Les Tiers Ordre de Marie

Père Haour

08/Apr/2010

Le Révérend Père Haour, Assistant Général de la Société de Marie, nous fait le grand honneur d'offrir aux lecteurs du Bulletin de l'Institut des Petits Frères de Marie l'article sur le Tiers-Ordre de Marie que tous liront avec un vif intérêt.

En cette année mariale, où nous nous efforçons de faire connaître, aimer et imiter plus intensément Notre-Dame par nos élèves actuels et aussi par nos anciens qui font partie des Amicales ou des Associations de Pères de famille, il semble que nous devions accueillir les suggestions du Révérend Père non seulement avec une religieuse sympathie, mais avec la résolution d'examiner sérieusement quelles possibilités d'organisation de Fraternités du Tiers Ordre de Marie existent dans nos établissements scolaires pour grouper les anciens élèves. Des renseignements supplémentaires seront à demander.

 

Le Tiers-Ordre de Marie

« Des Pères, des Frères, des Sœurs, un Tiers-Ordre ! mais ça ne marchera pas, s'était écrié le Cardinal Castra-cane, chargé d'examiner le projet que le Père Colin venait soumettre à Rome. Il est trop lourd ce char à quatre roues ! »

Et le Cardinal conseilla la séparation.

Qu'aurait-il dit s'il avait pu prévoir à quel point ces roues seraient inégales ?

Il reste que le Tiers-Ordre figurait déjà dans la toute première esquisse de notre famille mariste.

En fut-il question dans les conversations qui s'échangeaient entre séminaristes sur la cour du Grand Séminaire de Lyon quand l'abbé Colin et l'abbé Champagnat déambulaient au coude à coude ? On ne saurait le dire.

Du moins fut-il certainement mentionné dans les mystérieuses communications de Cerdon. Si la Sainte Vierge a parlé, elle a parlé du Tiers-Ordre ; si elle s'est contentée de suggérer, elle a suggéré le Tiers-Ordre, car dès cette époque, il est toujours lié à la Société dans la pensée du Fondateur.

Durant le premier voyage à Rome, en 1833, le Père déposait à son sujet une supplique qu'on voit encore aux archives de la Sacrée Congrégation. Ce n'est pas sans émotion qu'on y trouve, à côté de la signature du P. Colin, celle de son compagnon de voyage, le P. Chanel, que l'Église s'apprête à canoniser. En rentrant, le P. Colin rapportait trois brefs signés de Grégoire XVI, à l'intention des premiers Tertiaires de Belley.

C'est donc bien le P. Colin qui a voulu le T. O. M. et c'est à Belley qu'il en jeta les fondements.

Mais c'est à Lyon surtout qu'on devait commencer à l'organiser.

Les premiers essais n'avaient pas été brillants. Aussi le Fondateur, absorbé par d'autres tâches, implorait-il souvent le Ciel de lui faire trouver l'homme de foi et de zèle qui pourrait lancer cette œuvre.

Il allait être exaucé au delà de ses espérances. Le Ciel lui envoyait le P. Eymard, âme de feu, organisateur habile, prédicateur entraînant, excellent directeur. Il aurait plus à le retenir qu'à le stimuler.

C'est en 1845 qu'il lui confiait le Tiers-Ordre. Trois ans après avaient surgi des Fraternités pour tous les âges et toutes les conditions : Dames et Jeunes Filles. Jeunes Gens et Messieurs, personnes de service et gens du monde.

Le nouveau directeur avait jugé du premier coup d'œil le merveilleux instrument qu'on venait de mettre entre ses mains. Il s'enthousiasmait : « Pour le Tiers-Ordre, rien ne me coûte, rien ne me rebute. J'aime tout ce qui lui appartient et je l'aime d'un amour de prédilection… Je voudrais travailler à l'étendre partout ».

La bénédiction de Dieu était sur cette œuvre. Elle n'avait pas cinq ans d'existence que l'approbation pontificale lui venait avant même qu'on eût songé à la solliciter. Un intermédiaire bienveillant à qui on avait demandé d'obtenir de Rome de nouvelles indulgences avait pensé bien faire en demandant d'abord l'approbation.

Pie IX s'était montré si favorable que pour gagner du temps il avait confié directement l'affaire au Cardinal de Bonald, Archevêque de Lyon et, par rescrit du 8 septembre 1850, il lui avait délégué ses pouvoirs pour délivrer l'approbation s'il la jugeait opportune.

L'Archevêque, depuis longtemps au courant des progrès de l'œuvre et du bien réalisé, n'hésita pas et, le 8 décembre 1850, en vertu des pouvoirs qu'il tenait du Saint-Siège, conféra l'existence canonique au Tiers-Ordre de Marie.

