Loraison

02/Oct/2010

On a dit que l'oraison est le réveil des trois vertus théologales. Expliquons un peu cette pensée.

Beaucoup de chrétiens et quelques religieux négligents ont la foi, l'espérance et la charité, tout à fait dans l'état où les gens qui dorment ont de l'esprit, de la vue ou de l'odorat.

Voyez un homme endormi. Personne n'osera dire qu'il est aveugle. Et cependant, il ne voit rien. Il est vrai qu'il croit voir.

Il lui semble que les objets les plus agréables, les paysages les plus intéressants passent devant ses yeux. Quelquefois il se voit riche, heureux, puissant. Mais hélas! dès qu'il s'éveille il revient à lui et comprend qu'il a été la dupe d'un rêve!

Personne non plus n'osera dire qu'il est sourd. Et pourtant, il n'entend rien. On peut passer près de lui, parler, faire du bruit, il n'en sait rien. Il y a des dormeurs qu'un coup de tonnerre n'éveillerait pas.

Un homme endormi a de l'esprit. Mais il n'a point de pensées. Autant, pour lui, vaudrait être une pierre. Tant que l'homme dort, il est comme une masse de chair où persiste la vie animale ; mais, pour tout ce qui regarde la vie intellectuelle, la vie de l'âme, il ne diffère pas beaucoup d'un cadavre.

Oh! que c'est bien là l'image du chrétien où la foi, l'espérance et la charité sont endormies.

Il a la foi. Il ne voudrait pas nier l'existence de Dieu ou la divinité de Jésus Christ, ni la vie future. Mais cette foi qui dort, que voit-elle? Rien, absolument rien. Dieu, son âme, le ciel, l'enfer sont des notions qui se sont tellement obscurcies, rapetissées que leur importance est devenue pratiquement nulle.

A la place des réalités éternelles, des rêves inconsistants passent sans arrêt devant ses yeux fermés. L'or, l'argent, les plaisirs, les honneurs, voilà ce qu'il voit dans ses rêves terrestres. Car enfin, n'est-ce pas un rêve et le plus vain des rêves que de croire tenir fermement des biens fugitifs qui vont s'évanouir au moment de la mort.

Tel est le sommeil de la foi dans les chrétiens endormis.

Voici, maintenant, celui de l'espérance. Si vous leur demandez s'ils craignent l'enfer, s'ils espèrent le ciel; assurément! répondent-ils. Et pourtant, à la première tentation séduisante, ils oublient ciel et enfer et succombent à l'amorce d'un plaisir.

Et leur charité, où en est-elle? Même si le péché mortel ne l'a pas fait mourir, c'est bien elle qui est assoupie ! Les jours et les années se passent sans qu'un acte de charité vienne sanctifier ces âmes endormies. Elles redoutent encore les châtiments de Dieu, mais elles ne l'aiment pas.

Oh! ce sommeil de l'âme, image et présage de la mort, comme il est fréquent! St Paul déjà l'avait reconnu parmi quelques-uns des premiers chrétiens. Beaucoup d'entre vous dorment, écrit-il à ses chers Corinthiens. Allons, réveillez-vous, il en est temps.

 Et quel est le réveil de l'âme, sinon la méditation. La Providence y pourvoit parfois. Tantôt c'est la mort qui rappelle à ceux qui en sont témoins que l'éternité approche. Tantôt c'est une maladie qui vient bouleverser une existence et remettre sous les yeux qui s'ouvrent alors un instant la fragilité des biens de ce monde. Souvent c'est une parole, ou un bel exemple qui fait réfléchir, ou un malheur qui amène avec la souffrance de salutaires pensées.

Alors l'âme somnolente ouvre les yeux. Au grand jour des vérités éternelles qui brillent de nouveau, elle rentre en elle- même et souvent revient à Dieu.

Mais la Providence n'agit pas sans cesse à coups de miracles. Si elle laisse pour une fois un boulet casser la jambe à St Ignace pour qu'il ait l'occasion de songer un peu sérieusement à son âme, elle a aussi pour l'ordinaire des moyens moins violents.

La méditation est ainsi dans ses plans habituels.

Voila pourquoi tous les Fondateurs d'ordres l'ont léguée à leurs disciples. Ils exigent que chaque jour, dès la Première heure, le religieux ouvre les yeux sur les vérités éternelles, tout de suite après les avoir ouverts à la lumière du jour.

Arrière tes rêves! Contemple un instant, ô religieux, cette réalité que l'œil du corps ne voit pas. Tu es devant ton Père du ciel qui te regarde, écoute les paroles de ton Sauveur qui est venu du ciel pour t'instruire. Elles te sont répétées ou commentées, tantôt l'une, tantôt l'autre, par le livre que tu lis alors.

Que l'espérance des biens futurs, soulève ton cœur altéré de l'infini et qu'elle t'excite aux bons désirs: aimer Dieu, craindre le péché, travailler au règne de ton Maître, mériter la récompense qu'il t'a promise. Et alors ta charité ne manquera pas de s'éveiller, elle aussi. Tu adoreras ton Dieu qui t'a créé et qui t'aime, tu le remercieras de t'avoir accordé ce jour qui commence et tu prendras la résolution de le servir de toute ton âme.

C'est là, en abrégé, la marche d'une excellente méditation: de bonnes pensées suggérées par la foi, de bons désirs qui naissent de l'espérance et enfin de bonnes résolutions que soutient la charité.

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