LEducation Chrétienne au Collège Saint-Joseph de Hunters Hill (Sydney)

15/Sep/2010

Le 19 août 1900, le Collège Saint-Joseph de Hunter's Hill, Sydney, célébrait ses Noces d'Argent.

A cette occasion, dans la Chapelle de l'Etablissement, remplie d'une nombreuse assistance d'amis et d'anciens élèves, une messe solennelle d'action de grâces venait d'être chantée par Monseigneur Kelley, alors coadjuteur de son Eminence le Cardinal Moran, et aujourd'hui son successeur sur le siège primatial d'Australie.

Il y avait bien lieu certes, puisque, durant ce premier quart de siècle, le jeune centre d'éducation chrétienne, en même temps qu'il avait pu substituer à la modeste maison en planches qui avait abrité ses humbles débuts un bel et spacieux édifice dont la construction n'avait pas demandé moins d'un million et demi de francs, avait vu, grâce à une spéciale bénédiction du Ciel, passer dans ses classes plus de 2.500 enfants et jeunes gens dont un grand nombre, devenus hommes, faisaient présentement, dans les rangs du clergé, de divers ordres religieux, de la magistrature, du barreau, et des autres professions libérales ou industrielles, l'honneur de l'Eglise catholique et de leur Alma Mater.

Et la fête se continuait, sous la présidence de Son Éminence le Cardinal Archevêque, par un fraternel banquet, où des représentants de toutes ces catégories d'anciens élèves, ravis d'avoir pu se rencontrer, revivaient, de concert avec leurs anciens Maîtres, quelques-uns de leurs beaux moments d'autrefois.

En présence d'une assemblée si intéressante et si pleine de promesses, dans laquelle circulaient à pleins bords, au milieu de la générale expansion des cœurs, l'amitié franche et pure, l'enthousiasme du bien, la foi ardente et fière d'elle-même, l'amour dévoué pour la sainte Église, l'union filiale avec ses Pasteurs et la reconnaissance envers les anciens Maîtres, l'illustre Prince de l'Église se sentit vivement ému, consolé, fortifié ; et, en réponse à un toast que lui portait le Frère Directeur, il improvisa un éloquent discours dont nous aimons à croire que nos Lecteurs seront heureux de trouver ici les passages principaux.

Sur des lèvres si autorisées, de telles paroles ne sont pas seulement un magnifique hommage à l'œuvre accomplie par le Collège de Hunter's Hill, mais un idéal et un programme dont ne sauraient mieux faire que de s'inspirer, dans la mesure où ils le peuvent, nos établissements de tous les pays.

« Mes chers Amis, — dit-il en se levant au milieu d'une salve d'applaudissements — votre aimable Président m'a invité à vous présenter le toast du vénérable Collège où nous nous trouvons réunis, et mon premier besoin, comme sûrement votre première attente, est de faire des vœux pour sa prospérité toujours croissante, et pour que chaque année ajoute des lauriers nouveaux à ceux qu'il a déjà recueillis.

Au cours de ces vingt-cinq ans, vous avez eu de bien joyeuses réunions ; vous avez applaudi de bien remarquables triomphes dans la lice des concours littéraires et scientifiques, aussi bien que dans celle des sports athlétiques ; vous avez eu des cérémonies religieuses bien belles et bien touchantes, des anniversaires brillants et bien chers ; mais je ne crois pas me tromper en disant qu'aucune de ces solennités ne vous avait amené une réunion d'amis pareille à celle d'aujourd'hui.

Je me réjouis tout particulièrement avec vous de voir dans leur nombre deux délégués du vaillant parti catholique irlandais ; et je les prie d'agréer nos plus chaleureux remercîments pour être venus de si loin apporter les sympathies de la vieille patrie à cette vigoureuse Institution qui cherche à faire revivre sous la Croix du Sud, autant qu'il est en elle, les bienfaits des antiques foyers de civilisation chrétienne qui fleurirent jadis avec tant de splendeur sur le sol irlandais.

