Noces dOr de Xavériens

Fr. José Ignacio Calvo

04/Nov/2010

Evocation d'un groupe de futurs missionnaires qui ont pris la soutane en 1918.

 

En 1909, le T. R. F. Stratonique fondait à Grugliasco une des œuvres les plus apostoliques et les plus sympathiques de notre Institut : l'œuvre St François Xavier.

Six ans plus tôt la loi d'expulsion avait chassé de St-Genis-Laval les Supérieurs, les obligeant à chercher en Italie un asile qu'ils allaient trouver à Grugliasco, près de Turin, dans une propriété qui contenait une maison seigneuriale, un peu défraîchie, un beau parc et une usine qui venait de subir un incendie. Cette villa Tron allait donc devenir, après quelques travaux de réfection, la nouvelle maison généralice de l'Institut. Elle serait aussi le centre de l'œuvre internationale pour les Missions qui devait comprendre juvénat, noviciat et scolasticat.

L'œuvre St-François Xavier a survécu jusqu'à la translation de la maison généralice à Rome, c'est-à-dire 50 ans. Elle n'a d'ailleurs pas disparu totalement, mais subi transformation et adaptation. Pendant un demi-siècle, en tous cas, elle a fourni à de nombreux pays des sujets nombreux et choisis qui aujourd'hui disent hautement sa gloire à travers le monde.

Je voudrais ici présenter un groupe déjà lointain : celui de la vêture du 15 août 1918 : 46 frères dont 41 novices présidés par le C. F. Augustin-Joseph. N'est-ce pas juste que cette « analyse photographique » permette de rendre hommage à quelques remarquables éducateurs?

Fr. Augustin-Joseph, au centre de la ligne du bas, directeur du juvénat et maître des novices était excellent religieux, intelligent, très cultivé et très bon musicien et pourtant très simple. Pédagogue et éducateur émérite, il savait donner aux jeunes des conseils qui étaient reçus d'autant plus volontiers qu'ils venaient d'un grand cœur. En 1920, il devenait assistant du T. R. F. Diogène.

A sa droite: le Fr. Léon-Camille était le religieux vertueux, modèle du frère mariste. Surveillant dévoué, il était exigeant dans l'accomplissement du devoir, mais en même temps très serviable. Professeur de géométrie et d'anglais — avec les « Green Séries » de Gourio —, il était surtout inimitable dans sa calligraphie, malgré une paralysie partielle de la main droite.

A gauche du Frère Maître: le Fr. Santiago Zugaldia âme noble et sensible, était bon professeur, fin musicien et remarquable dessinateur. Il devait mourir martyr à Barcelone en 1936.

Au deuxième rang, à l'extrémité de gauche c'est le frère Luis Felipe, professeur aussi. Rentré en Espagne, il est devenu successivement professeur, directeur et économe provincial de « Norte ». Le frère qui est à l'extrémité de droite, professeur aussi, n'est pas resté fidèle à sa vocation.

Le groupe des novices, lui, a cette particularité d'avoir fait, sans changer de locaux, le juvénat, le postulat et le noviciat. C'était alors la guerre et le recrutement s'avérait difficile pour les pays belligérants: il n'y avait que 3 novices français et 1 italien contre 37 espagnols.

D'ailleurs l'élément espagnol avait toujours été représenté dans l'«Œuvre» en proportion élevée, car les divers juvénats d'Espagne: Anzuola, Arceniega, Carrión, Pontós, Vich et Tuy, envoyaient chaque année leur contingent.

L'année 1918, on s'en souvient assez, fut celle de la grippe qui au moins dans ce cas, mérite assez son nom d'« espagnole » puisqu'elle entraîna la mort de quatre des nôtres. Mais on ne peut guère oublier non plus le lugubre tintement du campanile de la paroisse qui annonçait le décès de victimes plus nombreuses que celles de la guerre.

Le 15 août 1919 était le jour de notre profession et du passage au scolasticat, corps de bâtiment que nous allions étrenner après l'avoir nettoyé et peint pour faire oublier le passage des soldats à qui il avait servi de garnison.

