Missions en Patagonie

Hno Juan Romualdo.

21/Oct/2010

Voici un bref compte rendu de la manière dont quelques Frères de la province d'Argentine passent leurs vacances à la recherche des âmes errantes dans les terres incultes et ingrates de la Patagonie.

La contrée. — Située à l'extrême sud du continent américain, sur une étendue de 691.680 km carrés, la Patagonie est limitée à l'ouest par la Cordillère des Andes qui la sépare du Chili et à l'est, par l'Océan Atlantique.

La côte atlantique, seule connue par les premiers explorateurs, est relativement peuplée et cultivée. Dans la partie ouest, au pied des hautes cimes de la Cordillère s'étend « la Suisse Argentine », avec ses lacs enchanteurs, ses bois touffus, ses glaciers imposants et ses cascades alternant avec des centres prospères de tourisme et des cités qui se peuplent dans la saison propice.

Entre ces deux bandes de terre fertile s'étend l'immense plateau, le désert de Patagonie : terre inerte et pierreuse, où ne poussent que quelques petits arbustes épineux et des touffes d'herbe dure et courte aux racines à fleur de terre. De grands et profonds ravins sillonnent le territoire rendant les communications grandement difficiles.

 

Les habitants. — Dans cette « terre de malédiction », selon la pathétique expression de Darwin, vivent les Indiens de race araucanienne appelés « tehuelches », les patagons, et à l'extrême sud les onas. Les tehuelches ont la figure ronde, les pommettes saillantes, le nez long, les yeux brillants, noirs et expressifs, le regard plutôt doux, les lèvres épaisses, les cheveux raides et plats, le teint obscur. La caractéristique de ces habitants est leur physionomie morale qui semble refléter la tristesse de la terre qu'ils occupent. Ils sont, en général, taciturnes, silencieux, méfiants, indolents et apathiques.

Leur demeure consiste en une misérable cabane de terre et de branchages couverte de glaise. Leur nourriture est la viande et le maté, le fameux thé si apprécié des Argentins, qui se verse en de petites calebasses et s'absorbe avec une espèce de tube en métal, muni d'un filtre à son extrémité.

Leurs biens sont les chevaux (deux au minimum) et les troupeaux de brebis.

Quant à sa manière d'être, l'Indien «tehuelche » est aimable et hospitalier, humble, docile, respectueux et patient. Quand il connaît Dieu, il l'aime. Un exemple est celui de Ceferino Namuncura dont le procès de béatification est déjà avancé.

 

L'évangélisation. — Mais, qui va vers eux pour leur apprendre à vivre en chrétiens ? En 1879, arrivèrent les premiers Salésiens, envoyés par Don Bosco lui-même, pour évangéliser les Indiens. En 1880, ils s'établirent à Viedma et, avec les Filles de Marie Auxiliatrice, commencèrent leur œuvre évangélisatrice dans les centres habités de la côte atlantique et dans les vallées des Andes. Quant au problème de l'évangélisation des tehuelches dispersés dans l'immensité du désert de Patagonie, il resta sans solution.

 En 1940, le R. P. Matias Crespi, S. J., fonda les Missions Rurales, qui ont pour but de porter les bienfaits de la religion dans les contrées où le manque de prêtres, les distances énormes, le manque de routes et de moyens de locomotion, l'absence de noyaux de population, ont rendu comme impossible l'enseignement du catéchisme et la pratique de la religion. Pour surmonter cette difficulté et portera ces habitants les secours religieux, il sollicita l'aide volontaire des membres des Congrégations religieuses.

Durant l'été 1944, il organisa la première expédition en Patagonie, jusqu'aux villages de la région montagneuse de plus facile accès et où les Indiens vivent un peu plus groupés. Les résultats furent très consolants et les expéditions missionnaires se renouvelèrent chaque année. Mais le fondateur n'était pas satisfait et songeait à la plaine déserte et désolée.

A cause des terres gelées du sud, inaccessibles en hiver, et en outre ne pouvant compter sur le petit groupe d'ouvriers apostoliques, l'expédition missionnaire a lieu pendant l'été austral, c'est-à-dire dans les mois de janvier et de février, mois les plus chauds et temps si propice pour rencontrer en pleine activité les petites écoles établies dans ces parages

Après les fêtes de la Nativité, l'expédition s'organisa, composée de divers missionnaires. Ainsi cette année 1952, elle comptait 15 prêtres (Capucins, Dominicains, Oblats de Marie Immaculée, Jésuites, etc.), 40 Sœurs de différentes Congrégations. Le voyage dura plus de deux jours en train, durant lequel le wagon se convertit en couvent provisoire.