Avant de lever mon verre à la prospérité du Collège Saint Joseph, je suis sur que je préviendrai vos désirs en jetant avec vous un regard en arrière sur son passé, et un regard en avant sur son avenir. L'un me fournira l'occasion d'offrir à cette chère Institution, à ses Directeurs et à ses Etudiants mes plus cordiales félicitations et mes meilleurs remerciements pour le bien qui s'y est opéré ; et l'autre, d'ouvrir avec vous mon cœur aux plus belles espérances pour celui que nous avons droit d'en attendre encore.

Il y a donc aujourd'hui 25 ans que fut semé le petit grain de sénevé dans ce site enchanteur à tant de titres. La maison ne fut d'abord qu'une modeste construction en bois et le nombre de 40 élèves qu'on put réunir dans ses classes fut regardé comme une merveille. Or, si vous voulez, selon le vieil adage, avoir la preuve du splendide développement qu'a pris depuis lors l'humble graine, regardez autour de vous ; si monumentum requiris, circumspice. Ces grands bâtiments, par l'ampleur de leurs dimensions et la perfection de leur architecture vous diront combien, même au point de vue matériel, sa croissance a été merveilleuse, et avec quelle sage clairvoyance les moyens, dans les détails et dans l'ensemble, ont été proportionnés à la noble fin qu'il s'agissait d'atteindre.

Vous avez lu dans le texte sacré comment la menue semence par son développement rapide, en vint à atteindre les dimensions d'un grand arbre, et comment les oiseaux du ciel vinrent de loin s'abriter dans sa plantureuse ramure.

Eh bien, les 2.500 élèves que le Collège Saint Joseph, durant ces vingt-cinq ans, a vus passer dans ses classes ne sont-ils pas une preuve éloquente que le grain de sénevé a pris, pendant ce temps, des proportions grandioses et que les oiseaux du ciel sont venus en grand nombre lui demander les bienfaits de son tutélaire ombrage ?

Et je dois ajouter, avec le texte inspiré, qu'ils sont venus de loin. Comme le Frère Directeur me le faisait justement remarquer tout à l'heure, il y en a eu non seulement de tous les Etats de l'Union Australienne, mais encore de la Nouvelle Zélande, de Fidji, de la Nouvelle-Calédonie, de Samoa, du Chili, de Tonga, d'Angleterre, d'Irlande, de France et des Etats-Unis d'Amérique. Ils sont venus de loin pour jouir des bienfaits que trouvent au Collège les heureux élèves qui le fréquentent.

Or, quand je me suis demandé quels sont ces bienfaits, il m'a semblé en trouver l'emblème dans la belle statue de Marie Immaculée qui en couronne le faîte. Marie qu'elle représente est le Trône de la Sagesse, et la mission du Collège est précisément de communiquer la sagesse humaine et la sagesse divine. Elle est la Mère du Bon Conseil, et le Collège, par la voix persuasive des bonnes leçons, des bons avis et des bons exemples, s'efforce d'acheminer dans la voie du vrai, du beau et du bien, l'esprit, le cœur et la volonté de ceux qui le fréquentent. Elle est le Secours des Chrétiens, et le Collège, non content de garantir contre les séductions du mal la jeune vertu de ceux qui viennent chercher un asile dans ses classes, travaille à les revêtir de la triple armure du savoir, des bons principes et des bonnes habitudes, qui sera pour eux une protection et une force dans l'âpre lutte de l'existence. Elle est enfin et surtout la Reine des Victoires ; et, pour éclatantes qu'elles soient, celles que le Collège a fait remporter à ses élèves dans le passé, sous l'égide de cette Vierge puissante, ne sont, tout le fait espérer, qu'un prélude de celles qu'il leur fera remporter dans l’avenir.

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Et maintenant, â la vue des magnifiques et si consolants résultats obtenus par le Collège, mon premier devoir n'est-il pas de remercier les bons Frères du dévouement vraiment héroïque dont ils ont fait preuve dans la création de cet établissement et de leurs autres œuvres sur toute la surface de l'Australie ?