Mais le temps approchait où le zèle du P. Eymard allait s'exercer sur un autre théâtre qui le conduirait aux honneurs des autels. Avant son départ, il avait cependant la joie, le 8 décembre 1856, de recevoir dans le Tiers-Ordre le saint curé d'Ars et aussi de rédiger la Règle que le Cardinal de Lyon promulguait officiellement le 31 mai 1857.

Est-il beaucoup d'œuvres qui puissent présenter d'aussi beaux titres nobiliaires ? Le Vénérable P. Colin, le futur saint Pierre Chanel, peut-être le Vénérable Champagnat, car on signale une visite des tout premiers Tertiaires à l'Hermitage. Le Bienheureux Eymard, le curé d'Ars, Pie IX dont on parle d'introduire la Cause, cela fait beaucoup d'auréoles autour d'un berceau. Quelle meilleure recommandation pour une œuvre de sanctification ?

* *

Un Tiers-Ordre, le mot l'indique, est un moyen de participer à la vie d'un Ordre. On participe à la vie franciscaine, à la vie dominicaine, à la vie bénédictine, à la vie carmélitaine, pourquoi ne pourrait-on pas participer à la vie mariste ? Pourquoi n'y aurait-il pas un Tiers-Ordre de Marie ?

On objecte : les Maristes ne sont pas un Ordre, il ne peut donc y avoir de Tiers-Ordre. Littéralement c'est exact, mais n'est-ce pas le lieu d'appliquer la maxime de l'Écriture : « l'esprit vivifie ce que la lettre tue» ? (II Cor. III, 6) Ainsi l'a compris le Pape Pie 1X, ainsi l'a entendu la Congrégation des Rites quand ils ont employé ce terme dans plusieurs documents officiels.

Il faut le reconnaître, en tout cas, — à ce mot près dont il faut bien user puisqu'il n'y en a pas d'autre — le Tiers-Ordre Mariste réalise toutes les conditions posées par le Droit Canon.

Il est « une Association de chrétiens vivant dans le monde qui, sous la juridiction et sous l’influence (d'une famille religieuse) s'efforcent de tendre à la perfection chrétienne, selon une règle adaptée à leur état de vie séculière et approuvée par le Saint-Siège Apostolique. » (Can. 702, § 1)

Cette définition qui indique de façon si précise quelle est l'essence d'un Tiers-Ordre montre à quel point il transcende les simples confréries ou congrégations pieuses.

Un Tiers-Ordre n'a pas pour but d'honorer un saint Patron

Ou de promouvoir telle ou telle dévotion.

Un Tiers-Ordre tient école de perfection.

On y entre pour travailler à son avancement spirituel dans un sens déterminé et par des moyens appropriés.

Quel sera l'idéal proposé par le Tiers-Ordre de Marie ? Il est facile de le conjecturer. Ce ne peut être que la perfection même de Marie. Les moyens seront ceux qu'emploie la famille mariste. Un mot les résume : l'imitation.

Dans un article sur Marie, Reine de la Vie Religieuse, le Père Monnier-Vinard, S. J., a révélé que sur 150 Congrégations environ spécialement vouées à la sainte Vierge, trois ou quatre seulement, en dehors du groupe mariste, faisaient une place à l'imitation et il concluait : « Il faut arriver au Père Colin pour trouver pleinement réalisé ce culte d'imitation qui identifie l'âme avec Marie1 ».

Il s'agit donc bien d'un trait distinctif, d'un caractère propre, d'une spiritualité particulière et, comme dit le Manuel d'une « nouvelle voie de sanctification ».

Tout Mariste sait en quoi elle consiste : prendre Marie pour modèle, l'avoir sans cesse sous les yeux, davantage encore dans la pensée et dans le cœur ; regarder moins l'extérieur, si révélateur soit-il, que l'intérieur ; scruter l'âme de Marie, ses dispositions, ses intentions, ses vertus ; s'éprendre pour elle d'admiration et d'envie ; s'assimiler son esprit pour arriver à « penser comme elle, à parler comme elle, à agir comme elle, à vivre pour ainsi dire de sa vie ». Pourrait-on concevoir un plus bel idéal ? — Jésus ? Mais Marie n'est-elle pas la copie la plus fidèle de Jésus ? La grâce qui la préparait à devenir sa Mère ; l'amour du Fils qui ambitionnait pour cette mère la plus haute perfection possible ; son ardent désir à elle de ressembler à son divin Fils nous en sont garants.

En suivant Marie, c'est Jésus que l'on suit ; en imitant Marie, c'est la perfection même de Jésus à laquelle on tend et en réalité n'est-ce pas Jésus que nous aimons en Marie ?

