Les Focolarini

04/Nov/2010

Quand vous allez de Florence à Rome, à 25 kilomètres de Florence, sortez de l'autoroute à Incisa, traversez le petit village de ce nom et sa rivière l'Arno, grimpez par une petite route très abrupte et très sinueuse. Très vite vous verrez apparaître à travers les vignes et les oliviers une « ville bâtie à la campagne », comme disait l'humoriste: c'est l'ancien village de Loppiano devenu Mariapolis.

C'est là que quelques membres du Conseil Général et de la Communauté de la maison généralice sont venus apprendre comment se présentait en 1968 l'Evangile et la « metanoia » qu'il propose.

Chaque pays a sans doute ses centres de vrai rayonnement évangélique dont une joie communicative est la marque indiscutable. Ici en tous cas, c'est le principal témoignage que l'on reçoit.

Que s'est-il donc passé? Une chose simple et difficile. Il y a 25 ans, une jeune fille a pris au sérieux, à fond, la Parole de Dieu et cela a donné non pas 100 mais 1.000, 100.000 pour 1.

Nous sommes en 1943, à Trente qui n'est plus la ville d'un Concile, mais simplement une ville bombardée. Dix fois par jour il faut aller aux abris. Chiara Lubich en profite pour lire l'Evangile, seule et puis avec d'autres. Elle découvre que le Christ a proposé une vie de charité et qu'il n'y a rien d'autre à faire, que cette vie doit annuler bien des mesquineries de l'attachement aux choses d'ici-bas, que l'entraide et la mise en commun des biens sont dans la logique de l'Evangile. Bref, pour elle le Christ n'est pas une théorie, mais un vivant. A la fin de la guerre, 500 personnes vivent déjà du souffle nouveau qu'a fait passer cette tertiaire franciscaine qui, sans s'en douter, est en train de fonder une nouvelle famille religieuse ou, si vous aimez mieux: un « focolare »: foyer.

Il n'y aura d'abord que des « focolarine », mais dès 1949, des hommes aussi feront partie du mouvement. Ils ont vu des chrétiennes vivre l'Evangile dans la joie, et cela ne peut laisser indifférent.

Ce n'est pas ici le lieu de donner tout un historique du mouvement. Les plus intéressés écriront directement au focolare: Città Nuova Editrice – Via délia Scrofa, 14 – Roma; ou 4 bis, rue du Montoir – Clamart (Seine).

Qu'on sache seulement qu'il y a aujourd'hui 1.000 Focolarini, avec autour d'eux des « volontaires » et des « sympathisants ». Le nombre de ces derniers peut atteindre 100.000. Il s'agit là simplement de jeunes ou moins jeunes qui ont fait à Mariapolis ou dans un autre centre, un camp d'été de huit jours.

Les « volontaires », eux, sont davantage engagés dans l'esprit du mouvement et aident les Focolarini du superflu que peut leur laisser leur salaire. C'est donc, comme on le voit déjà, une forme très belle de détachement.

Les Focolarini, eux, que font-ils? Eh bien, regardons-les vivre.

Mariapolis est en somme leur ville et leur noviciat où ils restent en principe deux ans. Les uns sont étudiants, les autres ouvriers. Il y a aussi parmi eux des gens de professions libérales, des artistes, etc. La semaine comprend trois matinées d'études religieuses et sociales. Trois après-midi et trois journées entières sont employées au travail manuel.

Ce travail, dans le «collège féminin » peut comporter de l'artisanat artistique comme la céramique, la sculpture, la peinture, ou de l'artisanat de tendance industrielle, comme le tissu imprimé, le moulage de statuettes, etc. …

Le «collège masculin», lui, situé dans une autre partie de la vaste propriété, est réparti en pavillons comportant chacun un atelier qui, là aussi, va de l'élevage des poulets aux travaux artistiques en passant par la fabrication de dalles de feutrine colorée, le montage de compteurs électriques, etc. …

Il y a même du travail à la chaîne: triage d'étoffes par couleurs, comme il y a les travaux modestes de l'épluchage ou de la vaisselle. Et cela entre dans une formation qui fait assimiler les cours théoriques, par ce travail d'équipe où s'exercent la charité, l'unité, dans l'accomplissement de la volonté de Dieu.

Pas besoin d'autre mystique. Eventuellement même, une focolarina: Marie Noëlle, de Grenoble (France), accomplit une partie de son stage de formation en aidant une famille dans le besoin.