Sans crainte d'être taxé d'exagération, on peut dire que la vie d'un religieux éducateur est une vie de sacrifice, d'immolation de soi-même à une des fins les plus sublimes qu'un homme puisse se proposer ici-bas ; une vie toute d'abnégation personnelle, consacrée à répandre autour de soi les plus grands bienfaits qu'un homme soit capable de répandre, et par conséquent une vie des plus méritoires, des plus dignes d'estime et de considération en ce monde et de gloire en l'autre qu'il soit possible à un homme de mener.

Le prince des orateurs romains, Cicéron, disait dans sa langue d'or que les plus hautes récompenses de l'Etat devraient être pour ceux qui se vouent à l'éducation de la jeunesse. Or, si c'était vrai au temps du paganisme, où cette carrière n'était guère embrassée que comme un moyen de se procurer d'avantageux émoluments, d'accroître son influence politique ou en vue de quelque autre fin intéressée et purement humaine, que dire de ceux qui, poussés par un véritable esprit de religion, ne cherchent dans cette mission que leur a confiée l'Eglise, qu'à répandre autour d'eux, à communiquer à d'autres les dons qu'ils ont reçus du ciel, et qui, dans un esprit de complète abnégation d'eux-mêmes, consacrent la fleur de leur jeunesse, la vigueur de leur âge mûr et la calme expérience de leurs vieux ans à promouvoir ce qu'il y a de plus noble, de meilleur et de plus beau ?

 D'ailleurs, je viens de vous citer les paroles de Cicéron ; mais il y en a, pour vous comme pour moi, de plus autorisées et plus concluantes encore ; ce sont les paroles inspirées du livre de Daniel, où il est dit que ceux qui enseignent aux autres les saintes voies de la justice brilleront comme des astres au firmament du ciel pendant toute l'éternité. Voilà, Messieurs, l'éloge par excellence de tous ceux qui se consacrent à la diffusion de la sagesse divine et humaine, et celui qui convient à un haut degré vos dévoués Frères.

C'est que la mission du religieux éducateur n'est pas seulement méritoire par l'abnégation et le dévouement qui l'inspirent ; elle l'est encore par la grande responsabilité qu'elle implique, par la haute dignité qu'elle comporte, et par les admirables résultats où elle tend.

On a dit parfois que l'éducation consiste à provoquer l'éveil et le plein épanouissement des facultés de l'âme humaine ; et l'étymologie même du mot, qui vient du latin educere, justifie jusqu'à un certain point cette définition ; mais à mon sens, l'éducation chrétienne tend à une fin autrement plus élevée et plus glorieuse. Elle ne se contente pas d'éveiller et de développer les facultés de l'âme : elle les ennoblit et les perfectionne ; elle leur imprime le cachet surnaturel de la culture chrétienne et leur communique par là une distinction, un parfum, une auréole que tous les efforts de l'éducation profane chercheraient en vain à leur donner.

Assez souvent les facultés de l'âme humaine, tout en étant très réelles, se trouvent ensevelies dans une sorte d'engourdissement léthargique, dont elles ne peuvent sortir qu'à l'aide de soins attentifs et assidus ; et il n'est pas jusqu'aux enfants en apparence les moins intéressants et les plus pauvres d'espérances qui ne puissent avoir des aptitudes pour le bien. C'est précisément le devoir de l'éducateur de découvrir ces aptitudes et de développer ces facultés latentes, qui négligées et abandonnées à elles-mêmes demeureraient stériles, improductives, tandis que, cultivées avec soin et patience elles peuvent atteindre aux plus merveilleux résultats.

De là pour lui une grave responsabilité, car ces facultés sont quelque chose de plus noble, de plus élevé, de plus précieux qu'aucun objet d'ordre naturel sur lequel puissent s'exercer les efforts de l'homme. Un père de l'Eglise, saint Jean Chrysostome, je crois, dit que, dans les anciennes républiques de la Grèce et de Rome, les sculpteurs et les peintres étaient tenus en grand honneur parce qu'ils savaient faire resplendir sur le marbre ou sur la toile, en les dégageant de tout ce qui les cache ou les ternit, les traits augustes de la beauté, de la bonté, de la justice ou du génie ; mais, remarque-t-il, qu'est-ce que leur art, si on le compare à celui de l'éducateur chrétien, qui accomplit une œuvre toute semblable dans les cœurs vivants des hommes ?

