LĂ©volution spirituelle de Marcelin Champagnat

18/Jun/2010

« Chaque saint, dans l'Eglise, a son visage unique. Aucun ne ressemble parfaitement à un autre, encore qu'ils aient tous quelque chose de commun, comme les fils d'un même Père, vivant d'une même vie. Mais Dieu fait surgir chacun dans le pays, dans le milieu, à l'époque auxquels il le destine, selon ses plans de providence. Chacun a son caractère, son enfance et son éducation, son tempérament, son histoire; chacun a sa grâce: tout cela lui est personnel; aussi, n'en a-t-on jamais fini d'étudier dans une âme le mystère de sainteté. On ne touche jamais le fond: le fond, Dieu seul le connaît, parce que seul il l'atteint de son regard créateur. Posséder quelques écrits d'un saint, et surtout quelques notes intimes, est, pour l'historien d'âme, une chance. Mais les écrits eux-mêmes s'inscrivent dans une histoire: il les faut éclairer par les circonstances, les événements, par tout ce qui les conditionne1 ».

Notre aspiration à une connaissance plus directe et plus approfondie de notre Bienheureux Fondateur ne peut manquer de mettre à contribution les textes autographes qui nous transmettent ses « résolutions2 ».

Les manuscrits se présentent sous la forme de cinq petits carnets, (14 par 10 cm), constitués de feuilles pliées en deux et réunies au moyen d'une épingle. Un de ces cahiers ne comprend que deux feuillets. Nous trouvons, d'autre part, un feuillet isolé et de format un peu différent. En général, le même carnet enregistre différentes séries de résolutions, souvent sans marquer de date ou de transition. Ce n'est que l'analyse du contenu et de la formulation qui permet, dans un certain nombre de cas, l'assignation de dates approximatives ou probables3.

En nous appuyant sur les notes datées, et en tenant compte des moindres indications, nous disposons ainsi d'une série de jalons spirituels qui s'étend de 1810 à 1828. Si nous ajoutons à ce lot les quelques données historiques sûres relatives à la jeunesse de Marcellin Champagnat, nous arrivons à repérer assez de traces pour le suivre, avec un degré de certitude suffisant, sur le chemin de son évolution spirituelle.

Parler d'évolution, c'est faire allusion à une suite de changements, de luttes, de progrès: c'est envisager la vie d'un saint dans une perspective dynamique. Cette vue s'adapte particulièrement à la carrière de Marcellin Champagnat, chez qui la grâce de Dieu a dû conquérir une nature riche et puissante, pour la mettre au service de l'Eglise.

Le Frère Jean-Baptiste, adoptant la perspective statique de l'hagiographie de son temps s'est livré à une gymnastique délicate d'omissions et de retouches pour nous présenter l'image de la perfection dès les années de jeunesse de son héros. C'est cette volonté d'édification a priori qui a fait corriger même les manuscrits de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. On se rend compte aujourd'hui combien ce zèle mal orienté a pu défigurer le tempérament viril de cette pionnière de la sainteté contemporaine4.

Ce que nous savons du Père Champagnat suffit pour nous laisser deviner qu'il avait une personnalité très dynamique. Il est naturel qu'un semblable tempérament se révèle plutôt difficile à dompter au cours des années de la jeunesse. C'est ainsi que, selon le témoignage de M. Bedoin, curé de la Valla de 1824 à 1864, les compatriotes de Marcellin Champagnat parlaient encore, après 1856, de « ses petites étourderies de Marlhes ». Ce bon curé, qui avait une grande estime pour notre Bienheureux Fondateur, rapporte encore qu'au cours de ses premières années de séminaire, Marcellin Champagnat faisait partie de la « bande joyeuse ». Il parle d'une « conversion solide et persévérante » du jeune homme, après la mort d'un de ses camarades, et une « réprimande salutaire de M. l'abbé Linossier, professeur de rhétorique », qui connaissait sa famille5.

Il faut dire que ces propos du curé de la Valla sont en harmonie avec les rares données historiques dont nous disposons et nous aident à situer les notes spirituelles du jeune Marcellin Champagnat.

