Les ?uvres maristes en Hollande (suite)

F. E.-V.

18/May/2010

Au mois d'août 1945, le F. Provincial de Belgique envoie F. Pierre-Berchmans à la Maison Généralice de Saint-Genis-Laval afin d'y délibérer avec les Supérieurs majeurs sur l'éventuelle création d'un pensionnat à Azelo.

Avant de rien décider, on convient que le Frère contactera les autorités civiles et ecclésiastiques concernées.

Une première visite est rendue aux Frères d'Utrecht. Ceux-ci opinent en faveur d'un pensionnat qui dispenserait un enseignement appelé U.L.O., abréviation pour désigner une sorte de cours complémentaire qui prépare aux écoles secondaires ou techniques.

Son Em. le Cardinal Jong, contacté à son tour, veut bien accorder l'autorisation, mais à la condition qu'on n'y acceptera que des internes et que l'on ne s'occupera que d'enseignement.

A la suite de ces démarches, F. Pierre-Berchmans reçoit la direction du futur pensionnat. Les Frères allemands réintègrent la Bavière et il ne reste en Hollande que trois Frères Maristes, deux Flamands et un Hollandais pour entreprendre cette œuvre, c'est-à-dire la transformation et l'équipement du chalet et de ses dépendances en internat. Il ne reste en caisse que 5 000 florins.

M. Braakhuis, entrepreneur de l'endroit, propose aux Frères l'acquisition d'une ancienne baraque de scouts, propriété de la paroisse voisine de Borne. M. l'abbé Frank, curé de cette paroisse, se déclare favorable en principe, mais fait remarquer qu'il faut au préalable s'entendre avec le conseil de fabrique. Ce conseil y consent rapidement, grâce aux bons services de M. Braakhuis qui en fait partie. Deux jours après, la baraque, émigrée en pièces détachées vers Azelo. Un nettoyage à fond la convertit en dortoir pour pensionnaires.

 

Un pensionnat lilliputien.

La petite chapelle du chalet, mesurant 7 mètres sur 5, servira de local de classe pour 36 élèves; une chambre de 8 mètres sur 6 deviendra dortoir; la mansarde sera la chapelle et le petit grenier recevra quatre lits. Dans la baraque on hébergera 30 élèves et 3 Frères. A partir du bois provenant du démontage du mobilier apporté d'Allemagne, on fabrique les meubles du futur pensionnat: tables, bancs, tabourets, etc. …

Bref, voici le tableau du nouvel internat: le réfectoire pour 36 élèves, 5 m. sur 3; la salle d'étude et de récréation, 5 m. sur 4; le salon, simultanément parloir, 3,5 m. sur 2,5 m; la chambre du Directeur, 5 m. sur 4; la baraque, dortoir pour 36 élèves et deux Frères, 15 m. sur 8. J'allais oublier de mentionner la cour de récréation: 30 m. sur 15.

On engagea un domestique qui tint le coup pendant un mois. Une brave vieille personne veut bien se dévouer bénévolement pour faire la cuisine pendant deux ou trois semaines, en attendant l'arrivée d'un Frère cuisinier qu'on a promis mais qui n'arrive pas. Quelques jeunes filles s'engagent alors à assurer, gratis pro Deo, la tenue du ménage jusqu'au nouvel an.

On est en septembre 1945. Une annonce est insérée dans les journaux du pays. Un examen d'admission aura lieu à la date du 25 octobre, après quoi, les cours commenceront le 3 novembre.

De tous les côtés de la Hollande arrivent des demandes d'admission, plus d'une centaine en tout. Passe entre-temps le F. Provincial de Belgique. Sans perdre son sérieux, il promet de rédiger un rapport favorable sur la situation et de l'envoyer à qui de droit. Il promet aussi un renfort qui malheureusement se fait longtemps attendre. Les braves Frères d'Azelo s'obstinent cependant à poursuivre leurs efforts pour être prêts à la date fixée.

Arrive le 25 octobre, jours fatidique, pluvieux comme pas un. Une soixantaine de garçons accompagnés de leurs parents envahissent les lieux, et, abrités tant bien que mal sous leurs amples parapluies, font patiemment la file devant le bureau du F. Directeur. Ils ne se plaignent pas, habitués qu'ils sont aux queues du ravitaillement du temps de guerre qui vient de s'écouler.

