Noces dArgent de la fondation de la Province du Mexique

27/Sep/2010

Le premier Janvier dernier, à la suite d'une fervente retraite paisiblement faite à l'Internat Patricio Sanz, à Tlalpan, en dépit de l'agitation révolutionnaire qui régnait alors dans le pays, nos Frères du Mexique ont célébré par de pieuses solennités familiales et des cantiques d'actions de grâces le 25ième anniversaire des premiers débuts de la Province. C'est vraiment à bon droit car, parmi les difficultés et les épreuves, le petit grain de sénevé semé par notre Institut, en 1899, sur la terre mexicaine a pris, au cours de ces vingt-cinq ans, un développement qu'il eût été alors bien difficile de prévoir. En 1913, après 14 années, relativement tranquilles au point de vue politique, mais pendant lesquelles la fièvre jaune avait fait de terribles ravages dans le personnel venu d'Europe, la province comptait déjà un personnel de 291 sujets (dont 10 Frères stables, 150 de vœux perpétuels, 37 de vœux temporaires, 15 novices, 11 postulants et 68 juvénistes); 27 écoles dirigées par 170 Frères et peuplées de 4.765 enfants.

En 1914, la révolution balaya tout. Maisons de formation et écoles durent être fermées, sauf le Collège Saint Louis de Gonzague de Mexico et trois autres situés en dehors du territoire de la République. Les Maîtres, privés d'emploi, vinrent en grand nombre chercher de l'ouvrage en Europe, où pour la plupart, ils furent happés par la grande guerre, qui venait d'éclater. Seize des meilleurs devaient, hélas ! y laisser la vie.

Cependant les Supérieurs de la province et le personnel réduit qui leur restait ne perdirent pas courage. Tandis que, bien pourvus de bons maitres, les quatre collèges échappés à la proscription générale acquéraient une prospérité consolante, les débris dispersés de la maison de formation de Jacona furent ralliés d'abord à Port Lavaca, dans une maison de vacances généreusement prêtée par les Pères Oblats de Marie Immaculée, puis à San Antonio (Texas) et devinrent un foyer de reconstitution pour l'Œuvre. Le Collège de Saint Louis de Gonzague, essaimant par deux fois, donnait naissance aux deux prospères filiales de la rue Puente de Alvarado et de l'avenue Morelos; l'Institut Savignac de Tacubaya et l'Asile Patricio Sanz de Tlalpan ouvraient leurs portes, les trois collèges de Tucson (E. U.) et de la Havane et Caibairen (Cuba) étaient successivement fondés….

Bref, c'était, par faveur de la Providence, une rapide résurrection, presqu'une rénovation de l'histoire du saint homme Job, puisqu'en cette date jubilaire du 1ier janvier 1924, en dépit de toutes les épreuves, la province avait de nouveau, en 14 maisons pour la plupart très importantes: 33 Frères stables, 127 Frères de vœux perpétuels et 51 de vœux temporaires, avec 17 novices, 5 postulants et 98 juvénistes (soit en tout un personnel de 331 sujets), et 4.002 enfants dans ses classes.

C'est tout cet ensemble d'espérances et de déceptions, de joies et de douleurs, de consolations et d'épreuves, de traverses et de prospérités que la Province du Mexique, à l'aurore de son second quart de siècle de vie, éprouvait le besoin de célébrer par de spéciales actions de grâces, sans faire de distinctions entre les unes et les autres. A tout bien prendre, en effet, ne nous viennent-elles pas toutes de la main paternelle de Dieu, dont la sage providence dispose tout pour notre plus grand bien ? Et pourquoi, dès lors, ne pas les confondre dans la même gratitude ? Elle s'y porta de tout son Cœur.

Dès le bon matin, lorsque les retraitants descendent des dortoirs à la chapelle, ils la trouvent brillamment illuminée et voient les novices et les scolastiques venus de la Quinta Soledad déjà rangés près du sanctuaire. La statue de Marie paraît sourire. Quelque chose comme un frisson céleste exalte la piété générale. Aussi, comme il est fervent, filial, plein de joie et d'espérance, ce premier Salve Regina de 1924 !

L'heure de la méditation nous réunit dans la grande salle d'exercices. Là, il sera donné à tous d'entendre le R. P. Rougier qui fera monter de son âme les accents émus d'un Magnificat nouveau: le Magnificat de la Province, évoquant la protection incessante et les faveurs sans nombre dont Jésus et Marie la comblèrent pendant ces vingt-cinq premières années.