A l'enfance pieuse et à l'éducation familiale austère succède l'éclatement de l'adolescence dans les premières années de Verrières. Ce fait pourrait aussi bien être appelé providentiel, car il permit à cette riche nature, de s'exprimer, entre la discipline imposée de l'enfance et la règle sévère adoptée de plein gré au grand séminaire de Lyon. La période de désorganisation du petit séminaire de Verrières fit éviter le refoulement et la compression de ce dynamisme explosif qui restera une des caractéristiques de la carrière mouvementée et de la vie féconde de Marcellin Champagnat. C'est, peut-être aussi, un des secrets de son efficacité apostolique, en même temps que de l'attrait et de l'ascendant qu'il exerça autour de lui. Marcellin Champagnat est resté un homme en devenant un saint.

L'absence de résolutions sur la chasteté dans toute la série des notes personnelles, montre, d'autre part, que le jeune homme a conservé parfaitement la vertu de pureté, fruit d'une enfance chrétienne fervente6.

Nous savons que la première année au petit séminaire de Verrières se solde par un échec7. Si Marcellin Champagnat peut reprendre les études au début de la nouvelle année scolaire, c'est grâce à sa mère qui le conduit en pèlerinage au tombeau de saint François Régis à La Louvesc, et décide M. le curé Allirot à intervenir auprès du supérieur, M. Périer.

Le jeune homme prend alors des résolutions qui auront un effet favorable sur le travail scolaire et la conduite, mais il lui faudra des années de lutte et de fidélité à la grâce pour conquérir une nature forte et généreuse. Les notes de sa troisième année de séminaire, (1807-1808), témoignent que si le travail est satisfaisant, la conduite ne l'est pas encore tout à fait, puisqu'elle est taxée de « médiocre8 ». Cinq ans plus tard, lors de la dernière année de petit séminaire, (1812-1813), l'attitude décidée du jeune homme et sa fidélité à la grâce qui le sollicite, ont atteint le résultat désiré: il étudie « beaucoup », et sa conduite est jugée « très bonne9 ».

Entre temps, le petit séminaire de Verrières, qui a failli être supprimé à la suite de la visite effectuée par un grand vicaire en 1808, a été pris en main par M. Barou, en 1809, et rapidement remis dans le chemin du travail et de la ferveur.

Dans l'évolution de cette vie spirituelle nous voyons à l'oeuvre un tempérament généreux et riche en sève humaine, en dialogue avec la grâce de la sainteté qui l'assiège. Il n'est pas difficile d'y mettre en relief une fidélité héroïque. Marcellin Champagnat ne joue pas à cache-cache; il a le courage de regarder en face les forces qui l'éloignent de son idéal, de les appeler par leur nom, et de prendre les moyens les plus énergiques pour les soumettre.

 

Premier cycle: les progrès du séminariste.

1810-1811

« O mon Seigneur et mon Dieu, je vous promets de ne plus vous offenser, de faire des actes de foi, d'espérance et autres semblables toutes les fois que je penserai, de ne jamais retourner au cabaret sans nécessité, de fuir les mauvaises compagnies; et en un mot de ne rien faire qui soit contre votre service…10 ».

 

Les premières résolutions de Marcellin Champagnat témoignent d'une foi solide, soutenue déjà par le sens de la majesté de Dieu. Il se préoccupe d'éliminer de sa vie l'offense de Dieu, qu'il discerne surtout dans la fréquentation des cabarets et des compagnies trop joyeuses11. Dès ces humbles commencements il sent sa responsabilité à l'égard de sa vocation et veut y répondre, non seulement en évitant ce qui lui opposé, mais encore en s'engageant déjà dans l'apostolat par le bon exemple et l'enseignement du catéchisme. Les deux éléments essentiels, sens de la majesté de Dieu et apostolat auprès des jeunes, seront des traits de plus en plus appuyés de sa physionomie spirituelle.

Marcellin Champagnat prend son départ dans la simplicité et l'authenticité du réel; avec la grâce de Dieu et la fidélité à y correspondre, c'est la vie qui s'ouvre devant lui. Il a approximativement vingt ans.

 

1812

« J'avoue, Seigneur, que je ne me connaissais pas encore..12. »

La retraite de la classe de rhétorique, janvier 1812, marque un approfondissement dans la connaissance de soi-même et dans la piété.

Marcellin Champagnat découvre qu'il est orgueilleux:

 

« Je prends aujourd'hui, ce 19 janvier 1812, la résolution de le combattre, et toutes les fois qu'il aura l'avantage sur moi, je ferai la pénitence que je m'impose. Je parlerai sans distinction à tous mes condisciples, quelque répugnance que je puisse éprouver, puisque, dès ce moment, je reconnais que ce n'est que l'orgueil qui s'y oppose. Pourquoi les méprisé-je?… ».

