Madagascar – Historique du District

F. Callixte

28/Oct/2010

Nos Frères de Madagascar ont célébré dernièrement le cinquantième anniversaire de l'arrivée des premiers Frères dans ce pays.

Voici quelques passages du discours que le CF. Visiteur du District a prononcé à cette occasion et qui pourra intéresser les lecteurs :

« Hier dans la matinée, il y avait exactement 50 ans que F. André Frédéric avec un confrère s'installaient dans cette maison. Ils avaient été demandés au R.F. Stratonique par le R.P. Dantin, Supérieur de la Mission salettine du Vakinankaralra dans une lettre datée de San Pietro-Susa, du 14 juillet 1909. Embarqués à Marseille le 30 novembre 1911, ils posaient les pieds sur la Grande Ile à Majunga, la veille de Noël et débarquaient à Tamatave sous une pluie battante au début de janvier 1912.

« Utilisant la chaloupe, le train, l'auto qui s'embourba sur la route défoncée, ils atteignent Antsirabe le 15 au soir. Après une journée de repos, ils franchissent à cheval, les 23 derniers kilomètres qui les séparent du but. Au km 15 ils rencontrent une députation de 200 personnes conduite par le R.P. Supérieur et c'est l'accueil triomphal à Betafo. Discours, chants, compliments, cadeaux témoignent de la joie de la population de voir arriver les "Mères Lahy" (c.à.d. "mères hommes"). La longue cérémonie terminée, les Frères recueillent les 400 kg de riz, les 2 moutons à grosses queues, le dindon, le panier d'œufs, la douzaine de poules, le kitay (bois) et un rouleau contenant 85 F 10 centimes et s'installent dans leurs locaux.

« Ils continuent quelque temps l'étude de la langue malgache à laquelle le P. Cachet les avait initiés pendant la traversée et le 1ier mai, F. André Frédéric prend la direction de l'école paroissiale comptant 150 élèves.

« Un an après, F. Brieuc-Marie vient compléter le trio mariste promis que la guerre ramènera bientôt au duo des débuts.

«Je ne vous retracerai pas par le détail l'historique de ces 50 années – il nous faudrait la journée — je me contenterai de glaner quelques faits pour montrer que cette œuvre fondée sur le dénuement et la pauvreté ressemble en bien des points à celle de nos origines et porte le cachet divin de la croix qui doit nous donner confiance en sa pérennité.

 

Le grain enfoui.

« Ce fut bien cela. L'œuvre ne put que végéter à cause de la situation précaire des débuts qui se prolongea en raison de la guerre. Le manque de personnel, les restrictions, une terrible épidémie de grippe, tout s'en mêla pour accumuler les difficultés. Frère André-Frédéric épuisé dut aller se reposer chez les Pères d'Antsirabe. Seul F. Brieuc-Marie tint bon mais ferma l'école.

« Cette période douloureuse ne fut pas sans consolations. Le 24 août un câblogramme annonçait la promotion de Mgr Dantin à l'épiscopat. La Mission salettine, après 20 ans, voyait son œuvre définitivement implantée. Et l'on touchait du doigt le travail de la grâce dans les âmes. Deux faits entre autres: d'abord le nombre de conversions qu'amène la présence des Frères.

« Un jeune homme, René Martial, va chez les Frères, se fait baptiser et peu à peu, convertit tous les membres de sa famille.

