ils exaltent démesurément l'imagination, ils excitent d'une manière excessive les désirs déjà si immodérés du cœur humain, dégoûtent des occupations sérieuses et nécessaires et altèrent fatalement nos affections les plus justes et les plus légitimes, en transportant l'âme dans je ne sais quelle région de chimères, d'où elle ne rapporte que des regrets et des ennuis, avec un désir insatiable d'oublier la réalité pour se repaître de songes.

c) Enfin, il faut éviter comme déprimante pour la volonté et comme ennemie à la fois de tout bonheur et de tout progrès, au spirituel comme au temporel, la lecture des ouvrages pessimistes. On ne sait quels verres lugubres leurs auteurs ont devant les yeux, mais, dans les personnes et les choses, ils ne semblent capables de voir que le mal. Tout ce qu'il y a de bien, ils ne, peuvent l'apercevoir ou le nient de parti-pris. Ecoutez-les, par exemple, vous faire la peinture du monde contemporain: à les entendre, tout y va de telle sorte, qu'il est irrémédiablement et à jamais perdu. "Plus de principes religieux; des idées subversives de tout ordre; des mœurs abominables; le sceptre de l'autorité brisé; la liberté du mal; l'enchaînement du bien; le triomphe de la persécution; les audaces de la démagogie; l'organisation occulte des suppôts de l'enfer; le désarroi complet parmi les honnêtes gens: maladresse chez les uns, timidité chez les autres, division entre tous; des inventions de systèmes impossibles; des utopies entêtées; des pactes avec l'enfer; le mariage de la lumière avec les ténèbres; Dieu et Bélial sur le même autel ; et les hommes assez sots pour être fiers de cet amalgame comme d'un chef d'œuvre!…"

Que faire vraiment au milieu d'un pareil chaos, sinon se lamenter en se croisant les bras?…

Dans les colonnes des journaux, ils s'étendent avec complaisance sur le récit d'accidents, de catastrophes, de désordres, de crimes de toute sorte, qu'ils émaillent des épisodes les plus terrifiants ou les plus révoltants, de façon à nous faire croire .que nous ne vivons pas au milieu d'une société civilisée mais dans une sorte de bagne, peuplé uniquement de malfaiteurs et de criminels.

Détournons-nous résolument de pareilles lectures. Qu'avons-nous besoin de nous remplir l'esprit et l'imagination de ces pensées déprimantes et décourageantes? Le tableau du monde réel est bien déjà assez sombre par lui-même, sans que nous nous appliquions à nous le noircir à plaisir. Lisons plutôt ce qui réconforte et encourage.

Plutôt que de nous complaire à voir les hommes et les choses sous leurs aspects tristes et laids, aimons à les voir considérer par leurs bons et beaux côtés. Laissons geindre et se lamenter sans profit les esprits chagrins qui n'ont jamais fini de se plaindre ode ceci, de cela et de tant de choses encore. Songeons que les causes de toutes ces plaintes, vues à distance et d'un peu haut, n'ont en somme qu'une importance bien relative; et, au lieu de lectures qui tiennent notre attention comme rivée à ces mille contrariétés insignifiantes en elles mêmes, mais qui s'enflent pour devenir dans l'instant de sombres nuages qui nous obscurcissent l'horizon de la vie, choisissons plutôt de ces lectures fortifiantes dont parle La Bruyère, qui élèvent; l'esprit vers les hauteurs sereines, d'où tout nous apparaît sous son vrai. jour, et qui, en nous montrant les beautés de la voie du bien en même temps que ses aspérités, nous inspirent des sentiments nobles et courageux pour la suivre.
                                                                                                                             F. D.

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1 Entre tous les livres, celui qui est incomparablement le plus propre à cet office de nourriture de l'âme, est sans contredit le Saint Evangile, qui, avec les autres livres du Nouveau Testament, le Psautier et Imitation de Jésus-Christ, forme le recueil si connu sous le nom de Manuel du Chrétien. On peut citer ensuite le Combat Spirituel, la Perfection Chrétienne de Rodriguez, l'Homme Religieux et l'Homme Spirituel de Saint-Jure; te Prix de la Grâce divine de Nieremberg, etc. …

D’autre part, chaque Institut religieux a les siens, où se trouve condensé et mis à la portée de ses membres ce que les traités spirituels contiennent de plus substantiel et de plus en rapport avec leurs besoins. Tels sont, pour nous, la Vie du Vénérable Fondateur, les Avis, Leçons, Sentences, les Biographies de quelques frères, les Circulaires des Supérieurs, et nous ne saurions mieux faire que de les prendre: pour objet préféré de nos lectures quotidiennes, afin de nous en pénétrer de plus en plus profondément.

2 (1) Mgr Antolin Lopez Palaes, évêque de Jaca: Los daños del Libro.

3 "L'influence de la lecture, surtout sur la jeunesse, est souveraine, presque toujours victorieuse. Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es; dis-moi ce que tu lis, je te dirai ce que tu penses. Le livre a une influence plus grande que le maître le plus écouté, que l'ami même le plus intime.

"L'ami, le camarade, s'il est mauvais parfois, peut ne l'être pas toujours; il subit des dépressions, mais il se relève parfois aussi. Il donne de mauvais conseils, mais il peut en donner quelquefois de bons: son influence, si perverse même qu'on la suppose, peut n'être pas continue. Il n'est pas toujours la; un rien l'éloigne, comme un rien l'avait rapproché. Souvent d'ailleurs il lasse justement parce qu'il veut réussir trop vite ou pousser trop loin. t

‘’Le livre est assurément plus redoutable. It est toujours là, et en même temps il ne s'impose jamais, il hypnotise seulement. Il est là au moment où on le désire et semble n'y être qu'à ce seul moment-là. Il donne ce qu'on lui demande, il se tait quand on veut; il est prêt à reparler dés qu'on est prêt à le réentendre; il pousse sans blesser, il s'insinue sans brutaliser,..-

"Les scènes les plus fâcheuses racontées et même vues semblent n'avoir pas force et 'la persistance de hantise qu'ont les scènes écrites et lues. Les paroles volent, les , gestes .passent; la lecture demeure et l'esprit s'y arrête aussi longtemps qu'il le veut; il s'y complant plus longuement parce qu'il s'y comptait dans la solitude et dans. le secret’’. Ed. Montier, Revue des Patronages.

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