 

Le réalisme de Marcellin Champagnat nous présente encore la cristallisation d'un défaut; sa décision de le combattre s'appuie déjà sur la sanction d'une pénitence. D'autre part, sa piété revêt des nuances plus personnelles et plus affectives dans la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, à la Sainte Vierge et à saint Louis de Gonzague.

A ce stade nous constatons déjà la fidélité du jeune séminariste à la grâce de rénovation apportée à Verrières par M. Barou.

 

1814

Le programme des vacances de 1814, substantiellement copié d'un modèle courant, ne prend toute sa valeur que par les confirmations que nous en fournissent divers témoignages. A cette date, après une année de grand séminaire, la fidélité de Marcellin Champagnat semble poussée jusqu'à l'identification avec le programme du bon séminariste. Les caractéristiques de sa sainteté s'y dévoilent déjà: ferveur, décision, générosité, fidélité. – On pourrait y relever ses préoccupations de douceur à l'égard des membres de sa famille, ainsi que son programme apostolique de catéchiste.

 

1814-1815

 

« Résolutions que je mets sous la protection de la Sainte Vierge. Je ne parlerai point dans les corridors, ni dans les degrés, soit par signe ou autrement, sans nécessité. Je ne parlerai point non plus, soit avant, soit après le bréviaire, soit en classe ou pendant la lecture; en un mot, je garderai le silence constamment d'une récréation à l'autre, sans une grande nécessité…

Pendant la classe, conférence ou autre exercice qui demande l'attention, je ferai mon possible pour être attentif.

Je tâcherai aussi pendant mes récréations de moins me répandre en paroles.

 

Les différentes notes personnelles prises au cours de l'année scolaire 1814-1815 témoignent encore de la généreuse fidélité du séminariste aux grâces du lieu et du moment: ses premières résolutions portent essentiellement sur le silence et l'application à l'étude. Même sa dévotion à la Sainte Vierge, qui semble entrer ici dans une phase décisive, correspond à la consécration spéciale recommandée à l'occasion de la promesse de chasteté perpétuelle que fait le sous-diacre. La découverte de l'importance du baptême correspond probablement à une suggestion semblable.

 

« Je me garderai de médire de qui que ce soit, sous quelque prétexte que ce puisse être.

Mon Dieu, vous connaissez ma misère, ayez pitié de moi, je vous en conjure. Sainte Vierge, vous savez que je suis votre esclave…

« Aujourd'hui, veille de l'ascension de Notre-Seigneur, veille de l'anniversaire de mon baptême, 3 mai, mil huit cent-quinze, Je prends de nouveau la résolution de remplir toutes celles que j'ai déjà prises, et j'en prends de nouvelles que je mets sous la protection de la Très Sainte Vierge, de Saint Martin, de saint Louis de Gonzague et de mon saint patron Marcellin.

Toutes les fois qu'après mon examen du soir je me reconnaîtrai coupable de quelque médisance, je me priverai de mon déjeuner. Toutes les fois que je me serai reconnu coupable de quelque mensonge ou de quelque exagération, je dirai le miserere pour en demander pardon à Dieu… »

 

L'approfondissement personnel se poursuit par la lutte contre ces nouvelles manifestations d'orgueil que sont les médisances et les mensonges (de vanité). Elles trouvent un remède énergique dans ces performances ascétiques qui attirent cette nature généreuse.

 

1815

 

Contrairement au programme des vacances de 1814, celui de 1815 porte la marque d'une élaboration personnelle poussée. Il témoigne d'autant mieux de l'assimilation du programme « monastique » de M. Gardette. Tout se condense dans la prière et l'étude. Même le programme d'enseignement du catéchisme aux enfants devient hypothétique. Trois dévotions se fixent: dévotion à la Sainte Vierge, à saint François Régis, au baptême.

 

1816

 

Le feuillet de la retraite d'ordination nous surprend par son idéalisme dépouillé. Marcellin Champagnat est devenu le moine parfait qui concentre sa vie sur l'Eucharistie, l'oraison, la visite des malades Cette perfection atteinte en vase clos, porte en elle-même la contradiction qui la fera éclater et remettre bien des choses en question, au contact de la vie apostolique réelle.

