Nos défunts

10/Sep/2010

† Frère SEPTIMUS, stable. — Le 23 mars dernier, cette dépêche laconique, arrivée du Callao (Pérou), venait jeter, à la Maison Mère, une ombre de tristesse sur les saintes joies du Jour de Pâques : Septimus décédé. A cause de la lenteur des correspondances entre l'Europe et la côte du Pacifique, nous avons été de longues semaines dans l'incertitude sur les circonstances de cette fin inattendue, et c'est pourquoi; dans le dernier numéro nous n'avons pu que signaler ce cher Confrère aux prières de nos lecteurs. Nous sommes heureux, aujourd'hui, de pouvoir leur offrir les quelques détails suivants, empruntés à une lettre du Frère Baldomer, sous-directeur de la maison qui l'a assisté à ses derniers moments.

Bien Cher Frère Assistant.

C'est le cœur rempli d'une profonde douleur que je vous écris aujourd'hui. Le câble, dans son laconique mais expressif langage, vous aura déjà instruit de la perte sensible que la Communauté du Callao vient de faire dans la personne de son vénéré Directeur.

Arrivé depuis dix mois seulement dans cette maison, il avait déjà conquis notre affectueuse estime à tous par son aimable condescendance, son esprit religieux et la grande humilité, dont il semblait avoir fait la base de sa perfection, ainsi qu'il l'avait consigné dans ses notes, pendant la dernière retraite: « I must live the life of Jesus: 1° by keeping the Rule in all its points; 2° by most confident devotion to Mary; 3° by grounding the edifice of my religious life on deep humility ».

Notre cher défunt s'était péniblement relevé d'une grave maladie, et depuis lors, sa santé ne fut jamais florissante. Il se plaignait souvent de douleurs intestinales, mangeait peu, et, comme il remplissait néanmoins sa pénible tâche avec une étonnante régularité, ses forces diminuaient sensiblement.

Le 11 mars, il dut s'aliter; mais le Docteur, qui vint le voir, ne trouva dans son indisposition qu'un cas tout simple d'influenza, de sorte que la communauté se promettait de le revoir bientôt à sa tête. Le Frère Froilàn, nouvellement arrivé et qui avait été pris le même jour d'une indisposition tout à fait semblable, en fut quitte pour huit jours de lit; mais pour notre bon Frère Directeur, Dieu en avait disposé autrement, et malgré tous nos soins, il allait s'affaiblissant de plus en plus.

Néanmoins, bien que très affaissé, il avait conservé toute sa lucidité d'esprit jusqu'au 17 mars, où il commença à nous donner des craintes. Interrogé sur cette nouvelle phase de la maladie, le Docteur répondit que c'était le résultat de la faiblesse du patient.

Cependant, le jeudi matin. 20 mars, le même docteur le trouvant très abattu, nous engagea à le changer; et les Pères de la Matriz, consultés à ce sujet, furent tous d'avis qu'il était urgent de le transporter à Lima. Le soir même, par un tram spécial mis à notre disposition, nous le conduisions à la Maison de Santé, hôpital tenu par les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Le Docteur de l'hôpital, après l'avoir examiné, lui reconnut de la faiblesse, de l'épuisement, comme celui de la maison; mais de maladie caractérisée, point. Et pourtant cette maladie, qui avait ainsi échappé â l'examen de deux médecins très compétents, devait nous l'enlever avec une rapidité effrayante.

La nuit fut très agitée. A plusieurs reprises, le pauvre malade essaya de se jeter hors du lit; on eut toutes les peines du monde pour le calmer un peu. Le pouls était à une hauteur inquiétante. Dès le matin du Vendredi-Saint, le Père Aumônier fut appelé. Le malade le reconnut très bien; mais il avait déjà perdu l'usage de la parole. Ce n'est que par des signes de tête qu'il put répondre, clairement d'ailleurs, aux interrogations du confesseur. Il reçut les derniers sacrements avec une grande piété. Ses mains égrenaient son chapelet, que, dans la précipitation du départ, nous avions oublié de lui donner la veille et que nous venions de lui apporter. Vers 11 heurs du matin, il rendit son âme entre les mains du divin Créateur. Il avait à peine 34 ans.

Né Léon Joseph Sauvayre, à Ste-Euphémie (Drôme), en 1879, il était entré au noviciat de Saint Paul-3-Châteaux en 1894. Après avoir été employé pendant une dizaine d'années comme professeur dans divers établissements de la province, il fut ensuite envoyé en Angleterre, pour apprendre la langue du pays, où, pendant un an, il fit de remarquables progrès. De là il passa en Espagne, puis dans la R. Argentine, où il fut successivement, de 1905 à 1910, professeur au collège de N.-D. de Luján et Directeur de l'établissement de Mar del Plata. En 1910, il fut appelé à Grugliasco pour suivre les exercices du Grand-Noviciat, dont il tira grand profit. et oh il fut un sujet d'édification.

