Les jeunes et la vie religieuse

Roman BLEISTEIN

21/Jun/2010

A l'invitation des Conseils des Congrégations religieuses du diocèse de Munster, RFA, s'est tenu, les 8 et 9 novembre 1980, dans le couvent de Gerleve, une session sur le thème: « Les jeunes et la vie religieuse ». Les douze propositions suivantes résument les idées les plus importantes émises durant ces journées fréquentées par des représentants de la plupart des congrégations.

1 — Dans les différentes congrégations le souci, parfois fiévreux, d'assurer la relève n'est pas négligeable. La détermination de faire face à tous les problèmes posés par une bonne relève ne l'est pas moins. Cet effort est poursuivi sans ménager ni la forme concrète des différentes congrégations par la critique, ni le style de vie quelque peu bourgeois revendiqué par les uns, dénoncé par les autres.

2 — On réalise, en même temps, qu'en général, le jeune chrétien d'aujourd'hui n'est que dans de rares cas prêt à se décider pour une forme de vie religieuse. Les raisons que l'on peut en retenir sont:

a) – la carence de l'éducation religieuse en famille qui n'entraîne plus à la pratique chrétienne et n'apprend plus les gestes à signification religieuse;

b) – le pluralisme des valeurs officielles et la polarisation qui en résulte à l'intérieur de l'Eglise où les normes, les valeurs et les vérités ne sont plus acceptées spontanément comme telles;

c) – la faible résistance des jeunes devant l'épreuve, comprenant par là tout ce que l'on met aujourd'hui sous le mot: narcissisme ou vulnérabilité du moi, ce qui ne les empêche pas en même temps d'élever des revendications et d'avoir des idéaux exigeants.

 

3 —-Ce n'est pas d'abord la participation des jeunes à des manifestations de masse, comme des rassemblements chrétiens, des festivals ou des randonnées, mais bien plus l'engagement dans des actions sociales et la participation, parfois pour une durée prolongée, à des séances de méditation, de formation religieuse plus poussée d'information sur l'Eglise et les Ordres religieux, voire à des rencontres de communautés religieuses qui donneront l'espoir de réussir à rejoindre de nouveau ces jeunes. Peut-être même est-il à propos de parler, mais avec des nuances, d'un renouveau religieux chez les jeunes.

4 — Il est nécessaire, dans cette situation, que les congrégations religieuses aillent vers les jeunes. Mais elles ne devraient le faire que sous deux conditions: a) – qu'elles aient conscience de le faire pour rendre service à l'Eglise et non pas d'abord pour leur propre intérêt, car l'Eglise en général doit, plus qu'elle ne le fait jusqu'à présent, se sentir responsable de ses religieux; b) – qu'elles s'engagent à le faire pour aider la foi des jeunes et non pas d'abord dans la perspective, d'ailleurs à proscrire, de recueillir absolument, fût-ce par la contrainte, de nouvelles vocations. La conséquence en est qu'en ce domaine l'action des congrégations doit être comprise avant tout comme une pastorale des jeunes, c'est-à-dire comme un service désintéressé de l'Eglise en faveur du salut des jeunes.

5 — Ce service, compris dans la pastorale des jeunes, ne devrait pas être planifié seulement dans le programme de l'organisme diocésain pour « les vocations de l'Eglise », mais également dans celui des autres organismes qui s'occupent des jeunes. Ces derniers devraient être gagnés ou regagnés à cette coopération. De la même manière que l'organisme diocésain pour le service des jeunes aide de ses conseils les objecteurs de conscience et les toxicomanes, il devrait aussi concevoir comme allant de soi d'aider les jeunes qui cherchent à vivre la radicalité de l'Evangile, c'est-à-dire les accompagner dans la recherche et la décision.

6 — Avant que les communautés religieuses elles-mêmes fassent des propositions concrètes aux jeunes, il serait nécessaire de faire prendre conscience à tous leurs membres qu'ils sont éveilleurs par leur existence même. Or, « être-éveilleur » est plus important que « faire-du-recrutement ». Par là toutes les congrégations sont provoquées à témoigner d'une spiritualité bien marquée selon leur règle, ainsi qu'à maintenir vivante la vie communautaire. Ce sont justement ces deux choses qu'attendent les jeunes engagés d'aujourd'hui, savoir: une spiritualité moderne et une communauté vivante offrant même une certaine intimité.

