Les événements dAnzuola

11/Oct/2010

Anzuola est, comme on sait, la maison provinciale de la Province de N.-D. de Lacabane. Elle est située dans le Guipúzcoa, non loin d'Oñate, à 50 kilomètres au sud-est de Bilbao. C'est une des bonnes régions catholiques d'Espagne, comme tout le pays basque. Malheureusement, les Basques ont lié leur cause à celles des communistes, sous prétexte d'obtenir, de la victoire commune, leur complète indépendance. C'est ce qui expliquera que les miliciens basques ont empêché une partie des excès qu'on pouvait redouter sur la personne des Frères.

Voici la lettre d'un Frère d'Anzuola, qui a pu passer la frontière en sa qualité de Français:

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Première alerte. — Tout d'abord, le 23 juillet, nous eûmes une première visite domiciliaire, de la part des Rouges de Vergara (ville voisine). Ils cernèrent la maison, puis mirent sens dessus dessous les meubles, les papiers, les livres et les lits, sous prétexte de chercher si. des armes étaient cachées.

Ils n'en trouvèrent point et nous restâmes tranquilles après leur départ, bien persuadés que cette visite, ayant été faite sans aucun résultat, on ne la recommencerait pas.

 

Deuxième alerte. — Hélas ! un mois plus tard, jour pour jour, le 23 août, après vêpres, alors que la plus grande partie de la communauté était au camp de football, où se jouait une partie intéressante, vers les 4 h ½ du soir, voilà qu'arrive un groupe nombreux de Rouges, venus d'Eibar. Ils ont sans aucun doute été appelés par notre voisin Ortiz, chef de la cellule communiste

Le groupe cerne la maison et fait descendre dans la cour du noviciat toute la communauté. Tout le monde est bientôt réuni, depuis le C. F. Provincial jusqu'aux juvénistes, car on est allé chercher tous ceux qui. étaient au camp de football.

Quand tous furent réunis sous la garde des miliciens armés soit de fusils, soit de mitrailleuses, on appela d'abord le F. Directeur puis un séminariste qui se trouvait là et qui avait un bras en écharpe, à la suite d'un accident arrivé quelques jours auparavant. Il fallut d'abord éclaircir le cas du séminariste, qu'on prenait sans doute pour un blessé.

 

Perquisitions. — On fouilla alors la chambre du F. Directeur, bouleversant absolument tout. Puis on appela l'Econome. Je montai dans ma chambre que j'ouvris et un individu ayant une églantine rouge sur l'oreille, et muni d'une mitrailleuse, entra avec moi. Il me demanda pour première question où était l'argent. J'ouvris le tiroir de gauche de mon bureau. Il s'y trouvait environ 400 pesetas en argent et en menue monnaie.

J'avais, il est vrai, sur moi un portefeuille contenant, en billets, 8.000 pesetas. La Providence mena si bien les choses qu'on ne songea pas à me fouiller et que cet argent a pu être ensuite passé en lieu sûr.

Mais mon type avait déjà ouvert le tiroir de droite Il y trouva, entre autres choses une trentaine de canifs, dont il faillit me faire un cas pendable. Il finit par accepter mes explications. Mais il empocha le tout et prit de même tout l'argent qui était dans le tiroir de gauche.

 

Menaces de mort. — Comme je protestais contre une telle manière de faire avec le bien d'autrui, mon type aussitôt m'ordonne de le suivre jusqu'à la chambre du F. Directeur, où étaient trois ou quatre de ses camarades. Gesticulant et criant, il me menace en disant: Voilà un monsieur qui vient de me traiter de voleur ! Et sur ce, il me ramène dans ma chambre, accompagné d'un de ses camarades. Il me crie en épaulant sa mitrailleuse: « Mets-toi là ! Mets-toi là ! » et il m'indique un endroit contre la muraille. Je fis mon acte de contrition, prévoyant bien ce qui allait suivre. Pourtant je lui déclarai: « Songez-vous que je suis de nationalité française ? » Il me coupe la parole en s'écriant : « Nous n'avons aucune nationalité à respecter. Allons! mets-toi là ! » Mais, pourtant, son camarade l'arrêta en lui disant : « Voyons ! ne fais pas cela. » Et sur ce, s'étant regardés, ils se remirent à fouiller, pour chercher les armes et surtout l'argent.

Ils me demandèrent combien j'avais d'argent. Sur ce, j'ouvris le coffre-fort dans lequel il n'y avait heureusement que des obligations de Mouguerre. Là-dessus arrivaient à ce moment deux autres camarades qui aidèrent à tout bouleverser. On fouilla ma malle où on ne trouva rien de compromettant, sinon un petit drapeau où il y avait l'image du Sacré-Cœur…

Finalement on me fit entrer dans la chambre du F. Directeur, où se tenaient deux miliciens pour le garder, et on continua à fouiller les chambres voisines.

