Nos défunts

02/Oct/2010

Le C. Frère MARIE-AGATHON – Provincial de Beaucamps.

Premières années. — Désiré Vercruysse naquit à Noordpeene village de la Flandre française le 4 juillet 1871. Fils du diocèse de Lille qui fournit à toutes les époques tant et de si nobles recrues à l'armée du Christ, il y apparaît de bonne heure comme un enfant de grâce et de lumière. A peine put-il jouir du baiser et du sourire de sa mère qui lui fut ravie peu après sa naissance, à la grande douleur du père qui, devait, au même jour, balancer un berceau et clouer un cercueil.

 Mais le Seigneur veillait sur son élu et, sous l'influence d'une grâce à laquelle le jeune Désiré correspondit toujours fidèlement, son âme se développa et s'embellit à ravir. Par sa piété et sa docilité, il devint la consolation d'une parente, sa mère adoptive, et de son père éprouvé. L'écolier le plus studieux, le plus discipliné, le plus pieux, le plus souvent acclamé et en même temps le plus modeste, c'était lui. Aussi son père souhaitait-il de lui voir continuer ses études dans quelque école supérieure. Mais c'était malheureusement l'époque où l'on commençait à laïciser l'enseignement officiel. Ne voulant à aucun prix exposer l'âme de son enfant, il le garda donc chez lui se demandant un peu ce qu'il allait en faire.

C'est alors que la Providence intervint. Elle conduisit le Frère Christinus, de pieuse mémoire, à Noordpeene où il rendait visite à une tante. Celle-ci parla à son neveu du jeune Désiré, numéro 1 aux examens du certificat d'études. Frappé de l'intelligence et des autres excellentes dispositions de l'enfant, il l'accepta immédiatement pour le Juvénat de Beaucamps.

L'appel divin s'était fait entendre et nul obstacle ne survint du côté de la famille. C'est ainsi qu'en septembre 1883 Désiré entra au juvénat de Beaucamps.

A Beaucamps. Il n'avait que douze ans, aussi n'eut-il pas à redire le regret d'Augustin converti : "O Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, trop tard je t'ai connue, trop tard je t'ai aimée ?…"  Entré dans notre Institut par cette porte de l'innocence et de l'amour de Dieu où avaient passé les Louis de Gonzague et les Jean Berchmans à qui on aurait pu le comparer, il fut la fleur de ces jeunes aspirants, comme il avait été celle de l'école rurale et du foyer paternel. On respirait autour de lui la bonne odeur de Jésus Christ car, dès cette époque, il avait la tête et le cœur dans le ciel.

"Au Juvénat, nous atteste un de ses condisciples, le jeune Vercruysse se distingua dès l'abord par sa docilité, sa piété et sen application à l'étude. Aussi ne tarda-t-il pas à dépasser tous les autres. Je l'ai connu juvéniste pendant deux ans; il était un modèle de fidélité au règlement, de bon esprit et d'ardeur à l'étude. Supérieur aux autres par ses talents, il n'en était pas moins le plus modeste et le plus aimable des camarades. Tel je l'ai connu ensuite postulant durant six mois; toujours même fidélité aux moindres points du règlement, même piété, même application, même modestie. Quoique le travail intellectuel eût ses préférences, les besognes manuelles ne le rebutaient pas. Je l'ai revu plus tard à Pitthem, bloqué durant 3 mois au début de la guerre, s'adonner aux travaux les plus vulgaires et les plus pénibles: il jardinait, aidait â la cuisine, préparait les chambres comme le plus humble des Frères et il était alors Visiteur de la Province".

Grande fut la joie de l'aspirant quand, le 19 mars 1887, il se vit tout consacré à Dieu et à Marie dont il recevait les humbles livrées avec le nom de Frère Marie-Agathon.

Son Maître des Novices, lui fut aussi attaché que l'avait été le F. Directeur du Juvénat; il lui prouva son affectueuse estime en lui donnant son propre nom, persuadé qu'il ne manquerait pas de lui faire honneur. De fait, l'apprenti laboureur qui venait de mettre les mains à la charrue, ne regarderait jamais en arrière.