« L'autre fait est l'histoire touchante et douloureuse d'une vocation d'élite, prémice et modèle de toutes nos vocations malgaches. Le 18 avril 1915, les Frères accueillaient comme postulant, Prosper Rakoto, instituteur de la Mission catholique à Andrainjato (région de Fianar) âgé de 24 ans. Ayant appris l'arrivée de Frères portant le nom de la Sainte Vierge, il se sentit immédiatement attiré vers eux. Il s'ouvrit de son projet à son confesseur qui lui répliqua : « Pourquoi Prosper, vouloir rentrer chez les Petits Frères de Marie que vous ne connaissez que de nom et non plutôt chez les Frères des E. C. qui vous ont formé? — Leur nom m'attire et le Bon Dieu me veut là — Pourquoi pas prêtre? — Si vous saviez quel grand pécheur je suis, vous ne me parleriez pas ainsi — Votre vocation m'étonne. Comment vous est-elle venue? — Je n'en sais rien. Depuis mon enfance, tous les jours, mais surtout à toutes mes communions, même à Mananjary, j'ai toujours demandé à Dieu de ne pas permettre que je m'écarte de sa sainte volonté ». Les raisons plus profondes il les donnait au F. André-Frédéric le 5 avril 1914: « Je suis convaincu, lui écrivait-il, votre genre de vie me convient; vous vivez cachés, ignorés, vous faites le bien sans bruit, car tel est ce que j'ai vu dans le livre des Constitutions. Moi aussi je voudrais vivre ainsi. Un démon m'excite toujours à me faire paraître, à me faire voir… Je ne pourrai jamais fuir cette tentation, excepté dans votre genre de vie… J'ai aussi une inclination particulière pour l'enseignement des enfants car vous n'ignorez pas que je tiens une petite école de campagne… ». Après un an de démarches pour régler la situation de sa mère, il peut enfin se rendre à Betafo. Pendant 19 mois, il aidera les Frères en faisant la classe en apôtre et le 10 novembre 1916, partira en pleine guerre pour le Noviciat de Bairo en Italie. Il y arrivera le 3 janvier 1917 après avoir fêté, la veille, à Grugliasco, le centenaire de l'Institut. Le 2 août suivant, il revêtait les livrées maristes et prenait le nom de F. René. Le samedi 9 mars 1918, il s'éteignait pieusement, emporté par une pneumonie. Le Bon Dieu avait ses vues. Cette mort alluma dans l'âme du maître des Novices, la flamme missionnaire. Frère Joseph Bonus sera l'homme dont la Providence avait besoin pour implanter solidement, enfanter douloureusement dans la pauvreté, les pires difficultés, l'œuvre mariste à Madagascar ».

 

2. L'enfantement douloureux (1920-1946).

« Au printemps de 1920, après le cauchemar de la Grande Guerre, voilà que cinq Frères arrivent d'Europe et avec eux l'espoir et le renouveau. On ouvre deux écoles à Antsirabe, l'une malgache, l'autre européenne. Mais il faut avant tout s'organiser, consolider les positions, se recruter sur place, fonder un centre de formation.

«Pour tout cela, le bon Dieu avait envoyé l'homme qu'il fallait: F. Bonus dont le grand sens pratique, la volonté tenace étaient étayés par une confiance inconfusible en Dieu.

«Des postulants attendaient; plus question de recommencer l'essai malheureux de 1917. Une demande d'érection de noviciat à Betafo fut demandée et accordée le 10 avril 1922. Frère Bonus cumula alors les fonctions de Supérieur, de Directeur d'école et de Maître des Novices et le 2 janvier 1923, il donnait l'habit religieux à 2 postulants dont notre regretté Frère Joannès René qui patientait depuis 1916. Mais en 1926 le Directeur d'école est muté à Antsirabe: qu'à cela ne tienne, le Maître des novices s'y transporte aussi dans les formes canoniques et installe ses disciples dans une soupente — qu'on vient de démolir — ne comprenant qu'une seule pièce servant à la fois de dortoir, de réfectoire et de classe. Faute de cour on passe les récréations à cultiver les légumes du jardin. Ces temps héroïques furent aussi des temps heureux. La nature certes n'y trouvait pas son compte, les santés s'y altéraient gravement, mais la vertu s'y épanouissait et les bénédictions divines étaient tangibles.

Voici un fait entre bien d'autres.

« C'était au début de 1932. Deux jeunes Frères meurent à un mois d'intervalle en prédestinés, emportés par la tuberculose : les FF. Léon Robert et Théophile Victor. Quand ce dernier partit au Juvénat, son père lui dit au dîner d'adieu: « Mais enfin, voyons, pourquoi nous quitter ainsi pour te faire religieux? » et l'enfant de répondre simplement et sans hésitation : « Mon père, c'est pour vous sauver ». Et voici l'émouvant épilogue. La veille de la mort de son fils, alors que ce dernier venait de recevoir les derniers sacrements, le père se jette aux pieds du missionnaire et s'écrie : « Mon Père, en présence de mon enfant mourant, je vous demande le baptême ». Et il sortit pour pleurer. Pendant ce temps le mourant joignant les mains et levant les yeux au ciel, dit à son tour, tout haut : « Merci, mon Dieu, vous m'avez exaucé ». Le lendemain samedi, la Vierge venait le prendre pour le Paradis. Le mois dernier, le papa est allé le rejoindre.

