Les Frères de Grenade

12/Oct/2010

On lira certainement avec plaisir le compte rendu suivant de la conduite qu'ont eue les Frères de Grenade, pendant les vacances de 1936, au début de la guerre civile d'Espagne.

Inutile de revenir sur ce qu'on sait du danger que courut un instant la ville. Elle faillit se voir enrôlée dan le camp Rouge par les manœuvres de son gouverneur militaire, qui, heureusement, fut remplacé à temps. La ville attribua à la sainte Vierge d'avoir échappé au péril.

Grenade, en effet est une cité mariale, dont Notre-Dame de las Angustias est la patronne. Elle se nomme parfois cité du Darro et du Genil, parce qu’elle se mire dans leurs eaux limpides, cité de l'Alhambra, en souvenir de son palais des rois maures, unique au monde, mais aussi, et c'est sûrement son plus beau titre, cité de la Vierge des Angustias.

Ses habitant, fiers de leur belle cité de 150.000 habitants et amoureux de leur petite patrie disent par manière de proverbe : « Qui n'a pas vu Grenade n'a rien vu ».

 

Grenade et la République. — Une bonne partie de la population avait reçu avec plaisir en 1931, la nouvelle de la proclamation de la République, tant on aime tout ce qui est nouveau, mais elle eut vite constaté que c'était un loup revêtu de peau de brebis.

Le vol, l'assassinat et l'incendie s'installèrent comme à demeure dans ses murs. Le nombre d'incendies d'églises, de couvents, de maisons particulières ou de fabriques dépassa le chiffre de cent en quelques années. Innombrables furent les émeutes, grèves, attroupements, perquisitions domiciliaires, coups de feu et autres attentats à la sûreté publique. Maintes fois la ville se trouva sans pain ou sans lumière. Le peuple grenadin en avait vraiment assez.

 

Le mouvement sauveur de juillet 1936. — Dès l'adhésion militaire du 19 juillet au soulèvement nationalcontre la tyrannie marxiste, toute la population saine, qui était la grande majorité, se mit á la disposition du Commandement militaire. Les Frères arrivèrent des premiers et l'un d'eux porte le numéro 34, dans les  listes. Nous savions bien que le moment était grave, car le parti marxiste était armé et prêt à tout, comme on le vit bien dans d'autres villes. Mais s'il avait triomphé c'étaient les intérêts de Dieu et du pays qui étaient sacrifiés. Il s'agissait d'une véritable croisade, nous devions donc être des croisés de la première heure et c'est ainsi que nous envisagions notre offrande, sans conditions, à ceux qui devaient sauver la religion et la Patrie.

 

Notre enrôlement. — Vu notre caractère de religieux, nous sollicitâmes cependant des chefs, entre les mains desquels nous nous remettions, des emplois en rapport avec notre profession. Notre demande. fut acceptée et le Réquété, en nous recevant à bras ouverts, nous confia les emplois dont nous allons dire un mot : service de liaison, radio et magasins.

 

Le service de liaison. — Ce service consistait à tenir en communication la ville avec les troupes du secteur. Il fallait chaque jour visiter les lignes y diriger la correspondance et tous les envois des familles aux soldats. Cartes, lettres, paquets de toutes sortes, soit d'habits, soit même de nourriture, dans les débuts, commissions à faire, envois d'argent, services divers, télégrammes, communications téléphoniques, étaient confiés au service de liaison. Fréquemment nous eûmes les délicates fonctions de la correspondance officielle et du paiement des soldes.

Dès le début, une commission avait organisé les envois au front de boissons et de vivres, allant jusqu'à mille litres de bière et 3.000 sandwiches. Il ne dura que quelques semaines, car l'organisation militaire fit ensuite face à tout, mais dans les commencements notre service fut indispensable.

Un autre genre de travail fut la récolte des offrandes d'or ou d'argent : médailles, montres, pendants d'oreilles, chaînes et autres objets de ce genre, recueillis jusque dans les villages environnants et qui nous étaient remis religieusement, par d'innombrables patriotes.