Professeur. — Son noviciat pieusement terminé et ses premiers grades rapidement conquis nous le retrouvons professeur au Juvénat qu'il avait quitté depuis deux ans à peine. On s'étonna bientôt de l'ascendant â la fois respectueux et affectueux que cet adolescent avait conquis sur les juvénistes dont par la jeunesse de son visage il semblait presque le frère.

Le C. F. Eusée, Directeur du Juvénat en avait bien vite fait son homme de confiance. ll se plaisait à développer en son jeune auxiliaire ces habitudes de piété, de régularité, de méthode et de constance dont il ne devait plus se départir.

Pourtant le disciple allait être enlevé à son vénéré maître.

Le Rd. Frère Diogène, notre Supérieur Général actuel, dirigeait alors, avec la maîtrise que l'on sait, le scolasticat tout voisin. Lui non plus n'avait pas perdu de vue son ancien élève, et ses premiers succès l'avaient convaincu de la valeur professionnelle du jeune maître. Il insista donc pour le faire changer de quartier et en 1895, il introduisait le C. F. Marie-Agathon au scolasticat où il se dévouerait, professeur ou directeur, jusqu'en 1909. Là, préparant spécialement au Brevet d'instituteur des Frères dont plusieurs étaient ses aînés, il vit son autorité grandir avec le prestige d'un mérite qui n'avait d'égal que son humilité.

Il passa dans ces assujettissantes fonctions, soit à Beaucamps, soit à Pommerœul (Belgique) où l'avait jeté la persécution de 1903, quatorze années des plus laborieuses, des plus fécondes et des plus heureuses de sa vie : années de prière, de régularité, de travail et de dévouement à sa famille religieuse.

Les élèves d'alors se rappellent avec les exemples de vertu qu'il leur donnait chaque jour, le charme de ses leçons vivantes et animées, l'ardeur au travail qu'il leur inspirait et les beaux succès remportés aux examens officiels.

Aussi nul n'était plus qualifié que lui lorsque les Supérieurs l'appelèrent en 1909 aux importantes fonctions de Visiteur qu'il exerça pendant onze ans, jusqu'en 1920 où il fut nommé Provincial.

Avant de passer outre et de le suivre sur ce nouveau champ d'action, citons le témoignage autorisé d'un de ses confrères du scolasticat : "La période de dix années que j'ai eu l'inappréciable avantage de passer avec lui comme professeur, a été la plus agréable de ma vie. Jamais, à aucun jour, dans aucune circonstance et pour aucun motif, le moindre dissentiment ne s'est élevé entre nous. Ce fut toujours l'accord parfait et les jours se suivaient resserrant davantage les liens de confraternité sans cesse plus étroits et plus aimables. La vie de communauté que nous menions était un charme dû, en grande partie, aux qualités et aux vertus exceptionnelles de notre cher défunt.

C'était, en effet, le Supérieur accompli en piété, en science, en sagesse et en bonté, dur pour lui-même et condescendant pour les autres. Dieu nous l'a pris ! Nous baisons, les larmes aux yeux, la main paternelle qui nous est dure pour l'instant.

N'est-il pas une victime volontaire offerte en sacrifice ? L'an dernier, à propos de la mort d’un frère de son âge, sur lequel on fondait encore de grandes espérances il m'écrivait: "Les anciens partent. Nous sommes de la génération qui commence â disparaître, ce sera bientôt notre tour. Soyons prêts".

Ses Vœux. — A Dieu, il s'était donné sans retour, corps et âme. Pas une minute il ne regretta son offrande. Au contraire toujours désireux de resserrer davantage les liens qui l'attachaient au Seigneur, il prononça avec une ferveur remarquée ses vœux perpétuels à la suite des Grands exercices de S. Ignace qu'il suivit à La Côte-St-André, en septembre 1893 "Puisque mon divin chef, écrit-il alors, veut bien m'y admettre, je m'enrôle avec confiance dans son armée d'élite".