La matinée de notre dimanche se passe d'abord avec cinq ou six jeunes filles qui sont à Mariapolis depuis un an ou plus: Vera: Brésilienne de Recife, qui raconte son expérience de bourgeoise tentée par le socialisme, puis découvrant chez les Focolarini la vraie dimension de la charité et du don aux autres; Marie-Thérèse: Coréenne du Sud, qui connaît le christianisme par l'école des Sœurs, reçoit le baptême puis, au cours d'un stage en Allemagne, rencontre le mouvement des « Focolari »; Christiane: Française, qui découvre dans une retraite de « Foyer de charité » un Dieu-Amour qui dompte en elle une volonté d'indépendance et la transforme en volonté de servir; Jadi: Américaine, qui avait presque terminé son diplôme d'études sociales, mais l'a laissé provisoirement inachevé, car « c'était tellement plus important de se mettre à la recherche du trésor caché » qu'elle entrevoyait.

Un peu plus tard dans une grande salle d'accueil, toutes se présenteront ou bien chanteront des airs représentatifs de leur pays. On ne sait ce qu'il faut le plus admirer: la perfection chorale du folklore brésilien ou espagnol ou le ton progressivement orienté vers la prière au Christ et à Notre-Dame.

L'ambiance est ainsi créée pour la Messe qui a lieu dans la même salle.

Après le repas de midi, ce sera la visite du « collège masculin », et là aussi une petite fête où chacun raconte son témoignage ou interprète une chanson. Un prêtre, lui-même Focolarino: Alfredo Zirondoli, fait le meneur de jeu et tout le monde s'exprime avec la plus grande simplicité.

Paolo-Maria, le Persan, raconte son odyssée à travers l'Allemagne, l'Angleterre, dans des collèges chrétiens où il enseigne, puis dans un monastère bénédictin où il cherche avec inquiétude qui est Dieu; puis son baptême si rapidement décidé, puis sa découverte des Focolarini, et l'expérience que fait actuellement sa jeune sœur qui ne pouvait croire que toutes les Focolarine allaient l'aimer sans la connaître.

Rod, l'Américain de Californie, chante, avec quel brio et quelle sympathie, « La Mosca ». Et Nino, de Palerme, raconte sa découverte de saint Augustin: « Notre cœur est inquiet, Seigneur, tant qu'il ne repose pas en Toi ». Et ce sont des Belges, des Yougoslaves, des Français, des Italiens qui parlent ou qui chantent, par exemple des choses merveilleuses comme: «Tu non passare» – «T'ho trovato» – «Amico Gen» – «Zaccheo»…

Le matin, on avait vibré à la mélodie entraînante de l'hymne de Mariopolis. Maintenant c'est au rythme encore plus endiablé de « Ho tanta gioia nel mio cuor » que tout le monde frappe des mains. Mais rassurez-vous! Aucun siège n'a été brisé!

Tous ces jeunes, noirs ou blancs, chantent sur des rythmes modernes, avec des guitares électriques, le tambour, le tam-tam, la batterie, mais ils chantent leur foi, ils chantent Jésus, ils chantent Marie: « Sei venuto », « Maria ».

Tout simplement. Et le soir, si un phare de votre voiture ne fonctionne pas, ils vous l'arrangent. Maintenant si vous arrivez à payer votre repas, ce n'est pas sans en avoir pris la peine.

Comment devient-on Focolarino? Après deux ans de formation, on peut se consacrer à Dieu totalement par des vœux que l'on fera perpétuels cinq ans plus tard. On peut aussi envisager dans le mariage une autre forme de consécration et de détachement. Une famille est venue donner ainsi son témoignage d'une vie où deux époux réalisent un idéal de Focolarini sans inconvénient, bien au contraire, pour leurs nombreux enfants.

Et puis il y a les prêtres qui animent le mouvement, et les sœurs contemplatives qui comme les prêtres et quelques religieux trouvent dans la vie des Focolarini une nouvelle source de ferveur pour leur vie religieuse.

A travers les formes si variées de la vie monastique, apostolique, des congrégations, des Instituts séculiers, etc. qui, de plus en plus sentent fondre des frontières souvent plus théoriques que réelles, le mouvement « Focolarini » n'est peut-être pas d'une absolue nouveauté de structures, bien que maints de ses aspects soient très originaux. Mais il y a une chose qui est capable de faire choc dans notre monde des condoléances officielles et de la productivité, et qui rappelle une histoire vieille de 2.000 ans: « Ils n'ont qu'un cœur et qu'une âme ».

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