Les annales de la maison sont muettes en ce qui concerne les premières impressions des parents et de leurs enfants, face à ce nouveau pensionnat.

Un exercice portant sur la langue maternelle et sur le calcul permet aux Frères de sélectionner parmi les candidats les 36 privilégiés que l'on pourra admettre.

Le 3 novembre, jour de l'ouverture, on se met à l'œuvre. M. Thielen, de nationalité hollandaise, est nommé titulaire de l'établissement. Quelques amis sont là pour encourager les Frères. La baraque, mise en couleur, n’est pas encore sèche. Une pancarte sur la porte en avertit les passants.

C'est le début de temps héroïques; trois Frères pour 36 pensionnaires et trois jeunes filles pour faire le ménage. Aucun renfort ne s'annonce et les caisses sont vides.

Mais ce ne sont pas là les seuls soucis des Frères. La teigne se met dans le troupeau qui loge dans la baraque, tandis que les puces et les punaises y mènent une vie telle qu'il faut littéralement couvrir les parois et le plancher d'une épaisse couche de DDT. Ce n'est pas encore tout: rats et souris s'introduisent dans les lieux pour trouver dans les armoires de quoi construire leurs nids. Les froids de l'hiver se font bientôt sentir cruellement, ce qui oblige à installer dans la baraque un poêle, afin d'empêcher l'eau des bassins de geler, quitte à risquer de trouver un jour les dormeurs asphyxiés.

Au début de l'année 1946, les Frères reçoivent la visite du R. P. Bottier. Rédemptoriste, qui, par ses attitudes trop paternalistes, amène la rupture des relations entre Pères et Frères. Il vient leur offrir l'acquisition d'une propriété dénommée « De Close », située à Lochen, à quelques kilomètres d'Azelo. Le F. Visiteur vient voir, examine et ne peut accepter.

On décide alors de bâtir sur place. De concert avec M. Braakhuis, on élabore des plans de construction, un édifice qui reviendrait à 75 000 florins. Ces plans sont introduits auprès du Département de la Reconstruction et présentés comme urgents, mais les difficultés s'accumulent et remettent tout en question. Tout est à recommencer. On se contente pour le moment de bâtir un dortoir: bâtiment en béton armé, sans étage, long de 80 mètres et large de 10 m. Des transformations sont également réalisées au cours des vacances, dans les locaux préexistants et le mobilier est complété et amélioré. On couvre aussi de dalles une superficie de 1.000 m² le long du nouveau dortoir, afin d'avoir une cour de récréation praticable en tout temps. A la rentrée, 85 élèves se présentent pour deux classes. C'est beaucoup. Aux bons services de M. Thielen s'ajoutent ceux de M. Van de Berg qui actuellement remplit la charge de directeur officiel de notre pensionnat de Nimègue.

La communauté reçoit bientôt du renfort. La Belgique envoie cinq Frères, ce qui améliore sensiblement la situation. On respire enfin, bien que ce ne soit pas encore parfait. On fait des plans mirifiques pour l'avenir, projetant la construction d'un édifice pour 500 pensionnaires, mais ce projet doit être renvoyé à des temps plus propices.

Les Frères ne pensent pas pourtant qu'aux questions matérielles; ils n'oublient pas celle primordiale du recrutement; avec l'autorisation de Son Eminence, un juvénat est ouvert sur place, les juvénistes fréquentant les cours avec les pensionnaires.

Le collège d'Azelo comptait, en 1965, 215 élèves; tous internes. Les juvénistes étaient 7; tous anciens du collège. Il a donné jusqu'à ce jour 4 prêtres et 10 Frères Maristes.

 

Nimègue.

On avait senti rapidement le besoin d'avoir en Hollande une seconde fondation. Le F. Berchmans reçut l'invitation de chercher un endroit propice à cet effet. Il ne tarda pas à le découvrir.

Quelques années auparavant, les Frères de la Charité de Gand avaient acquis aux abords de Nimègue, une magnifique propriété de 12 hectares, longue de plus de 500 mètres.