Cela peut nous permettre de nous faire quelque idée non seulement de la responsabilité, mais encore de la grandeur et de la dignité de sa charge, grandeur et dignité supérieures, pourrais-je dire, à tout ce qu'il nous est possible d'imaginer.

La mission spéciale du Maître chrétien est d'ouvrir aux âmes les trésors de la sagesse divine et humaine, de conduire les esprits à la conquête de la vérité, de former les volontés à la vertu, et d'aider les cœurs à atteindre le vrai bonheur en réalisant en eux, dans la mesure de leur possible, la perfection de la piété et de la bonté. Or saurait-on imaginer une tâche plus noble, aspirer à un idéal plus beau ?

Le plus grand poète de l'Italie, le vieux Dante, dans plusieurs de ses belles leçons, nous a transmis à ce sujet quelques-uns des enseignements de son illustre maître saint Thomas d'Aquin.

L'esprit, disait-il, est fait pour la vérité, la volonté pour la bonté, et le cœur pour la piété, la bonté et toutes sortes de perfections. Or c'est Dieu, le Bien suprême, qui est l'éternelle et parfaite vérité, la parfaite bonté, la piété parfaite ; et l'office du Maître chrétien n'est autre que de diriger les pas de ceux qui sont au seuil de la vie, de manière qu'ils puissent arriver un jour à la pleine possession de ce Bien suprême, et en jouir, en attendant, dans toute la mesure où la vérité peut se communiquer à l'esprit, la bonté à la volonté, et où la piété et la bonté peuvent être le partage du cœur de l'homme ici-bas.

Vous devez vous rappeler d'autre part, vous les anciens élèves de ce collège, le mot du grand maître de la sagesse antique, Socrate, qui répondit un jour à quelques-uns de ses disciples qui le priaient de mettre ses leçons par écrit : "J'ai mieux faire que de graver mes leçons sur le froid parchemin ; c'est dans l'esprit et le cœur des hommes que je désire les buriner".

Eh bien, c'est à cette tâche si noble, si grande et si belle que les bons Frères ont consacré avec autant de succès que de dévouement et de persévérance leurs incessants efforts pendant cet espace de 25 ans. Ils ont fait même beaucoup plus. La bonne formation de l'esprit, de la volonté et du cœur n'est, en somme, que la base du grand édifice de l'éducation chrétienne, et en vous entretenant de ce que les Frères ont fait pour elle je ne vous ai signalé que la moindre partie de l'œuvre qu'ils ont accomplie dans cette religieuse enceinte.

Le Président de la grande république des Etats-Unis disait énergiquement, il y a quelques jours, que le fruit le plus précieux de l'éducation est le caractère. Or le principal soin des bons Frères a été justement de façonner, de mouler le caractère ardent de la jeunesse australienne, de lui donner l'empreinte de tout ce qu'il y a de bon, de noble et de beau, de sorte que, dans le cours de la vie, les leçons que leurs élèves ont reçues au collège sont devenues un bienfait non seulement pour eux-mêmes, mais encore pour leurs familles et pour le grand pays où ils ont le bonheur de vivre.

Pour un Etat libre, tel que l'Union Australienne, la meilleure et plus sûre sauvegarde contre ses ennemis de tous genres réside dans le grand nombre de ces citoyens éclairés ; or, n'est-ce pas précisément à former des citoyens éclairés dans toutes les situations de la vie que s'est appliqué et s'applique encore avec un succès peu commun le Collège Saint-Joseph ? Regardez autour de vous ; voyez, dans toutes les carrières, les 2.500 hommes sortis de ses classes et qui suivent les destinées diverses que la Providence leur a marquées : n'offrent-ils pas le vrai type de l'homme éclairé dans le meilleur sens du mot, soit dans leur foyer où ils font rayonner la paix et la charité chrétienne, soit dans notre chère Australie, dont ils travaillent, chacun dans leur propre sphère, à construire l'édifice moral et à promouvoir la prospérité grandissante ? 