Revenu à Luján, il se faisait apprécier, comme professeur, à la Maison de formation du district, lorsqu'il fut appelé à la direction de la maison du Callao, en remplacement du C. Frère Marie-Charles, élu provincial de Saint Paul-3-Châteaux. C'est là, comme nous venons de voir, qu'une maladie assez mal caractérisée, mais qu'on croit être une méningite, est venue le ravir, à la fleur de l'âge, à. l'affection de sa communauté et aux espérances de ses Supérieurs pour le mettre, espérons-nous, mi possession de la récompense éternelle, en compagnie de notre Vénérable Fondateur et de nos 8.811 Frères que Dieu a déjà rappelés à Ici. – R. I. P.

 

† Frère DIODORUS, profès des vœux perpétuels. — Le F. Diodorus (Henri Castanier) naquit à Malons (Gard) le 10 mai 1855. Il appartenait à une honorable famille de cultivateurs, héritière des traditions, de la loi et de la piété de ses vertueux ancêtres. Le jeune Henri grandit dans l'innocence et les pratiques chrétiennes sous les yeux de sa tendre mère dont il évoquait avec émotion le doux souvenir. Il fit sa première Communion avec une ferveur peu ordinaire chez un adolescent de 12 ans.

Peu après cet acte important de la vie, il se sentit de l'attrait pour la vie religieuse et s'en ouvrit à ses parents qui, loin de s'opposer à ce louable projet, en favorisèrent la réalisation. Il se rendit au noviciat de la Bégude en 1871. Les difficultés des débuts et les épreuves ultérieures ne le découragèrent pas. Tous ses directeurs ont rendu témoignage de sa docilité, de son activité et de sa bonne volonté.

Il devint un maître habile, un éducateur expert. Après d'heureux débuts dans plusieurs établissements du Midi, il fut envoyé dans le Nord, en 1880. Son expérience et son savoir devaient couronner de succès ses travaux dans les maisons où l'obéissance l'appellerait. Successivement, Auchel, Lille, Halluin, Paris furent des théâtres assignés à son zèle et son activité : il y procura la gloire de Dieu et la sanctification des âmes.

Dans ces postes, il a joui de l'affection, de l'estime de ses confrères et de ses élèves. A Halluin surtout, il a laissé un doux souvenir : une douzaine de ses élèves sont devenus prêtres ou religieux.

Ses leçons, bien préparées et données avec clarté et précision, charmaient les enfants et les attiraient à l'école. Le bon Frère faisait un appât de ses leçons profanes pour arriver à cette partie plus difficile de sa tâche, la formation du cœur et de la conscience des enfants. Il les instruisait solidement des vérités de la foi; il fit ressortir avec un rare talent l'immense amour de J. C. pour nous dans les mystères de l'incarnation et de la Rédemption; les trésors de grâces des sacrements; la perpétuité de la mission divine de l'Eglise et son ride religieux et social. Ses 12 ans de séjour dans notre Pensionnat de Paris furent surtout des années de fructueux labeur: il usa de sa grande influence sur les jeunes gens pour leur donner de solides convictions religieuses et les porter à la réception fréquente de la Sainte Eucharistie.

Travailleur émérite, infatigable, il consacre tous ses loisirs à ses élèves afin de hâter leurs progrès: de consolants succès universitaires récompensent ses efforts. Ils apprécient son dévouement et lui gardent un vif attachement; ils lui témoignent leur reconnaissance d'une manière effective, et, en toute circonstance, ils en parlent avec éloge et louent ses bons procédés à leur égard.