Nous n'oubliâmes pas d'adjoindre à notre travail celui de répandre des milliers de brochures religieuses, des images saintes, des scapulaires, des chapelets que les chefs, comme les soldats, recevaient avec le plus grand plaisir.

Rien n'était touchant comme de voir dans les villages, à l'arrivée de notre auto, les gens accourir en groupes parfois si compacts qu'il était difficile de se frayer un passage. On demandait avec avidité des images saintes et l'on priait tout haut.

Nous fûmes les premiers à organiser les messes pour les soldats que la néfaste république avait supprimées. La conséquence immédiate fut que la troupe se remit à fréquenter les sacrements et que les confessions et communions furent en honneur sur le front. Pour nous, nous récitions publiquement notre chapelet dans l'auto et nous pouvions dire, comme le V. P. Champagnat, que les voyages nous donnaient le temps de prier davantage. Nous n'avons pas manqué un seul jour de réciter notre office, malgré bien des dérangements, comme il est facile de le supposer.

Au total, ce service de liaison fut fait avec un tel zèle, à la fois religieux et patriotique et une telle exactitude que l'effet moral sur les troupes fut excellent. Les autorités militaires et civiles nous en remercièrent publiquement au milieu de l'applaudissement général, assurant que le Réquété de Grenade avait été bien mieux organisé que tous ceux des alentours.

La guerre monotone a bien aussi ses surprises et il y aurait ici bien des aventures à raconter. Un jour, c'est l'auto qui, en pleine nuit, dans une région déserte, ne veut plus avancer; un autre jour c'est notre brusque apparition au milieu d'un champ où les Rouges viennent d'enterrer leurs morts. Une fois c'est un avion ennemi qui nous aperçoit, s'abaisse sur nous nous envoie une bombe qui, heureusement, tombe à côté.

Un certain soir de septembre l'auto se trouvait à la station de Lojas, pour y attendre le train de Séville, dans lequel se trouvait le C. F. Michaélis. Ce dernier est tout surpris de voir un réquété qui lui baise respectueusement la main et l'invite à monter dans la machine. On hisse la valise, on arrive à l'Hôpital où les bonnes Sœurs Mercédaires l'entourent de soins et en route pour Grenade, à travers divers cantonnements où, au milieu de vivats et de chants patriotiques, notre Cher Frère Assistant est salué par notre armée.

 

Magasins et Radio. — Un autre service des premiers jours fut celui des magasins, où étaient recueillis les dons pour l'armée et les dons en argent. Ce service ne dura pas, car il passa bientôt à une autre direction.

Par contre les Frères se chargèrent du service de la radio, établie au Quartier de l'Artillerie. Jour et nuit ils furent à leur poste et assurèrent la correspondance et la capture des nouvelles amies ou ennemies dont l'Etat Major fit bon usage.

 

Épilogue. — Pendant les jours ignominieux de la république persécutrice les Frères Maristes de Grenade avaient eu leur maison assaillie, saccagée et incendiée. De nombreuses menaces écrites leur avaient été adressées, comme aussi des cris hostiles. Il avait fallu passer bien des nuits à veiller. Enfin, on avait pu tenir bon. Aussi, la guerre éclatant, nous avons offert de suite nos services qui ont été acceptés et l'on nous a vus, partout où nous pouvions nous rendre utiles, à pied ou en auto, dans les magasins ou hissés sur un camion. Ce qui nous a soutenus, c'est notre fidélité à notre vie religieuse.

Plus d'une fois nous sommes rentrés bien après minuit et sommes allés nous coucher sans souper pour pouvoir communier quelques heures après.

A la fin des vacances bien employées, comme on peut le supposer, les autorités ordonnèrent que les Maîtres, ainsi volontairement mobilisés, retourneraient à leurs classes et nous avons eu le bonheur de retrouver nos chers enfants et; en plus, les cordiales manifestations de sincère affection des autorités, des chefs militaires, de la troupe et de la population tout entière.

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