Les Frères au Japon

21/Oct/2010

Kobe. — Le Trait d'Union de la Province de Chine donne des détails qu'on lira avec intérêt. Kobe est le plus grand port commercial du Japon, 45% des importations passent par les quais de cette ville. Le tonnage des bateaux faisant escale à Kobe égale celui des trois ports de Yokohama, Nagoya et Kuré réunis.

Autrefois Kobe était un petit village de pêcheurs complètement ignoré. Suma était la ville. De nos jours, Kobe est la ville tentaculaire qui a absorbé tous tes faubourgs, Suma y compris.

Osaka est un port aussi, mais beaucoup moins important que Kobe et les deux villes, pratiquement, n'en font qu'une, Osaka étant cependant beaucoup plus industrielle que Kobe. La ville d'Osaka s'étend sans fin dans une immense plaire, tandis que Kobe s'étire le long du littoral, devant une belle chaîne de montagnes, un peu à la façon de Hongkong, mais plus en profondeur et bien plus en longueur.

Ce qui frappe au premier coup d'œil, en visitant une ville japonaise, ce sont les immenses destructions que la guerre y a apportées. Toutes ces villes : Kobe, Osaka, Yokohama, Makayama, Nagoya, etc. … ont été au neuf dixièmes rasées par les bombardements de l'aviation américaine. Seule la ville sainte de Kyoto à été épargnée, et aussi Sapporo, dans le Nord ; mais pour cette dernière les avions étaient déjà en route, par-dessus le détroit d'Aomori, quand ils ont été rappelés.

Comme beaucoup de constructions, au Japon, sont en bois, à cause des tremblements de terre, ces villes ont été une proie facile aux incendies allumés par des milliers de bombes incendiaires semées à profusion, surtout durant les derniers mois du conflit. La terrasse de la mission des Sœurs, à Kobe, maison en ciment, portait après la guerre la trace de 120 petites bombes incendiaires qui y étaient tombées. Beaucoup des maisons brûlées ont maintenant été reconstruites, mais d'une façon provisoire, de sorte que les conséquences de la guerre se feront encore sentir de longues années.

Un autre fait frappant au Japon, c'est la grande facilité des moyens de communication, dans les villes japonaises et autour d'elles. De nombreuses lignes de chemins de fer électriques parcourent les villes et sillonnent les campagnes ; les trains sont très nombreux et très fréquents : il est rare qu'on ait à attendre plus de 10 minutes. Et tous ces trains sont ordinairement bondés, surtout le matin, quand les ouvriers et employés se rendent au travail, et le soir quand ils en reviennent. Il y a aussi les innombrables écoliers et étudiants qui parcourent parfois des distances considérables pour se rendre à leurs écoles ou universités. Les trains marchent à une vitesse vertigineuse, s'arrêtent dans les ^ares juste le temps indispensable pour laisser descendre les voyageurs et monter les autres : les portes se ferment automatiquement, et la rame repart en prenant immédiatement sa vitesse. La signalisation sur toutes ces voies est complètement automatique, et les accidents sont excessivement rares.

Il y a aussi des trains à vapeur qui parcourent les grandes lignes, mais la plupart sont des trains de marchandises. Dans les villes, il y a d'innombrables lignes de tramways et omnibus, qui facilitent les courts déplacements. Dans l'ensemble, le peuple japonais voyage énormément. Un fait digne de remarque, c'est que les lignes ferroviaires ne semblent nullement avoir souffert de la guerre : tous les ponts semblent intacts, et les dépôts et les gares aussi.

 

Écoles catholiques, — Les Jésuites américains (Prov. de Californie) ont bâti un magnifique collège pour élèves japonais sur une hauteur, tout près de Kobe. Le terrain n'a pas coûté cher, mais les transports ont été excessivement dispendieux. Le premier bâtiment fut construit en 1937, et complété en 1940 par un immense collège de 3 étages. Les cours sont vastes, toutes gagnées sur la montagne par de gigantesques travaux de terrassement. Les Pères ont dû acheter les terrains pour une route privée, à partir du pied de la colline. Ils ont construit de leurs finances, une belle route en ciment, avec un beau pont sur un torrent, au bas de la pente. La route, malheureusement, a une forte déclivité au point que l'on dit que les jeeps et les camions seuls peuvent l'escalader.