 

Le souper. — Il était au moins 8 heures du soir quand la troupe déclara qu'on continuerait la perquisition le lendemain et qu'en attendant il fallait préparer le souper, ordonnant qu'on leur en fit un bon pour eux. Tous les étages et les chambres étaient gardés par quelques miliciens.

Quand le souper fut prêt, on mangea, mais sous de tristes impressions; nous comprenions bien que nous étions prisonniers et peut-être des otages, car j'avais entendu parler d'échanges de prisonniers par les miliciens.

On fit souper nos gardiens et on fit bonne mesure, car ce qu'on ne leur aurait pas donné, ils l'auraient bien pris quand même, maintenant qu'ils avaient vu où étaient les provisions et la cave.

Un peu après, ayant parlementé avec le chef, nous obtînmes qu'on vidât nos chambres, pour pouvoir nous reposer. Mais cela ne servit guère, car toute la nuit des miliciens se promenèrent dans les corridors et les cours, parlant à haute voix, de sorte qu'il ne fut pas possible de fermer l'œil.

 

Dernière messe et pourparlers. Au matin, à 4 h. ½, lever et prière à la chapelle. Nous étions surveillés, mais de dehors. Nous eûmes la messe et la communion que beaucoup firent comme en viatique, craignant une malheureuse issue à toute cette affaire.

Le fameux Ortiz nous assura pourtant qu'on allait nous laisser 24 heures pour vider les lieux. Le C. F. Provincial et les Directeurs de la maison, du Noviciat et du juvénat firent alors diverses propositions pour disperser de la meilleure façon possible les Frères et les enfants. La mauvaise volonté d'Ortiz qui voulait faire envoyer tout le monde en prison à San Sebastian, pour servir d'otages, fit tout échouer, de sorte que nous restâmes trois jours prisonniers dans notre maison, attendant une solution.

 

Départ. — Il fut enfin décidé que les juvénistes qui pourraient aller chez eux y seraient autorisés, que les postulants et les novices seraient conduits à Durango, chez nos Frères et enfin que les scolastiques et les Frères seraient envoyés à Bilbao, dans notre maison (comme otages sans doute.)

C'était encore moins mal qu'on ne pouvait redouter. Dès le lundi des « nationalistes basques » de la localité, la population d'Anzuola s'étant, non sans raison, alarmée de ce qui se passait chez nous, vinrent se mêler aux Rouges, pour éviter les horreurs possibles à notre égard. Ce ne fut pas sans récriminations, paroles dures et même, à un moment, nous craignîmes qu'ils n'en vinssent aux coups. Enfin, les braves gens restèrent mêlés à nos geôliers…

Le mardi soir, je parvins à faire porter une lettre au Consul de France de San Sebastian, par le fils du maire d'Anzuola. Mais je n'ai pas eu le temps de recevoir la réponse, s'il en est arrivé une, car on nous fit alors conduire au nombre de 35 à Bilbao, le mercredi 26 août. C'était 2 heures du soir. Les juvénistes, postulants et novices étaient partis chacun dans la direction prévue, peu auparavant. Je n'entre pas dans le détail de leur exode.

 

Arrivée à Bilbao. — Des hommes armés nous accompagnaient, ayant parmi eux deux habitants d'Anzuola.

En arrivant, on nous empêche de descendre avant le contrôle de la Garde Rouge. Puis on nous entasse à l'entresol, où commence une visite minutieuse des personnes et des bagages, pourtant déjà bien visités avant notre départ. Vers les 9 heures du soir, après plusieurs réclamations, votre serviteur et les deux autres Frères Français ont fini par être laissés libres, mais tous les autres sont restés détenus, sans aucun mobilier, ni rien de ce qui était nécessaire à tant de monde. Les Frères de Bilbao, en nous voyant arriver ne furent pas peu surpris. Comme leurs appartements sont au N° 4 de la Plaza Nueva, tandis qu'on nous empilait au N° 3 et qu'on s'était mis aussitôt à placer des gardes à leur numéro, ils comprirent de suite ce qui allait arriver. Le F. Directeur les fit évader, en passant par le N° 3 et ils ont pu se mettre en sureté, soit chez des parents, soit chez des amis. Peu après on mettait les scellés sur le N° 3.

Nous n'avons pas pu revoir les détenus. Tout ce que nous avons pu obtenir, par l'intermédiaire de quelques « nationalistes basques » ç'a été de faire pénétrer des matelas pour que les Frères puissent dormir.

Mes nouvelles s'arrêtent là, et il y a certainement pins à craindre qu'à espérer pour la suite.

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De fait, un Frère de Badajoz, se rendant peu après à Anzuola, pour voir le C. F. Provincial, dont il ne recevait point de réponse à ses lettres, se trouva en présence d'un monceau de décombres, la maison ayant été incendiée. On lira plus loin quelques détails sur cette région.

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