Lettres de S. E. le cardinal Gerlier, ArchevĂŞque de Lyon

21/Oct/2010

A Mmes les Directrices et MM. les Directeurs des Écoles libres du Diocèse. — … Les Congrégations manquent de sujets… Et pourtant Dieu appelle, en aussi grand nombre que dans le passé, des jeunes gens et des jeunes filles au cœur généreux pour se consacrer totalement à son service en la personne des enfants à instruire et à éduquer.

Mais le paganisme qui nous entoure de tous côtés risque bien d'étouffer ces vocations au lieu de les favoriser. Distraits par l'agitation de leurs contemporains, comment les jeunes trouveraient-ils la possibilité de réfléchir sur un sujet qui effraie d'abord par le renoncement et l'oubli de soi qu'il exige ? Il s'agit donc de les aider. Certes, il faut respecter la liberté de chaque personne. Mais ne peut-on inviter les jeunes à considérer cet idéal, à en découvrir les splendeurs ? Et dans les mots que l'on prononcera, pourrait-on ne pas faire passer toute la flamme dont brûle son propre cœur ?

Alors on verra se lever de belles vocations, libres et généreuses.

Nous avons grand besoin aussi, de maîtres séculiers. Et il nous les faut non seulement munis de diplômes, mais doués d'une culture générale aussi étendue que possible, d'une sérieuse compétence pédagogique et d'une toute particulière valeur religieuse. Nous devons trouver dans nos écoles des jeunes capables d'assurer la relève. Il ne faut pas hésiter à leur présenter la mission d'enseignants chrétiens. Certes, elle comporte beaucoup de désintéressement, mais déjà des efforts ont été accomplis pour rendre moins précaire la situation matérielle et on peut espérer que, dans l'avenir, des mesures plus libérales interviendront sur le plan national et permettront de plus larges améliorations encore.

Et d'ailleurs, ne serait-ce pas sous-estimer les jeunes générations que de les croire moins capables de dévouement que leurs aînées ?

Il faut que les jeunes qui se destinent à l'enseignement libre comprennent la nécessité d'études très sérieuses poussées sauf impossibilité jusqu'au baccalauréat, la non moins grande nécessité d'une formation pédagogique et religieuse adaptée à leur mission. Car le problème de l'enseignement libre est avant tout un problème de qualité, comme aussi de foi…

Aux élèves des Écoles chrétiennes. — Mes Chers Enfants. Votre Archevêque a le cœur plein d'angoisse en cette fin d'année scolaire. Il est heureux et fier de posséder dans son diocèse un si magnifique ensemble d'écoles libres. Il considère comme un devoir capital de maintenir coûte que coûte toutes ces écoles et il est décidé à y employer toutes ses énergies. Mais, hélas ! ce sont les maîtres et les maîtresses qui manquent. Et c'est ce qui lui vaut de si pénibles soucis…

Pourquoi ai-je tenu à vous confier, à vous, mes enfants, ce lourd souci ? C'est pour deux raisons : pour demander vos prières, et pour vous dire que la solution dépend, pour une bonne part, de vous.

La supplication des enfants, vous le savez, est puissante sur le cœur de Dieu. Priez de toute votre ferveur Notre-Seigneur et Notre-Dame de protéger nos écoles chrétiennes, afin que toutes parviennent à tenir, à trouver les maîtres et maîtresses dont elles ont besoin pour continuer à former les âmes des jeunes qui leur sont confiés.

Et pour nous aider à résoudre cet inquiétant problème, n'y en aura-t-il pas quelques-uns parmi vous qui répondront à l'appel du Maître et viendront travailler dans le champ immense de l'enseignement libre ? Il y a tant de places vides à occuper, tant d'emplois vacants à remplir.

Peut-être, jusqu'à présent, n'avez-vous jamais songé pour vous-même à la vocation d'éducateur chrétien. Je vous demande de réfléchir et de considérer la beauté d'une mission si nécessaire au bien de l'Église, de la France et d'une multitude d'enfants. Apprendre à mieux connaître Dieu, à mieux L'aimer, à Le servir avec une plus parfaite charité, peut-on concevoir une tâche plus magnifique ? Travailler à faire éclore et croître dans les cœurs les germes de vie divine qu'y a déposés le baptême ! Faire grandir Dieu dans les âmes, qu'y a-t-il de plus noble, de plus enthousiasmant ?

Une vie consacrée tout entière à cette œuvre ne vous semble-t-elle pas avoir une exceptionnelle valeur ? Certes, ce n'est pas une valeur qui se calcule en argent, et il est bien vrai que les maîtres des écoles libres ne gagnent pas de gros salaires ; mais vous n'ignorez pas les efforts que l'on accomplit partout pour leur assurer une situation plus convenable et sans doute l'avenir permettra-t-il de mieux faire encore. Mais c'est en mérites que cette vie est riche ; c'est dans le ciel qu'elle trouvera sa récompense ; et vous savez que Dieu rend au centuple et au-delà ce que l'on fait pour Lui. Je ne connais pas de plus haute ambition que celle de servir Dieu en servant les enfants, les préférés de son Cœur.

Cette vocation, vous la réaliserez soit en restant dans le monde où vous pourrez vous marier, soit en entrant dans une congrégation religieuse afin d'appartenir plus totalement au Seigneur. Dans notre diocèse, de nombreuses congrégations se consacrent à l'enseignement. Oh ! comme je souhaite que beaucoup d'entre vous entrent chez les Frères et chez les Sœurs par amour pour le Bon Dieu et pour les enfants !…

                              (Parues dans Cahiers de l'Éducateur, octobre 1952.)

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