Un immense hall, tout en fer et ciment, s'achève près du collège ; il servira en même temps de gymnase et de salle de fête (mais les deux salles distinctes), avec huit classes sur le côté. Le fer qui sert d'ossature à cette construction provient d'un hall d'usine d'Osaka, qui avait été endommagé par les bombardements. Le prix d'achat de toute cette ferraille n'est pas élevé, mais le transport en revient cher.

L'installation scolaire est des plus modernes : magnifiques classes bien éclairées, beaux laboratoires, spacieux et bien montés. Seule la maison des Pères est trop exiguë et insuffisante pour loger les 12 Pères et Frères qui travaillent au Collège, avec une trentaine de professeurs laïques.

Malgré la distance à parcourir et la route pénible à monter, 750 étudiants, chaque matin, font à pied la montée qui prend prés d'une demi-heure, depuis la plus proche gare du train électrique. Le tiers de ces élèves sont chrétiens, et la grande majorité sont des convertis des dernières années de liberté.

Lors de notre visite au Collège, à la montée, nous avons rencontré les élèves qui redescendaient après la fin delà classe : nous avons pratiquement dû garder notre chapeau à la main tout le long du trajet pour répondre aux saluts que presque tous adressaient à notre soutane.

A moitié chemin du Collège, les PP. Jésuites ont la charge d'une paroisse naissante, très active. La construction de l'église est projetée pour le courant de cette année.

Les Marianistes ont, depuis près d'un demi-siècle, un beau et grand collège à Osaka. Seul, le bâtiment administratif, qui abrite aussi la communauté, en ciment armé, a résisté à l'incendie causé par les bombardements. Les classes, après la guerre, ont été reconstruites, provisoirement, en bois. Par l'étendue du terrain disponible autour du Collège, l'École Mei Sei (Étoile Brillante) doit être une des meilleures de la ville. Les Frères ont pu acheter, après la guerre, des terrains voisins qui avaient été nivelés par l'incendie. Il leur faudrait maintenant dans les 50 millions de yens (environ 150.000 dollars) pour remettre leur collège en état. Ils y ont 7 à 800 élèves. Malheureusement, le personnel religieux se raréfie : ils sont 7 Frères (2 Français dont un de 76 ans) pour 35 professeurs laïques, dont à peine la moitié sont catholiques.

A Osaka encore, les PP. Salésiens ont eux aussi un collège tout neuf ; le temps m'a fait défaut pour visiter.

A Kyoto (une heure d'express de Kobe) j'ai pu voir une réalisation toute récente des Clercs de Saint-Viateur, américains et canadiens. Deux de ces derniers avaient été en Mandchourie et avaient passé quelques mois à l'Aurore, à Shanghai, comme réfugiés.

Il y a trois ans que les Viatoriens sont arrivés au Japon. Ils ont commencé par apprendre la langue, tout en préparant le terrain et le bâtiment. Ils sont actuellement 12 : 7 Pères et 5 Frères. Ils ont acquis trois terrains à Kyoto : une résidence, avec un joli petit parc, l'École, à l'autre bout de la ville, et un terrain sur une colline. C'est sur ce dernier, d'une surface de plus de six hectares qu'ils avaient d'abord projeté de construire leur école. Mais le nivellement nécessaire leur aurait coûté si cher qu'ils ont trouvé avantageux d'acheter un autre terrain plat et d'y construire. Ils ont dépensé pour ce dernier terrain, environ 11 millions pour l'achat, et 31 autres millions pour la construction (soit au total environ 100.000 dollars). Ils projettent une école secondaire complète, sans école primaire, en commençant, à la rentrée prochaine, par trois classes de la première année : 180 élèves s'étaient présentés à l'examen d'entrée et 108 seulement ont été acceptés. Trois nouvelles classes seront ajoutées chaque année. Quand les élèves qui entrent à l'école cette année auront fini leurs trois années d'études secondaires, en L955, un autre bâtiment, semblable à l'actuel aura été construit à la suite, et constituera l'École Supérieure : trois années d'études également. Le Directeur de tout le Collège sera un Père américain.