Marie a rapproché de nous cette divine perfection. Elle l'a traduite pour nous et nous a montré ce qu'une enfant des hommes pouvait en retenir. Aucune créature ne réalisera jamais plus complètement l'étonnante injonction divine : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

C'est Marie qui nous montre comment nous devons l'entendre.

L'Encyclique « Fulgens corona » ne nous assigne pas d'autre programme de perfection que de « conformer le plus possible nos vies aux exemples de la Vierge » et elle ajoute que la plus douce joie de notre Mère est de voir ses enfants « reproduire sa physionomie spirituelle dans leurs pensées, leurs paroles et leurs actes ».

C'est exactement ce que nous proposent nos fondateurs. Ce programme ils l'ont depuis longtemps vécu et ils ont reçu mission d'appeler d'autres âmes à le vivre.

Soucieux de les y aider, ils se sont proposé de leur en indiquer les moyens. Pour nous permettre de mieux connaître Marie, ils nous ont conviés à Nazareth, là où elle a passé la majeure partie de son existence, là où elle apparaît plus proche de nous, partageant avec son divin Fils cette vie du grand nombre, régulière, monotone, cette vie qu'on dit volontiers terre à terre et qui est la plus représentative de notre condition humaine. C'est là sans aucun doute que nous pourrons le mieux dégager les vertus qu'elle laisse paraître, celles, sans aucun doute encore, dont nous avons le plus besoin.

Le Père Colin et le Père Champagnat y discernent ce trait majeur de l'humilité sur lequel l'auteur du premier article du Bulletin de janvier appuyait si fortement et si justement.

L'humilité est à la vie mariste ce que la pauvreté est à la vie franciscaine, ce que le zèle est à la vie dominicaine. Humilité sincère, profonde, fruit de la conviction de notre néant de créature et cependant humilité calme, mesurée, se défendant de tout excès qui deviendrait ostentatoire, donnant sa préférence au nivellement d'une vie simple et cachée qui nous maintient dans l'obscurité.

C'est cette humilité qui a permis les abaissements et les renoncements de Nazareth. C'est ce vide de toute préoccupation humaine et personnelle assurant l'élan de l'âme vers Dieu qui a réalisé l'union admirable et le zèle si pur de Marie. Humilité, Abnégation, Charité ardente envers Dieu et envers le prochain, telles sont les vertus spécialement proposées aux Tertiaires. Ils viennent apprendre à l'exemple de Marie, à l'école de Nazareth, ces vertus fondamentales qui seront la base d'un édifice solide de perfection. Ainsi dégagés du monde et d'eux-mêmes ils pourront aspirer à un plus fervent amour de Dieu et, en s'éprenant de sa gloire, ils seront armés pour l'action.

Le Pape faisait récemment l'éloge des « Congrégations Mariales », leur savait gré de « respecter l'ordre des valeurs chrétiennes en mettant avant tout la vie intérieure : vie de prière et de combat spirituel sous le regard de Marie Immaculée, disait-il, vie d'obéissance et d'humilité, vie d'allégresse et de charité, l'action ne devant être que le débordement d'une vie intérieure intense2 ».

Voilà, précisément ce qu'offre à ses Tertiaires cette Congrégation Mariale par excellence qui porte le nom de Tiers-Ordre de Marie.

Les pratiques n'y ont que peu de place, précieux avantage dans notre siècle de fiévreuse activité et de vies surchargées. Pas de mortifications spéciales, si ce n'est l'éloigné ment des réunions mondaines ou des délassements qui pourraient être des occasions de péché.

Pas de prières surérogatoires si ce n'est cette suave habitude des trois Ave Maria au lever et au coucher où se retrouvent matin et soir tous les Maristes du monde entier et que l'on accompagne dans la journée d'un peu de chapelet, une dizaine au moins.

Au lieu d'un Office trop souvent murmuré sans attention, une courte méditation ou une lecture méditée qui oblige à rentrer en soi-même, à prendre contact avec Dieu, à se former à la réflexion et à nourrir sa vie intérieure.

Tous les mois une réunion permet à la Fraternité de s'imprégner de l'esprit qui doit l'animer, à chacun de profiter de l'édification mutuelle auprès des frères qui partagent le même idéal.

On juge du réconfort que peut apporter à des âmes vivant dans le monde cette vie du Tiers-Ordre de Marie. Ce n'est pas seulement la persévérance assurée, c'est une montée entreprise qui peut conduire très haut.

Le T. O. M. n'apparait-il pas comme le prolongement et l'aboutissement logiques de nos Congrégations de Collège ?

