M. Le Chanoine Blanc – Curé – Archiprêtre de Grignan

20/Sep/2010

C'est l'âme pleine de regrets que nous avons appris, vers la fin de février dernier , la nouvelle douloureuse quoique depuis quelque temps regardée comme à peu près inévitable, de la mort de M. le Chanoine H. J. Blanc, Curé Archiprêtre de Grignan, qui fut pendant près de 14 ans (1891-1904) l'aumônier plein de zèle et de dévouement de notre maison provinciale de Saint Paul-3-Châteaux.

Après avoir donné à sa chère âme une place spéciale dans notre mémento des défunts, nous avons conscience de remplir, un strict devoir de reconnaissance, et de répondre au juste désir ce ceux de nos lecteurs qui ont eu l'avantage de l'avoir pour directeur spirituel, en reproduisant, à sa mémoire vénérée, dans notre revue de famille, les quelques pages suivantes, que nous empruntons à la Semaine Religieuse de Valence.

"Né le 27 juin 1854, à Chateauneuf-du-Rhone, après une enfance pleine d'édification pour la paroisse le jeune Hubert-Julien Blanc entendit, un jour, l'appel divin au fond de son âme. Dieu le voulait pour le sacerdoce ! Après de brillantes études, faites à la Maîtrise de Viviers, il entrait au Grand-Séminaire de Romans, où il fut un modèle de travail, de piété et de vertu. Ses études théologiques terminées, mais n'ayant pas encore atteint l'âge requis pour la prêtrise, il fut nommé professeur au Petit Séminaire où il se révéla maître en la partie. Doué d'une mémoire merveilleuse qui lui a permis, jusqu'à la fin de sa vie, de citer dans ses conversations de nombreux textes d'auteurs profanes et sacrés, doué d'une belle  intelligence, opiniâtre au travail, il contribua pour une large part, aux succès habituels de notre établissement diocésain,

Ordonné prêtre le 22 septembre 1877, il fut, quelques années après, nommé vicaire dans la plus importante paroisse de la Drôme, en l'église Sainte-Croix de Montélimar (1882.1891). Là, ses vertus sacerdotales, son zèle, sa charité, son dévouement pour le salut des âmes, eurent de féconds résultats, et laissèrent, parmi les fidèles, un souvenir encore bien vivace aujourd'hui. On se rappelle encore les organisations musicales qu'il dirigeait avec tant de maestria, et qui donnaient tant d'attraits aux cérémonies de la Collégiale. Car, outre sa science littéraire et théologique, M. l'abbé Blanc était passé maître en science musicale.

Maître, il le fut d'ailleurs toute sa vie, comme il fut toujours prêtre et pasteur, ainsi que l'a dit si éloquemment M. le Supérieur du Grand-Séminaire au jour des funérailles. Et ce titre, il le mérita plus particulièrement encore, lorsque, après ses nombreuses années de vicariat, il fut appelé, comme aumônier, à la Maison Provinciale des Frères Maristes, à Saint Paul-Trois-Châteaux.

"Là, pendant près de quatorze ans (1891-1904), au milieu de cette belle communauté qui, à certaines époques réunissait de huit à neuf cents membres, il se montra véritablement maitre en ses cours d'instruction religieuse. Il avait conscience de la lourde charge qui lui était imposée, car il comprenait bien que la science religieuse, qu'il inculquait à ses Petits Frères, devait servir à l'évangélisation, non seulement des enfants de France, mais aussi à ceux de l'étranger, la Congrégation des Petits Frères de Marie possédant de nombreuses Maisons dans les deux hémisphères.

Avec quel soin, avec quelle application, il préparait ses instructions, ses conférences ou ses méditations quotidiennes ! :Sa vie d'aumônier fut celle d'un vrai religieux. Tous les jours debout dès quatre heures du matin, consacrant la majeure partie de son temps à l'étude et au confessionnal, il pouvait, chaque soir, après une courte veillée, s'endormir avec la conscience d'avoir fidèlement rempli son devoir, et d'avoir fait un peu plus de bien aux aines qui lui étaient confiées.