7 — Quand, dans les différentes congrégations, quelques membres sont libérés pour la pastorale des vocations dans le sens précisé ci-dessus, ils ne seront réduits à servir ni d'alibi, ni de fausse décharge pour les autres, si tous sont disponibles à consacrer du temps aux jeunes recherchants, les accompagnant durant des années s'il le faut, par des conseils spirituels et le discernement.

8 — La tâche d'une telle personne de contact serait avant tout de rappeler sans cesse à la communauté la nécessaire sensibilisation pour les jeunes, d'entretenir des relations personnelles avec certains jeunes et d'organiser sur le thème de la vocation des réunions d'information ou des rencontres en fin de semaine. Une certaine réforme de la communauté peut en résulter d'autant plus rapidement que le dialogue avec les jeunes sera plus soutenu et que chaque rencontre se déroulera dans un climat de prière.

9 — Dans ce travail de l'éveil des vocations l'on motiverait à peine les jeunes en les abordant avec des arguments tels que: « sinon notre communauté va s'éteindre ». Il vaudrait mieux leur montrer combien l'on se sent heureux de parcourir le chemin du salut dans le sillage tracé par les Conseils évangéliques; heureux, parce que porté par Dieu, et parce qu'on se donne soi-même en s'engageant pour les autres. Plus un tel témoignage sera confirmé par l'expérience concrète acquise en fréquentant la communauté, meilleur ce sera.

10 — Bien que ce ne soit pas dénué de sens que d'orienter un jeune déjà dès l'âge de 16 ans vers une vocation religieuse, ce serait vraisemblablement faire preuve d'irresponsabilité que de souhaiter ou de réclamer une décision valable et définitive à ce stade de maturité. Les exceptions ne peuvent que confirmer la règle. Le danger d'une décision trop précoce réside en ce que le jeune perde avec les exigences de cet état de vie trop ardemment souhaité, le plus souvent aussi la foi.

11 — En général, toutes les congrégations devraient être attentives au profil qu'elles se donnent et aux appels de ce temps. Les congrégations masculines ne devraient pas indistinctement se laisser intégrer dans la pastorale générale des paroisses. Les Instituts voués aux soins des malades devraient réfléchir s'il ne leur faudrait pas aussi s'occuper d'hôpitaux pour drogués, cancéreux, paraplégiques ou les créer, car à côté des soins nécessaires et pénibles en vue de la guérison ou de l'acceptation de la souffrance, ceux-là demandent aussi des réponses significatives de christianisme et d'acceptation. C'est justement là qu'on pourrait faire accepter le témoignage d'une radicalité chrétiennement vécue. Les congrégations enseignantes devraient réfléchir si une autre école, basée sur l'image de l'homme chrétien, n'interdit pas un alignement souvent exagéré de nos jours sur l'école officielle ouverte à tous. Elles devraient épuiser davantage les possibilités qu'offrent les programmes et les planifications proposés par les ministères de l'éducation pour donner une éducation plus spécifiquement chrétienne. Les ordres contemplatifs devraient voir comment leur existence qui n'est pas seulement un signe de l'expiation salutaire, peut aussi devenir un stimulant pour la pratique de la solidarité chrétienne, par exemple en faisant participer des laïcs à leur vie de tous les jours.

Vue dans une perspective plus large, une telle réorientation peut compenser le caractère aujourd'hui perdu qu'avaient ces ordres d'être des agents de la promotion sociale; elle peut aussi conduire à une rencontre plus large entre jeunes et religieux, ce qui, pour autant qu'on puisse en juger, ne réussit guère jusqu'à présent avec la manière de faire habituelle des institutions. L'alternative fascine les jeunes.

12 — Les Congrégations religieuses sont l'avenir au présent, car en elles des signes rendent tangible que l'Eglise, comme nouveau peuple de Dieu, vit dans les derniers temps. Plus les congrégations feront apparaître ce futur, et plus elles provoqueront des jeunes, c'est-à-dire, les attireront hors de la société de consommation et de l'embourgeoisement.

A travers ces douze propositions, il apparaît directement qu'une pastorale des vocations particulière n'est ni significative, ni convenable. Tout souci de relève devrait s'intégrer dans les institutions de pastorale des jeunes actuellement existantes et concourir à gonfler plutôt les ressources spirituelles de notre pays. Des jeunes pourront alors se déterminer plus facilement pour une vocation religieuse, surtout si des communautés engagées s'ouvrent pour offrir aux jeunes des espaces où leur vie spirituelle pourra s'épanouir.

Roman BLEISTEIN, Munich.

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