Causeur aimable, il discutait volontiers, parfois avec chaleur les sujets les plus divers et soutenait son opinion toujours avec courtoisie. Sa délicatesse et son urbanité faisaient le charme de sa société. Il vécut les jours douloureux de nos persécutions et fut contraint de s'expatrier à Grove-Ferry (Angleterre). En cette pénible occurrence, il rendit les plus grands services: le premier et le dernier à la besogne, il s'excéda dans l'aménagement de la maison. Officieux, plein de délicates attentions, il devinait les besoins de ses confrères et les prévenait. Pour tous, il a été un modèle des vertus religieuses et sociales. Il édifiait ses élèves par sa piété, sa modestie dans le lieu saint. Ennemi de l'affectation, de l'ostentation, il servait Dieu en toute droiture et simplicité, mais avec un soin scrupuleux. Durant ses deux ans de souffrances à Beaucamps, ii a été un modèle de ponctualité et d'exactitude. Jamais, il ne voulut d'exceptions à la vie commune. Après des nuits pénibles, exténué par une toux opiniâtre et de longues insomnies, jusqu'à la veille de sa mort il se leva à 4 ½ et assistait au Salve Regina, à la prière et à la méditation. Il m'est bien plus doux, plus réconfortant d'être parmi mes frères que de rester couché, disait-il ; il ajoutait: « M'isoler, faire seul mes exercices de piété est, pour moi, une grande pénitence ». Voilà le manteau dont-il couvrait ses mortifications voulues, préméditées. Aussi était-il l'objet de la vénération, de l'affection de tous ses confrères; chacun s'empressait de lui être agréable et de le soulager. Nonobstant l'heure matinale de ses funérailles, plusieurs de ses anciens élèves, prêtres et religieux, venus d'Hazebrouck, de Tourcoing, de Lille et de Santes, ont tenu à lui donner ce suprême témoignage de leur gratitude. D'antres se sont excusés et ont envoyé des honoraires de Messes pour le repos de son âme.

Daignez, Seigneur, récompenser voire fidèle serviteur, qui nous édifia, et que rions imiterons! – R. I P.

 

† Frère MARIE EUGÈNE, stable. — Louis Antoine Royer qui, dans l'Institut, devait honorer pendant près de 60 ans le nom de Frère Marie-Eugène, naquit à Annonay (Ardèche) en 1838 et fut reçu au noviciat de N. D. de l'Hermitage en 1855.

Nous ne savons pas beaucoup de détails sur sa vie, qui s'est écoulée toute entière dans les modestes fonctions de professeur des classes élémentaires, dans un bon nombre d'établissements de la province de l'Hermitage : en France d'abord de 1859 à 1885, puis dans l'Amérique du Nord jusqu'à ces dernières années où il a usé à des travaux manuels le dernier reste de ses forces. Ce que nous savons bien par le témoignage de ceux qui l'ont vu à l'œuvre, c'est qu'il a rempli ces fonctions avec un zèle, un dévouement et un esprit de foi qui ont dû les rendre éminemment agréables à Dieu, comme ils les ont rendues un objet d'édification pour ses confrères et un instrument de salut pour les nombreux enfants qui ont passé par ses mains, et qu'il les a couronnés par une précieuse et sainte mort.

Depuis assez longtemps, et surtout depuis un an, — écrit .le Frère Directeur de Saint-Hyacinthe, où il a fini ses jours — le bon Frère souffrait beaucoup de l'estomac; mais cette fatigue quasi continuelle ne l'empêchait pas d'être d'une assiduité exemplaire aux exercices de piété et à son travail à la taillerie, lorsque, vers fa fin du mois de février, dernier, il se sentit subitement pris d'une douleur aiguë au côté gauche, et d'une grande difficulté de respirer. Ce n'est qu'à grand peine qu'il put se rendre de son atelier à la chambre du Frère Maïtre des Novices, où je le trouvai quelques instants après.

M. le Docteur, aussitôt appelé, lui fit des injections et indiqua des remèdes qui lui apportèrent un grand soulagement, et nous donnèrent même, au bout de peu de jours, l'illusion que le cher malade reprenait sérieusement le dessus; mais cette illusion, lui-même ne l'eut jamais. « Il y a au cœur, disait-il, quelque chose qui ne va pas, et je sens que je suis perdu ; mais, à la volonté de Dieu! »

Il assistait néanmoins aux exercices de piété et allait faire journellement un tour à la taillerie et travailler, un peu, dans le but, disait-il, de se désennuyer ; mais on voyait bien que ses forces ne correspondaient pas à son courage. Le médecin, qui craignait une complication, venait le voir souvent, et au bout de quelques jours il le déclara atteint de pleurésie et d'un commencement de pneumonie.

A son grand regret, car cela le privait de la consolation d'assister à la sainte Messe et de visiter le Saint-Sacrement, le bon Frère dut s'aliter; mais il se consola par la récitation de nombreux chapelets, du saint Office et la Communion aussi fréquente que possible. Et dans quels sentiments de foi, de piété et de respect il recevait la sainte Hostie!

Avec sa belle tète chauve, ornée d'une couronne de cheveux blancs, et l'expression si vive de son visage, il faisait penser au célèbre tableau de la communion de Saint Jérôme.