Mais, dans sa communauté, il ne fut pas seulement maitre et prêtre, il fut aussi un conseiller sage et prudent; et, plusieurs lois les Supérieurs de la Congrégation eurent recours a ses lumières pour solutionner certaines questions difficiles à résoudre. Plusieurs fois, il fut envoyé par eux dans leurs maisons de l'étranger, à titre de visiteur, particulièrement en Espagne, où il fut reçu d'une manière vraiment triomphale.

Ce fut, pendant cette période de son ministère que Mgr Cotton, voulant récompenser les mérites et les vertus du cher aumônier, l'éleva, le 11 novembre 1902, à la dignité de chanoine honoraire de la Basilique-Cathédrale de Valence. Les fêtes célébrées en son honneur dans la Communauté furent splendides. Tout était à la joie!

Un jour vint, cependant, où la joie se changea en tristesse. Une ère de persécution religieuse très violente commença en France. Au nom de la "liberté", inscrite dans nos lois et sur tous nos monuments publics, défense était faite aux religieux de vivre en communauté.

Les Petits Frères de Marie, atteints, eux aussi, par cette loi inique, furent contraints de chercher un refuge hors de la Patrie, où, cependant on ne craignait pas de donner asile et liberté à ces ennemis barbares qui devaient, quelques années plus tard, semer, parmi nous, tant de deuils et tant de ruines.

C'en était fait! La communauté de Saint-Paul-Trois-Châteaux était dissoute, et le titre d'aumônier disparaissait avec elle.

L'administration épiscopale, reconnaissant et voulant de nouveau récompenser les mérites de M. le chanoine Blanc, le nomma á une cure importante du diocèse. Mais la secte veillait, et elle imposa son veto. La paroisse de Chateauneuf-du-Rhone étant privée de pasteur, Monseigneur l'Évêque de Valence, contrairement aux habitudes, nomma M. l'abbé Blanc, curé de son pays natal. Le coup était un peu hardi; car, ainsi que le dit la Sainte-Ecriture elle-même, nul n'est prophète clans son pays.

Mais l'autorité diocésaine n'eut pas à se repentir de ce choix. M. le chanoine Blanc eut bien vite fait de s'attirer la sympathie et le respect de tous ses compatriotes.

Chateauneuf-du-Rhone ne devait pas être, toutefois, le terme de sa carrière apostolique. La loi de séparation ayant rendu aux Evêques le droit naturel et légitime de faire les nominations .aux archiprêtres sans l'autorisation gouvernementale, Mgr Chesnelong, en 1906, nomma M. le chanoine Blanc curé archiprêtre de Grignan. Là, aidé par des vicaires qui lui furent pleinement dévoués, il organisa rapidement une œuvre de jeunesse dont il était justement fier. Chants magnifiques, auditions musicales, projections lumineuses, rien ne fut négligé pour ramener au bercail du Seigneur les brebis égarées. Mais, ce qui fut l'apogée de son ministère paroissial, ce fut l'organisation admirable du Congrès eucharistique de novembre 1913, dont les trois journées furent des journées de triomphe pour le Dieu de nos tabernacles. On se rappellera longtemps l'imposante cérémonie de clôture à laquelle prirent part plus de 5.000 personnes, sous la présidence de Monseigneur de Gibergues, évêque de Valence, et de Nosseigneurs les Vicaires Généraux, entourés d'un nombreux clergé. On se rappellera longtemps cette interminable et triomphante procession à travers les rues de la gracieuse cité de Grignan.