A peine un an de scolasticat avec des restrictions de nourriture et des changements fréquents de professeurs barbus, moustachus, arrivés de Syrie, suite à une débâcle forcée. Le plus légendaire est sans doute « le patriarche de Syrie »: frère Amphiloque, à la barbe de prophète, racontant de sa voix flûtée de bien amusantes plaisanteries.

En 1920 la quarantaine de scolastiques était répartie par l'obéissance en une douzaine de pays: Chine, Afrique du Sud, Madagascar, Mexique, Colombie, Pérou, Chili, Argentine, Brésil, Syrie, Fidji, Espagne.

Les circonstances entre 1914 et 1920 n'avaient sûrement guère été propices. Si l'on ajoute en effet à l'instabilité du corps professoral, aux bruits de guerre, aux restrictions alimentaires, à la grippe, l'insécurité des temps et les manifestations communistes, on comprendra combien cela pouvait créer un état de nervosité.

Mais malgré tout, la paternelle préoccupation du R. F. Stratonique, la prudence consommée et l'intelligente sauvegarde du T. R. F. Diogène surent résoudre les problèmes et faire de ces années un peu sombres une école d'endurance et d'exigence de pauvreté.

Et puis il faut voir aussi les aspects moins sombres que je rappelle presque en ordre chronologique:

— les conférences de P. Gallois S. M. sur le chant grégorien,

— la visite de l'amiral Yamamoto, nommé ambassadeur du Japon, près le St Siège,

— les fêtes du Centenaire de la fondation de l'Institut (2 janvier 1917) qui nous valurent la visite du Cardinal Richelmy, archevêque de Turin,

— les noces d'or du R. P. Hillereau, S. M. notre aumônier,

— les noces de diamant du F. Stratonique et de sept co-jubilaires, la fin de la guerre, le 11 novembre 1918,

— plusieurs visites honorables: Mgr Leroy, Supérieur Général du St-Esprit; Mgr Lemaître, Vicaire apostolique du Soudan, le Cardinal Maurin, primat des Gaules,

— enfin l'élection du frère Diogène et le XIII° Chapitre Général qui dura un mois.

Mais je voudrais surtout rappeler un souvenir plus impressionnant: celui d'un groupe dont la persévérance a été assez remarquable.

Après 50 ans, 13 ont quitté l'Institut, mais 15 sont allés recevoir la récompense du bon et fidèle serviteur et 13 autres sont encore à l'œuvre dans le champ du Père de famille. Le 15 août prochain 13 Frères pourront donc rappeler en fêtant leurs noces d'or qu'ils font partie d'une promotion qui a eu 68,28% de persévérance.

J'adresse à mes 12 compagnons de bien fraternelles et ferventes félicitations et j'ai grand plaisir à citer leurs noms:

Fr. Carlos Antonio (Colombie), fr. Claudio Vicente (Venezuela), fr. Esteban Manuel (Santa Catarina, Brésil), fr. Luis Maximino (Chili), fr. Víctor Anastasio (Mexique), fr. Rafael Eugenio (Fidji), fr. José Ricardo (Saint-Genis), fr. Antonio Ramón (Cataluña, Espagne), fr. José Lorenzo (León, Espagne), fr. Juan Marciano (Bética, Espagne), fr. Pedro Félix (Levante, Espagne), fr. Victorino Luis et fr. José Ignacio (Castilla, Espagne).

Faut-il se vanter, comme dit St-Paul, j'ajouterai qu'un novice du groupe est devenu Provincial d'Afrique du Sud (fr. Miguel Felipe ou brother Raymond: décédé) et qu'une dizaine d'autres ont rempli l'office de directeurs de collèges ou de maisons de formation.

Cette rétrospective fera sûrement jaillir dans le cœur de tous une source de sentiments peut-être un peu enfouis mais bien réels d'attachement à l'Institut et à l'esprit du Fondateur, et de totale donation au Seigneur.

Qu'il soit remercié le Seigneur, et que soit louée la Vierge notre Mère qui nous a conduits par la main, depuis ce 15 août éclatant, merveilleux et inoubliable.

                                Fr. José Ignacio Calvo

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