Noël

R. S. Thuret.

18/Sep/2010

Le culte du vrai Dieu s'effaçait dans le monde :

L'homme aveugle adorait la fortune et le sort,

Sa raison s'éclipsait dans une nuit profonde,

Et sa loi n'était plus que le droit du plus fort.

 

Des cités aux hameaux, du trône à la chaumière,

Des vices inouïs dégradaient les mortels :

On n'appelait vertu que l'audace guerrière,

Et les forfaits heureux obtenaient des autels.

 

Une part des humains, par le fer asservie,

Courbait sous l'autre part son front humilié :

Le vainqueur insolent se jouait de la vie

Du vaincu, qu'à son char il traînait sans pitié.

 

Dans une arène affreuse, un peuple inexorable

Jetait l'homme en pâture aux tigres irrités

Ou : dans des jeux cruels aux flancs de son semblable

Le forçait à plonger ses bras ensanglantés.

 

Aux pieds de ses tyrans, gémissante, abattue,

La triste 'humanité gisait sans protecteur :

Et, vers les monts lointains où se portait sa vue,

Appelait de ses vœux le Dieu libérateur.

 

Les oracles sacrés prédisaient sa naissance :

Des signes éclatants l'annonçaient dans les airs :

Et déjà, sur son bras fondant leur délivrance,

Les peuples indignés frémissaient dans leurs fers.

 

Peuples livrez-vous à la joie :

Il va paraître enfin ! j'entends son précurseur

Crier dans le désert: "Elargissez la voie,

Aplanissez les monts: voici le Rédempteur !

Sourds, recouvrez l'ouïe, et que l'aveugle voie :

La terre fécondée enfante son Sauveur !…’’

 

Ecoutez, dans la nuit, des harpes qui frémissent:

J'entends des chérubins le chœur harmonieux,

Et ces mots sacrés retentissent,

Redits par les échos dans les contours des cieux:

 

Quel ineffable et grand mystère

Vient de s'accomplir sous nos yeux !

Gloire au ciel et paix sur la terre

Aux mortels humains et pieux !

Déjà le prince des ténèbres

Pousse en l'air des clameurs funèbres,

Sous le bras divin comprimé :

Et la charité tutélaire,

Qui dans tout humain voit un frère,

Relève le faible opprimé.

 

Nous te louons, Seigneur, nous chantons ta puissance :

Et la terre avec nous, dans ce jour solennel,

La terre avec respect, avec reconnaissance,

Te nomme son Père éternel.

Devant ton trône d'or rassemblant leurs phalanges.

Et voilant leurs regards blessés par ta grandeur,

Les dominations, les anges, les archanges,

Chantent incessamment: "Saint, saint est le Seigneur".

Bergers, qui sur ces collines

Dormez près de vos troupeaux,

Aux chants de ces voix divines,

Sortez de votre repos.

Dans cet asile champêtre

Un Sauveur vient de vous naître:

Voici son astre nouveau.

Venez, sa clarté sacrée

Va, du haut de l'empirée,

Vous guider à son berceau.

 

Bien' qu'à son pouvoir immense

Tout doive obéir, un jour,

Au séjour de l'opulence

Ne cherchez pas son séjour.

Près de ce hameau rustique,

Voyez cette étable antique

Où tremble une humble lueur.

C'est sous le toit qui s'incline

De ce réduit en ruine

Qu'est né votre Rédempteur.

Il vient sauver : sur la terre,

Tous les mortels à la fois :

Mais sur son âme de Père,

Le pauvre a les premiers droits.

 

C'est pour mieux briser vos chaînes,

Pour mieux connaître vos peines

Et vous faire un sort plus doux,

Que le Dieu de la nature,

Sous le chaume et sur la dure,

Voulut naître parmi vous.

 

Voici Joseph et Marie,

Qui l'adorent tous les deux :

Près de sa crèche chérie

Prosternez-vous avec eux.

Bientôt des lointains rivages

Vous verrez ici les mages,

Par son étoile conduits,

Pour marque de son empire

Présenter l'or et la myrrhe:

Offrez, vous, de simples fruits.

Et nous, comme aux jours antiques,

Célébrons ce Dieu naissant,

Et par de nouveaux cantiques

Bénissons le Tout-Puissant.

C'est son Fils qu'il nous envoie:

Recevons-le dans la joie

Et répétons à genoux:

Verbe procédant dit Père

Il s'est fait chair sur la terre,

Et demeura parmi nous.

                                              R. S. Thuret.

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