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Mais, après avoir jeté avec vous ce rapide regard rétrospectif sur le passé de votre Alma Mater, et avoir remercié les Frères et leurs élèves pour le bien qui s'y est déjà opéré, je ne voudrais pas m'asseoir sans vous inviter, Messieurs, à porter aussi avec moi un regard d'espérance sur son avenir.

Je me suppose un moment transporté sur l'édicule qui en couronne la tour, et, de quelque côté que mes yeux se tournent, quel magnifique et consolant spectacle il leur est donné de contempler ! Je ne vois pas seulement, dans la suite des temps, l'ardente jeunesse australienne accourir en phalanges nombreuses à Saint-Joseph pour lui demander le bienfait de l'instruction chrétienne ; mais j'aperçois la Science et la Religion se donnant la main dans la vie journalière de ceux qui viennent s'abriter à l'ombre de ses murs protecteurs. La religion n'y est pas seulement une matière d'enseignement ; elle est l'âme qui pénètre et vivifie tout l'enseignement ; elle rend méritoires en les rendant moralement bonnes, les moindres actions de chaque jour, et, sous sa bienfaisante influence, toutes les branches du savoir, poursuivies avec ardeur et entrain, se livrent comme d’elles- mêmes en récompense aux efforts des étudiants.

Vous aurez probablement entendu dire que l'Église cherche à asservir les esprits et à leur cacher la vérité ; eh bien, en regardant dans l'avenir, je vois cette calomnie réfutée bien mieux que par des paroles, par l'énergie et le dévouement de ceux de ses fils qui se sont engagés à la poursuite de ce vrai bien de l'intelligence dans les diverses carrières de la science, de la littérature, des arts et de la vie pratique. Je les vois s'intéresser tous les problèmes qui sollicitent l'attention de l'esprit humain, accepter hardiment tous les résultats marqués du sceau de la vraie science, et applaudir à tout vrai progrès, sachant bien que toute vérité dûment constatée, fût-elle d'un ordre purement naturel, ne peut qu'ajouter sa lumière à celle des vérités qui nous viennent directement d'En-Haut, de la source éternelle de toute vérité divine et humaine. Ces deux lumières, au fond, n'en font qu'une ; c'est pourquoi, dans l'avenir comme dans le passé, ce sera la noble ambition des élèves du Collège Saint-Joseph de pousser leurs investigations, dans le domaine des vérités de tout ordre, aussi loin que l'esprit humain peut aller, et toute nouvelle conquête de la vraie science sera la bienvenue parmi eux.

Mais il y a, Messieurs, dans la vision que je me fais de l'avenir de votre Collège, d'autres traits que je tiens à vous signaler. Je ne vous apprendrai rien de nouveau en vous disant que, pour les gens qui aiment à réfléchir, il commence à apparaître, dans le blason de notre chère Australie, une tache, qui, en s'étendant, menace de le ternir, et que cette tache inquiétante est la passion du jeu. Eh bien, il me semble voir du haut de l'édicule qui couronne la tour de ce bel édifice, les élèves du Collège Saint-Joseph se donner la mission de faire disparaître dans la mesure de leur possible cette tache de la passion du jeu, qui menace de s'étendre sur leur pays, et cela d'abord en la bannissant du milieu d'eux, puis en tâchant de la bannir des milieux où ils ont quelque influence.

Certes, je me garderai bien de tomber dans l'exagération de certains esprits chagrins, qui, sous prétexte de mettre fin à la passion du jeu, voudraient supprimer parmi les étudiants la pratique des sports athlétiques. Je serais certainement mal venu au milieu de vous, et non sans raison, si je vous disais qu'il faut renoncer à ces jeux que vous aimez tant et qui vous ont valu de si beaux triomphes. Aussi n'est-ce pas ma pensée.