 

« 1° L'après-dîner sera consacré à visiter les malades de la paroisse, s'il y en a. Mais avant de partir je ferai toujours une visite au Très Saint-Sacrement. Ce que je ferai encore toutes les fois que je sortirai pour aller rendre quelque visite. A mon retour je ferai encore une autre visite… 2" Je lirai une fois toutes les années les rubriques du missel; 3° Mon oraison qui sera de demi-heure se fera toujours, autant que je pourrai avant de sortir de la chambre. 4° Je ne dirai jamais la messe que je n'aie fait auparavant un quart d'heure de préparation et autant d'action de grâces ».

 

Et c'est tout!

 

Deuxième cycle: à l'épreuve de la vie pratique.

 

1818

 

« Recueil de nouvelles résolutions que je prends et que je mets sous la protection de la très Sainte Vierge.

1. Je renouvelle la résolution de ne jamais omettre mon raison.

2. Dans le courant de la journée j'irai toujours rendre une visite au très St. Sacrement et à la très Sainte Vierge.

3. Toutes les fois que je partirai, soit pour aller voir un malade ou pour quelque autre affaire, j'irai encore visiter le très St. Sacrement et à la très Ste Vierge, (sic).

4. Toutes les fois qu'à mon examen je me reconnaîtrai coupable de quelque médisance je prendrai trois coups de discipline.

5. Un pareil nombre quand je parlerai à mon avantage.

6. Je ne manquerai pas tous les soirs de faire mon examen de conscience.

7. Toutes les fois que je ne serai pas fidèle à remplir ces résolutions, trois coups de discipline en union aux souffrances de J-C; et par ce triple coup je prétends faire un acte d'amour à la très Sainte Trinité, aussi bien qu'un acte de foi, et je conjure la très Sainte Vierge de faire agréer elle-même cette chétive action au Maître Souverain de toutes les créatures.

8. Je lirai tous les mois ces résolutions.

 

On se rend compte que l'entrée dans le ministère a constitué un tournant important dans la vie de Marcellin Champagnat. Ces résolutions, (qui font allusion à une série antérieure: (je renouvelle la résolution de ne jamais manquer mon oraison »), témoignent d'une reprise énergique après une certaine désorientation produite par les imprévus de l'apostolat direct. Il faut se prémunir contre l'irrégularité des exercices de piété et la réapparition des défauts naturels comme la médisance et la vantardise. Notons tout de suite, qu'il ne s'agit que d'une égratignure du programme de perfection de l'abbé Champagnat. Ce qui en témoigne, c'est l'absence des points fondamentaux de la vie sacerdotale, comme la messe, les sermons, l'enseignement du catéchisme, la chasteté, la récitation du bréviaire, etc.13.

Les « trois coups de discipline », qui reviennent trois fois dans huit numéros, témoignent éloquemment de la décision et de la ferveur du jeune prêtre. « Vous avancerez dans la perfection à raison de la violence que vous vous imposerez à vous-même » (Imit., L. I. ch. 25). Vu son tempérament actif et ses succès, Marcellin Champagnat aurait pu suivre le chemin de la facilité: il serait devenu un prêtre aimé et apprécié, mais non un saint. Il aurait pu, de même, se laisser prendre au piège des performances ascétiques et centrer son attention sur une volonté toute-puissante ou un rigorisme étroit. L'offrande en l'honneur de la Sainte Trinité, est un signe remarquable de l'équilibre et de la profondeur de sa foi14.

 

1819

 

L'adjonction des numéros 9, 10, 11 à la série précédente témoigne surtout en faveur de la maturation de la spiritualité sacerdotale dans l'âme du jeune prêtre. Ce qui n'est qu'ébauché dans les résolutions précédentes, (l'offrande des « trois coups » à la Sainte Trinité en union aux souffrances de Jésus-Christ), devient ici une devise de vie mûrie au soleil de la méditation et de la prière.

 

9. Seigneur, tout ce qui est sur la terre et dans le ciel est à vous. Je désire aussi moi-même d'être à vous par une oblation toutes volontaire, et d'être immuablement et éternellement à vous. (Imit., L. IV. ch. 9)15.