S'il peut difficilement se présenter à nos jeunes élèves, en raison de son caractère d'engagement, il semble bien qu'il puisse être le havre que nous cherchons pour eux, au sortir du Collège et à leur entrée dans la vie. Il le peut d'autant mieux qu'il s'adresse aussi aux jeunes ménages et à quelque membre de la famille que ce soit.

Ce sont nos anciens eux-mêmes qui appellent.

En rendant compte d'une enquête captivante sur l'efficacité de la formation religieuse reçue au collège, le Cher Frère Sébastiani écrivait dans le dernier Bulletin : « Ils n'ont pas manqué ceux qui nous demandent que nous ayons davantage foi en leurs aptitudes pour la vie spirituelle et que nous cultivions avec soin ces saintes aspirations ».

Certains ne craignaient pas, en effet, de revendiquer leur droit à la sainteté en vertu de l'appel lancé sur la Montagne à tous les chrétiens et demandaient qu'on leur en ouvrît l'accès.

D'autres, avec une délicatesse où perçait l'estime qu'ils avaient pour leurs maîtres, suggéraient de façon plus précise encore : « Pourquoi ne pas faire participer le plus largement possible vos élèves aux trésors de votre vie religieuse » ?

C'est à ce désir, c'est à ce besoin que répond un Tiers-Ordre. Il permet d'utiliser les méthodes, les traditions, de partager l'idéal, de bénéficier des prières et des mérites d'un Ordre ou d'une Congrégation. Il est un chemin tout tracé, une voie déjà frayée par des générations d'âmes généreuses, par des saints authentiques. C'est un moyen de gravir les cimes, une ouverture sur le Ciel, une garantie d'y parvenir si l'on est fidèle.

Ce qui est vrai de tous les Tiers-Ordres l'est aussi du Tiers-Ordre Mariste.

Il présente un attrait particulier pour nos anciens, heureux de retrouver l'atmosphère mariale dans laquelle s'est écoulée leur enfance, mais à nous leurs Pères et leurs Frères, il donne la consolation de poursuivre auprès d'eux tout le long de la vie cette formation religieuse et mariste qui correspond à notre vocation. C'est bien là que la réflexion de votre enquêteur prend toute sa valeur : « La méthode, qui s'est révélée efficace pour les chefs, ne le serait-elle pas pour la formation des soldats ? »

Moyen pour les fidèles de participer à la vie d'une famille religieuse, un Tiers-Ordre est corrélativement pour cette famille religieuse un moyen d'étendre son rayonnement. Nous ne l'avons peut-être pas compris assez jusqu'ici. Le jour où les Pères, les Frères et les Sœurs auront à cœur dans chaque maison de prolonger leur action par une Fraternité Tertiaire, la famille mariste aura considérablement accru sa zone d'influence et son rendement apostolique.

Le vœu du Père Colin, en tout cas, de voir ce Tiers-Ordre répandu par toute la terre pour « donner Marie au monde et le monde à Marie » sera bien près de se réaliser.

Enfin, on peut dire que les Pères, les Frères et les Sœurs auront trouvé le moyen de resserrer leur union. En s'appliquant à une œuvre commune, ils auront senti s'affirmer chaque jour davantage leur âme commune.

Ph. Haour,

Directeur Général du T. O. M.

 

Renseignements auprès des Directeurs Provinciaux : France : R. P. Guichard, 3, rue Cléberg, Lyon et R. P. Martin, 6, rue Jean-Ferrandi, Paris (6«). Angleterre : R. Fr. Cissidy, larisi-College, Cottingham Road, Hull, Yorks. Irlande : R. Fr. Rayes, Mount St-Mary's Milltown, Dublin, S. 4. Amérique : R. P. Forestier. Bon Secours Hospital, Met-liuen, Mass. t". S. A. Australie : R. Fr. Hareombe .1. 13". Harrington Sydney, N. S. W. Nouvelle-7f.i.ande : R. Fr. Spillane, St Mary's, 17 Boulcott St-Wellington. C. I. Italie : R. P. Bardessono, 14 b. Via Cernala, Roma. Allemagne : R. P. Lauxtermann, Maristen Kloster, Jürgon Wullenwenerotr. 8 (24 a) Lübeck-Marli. Hollande : R. P. Beyersbergen, St-Olaf, Glanerbrug. Auprès des supérieurs des maisons de la Société en d'autres régions.

______________________________

1 Revue du Recrutement Sacerdotal, mai 1931.

2 Allocution du 20 juillet 1953, aux Congréganistes de Rennes.

 

RETOUR

A propos de la formation religieuse de nos gr...

SUIVANT

Frère André-Gabriel, Provincial de Chine...