Tenez-vous cependant sur vos gardes : on ne saurait douter que, même dans les sports inter-collégiaux, la passion du jeu ne puisse trouver un aliment dangereux. Je n'ai pas particulièrement en vue les élèves du Collège Saint-Joseph ; mais je regrette beaucoup de ne pas trouver chez tous les étudiants d'Australie la même élévation d'esprit que j'ai le plaisir de constater ici. Veillez donc sur vous. Que votre loyauté soit au-dessus de tout soupçon. N'aimez dans le jeu que ce qui est bien, et soyez justes envers tous, même envers vos plus rudes adversaires.

Ayez en même temps le culte du respect, qui n'est malheureusement pas le trait saillant de notre société contemporaine, mais qu'il est d'autant plus urgent de remettre en honneur. On a dit que le catholicisme est une grande école de respect, et c'est une tradition que nous devons tâcher de maintenir avec un soin jaloux. Ayons à un haut degré le respect de l'enfance, le respect de la femme, le respect de l'autorité légitime, triple sentiment que les ennemis de l'ordre cherchent à détruire avec le germe de la foi, mais qu'il faut nous efforcer de maintenir intact parmi nous. Je désire que ce soit un des heureux fruits que les étudiants emporteront de leur passage dans cette maison.

Vous n'ignorez pas, d'autre part, Messieurs, qu'on s'efforce, en certains milieux d'élever un mur de séparation entre les différentes classes de notre société. Il y a, dit-on, un abîme entre le patron et l'ouvrier. On aura beau faire, il faudra toujours qu'il y ait une classe qui peine sans trêve ni répit pour que l'autre puisse jouir des aises et des douceurs de la vie Eh bien, la mission de ce collège et des élèves qui en sortiront, sera de jeter, si possible, un pont sur ce malheureux abîme, de faire prévaloir cette vérité de sens commun que ceux qui portent le fardeau de la vie ont un droit évident à leur part de ses douceurs, et que ceux qui jouissent de ses douceurs trouveraient tout avantage à prendre sur eux une part de son fardeau.

C'est en vous employant de la sorte à faire naître autour de vous l'union des cœurs et des volontés que vous ferez acte de vrai patriotisme, que vous travaillerez d'une manière vraiment efficace à la prospérité matérielle et morale de notre pays, dont je sais que tout élève en sortant emporte l'amour dans son cœur, et que vous contribuerez à l'acheminer vers les grandes destinées que lui réserve la Providence.

Mais il y a plus : en vous voyant réunis en si grand nombre, en pensant à vos succès dans les diverses carrières on volis êtes engagés, je songe involontairement â ce que vous pourrez faire pour l'avenir littéraire et scientifique de ce même pays. Un jour, s'il plaît à Dieu, nous verrons cesser le monopole des Universités qui reçoivent seules aujourd’hui l'aide et les faveurs du Gouvernement ; je vois déjà poindre à l'horizon lointain une grande Université Catholique australienne, et je sais que le jour où ma vision se réalisera le Collège Saint-Joseph sera au premier rang de ceux qui se feront un honneur et un devoir de soutenir et d'alimenter ce 'nouveau foyer de civilisation chrétienne, dont le bienfait se fera sentir non seulement en Australie, mais dans tous les pays environnants.

Aussi est-ce dans un double sentiment d'action de grâces et d'espérance que je dis à ce Collège, à ceux qui le dirigent et ses élèves anciens et présents ces paroles de nos saints Livres : Crescite et multiplicamini ; croissez et multipliez-vous. Croissez, multipliez-vous, mes chers enfants : gardez les glorieuses traditions du passé ; ajoutez chaque année de nouveaux lauriers à ceux que vos aînés ont déjà conquis ; vous, mes Chers Frères, continuez à répandre sur notre belle jeunesse d'Australie les trésors de la vraie sagesse ; éclairez les intelligences, fortifiez les cœurs et les volontés ; c'est la belle mission que vous a confiée la sainte Eglise. Et vous, Messieurs, que Dieu vous garde net vous guide ! Unissez vous à moi, et que notre vœu à tous, à l'égard de votre Alma Mater, soit ce cri du cœur Esto perpetua !

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