« Le travail écrasant que F. Bonus dut s'imposer pour recruter des vocations et les former, tout en assurant sa charge de Supérieur et de Directeur d'école, fut encore décuplé par les soucis et les difficultés de toutes sortes qu'il dut surmonter pour doter notre Mission d'une Maison de Formation. La Providence voulait qu'on fasse du solide et ce n'est que lorsque le roc du Calvaire fut atteint, que tous les obstacles disparurent comme par enchantement. Nous avons déjà vu comment 1925 marqua la 1ière étape par l'acquisition d'un terrain à Antanivao. Il s'avéra bien vite qu'il ne pouvait convenir étant trop petit, sans eau…

«Il fallait s'établir ailleurs. Les ressources pécuniaires étaient maigres, mais grâce à l'intervention visible de la Providence, on finit par pouvoir faire l'acquisition d'un terrain offert par les Pères de la Salette et construire un vaste bâtiment en un temps record. Nous pouvons imaginer la joie du F. Bonus, des 10 Frères, des 3 novices et des 6 juvénistes prenant possession de ce vaste bâtiment, le 19 décembre 1933 après avoir assisté, avec quelle ferveur reconnaissante, à la messe célébrée par Mgr Dantin.

« Nous comprenons aisément pourquoi en 1937, au 25ième anniversaire de l'arrivée des Frères à Madagascar, F. Bonus — qui avait fait l'expérience douloureuse que les œuvres de Dieu ne s'implantent que sur la croix, voulut en laisser un mémorial aux générations futures. Il fit élever sur un tertre de roches volcaniques, dans la cour d'honneur, cette gigantesque croix que nous vénérons et l'encadra de cactus aux bras menaçants, symbole des assauts impuissants que livre le démon aux œuvres bâties sur la croix.

« La journée du bon ouvrier n'est jamais terminée. F. Bonus n’eut pas le loisir de se croiser les bras, cette première tâche achevée. La drôle de guerre avec son cortège de restrictions plus durement senties dans un pays sans industrie et sans ressources, la coupure d'avec les Supérieurs, de douloureuses défections causèrent bien des ennuis au vaillant Supérieur. Heureusement, Dieu y apporta le baume de douces consolations: Des vêtures de 3, 5 et même 8 postulants comme en 1945, la guérison si extraordinaire de Jean Aimé Ranaivo, le 13 novembre 1941, que la Sacrée Congrégation des Rites retiendra comme miracle pour la béatification de notre Bx. Père, furent de puissants motifs de confiance en ces temps si troublés.

« En novembre 1946 cette longue période de 26 ans s'acheva dans la joie de la réception du CF. Jean-Emile A.G. qui profita de la première place libre sur un avion en partance pour Madagascar pour venir apporter à ses missionnaires, le témoignage de la paternelle sollicitude que les Supérieur Majeurs n'avaient cessé de porter au District malgré l'éloignement. Elle se traduisit immédiatement dans les actes: quelques jours après un premier missionnaire nous arrivait par la voie des, airs, suivi par d'autres dès le printemps suivant. C'était l'heureuse délivrance: la naissance d'un District après un long et pénible enfantement.

 

3. Premiers pas.

« Je ne m'attarderai pas longuement sur cette 3ième étape, sur le berceau du nouveau-né; sur ses premiers balbutiements et ses premiers pas. Comme à la crèche, les berges accoururent de France, d'Italie, d'Espagne, de Grèce pour prêter leur concours, puis ce fut l'arrivée des Mages, les visites nombreuses de nos Supérieurs et tout spécialement celle inoubliable du R.F. Léonida, Supérieur Général. Et les présents affluèrent de l'Orient: la Province Mère de Liban-Syrie, se souvint de son enfant, envoya un royal cadeau qui permit l'achat de la propriété de Soamabatamana qui attend encore l'installation du Juvénat, mais la Providence nous y achemine tout doucement: la route est devenue praticable, l'eau et l'électricité se rapprochent; les collines se parent de pins et les coteaux se couvrent de vignobles prometteurs de ressources; des briques cuisent. L'heure de la Providence est proche. Mais revenons en arrière pour suivre les premiers pas du nouveau-né.