 

Participation des Frères Maristes. — C'est la seconde fois cette année, que les Frères Maristes y prennent part. Un groupe de 5 Frères, sous la direction d'un Père Oblat de Marie Immaculée, pénétra dans l'immense étendue du désert, à la recherche des pauvres Indiens qui vivent et meurent dans cette terrible solitude, sans avoir pu au moins imaginer l'existence d'un Dieu bon et miséricordieux qui les aime et leur a préparé une place en son royaume.

Pour le voyage à travers cette vaste steppe, sont employés les moyens de locomotion les plus variés : autos, camions, charrettes, chevaux. Cette année on obtint un camion de l'armée avec lequel on parcourut plus de 2.500 kilomètres, ce qui n'est pas peu dire par le manque absolu de routes et les innombrables difficultés qui se présentent constamment. Pour affronter les multiples obstacles et contretemps qui se présentent, il faut être doté d'un esprit à toute épreuve et disposé à tout supporter ; manger mal, peu et parfois rien ; dormir, la plupart du temps, sur le sol dur avec des températures variant de 10° chaque nuit ; supporter les longs et fatigants voyages : manquer de l'indispensable pour l'hygiène personnelle et mille autres peines que l'on a à endurer dans la tournée missionnaire.

Et que peut faire un Frère dans ces endroits ? — Disons simplement que non seulement il peut faire quelque chose, mais qu'il peut faire beaucoup. Avant tout, enseigner le catéchisme aux enfants des écoles pour les préparer, soit au baptême ou à la première communion ; rechercher et préparer les adultes pour le mariage ; leur enseigner à prier un peu et la plupart des fois les disposer au baptême.

Tout cela requiert temps et patience. Mais, comme il faut passer rapidement, que nombreuses sont les personnes et nombreux les lieux qui n'ont jamais eu de missionnaire, il est nécessaire de s'arrêter un peu, et pour l'indispensable, en chaque endroit.

Les Frères, par groupes de deux, devancent, soit à cheval, soit d'une autre manière, le Père Missionnaire, pour aller préparer les personnes, de manière qu'à son arrivée, il ait seulement à baptiser, à administrer les sacrements. Ainsi, cette année, se firent 210 baptêmes : 85 d'adultes et le reste d'enfants au-dessous de 10 ans ; 53 mariages furent régularisés et plus de 100 enfants préparés à la première communion.

Il convient de faire remarquer que tous demandèrent le baptême pour ne pas rester « moros » (maures). Le non baptisé (moro) est méprisé ; de là, le désir et l'anxiété de le recevoir. On vit des enfants pleurer parce qu'on ne pouvait lés baptiser pour ne pas contrarier leurs parents.

Ainsi, année par année, on pénètre de plus en plus dans cette solitude, surmontant les difficultés et les distances, pour porter la Croix du Christ dans des lieux très peu habités et dont les noms ont une origine nettement araucanienne. Ainsi le révèlent les noms de quelques parages où se trouvèrent les Frères cette année, comme : Quetrequile, Blancuntre, Yalalaubat, Gan Gan, Carhué Niyeu, Choique Mamvel, Pilquin Niyeu, Talagapa.

Pour les vacances de 1953, on projette d'ouvrir diverses écoles fermées par l'abandon du maître ou parce que le lieu est trop éloigné et peu peuplé, et de vivre là avec ces pauvres gens pendant trois mois, pour leur enseigner en plus des rudiments de la religion, un peu de lecture et d'écriture, dont ils se montrent très avides.

Ce seront trois mois de sacrifices, puisqu'on mènera une vie solitaire, isolée du monde civilisé par des centaines de kilomètres, passant, peut-être, des jours entiers sans pouvoir avoir le bienfait de la Messe et de la communion, du moment que le Père Missionnaire ne pourra venir tous les jours… Mais on saura y suppléer avec des méditations et des rosaires plus fervents.

En nous faisant nommer maîtres par l'État, on obtiendrait la mensualité correspondante, qui serait employée à donner à manger à ces enfants, dont beaucoup d'entre eux parcourent chaque matin plusieurs lieues avec l'estomac vide et l'anxiété d'assister à la Mission et au catéchisme. Avec la protection de Dieu et l'aide de Marie, on peut faire beaucoup de bien et passer, d'une manière très avantageuse, le temps des vacances.

     Hno Juan Romualdo.

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