Un point à signaler, c'est que les Clercs de Saint-Viateur ont déjà trois recrues japonaises, avant môme d'avoir commencé leur école et d'être entrés en contact avec la jeunesse du pays. Un des trois jeunes Frères a déjà fini son noviciat et à émis ses premiers vœux ; les deux autres, dont un professeur de 25 ans, font actuellement leur noviciat.

Le nouveau bâtiment sera bénit le 30 mars prochain par Mgr l'évêque de Kyoto.

Les Franciscaines Missionnaires de Marie viennent d'achever un magnifique bâtiment pour une école secondaire de jeunes filles. La chapelle a été bénite, le 2 février dernier, par l'Internonce S. Exc. Mgr Furstenberg. La construction est une des plus belles de Kobe et se voit de loin, étant située sur les premiers contreforts des montagnes de Kobe, L'accès est facile, les moyens de communication nombreux : tram, trains électriques, autobus, belle route.

Les bâtiments sont prévus pour une école secondaire complète, avec l'espoir d'y installer plus tard môme une université pour jeunes filles. École purement japonaise, comme les précédentes.

Les Sœurs ont des plans d'agrandissement, en construisant une école primaire à côté de la secondaire. Le bâtiment actuel seul leur a coûté plus de 80 millions do yens, soit 200.000 dollars.

A la rentrée d'avril, le nombre des élèves qui est déjà de 400 va passer à 600…et il y aura encore de la place !

Les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles ont, au centre de la ville de Kobe, l'École Sainte-Marie pour jeunes filles européennes. Elles en ont près de 200.

Les protestants, de leur côté, ont une école qui prépare les élèves aux examens de Cambridge.

De plus, depuis l'ouverture de notre école, ils ont annoncé, à son de trompette, l'ouverture d'une école qui avait existé avant la guerre : la Canadian Academy. Ils disent qu'ils comptent sur une bonne centaine d'enfants pour la rentrée de septembre prochain. C'est pour contrebalancer l'influence de ces écoles protestantes que les Missionnaires tiennent à voir fonctionner une école catholique, surtout pour les enfants catholiques.

J'ai pu visiter aussi la maison des Sœurs Carmélites de la charité, des Sœurs espagnoles qui sont restées juste deux mois à Pékin, avant la « libération ». Elles ont déjà un noviciat de 4 novices.et 3 postulantes. Elles tiennent un Kindergarten et s'occupent de la confection et réparation d'ornements sacrés.

Les filles de la Charité, dont plusieurs réfugiées de Chine, ont établi une espèce de Maison Centrale à l'ouest de la ville de Kobe, tout près de la ligne du chemin de fer, dans une vaste propriété. Elles ont déjà quelques novices japonaises. Elles achèvent une belle construction, devant servir de Kindergarten, et aussi de maison de campagne pour les enfants et les Sœurs d'un orphelinat qu'elles dirigent à Osaka.

 

Marist Brothers' High School. — C'est ce nom qu'on a donné provisoirement à notre école. Les uns auraient voulu qu'on la nommât Collège Saint-Louis, puisque c'est de ce Collège que venaient les premiers Frères pour cette fondation ; d'autres, en souvenir du Grand Apôtre du Japon, auraient préféré la nommer Saint-François Xavier's Collège, comme notre Collège de Shanghai.

Elle est située à Suma, à l'ouest de la ville de Kobe, sur la pente d'une colline, la maison bâtie à une trentaine de mètres au-dessus de la plaine environnante. La propriété, très boisée, escalade toute la colline. Il n'y a pas beaucoup d'espace horizontal : une petite cour devant la maison, un jardin potager en bas, et un double terrain de tennis à une vingtaine de mètres au-dessus de la maison. La propriété est très bien arrosée, ayant sa source privée qui, par une canalisation longue de plus de 2 km, lui fournit toute l'eau dont elle a besoin. (Il est remarquable que notre propriété et la voisine, seules, ont conservé leurs arbres ; toutes les montagnes alentour ont été déboisées pour les besoins de la guerre).