 « Et l'Enfant croissait en taille, en grâce et en sagesse ». Nos œuvres se consolident. Betafo se reconstruit entièrement; le collège Saint Joseph d'Antsirabe grossit ses effectifs. Il dépasse les 500 élèves et arrive au cycle de l'enseignement secondaire. Il faut encore bâtir. Le CF. Joannès-Eugène. A. G. nous visite en 1956, promet de l'aide, encourage, mais voici que tout à coup la Providence intervient et l'impossible se réalise. Nous sommes au 23 janvier; on m'appelle au parloir. Une vieille dame est là embarrassée de 3 millions, qu'elle craint de déposer en banque. Elle nous les offre pour 10 ans à un taux dérisoire. Les autorisations furent vite obtenues grâce au C. F. Assistant, et quelques mois après, un bâtiment de 50 m. avec 2 étages commençait à s'élever. A peine achevé la place manquait encore, il fallait loger les Frères devenus plus nombreux. On exhausse d'un étage la construction de 1934 et l'ancien dortoir devenu libre est transformé en une vaste chapelle. Mais Juvénat, Noviciat, Scolasticat repousses sur leurs premières positions commencent à étouffer vu que leur nombre a triplé. Il faut qu'une section émigré. C'est ce que décide le C. F. Louis Martin A. G. dans sa visite de 1958, A cause de son petit nombre, le Noviciat trouvera plus facilement un gîte. Mais où?

Fianarantsoa semble tout indiqué.

Justement un Juif possède à 4 km de la ville, une propriété de 10 ha plantée d'eucalyptus avec un étang, une piscine, une méchante bâtisse mais il tient la dragée plus haute que nos possibilités. Qu'à cela ne tienne. Notre P. Fondateur qui vient d'être proclamé Bienheureux et qui a déjà prouvé qu'il s'intéresse à notre Mission, est mis à contribution. Sa médaille est placée en divers points de la propriété pour une possession clandestine. Peu de temps après, notre Juif endetté et pressé de rentrer en Israël, accepte toutes nos conditions et le Noviciat sans attendre s'y installe.

Certains se posent peut-être la question : Que sera cet enfant déjà grandelet? Sera-t-il pour la ruine ou le salut d'un grand nombre? Son douloureux enfantement et des débuts prometteurs doivent nous enlever toute crainte et je conclus sur ces réconfortantes paroles de notre Bx. Père pour les heures difficiles: « Il y a longtemps que je suis convaincu que nous n'avons rien à attendre des hommes et que Dieu veut tout faire chez nous. Redoublons donc d'espoir en sa bonté, confions-nous en sa Providence: il est de sa gloire de nous assister et de nous procurer les secours que les hommes nous refusent. « Quand tout le monde serait contre nous, nous n'avons rien à craindre si Dieu est avec nous ».

                             F. Callixte, Visiteur.

 

4. Construction du juvénat.

Nos œuvres de Madagascar prospèrent de façon très satisfaisante. Nos Frères se voient dans la nécessité de bâtir pour pouvoir se loger convenablement. Mais comme les fonds font défaut, force est de se débrouiller par soi-même. C'est ainsi que les juvénistes de Mahatamana, sous la direction d'un de leurs Frères Professeurs, se sont mis courageusement au travail durant les vacances dernières, pour construire eux-mêmes leur maison de juvénat. Après avoir surmonté bien des obstacles, ils se sont mis à fabriquer les milliers de briques nécessaires à la construction. Mais il leur a fallu d'abord apprendre le métier. Le premier jour ils sont parvenus, après mille essais, à mouler quatre briques; le second 150; le troisième 400 et, de progrès en progrès, ils sont arrivés à une moyenne de 1.550 briques journalières. Sou« la direction d'un homme du métier, les 22.000 briques fabriquées ont été mises en meules et cuites en temps voulu. Naturellement le combustible, bois et tourbe, a dû être coupé par les juvénistes eux-mêmes.

Il a fallu pendant ces vacances si bien employées, un supplément d'alimentation pour aider à la forte dépense de calories. Le riz en a fait les frais et le C. F. Econome n'a pas hésité à sacrifier ses réserves. On peut lire ceci dans un petit rapport sur ces travaux: «Au travail personne ne boude. On arrose et malaxe la boue avec les pieds; on la bat avec des barres de fer, on la met en boules et on la porte aux mouleurs.

« Peu à peu, les moines anciens bâtissaient des monastères millénaires. Voici qu'après le reboisement, le nivellement, le tracé des chemins, la création d'un verger, d'un potager, arrivent les briques : 22.000 cette année. Bel espoir pour une construction nouvelle imposée par le développement de nos œuvres ».

RETOUR

Remise du diplĂ´me daffiliation Ă  lInstitut ...

SUIVANT

Poughkeepsie - Marist College...