 

La théologie sulpicienne d'identification avec le Christ souverain prêtre se concrétise chez Marcellin Champagnat dans un lien personnel avec le Sauveur: « Je me souviendrai toujours que je porte Jésus-Christ dans mon cœur ». 1820

La revue du 12 octobre 1820, tout en confirmant l'attitude de vigilance à l'égard de certains défauts naturels et la fidélité aux exercices de piété, témoigne surtout du progrès ferme et fervent dans la perfection: plus de douceur, plus de recueillement, préparation du sujet de la méditation, étude de la théologie. 1821

Le fait qu'à l'occasion de l'anniversaire de son baptême, (mai 1821), Marcellin Champagnat renouvelle son adhésion à l'essentiel du programme du séminariste de 1815, témoigne également d'une « forme sportive » dans la vie ascétique et spirituelle qui est loin d'être ordinaire.

 

1828

 

Nous comprenons alors, que la note du 25 juillet 1828, ne soit plus guère qu'une glane, sans résultat appréciable, à la fin d'une révision de vie:

 

« Je renouvelle les résolutions ci-dessus (1820), et en particulier 2°, 3°, 4° » (plus de douceur, de recueillement; préparation du sujet d'oraison).

 

Cela ressemble fort à un constat de pacification ou plutôt de victoire, sur tout le front de la vie ascétique et spirituelle. Marcellin Champagnat, à près de quarante ans, a donné les preuves d'une fidélité exemplaire à la grâce de Dieu. La dizaine d'années qui lui reste à vivre, comportera encore de grosses épreuves, surtout dans le domaine de l'obéissance, mais ne pourra ébranler son attitude de fidélité. Dieu exploite à fond la bonne volonté des âmes fidèles: « Parce que tu étais agréable à Dieu, tu devais subir l'épreuve de la tentation ». (Tobie, 12, 13, Vulgate).

 

Réflexion.

A travers l'évolution de la vie intérieure de Marcellin Champagnat, nous assistons à la conquête totale, par la grâce, d'une nature riche et dynamique. A côté de l'ouverture à la vie et de la générosité, celle-ci comporte des forces antagonistes qui pourraient facilement « distraire » l'âme prédestinée sur sa route vers Dieu et vers l'idéal de sa vocation: tels sont l'attrait pour les compagnies joyeuses, et l'orgueil sous ses différentes formes.

Parmi les traits qui semblent les plus inhérents à la personnalité de Marcellin Champagnat, remarquons son sens de la majesté de Dieu, dont l'expression ouvre la rédaction de ses premières résolutions, et qui se développe dans la spiritualité sacerdotale de l'oblation au Père en union avec le sacrifice du Christ.

La préoccupation de la catéchisation des enfants se révèle être également une de ses caractéristiques personnelles.

L'adoption du travail manuel dans son programme témoigne de son indépendance autant que de ses goûts personnels. (La chose n'allait pas sans un parti pris d'humilité)16.

A travers ces notes et l'évolution de Marcellin Champagnat, il devient évident que son développement spirituel est nettement lié à l'influence du milieu: : enfance fervente sous l'égide maternelle, une certaine dissipation dans la pagaille des débuts de Verrières, conversion sérieuse et progrès décisifs avec les réformes de M. Barou, spiritualité quasi monastique sous l'impulsion de M. Gardette. Même sa dévotion à la Sainte Vierge prend son véritable tournant grâce aux exhortations qui accompagnent la préparation au sous-diaconat.

D'autre part, ces notes nous suggèrent une solidité intérieure qui se montre quasi indifférente aux vicissitudes, combien graves, de la vie pratique. Marcellin Champagnat ne fait aucune allusion à ses soucis de fondateur, ni aux difficultés qu'il eut, pendant des années, avec M. Rebot et d'autres autorités ecclésiastiques. Il semble que cette houle de surface ne soit jamais arrivée à ébranler le sanctuaire intime où l'âme poursuit son dialogue avec son Dieu.

F. A. Balko

 

 

MARCELLIN CHAMPAGNAT

Brother Balko makes a study of some manuscripts of Marcellin Champagnat which reveal his spiritual development, the steps of which are manifested in the resolutions taken between 1810 and 1828.

The writer aims to correct some omissions of Brother Jean Baptiste who, in his eagerness to present a model without faults, somewhat disfigured the personality he was presenting.

The author gives hitherto little-known details. The people of Marlhes saw Marcellin as a somewhat « light-headed » lad. The first resolutions are concerned with « merry » companions and the « taverns ».