Dans la villa et ses diverses dépendances, ils avaient ouvert une école pour enfants débiles ou handicapés physiquement. L'institution n'eut guère de succès, suite à quoi ils voulaient s'en défaire. Nous en fîmes l'acquisition dans des conditions fort avantageuses. Ce fut là une véritable aubaine pour nous, car, humainement parlant, on n'aurait pas pu trouver mieux. Ladite propriété est, en effet, située en bordure de la ville, proche de l'université catholique, de l'école normale, également catholique, ainsi que de diverses institutions religieuses, parmi lesquelles le « Canisius Collège » des Jésuites, et cependant parfaitement à l'abri du brouhaha de la ville, sur une colline cachée dans des bois de pins, de sapins et d'autres essences conifères. Et malgré cela, d'un accès facile, puisque desservie par une ligne de trolleybus qui conduit en quelques minutes à la gare et au cœur de la ville.

 

Un peu d'histoire.

Cette villa a son histoire. Elle était, au siècle dernier, la propriété d'un riche rentier qui ne tolérait aucun étranger dans son domaine. Les divers sentiers reçurent les noms de son épouse et de ses filles; c'est ainsi que la route qui actuellement borde le collège des Frères s'appelle Sophiaweg.

La villa passa ensuite entre différentes mains et, en 1940, elle fut le siège de troupes d'occupation qui la laissèrent en piteux état. Elle devint alors le bien des Frères de la Charité.

 

Le collège des Frères Maristes.

Nos Frères arrivèrent à Nimègue en août 1952. Ils s'installèrent d'abord dans la maison du jardinier, car les Frères de la Charité n'avaient pas encore abandonné la villa.

On pensa immédiatement à l'ouverture d'une école du genre de celle d'Azelo. M. J. Van den Bergen en devint le directeur officiel, fonction qu'il remplit encore à la plus grande satisfaction de tous.

 

C'est en 1952 que les Frères de la Charité quittèrent Nimègue, et nos Frères purent prendre possession de la villa et préparer la prochaine ouverture du pensionnat. Elle eut lieu au début de cette année-là avec 27 élèves, répartis en deux classes. En fin d'année, leur nombre était monté à 38. Pour les loger, on utilisa les dépendances de la villa.

Au cours de l'année suivante, on soumit à l'Office de l'Urbanisme de la ville les premiers projets de construction. On allait commencer les travaux quand vint le refus de les accepter. Il fallait des plans plus complets. Plus tard on n'a eu qu'à se féliciter de ce contretemps.

Il fallait cependant se tirer d'affaire. On transforma d'urgence une baraque de la propriété en trois classes et en chapelle provisoire. Et c'est ainsi que l'on put commencer l'année scolaire de 1954 avec 75 élèves répartis en trois classes. L'école fut alors officiellement reconnue et complètement subsidiée, étant donné que les effectifs requis venaient d'être atteints.

On construisit dans la suite, avec l'aide de la ville, de nouveaux locaux scolaires : huit classes, un cabinet de physique, un local pour travaux manuels et une salle de gymnastique. On utilisa le hall de l'école comme chapelle provisoire.

A la rentrée suivante, on compta 97 élèves pour quatre classes. Mais il fallait penser à construire un pensionnat confortable. On fit dans ce but un emprunt de 1.400.000 florins et les plans furent approuvés pour un internat de 250 pensionnaires.

La pose de la première pierre eut lieu dans le courant de 1955. On ne tarda pas à éprouver des difficultés financières. Pour les surmonter, on résolut rie vendre une bande de terrain, située à l'extrémité inférieure de la propriété. On en fit sept lots dont la vente rapporta 107 000 florins. C'est ainsi que, petit à petit, s'acheva la construction de l'un de nos pensionnats certainement des mieux conçus de la Congrégation.

Le collège de Nimègue comptait, en 1965, 263 pensionnaires. Le juvénat annexe avait 9 juvénistes, presque tous anciens du collège. Le bâtiment est aussi le siège d'un scolasticat. Il compte 5 Frères qui fréquentent l'Ecole Normale catholique de la ville.

F. E.-V.

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