Tout cela, cependant, ne se fit point sans fatigue, et le vénérable archiprêtre ressentit, dès lors, les premières atteintes du mal qui devait nous le ravir. Si, du moins, l'aide de son cher vicaire lui avait été assurée ! Mais non. La terrible guerre qui se déchaîna en 1914, vint le priver de ce précieux auxiliaire. Et dès lors, il dut assumer, à lui seul, la charge de tonte la paroisse, avec toutes ses conséquences: visites des malades, funérailles, messes tardives, catéchismes etc. …

Et cependant, qui le croirait ? Malgré toutes ces fatigues supplémentaires, il s'était imposé la tâche, parfois bien pénible, de faire la classe à deux ou trois jeunes élèves qu'il voulait diriger vers le séminaire. Après cela, qui donc s'étonnerait qu'il ait été terrassé avant son heure ?

Déjà, vers le milieu de l'année 1918, la crise devenait plus aiguë, le cher malade se voyait à peu près privé du secours de ses jambes, à tel point que, pour se rendre à l'église, il se vit dans le nécessité de se faire aider par une personne charitable. Mais, le 17 octobre, ses forces le trahissant totalement, il dut s'aliter pour ne phis se relever. Dès ce jour, d'ailleurs, il ne se fit aucune illusion sur le funeste sort qui l'attendait: "Ah! cher ami, disait-il, un jour, à un confrère voisin, me voilà touché ! Je ne m'en relèverai pas. C'est fini ! et plus tôt le bon Dieu viendra me délivrer, mieux cela vaudra. Quoi qu'il en soit, je désire me préparer à ce terrible moment de la mort, non pas seulement comme un bon chrétien, mais comme un bon prêtre; pour moi, pour ma propre consolation, mais aussi parce que je le dois à mes chers paroissiens, et pour l'édification de tous. Je veux faire une confession générale, à laquelle je vais me préparer sérieusement". Et trois jours après, en effet, comme il avait été convenu avec son confesseur, il accomplit, avec piété et un grand esprit de foi et d'humilité, ce grand acte du vrai chrétien et du bon prêtre. Il voulut en même temps recevoir les sacrements de l'Eucharistie et de l'Extrême-Onction, répondant à toutes les prières, édifiant les personnes présentes à cette touchante cérémonie, Et comme son confesseur l'exhortait à la résignation : "Ah! cher ami, lui dit-il oui, j'accepte tout ce qui; le bon Dieu voudra. Je lui fais le sacrifice de ma vie; qu'il me fasse miséricorde !"

Ne pouvant plus dire le bréviaire en son entier, il récitait les psaumes, hymnes ou oraisons qu'il savait par cœur, et il était très heureux de les commenter à son entourage..

Enfin l'heure cruelle sonna, le vendredi 21 février, et ce prêtre, qui selon l'expression de M. le Supérieur du Grand-Séminaire, fut "grand parmi les plus grands", ce pasteur à l'âme si élevée, au zèle si pieux et si ardent, au cœur si bon, taisant discrètement l'aumône aux déshérités, ce père si affectueux pour sa famille spirituelle, cet ami fidèle et sûr, disait adieu à la terre pour monter sur le Thabor de la gloire éternelle.

A son excellente mère si affligée, écrasée par le poids des ans et de la douleur, à cette mère en pleurs, qui, depuis 35 ans, donnait à son fils bien-aimé ses soins maternels et son affection la plus tendre, à ses frères attristés par cette perte cruelle, à toute sa famille en deuil, nous adressons, avec nos plus vives condoléances, l'assurance de nos ferventes prières pour le repos de l'âme de celui qu'ils retrouveront un jour auprès de Dieu.

De cœur et d'âme, la Rédaction du Bulletin, s'associe aux sentiments exprimés ici par la Semaine religieuse de Valence, dans la certitude d'être en cela le fidèle interprète de tous ses lecteurs, particulièrement dans la province de St Paul, où le souvenir de Mr le Chanoine Blanc reste l'objet d'une vénération reconnaissante de la part de tous ceux qui l'ont connu.

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