His first year at the seminary was marked with lack of success in his studies and earned him the remark « mediocre » on his report. He formed part of a « giddy » group, until he underwent a « conversion both solid and permanent », caused by the death of a companion and the admonitions of Father Linossier, a friend of the family.

This conversion was reflected in the comments on his 1812 report « studies hard » and « conduct – good ». His spiritual progress was stendi culminating in an intimate dialogue with God.

 

MARCELINO CHAMPAGNAT

El articulista maneja una serie de textos autógrafos di i Champagnat, a través de los cuales nos muestra su evolución Las resoluciones tomadas entre los años 1810 y 1828 son jalones de la misma. Pretende también el F. A. Balko subsanar las omisiones y retoques del H. Juan Bautista, el cual, movido por un mal orientado afán de edificación, desfiguró un tanto la imagen del P. Champagnat.

A este propósito, aporta detalles poco divulgados: Los habitantes de Marlhes consideraban a Marcelino como un muchacho « un tanto atolondrado ». Sus primeras resoluciones hacen alusión a las compañías « alegres » y a su presencia en las tabernas. El primer año de seminario terminó siendo un fracaso académico y su conducta fue tildada de «mediocre». Formaba parte de una «banda ligera»… hasta que llegó la «conversión sólida y permanente », motivada por la muerte de un compañero y por la saludable reprensión que vemos reflejada en las calificaciones del año 1812: « estudia mucho » y su conducta es « muy buena ».

A través de su evolución interior presenciamos la conquista total, por la gracia, de una naturaleza rica y dinámica. Resalta en esa evolución el sentido de la majestad de Dios, que terminará desarrollándose en la espiritualidad sacerdotal de la oblación al Padre en unión con el sacrificio de Cristo. Es evidente en ella la influencia que ejerce el medio: infancia fervorosa al cobijo maternal, cierta disipación en los comienzos del desordenado Verrières, conversión y progresos cuando M. Barou restaura la disciplina, espiritualidad casi monástica bajo el impulso de M. Gardette, verdadero viraje mariano como fruto de la preparación al subdiaconado…

Al final del proceso evolutivo observamos una solidez interior a toda prueba. La marejada de superficie no llega a conmover el santuario íntimo en el que Marcelino mantiene sereno el diálogo con Dios.

 

MARCELINO CHAMPAGNAT

O Ir. Balko estuda manuscritos de Marcelino Champagnat que revelam a sua evolucáo espiritual cujas etapas se manifestam ñas resoluc,óes tomadas de 1810 a 1828.

Com isto o articulista vai sanando omissóes do Ir. Joáo Batista que, preocupado com apresentar un modelo sem defeitos desfigurou bastante o personagem.

Cita pormenores até agora inéditos.

As gentes de Marlhes viam em Marcelino um rapaz um puco « leviano ».

As primeiras resolucóes aludem a companhias « alegres » e a « tabernas ».

O primeiro ano de seminario foi de malogro nos estudos e de comportamento classificado como « mediocre ». Fazia parte de um grupo « leviano », até que se verificou urna « conversáo sólida e permanente » causada pela morte de um companheiro e pela admoestacáo do padre Linossier, amigo da familia.

Conversáo confirmada pelas classificacóes de 1812: « estuda muito » e « comportamento bom ».

A evolução espiritual foi eficiente, alcancando o diálogo íntimo com Deus.

1 A. Ravier, S.J., Les écrits de sainte Bernadette et sa vie spirituelle. Paris, 1961, p. 19.

2 Archives des Frères Maristes, 131 / 1-5.

3 Vu l'orientation et les limites de cet article, je n'ai pas jugé opportun d'exposer le détail de cette étude.

4 Cf. R. Laurentin, Thérèse de Lisieux, Mythes et réalité. Paris, 1972.

5 « Critique de la vie de Marcellin Champagnat, fondateur des petits frères de Marie, par un de ses disciples… ». Archives des Frères Maristes, 151 / 1.

Le témoignage de M. Bedoin revêt à mes yeux un caractère d'exactitude inattendu depuis que j'ai retrouvé l'acte de décès de l'ami de Marcellin Champagnat. Il s'agit de Denys Duplay, mort le 2 sept. 1807 « dans le collège de Verrières». Il était né le 14 mai 1785 à Jonzieux, près de Marlhes. L'expression exacte de la « Critique » est « pendant le cours de ses deux premières années, il figurait dans le contingent de la bande joyeuse»; or, la date du 2 sept. 1807 est toute proche de la fin de la deuxième année scolaire de Marcellin Champagnat au séminaire.