La maison se compose de quatre parties : une européenne et trois japonaises. Toutes les quatre sont fort bien conservées. La maison européenne est toute petite : une chambre et un vestibule au rez-de-chaussée, et deux chambres à l'étage, une petite et une grande ; cette dernière sert actuellement de chapelle et la voisine de logement au R.P, Aumônier. La maison européenne est située en avant des maisons japonaises, et ne communique avec elles que par le rez-de-chaussée. Les trois maisons japonaises communiquent, et représentent une longueur totale d'environ 80 pas. La première, à l'est de. l'européenne, contient, au rez-de-chaussée, la cuisine (au gaz), le réfectoire des Frères} celui des demi-pensionnaires et un parloir ; à l'étage, il y a 6 chambres et une grande salle qui sert de salle de communauté.

Les trois classes existantes sont dans la deuxième partie japonaise. Il y a encore une chambre de disponible, ainsi que plusieurs petites chambres. La troisième partie japonaise n'a pas d'étage ; elle se compose d'une seule salle assez vaste que l'on utilise comme salle de réunion, par exemple pour la distribution des bulletins mensuels. Dans plusieurs des chambres, il a fallu remplacer le plancher en nattes japonaises (tatamis) par de véritables planchers en bois. Dans les chambres japonaises aux tatamis, on n'entre jamais avec les souliers. Ceci n'eût pas été commode pour des classes.

Les maisons japonaises sont très basses de plafond, et les portes sont en proportion. Pour les gens de grande taille, il est prudent de se baisser humblement chaque fois qu'on passe une porte, sans quoi le crâne s'en ressent ; mais on s'y habitue vite.

Les FF. Louis-Charles et Léon-Stéphane, arrivés à Kobe à la fin de juillet, ont ouvert l'école le 17 septembre, avec 16 élèves. A la sortie de Noël, il en restait 13. Après le Jour de l'An, ils ont rouvert avec juste le double : 26 élèves, et deux autres sont ensuite venus s'y ajouter, de sorte que l'école compte actuellement 28 élèves, dont 9 seulement sont catholiques. Depuis l'arrivée du F. Marie-Raphaël, en fin janvier, la plus haute classe a été divisée en deux.

Au point de vue nationalité, les enfants sont très mêlés : il y a des Anglais, des Français, des Belges, des Suisses, des Turcs, des Canadiens de descendance japonaise, etc. des Portugais, des Espagnols, des Hollandais.

La première leçon, le matin, c'est le catéchisme que tout le monde étudie. Un enfant a fait sa première communion ; un autre se prépare au baptême.

Tous ces enfants, quelle que soit leur religion, semblent déjà très attachés aux Frères et animés du meilleur esprit.

Un Père Bénédictin et deux Frères de Saint-Jean de Dieu demeurent actuellement avec nos Frères. Le Père était déjà dans la maison avec les sœurs Bénédictines dont nous avons acheté la propriété. Il sert d'aumônier. Il parle allemand, anglais, français, coréen, japonais. C'est un savant.

Les deux Frères de Saint-Jean de Dieu étudient le japonais. Mais ils rendent d'innombrables services aux Frères. L'un d'entre eux est le cuisinier attitré, et prépare tous les repas. L'un et l'autre passent tout leur temps libre à travailler au jardin, ou à couper du bois de chauffage.

Ces Frères espèrent pouvoir ouvrir un sanatorium pour tuberculeux dans les environs de Kobe. Ils comptent recevoir deux ou trois Confrères en renfort, dans le courant do l'année.

Une école européenne au Japon a l'avantage de fournir une occupation immédiate aux Frères sortis de Chine, où ils avaient fait un travail semblable, et aussi celui de fournir une école catholique pour les enfants catholiques européens. Mais, en dernière analyse, pour que notre établissement au Japon soit stable, il faudra nous tourner vers l'élément indigène. Actuellement, la jeunesse japonaise e&t désireuse d'étudier dans les écoles tenues par des étrangers, surtout des Missionnaires ; elle y accourt de toutes parts et rien ne l'arrête, ni la difficulté du chemin, ni la distance à parcourir.

Et d'autre part, dès le début, il nous faudra songer au recrutement. Les Frères venant d'Europe ou même d'Amérique ne seront jamais qu'un petit nombre : il faudra donc nous recruter sur place. Mais le recrutement ne sera vraiment possible que dans les écoles japonaises. Il nous faudra donc tourner nos efforts vers des écoles indigènes et cela le plus tôt possible. Le moment actuel est favorable ; demain ce sera peut-être trop tard.

Mais cela demandera du personnel, et un capital…

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