Le vendredi de la Passion, le médecin dit qu'il serait prudent de le faire administrer, et le Frère Provincial qui se trouvait de passage, se chargea de lui proposer la chose. Le malade y accéda avec joie, car il craignait beaucoup de mourir sans avoir reçu les derniers secours de l'Eglise, et il s'y prépara avec tout le sérieux qu'on devait attendre d'un religieux de sa trempe.

Le lendemain, en présence des principaux Frères de la maison, il reçut dans de grands sentiments de piété le Sacrement de l'Extrême-Onction avec l'Indulgence de la Bonne Mort, et à partir de ce moment, il ne s'occupa plus de guérison, ni de remèdes, ni de Docteur: sa conversation était toute avec Notre- Seigneur, la Sainte Vierge et le bon Saint-Joseph, patron de la bonne mort, qu'il invoquait très souvent, en le priant de venir le chercher, quand ce serait la volonté de Dieu.

Il fut, nous pouvons le croire, exaucé dans son pieux désire car ce fut le 1ier avril, veille du jour où l'Eglise célébrait, cette année, la commémoraison de la fête du saint époux de Marie, qu'il passa de cette terre d'exil à une vie meilleure, tandis qu'on récitait autour de son lit les prières des agonisants, en baisant une dernière fois, avec amour, sa croix de profession qu'un confrère lui présentait.

Il dort maintenant son dernier sommeil dans le cimetière de la communauté, à côté de son ancien élève, le C. F. Côme, et des autres bons Frères déjà nombreux morts sur la terre canadienne, tandis que son âme, nous en avons la douce conviction, intercède auprès de Jésus et de Marie pour ceux qui lui ont succédé ici-bas dans la soutenance du bon combat.- R. I P.

 

† Frère ROMUALD, profès des Vœux perpétuels. — Issu d'une famille très chrétienne du Vivarais qui a donné plusieurs de ses enfants à la religion, Frère Romuald avait entendu dès ses plus jeunes années l'appel de Dieu qui le voulait à lui d'une façon toute particulière; et il n'avait que 14 ans lors qu'il vint solliciter une place au noviciat de la Bégude où il fut admis en 1868.

Il fut ensuite envoyé successivement par l'obéissance à Jaujac, à Gagnières, à Montpezat, au Pouzin et dans plusieurs autres établissements de la province d'Aubenas pour y enseigner, comme il est d'usage dans l'Institut, les principes de la religion, avec les premiers éléments des sciences humaines; et partout il s'acquitta de ces humbles mais très méritoires fonctions avec un succès qui n'avait d'égal que son zèle.

Professeur émérite, auxiliaire dévoué du Clergé, ami sûr, cœur fidèle, — dit, M. le Curé de la dernière paroisse où il est demeuré, — il mérita l'affectueuse confiance de tous ceux qui eurent affaire a lui.

Son esprit droit et judicieux, sa nature bienveillante, son caractère aimable lui conciliaient tous les cœurs. Sous la forme d'une bonhomie enjouée, mais toujours digne et grave, sa bonté discrète et dévouée le montrait sans cesse prêt à rendre service, avec cette mesure, ce tact qui doublent le mérite du bien accompli.

Les jeunes gens et les enfants, qu'il aimait d'une affection solide, appréciaient comme il convenait son autorité douce et tendre, qui assurait l'ordre et la discipline par les procédés de la plus aimable persuasion.

Ainsi s'exerçait l'heureuse influence de cette âme droite et loyale, juste et désintéressée, dans les diverses fonctions que lui donna la confiance de ses Supérieurs.

Sa foi profonde, sa piété ardente et communicative, son attachement, respectueux à l'Autorité, l'amour des âmes inspiraient toute sa vie.

Hélas! cette vie, toute pour Dieu, s'est brusquement interrompue, alors que nous espérions bénéficier encore quelques années de la collaboration si précieuse de cet auxiliaire dévoué.

Etant allé, à la fin de mars dernier, passer quelques jours de vacances dans sa famille, il fut frappé par une impitoyable maladie, qui, trouvant devant elle un corps usé par de longues années de labeur au service de la jeunesse, n'eut que trop tôt fait, hélas! de la terrasser.

Il y succomba le 8 avril, emportant au tribunal de Dieu, avec les œuvres d'une vie pleine de fidélité à ses devoirs et de dévouement au salut de l'enfance, les prières de la chrétienne population qu'il édifiait depuis dix ans par ses vertus. – R. I. P.

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N. B. — Nous avons également appris la mort des CC. FF. Henri-Stanislas, Eustochius, Finan, Eugène, Sébastianus, Marie-Othmar et du juvéniste Maurice Martelli. Nous les recommandons aux suffrages des lecteurs du Bulletin.

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