Voici l'heure de la Messe de Communion. Dans le sanctuaire, on a disposé des prie-Dieu que les CC. FF. Remèze, Félice, Luis-Gregorio, Donan et Luis-Manuel viennent occuper. Tout le monde a compris: ce sont les élus de cette grande circonstance pour le vœu de stabilité. Et les voici qui s'avancent et, en présence de Notre-Seigneur, que le prêtre élève entre ses mains, ils promettent d'une voix à la fois ferme et tremblante, de maintenir, selon leur pouvoir, le but, l'esprit, les constitutions de cet Institut, dont nous fêtons un si beau triomphe au Mexique. Comment vous narrer cet instant qui, pour eux. et pour nous, devient bientôt l'instant divin par excellence ? Que vous dirai-je de la Messe solennelle, et de la cérémonie générale des vœux, toujours si prenante et se déroulant cette fois dans un cadre si grandiose ?….

Messe et rénovation des vœux, Sainte Communion: sacrifice et sacrifice…. Banquet divin, mystérieux centre et aliment de la vie chrétienne, de la vie religieuse, foyer du zèle, du dévouement, des grâces qui donnèrent vingt-cinq ans de vie a la jeune Province du Mexique, et d'ores et déjà lui en assurent vingt-cinq autres…. Avec la retraite, c'est bien là le cœur de nos fêtes jubilaires du District, comme elles le seront des autres centres.

Cependant l'ordre des fêtes se déroule. Au banquet de famille. Supérieurs, Frères, Novices auront mieux que les mets si fraternellement offerts, mieux que le décor féérique de la salle, car Mgr. Tito Crespi, le substitut de S. Exc. le Délégué, Apostolique, est venu s'y asseoir. On pense, en le contemplant, au Père de Famille, au Pape, à Jésus lui-même, Jésus qui ne dédaigna point d'honorer de sa présence les Noces de Cana.

Un modeste compliment devait être lu à la fin du diner, mais voici que Monseigneur se lève et nous adresse des paroles par trop élogieuses: il nous dit son émotion d'être au milieu d'hommes qui ont tout sacrifié de ce que le monde, même dans l'état ecclésiastique, aime et recherche. Il proclame la priorité d'excellence de l'éducation chrétienne de la jeunesse. Il dit son admiration pour l'Institut qui s'assimile si promptement toutes les patries pour les faire contribuer avec une efficacité si grande à la gloire de Dieu…

A 2 h. 30 nous étions tous à la Quinta Soledad pour la bénédiction de la grande et très belle statue de la Sainte Vierge, don des RR. PP. Oblats de San Antonio, et par conséquent, précieux souvenir de nos six ans de Texas, de nos travaux, de nos souffrances ; souvenir surtout des maternelles providences de Marie dont les instruments choisis furent en première ligne, avec le P. Hume et Mgr Shaw, Mgr Kelly, Mgr Ledvina, les RR. PP. Antoine et Constantineau. En se pressant, s'entassant même, on put trouver place dans le petit oratoire où furent chantée les strophes magnifiques du cantique "Marie est notre Mère". Puis, on se rendit en procession à travers le parc jusque devant le monument rustique et de goût exquis que la piété de M. José Villagrán, ancien élève de la Perpetua et aujourd'hui jeune architecte de renom, voulut élever à Marie.

Quelle superbe occasion, en d'autres temps, pour une cérémonie grandiose, pour des chants vibrants d'enthousiasme ! Mais, hélas ! force nous est de nous ressouvenir des catacombes. Mr. Crespi, en simple surplis, bénit à voix basse ce monument de l'amour et de la foi; puis on récita presque à demi-voix le chapelet, que l'on osait à peine émailler des couplets, pourtant si suaves, du cantique ‘"Un Mariste à Marie"… Oh ! Notre-Dame du Sacré-Cœur, oh ! Reine des Victoires ! quand sortirons-nous des catacombes ?… Monseigneur eut un baume à la tristesse qui, en ce contraste, venait nous envahir. En termes émus, inspirés par le décor que la nature elle-même lui offrait, il chanta la poésie de cette heure de piété filiale, et les beautés de ce trône rustique élevé par des enfants à l'amour de leur Mère.

A 6 h. nous étions de nouveau à l'Asile pour le chant des Vêpres, la Bénédiction du Très Saint Sacrement, le Te Deum solennel… Je renonce à décrire ces instants où la liturgie sainte nous transporte au Thabor où l'on voudrait comme saint Pierre fixer pour toujours sa demeure…

Si pour vingt-cinq ans de services, vingt-cinq ans de luttes, ce premier triomphe est si majestueux, la reconnaissance si débordante, la joie si vive, que sera-ce au jour du triomphe suprême, quand avec la Sainte Eglise, notre Institut, notre Province, nous célébrerons les Noces éternelles et entendrons les préludes de l'éternel Te Deum ?…
                                                     (D'après le ‘’Trait d'Union’’)

RETOUR

Congrès déducation à Madrid...

SUIVANT

Visite de délégation du C. Fr. Marie-Odulph...