6 Eugène de Mazenod, contemporain du Père Champagnat, et futur fondateur des Oblats de Marie Immaculée, a conservé sa pureté et l'intégrité de sa foi au cours d'une jeunesse bien plus mondaine. Cf. Jean Leflon, Eugène de Mazenod. Paris, 1957, pp. 286-289.

7 Il existe au moins trois témoignages du procès de béatification qui affirment l'échec de Marcellin Champagnat à la fin de sa première année au séminaire de Verrières: ce sont les dépositions de Julienne Epalle, voisine des Champagnat, de Jean-Claude Granottier, curé de Marlhes, et du Frère Marie-Abraham.

8 Cf. Jean Coste, S. M., Origines Maristes, T. 1. p. 140.

9 Ibid. p. 162.

10 Dans la reproduction des textes on se contente de rétablir l'orthographe et d'ajouter les signes de ponctuation indispensables.

11 a. – Il n'est peut-être pas inutile de reproduire ici un détail du rapport de M. Cabarat, à la suite de sa visite; « Le Bourg de Verrières est un lieu de passage très fréquenté. Il y a beaucoup de cabarets; ceci exige une surveillance plus exacte sur la sortie des élèves ». (mai, 1808).

(11) b. – L'épisode est repris par un témoin du procès de béatification et nous parle en faveur de la fidélité du séminariste à ses résolutions:

« Une religieuse, native de Marlhes, et décédée à Vernaison, a souvent raconté avoir vu le serviteur de Dieu, en compagnie des autres séminaristes de Marlhes, à la sortie des offices de l'Eglise. Ces derniers l'invitaient parfois à prendre avec eux quelque rafraîchissement dont il pouvait avoir besoin. Le serviteur de Dieu n'acceptait jamais, et il trouvait toujours quelque bonne raison pour se rendre immédiatement dans sa famille ». (Positio super introductione causæ, Rome 1896, p. 18).

12 Le Frère Jean-Baptiste change la portée de l'expression tout en respectant son allure générale: « Seigneur, je confesse que je ne vous connais pas ». (Vie, T. 1, p. 19).

Il supprime également « Pourquoi les méprisé-je? », tout comme il a omis de rapporter le passage relatif au cabaret. Sa tactique semble être désamorcer les problèmes vitaux et de transformer la formulation des résolutions en expressions de pieux sentiments.

13 En fait, quelques lignes barrées semblent se rapporter au secret de la confession.

b) L'abbé Querbes, futur fondateur des Clercs de Saint-Viateur, semble éprouver le même besoin de reprise en main au début de sa vie active Ses résolutions de 1817 parlent de tiédeur, de fidélité a un règlement, d'humilité de pureté. «Je suivrai ponctuellement mon règlement; s il m'arrive d'y manquer, je m'imposerai une pénitence ». Cf. Pierre Robert, Vie du Père Louis Querbes, 1922, p. 108.

14 Il est possible que la dévotion à la Sainte Trinité fasse partie de l'héritage spirituel provenant de la tante du Père Champagnat. En effet, le Père Jean-Pierre Médaille (fondateur des soeurs de Saint-Joseph, accorde une place de choix au culte trinitaire dans ses différents écrits. « Faites souvent une consécration de vous-mêmes à la Sainte Trinité Incréée de Dieu le Père, de Dieu le Fils, de Dieu le Saint-Esprit; à la Trinité Créée de Jésus, de Marie, de Joseph… ». (Maximes de la perfection Edit. de 1962, p. 97).

15 Le Frère Jean-Baptiste diminue la portée spirituelle de ce passage en l'encadrant dans une introduction de sa composition. Cf. « Vie » T 1 p. 39).

16 La circulaire des Vicaires Généraux de Lyon, (1817), admet qu'un prêtre « se livre quelques moments, par manière de récréation à certains travaux, à quelques parties de l'agriculture », mais désapprouve qu'il se mêle « avec les artisans et les manœuvres… Est-ce pour mener une vie si basse, qu'un prêtre a été revêtu d'un si haut ministère? » (pp. 8-9).

Le règlement pour les vacances du « Petit Manuel à l'usage du séminaire Saint-Irénée (1825) ne mentionne pas le travail manuel, mais recommande de « remplir le vide des journées par des lectures utiles » (p. 270).

 

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