Pauvreté, Chasteté, Obéissance, ce sont les trois clous qui durant 36 ans l'attachent à la croix de son Maître ou, si l'on préfère, ce sont trois fleurs magnifiques dont l'éclat ne se ternit jamais en son âme forte et fidèle, et dont le parfum embauma toute sa vie.

Pauvreté. — Toujours, en effet, il demeura pauvre et non pas à la manière de ceux qui prétendent en faire le vœu pour ne manquer de rien ensuite. Il sut recevoir en fils généreux les caresses de sa mère, la pauvreté religieuse.

Jamais on ne lui vit rien de particulier, de recherché ou de riche. Provincial ou simple professeur, son ameublement et son vestiaire restèrent identiques. Il se serait fait scrupule d'user même de certaines permissions qu'il accordait aux autres, afin de prêcher partout d'exemple. Ni son sac ni son chapeau n'auraient révélé qu'il fût le premier Supérieur de la Province.

Partant à Bruxelles où il comptait passer quelques jours dans une clinique, on ne lui trouva pas dans sa chambre de chaussures convenables et il dut emprunter celles d'un autre Frère. Plusieurs héritages l'avaient mis en possession de biens assez considérables. Il eut garde de rien en prélever pour l'appliquer à la fantaisie, au bien-être ou à toute satisfaction personnelle. Ses dispositions testamentaires montrent, avec son grand esprit de foi, combien il avait à cœur de rendre à sa famille religieuse ce qu'elle lui avait procuré tous les jours de sa vie.

Chasteté. — Son second vœu ne fut pas moins respecté. Sa vie très régulière et entièrement passée dans une maison de formation, son temps parfaitement employé, les rapports avec le monde soigneusement évités, sa réserve absolue et son attitude toujours digne avec ses élèves le mirent à l'abri des -périls qui menacent l'éducateur imprudent. De là, par la suite, les précautions qu'il prendra pour préserver chez tous le lis de la pureté. Le sien, il l'abritait derrière le rempart épineux de la mortification. Sa figure d'ascète, pourtant toujours souriante, décelait, à elle seule, cette vertu des forts. D'une sobriété parfaite, il s'accommodait de tout régime et ne réclamait jamais rien de spécial. Ce n'est pas lui qui eût demandé la suppression de notre jeûne du samedi et réclamé des adoucissements, toujours plus considérables, et parfois peu justifiés, aux lois de l'Eglise, touchant le jeûne et l'abstinence.

Bien plutôt il y ajoutait des pénitences volontaires, ainsi que nous l'apprennent ses résolutions de retraites de 1927 et 1928. "Je m'imposerai tous les jours trois mortifications et je me donnerai la discipline une fois par semaine".

Et nous savons qu'il ne s'agit pas, avec lui, de belles paroles, mais d'actes effectifs.

Il connaissait autrement que de nom les disciplines et les cilices, comme aussi la loi de réversibilité, en vertu de laquelle les mérites des justes peuvent satisfaire, devant Dieu, pour les fautes des autres.

Plus d'un l'a vu renouveler l'exemple du C. Frère Pascal et accomplir lui-même la pénitence qui répugnait â un récalcitrant. Que de fois on put constater qu'il priait les bras en croix; dans sa chambre, sans se douter que la lampe trahissait au dehors son geste pieux.

En septembre 1927, raconte un Frère, il me demanda de l'accompagner chez les Clarisses d'Arlon. C'était pour s'y procurer un bracelet de fer à pointes aigües, dont l'usage lui serait certainement personnel.

Obéissance. — Le métier du religieux, a-t-on dit, c'est surtout d'obéir. Ce métier, notre cher défunt l'avait appris de bonne heure et toujours il le pratiqua pour l'enseigner d'exemple à ses subordonnés. La vénération profonde qu'il portait à ses supérieurs, doublée de cet esprit de foi qui lui montrait en eux la personne même de Jésus-Christ, ne lui aurait jamais permis la moindre parole désobligeante, moins encore une critique à leur endroit. Supérieur lui-même, il ne prenait aucune mesure importante, ou n'abordait au Conseil aucune question réservée, sans en avoir référé au R. Fr. Supérieur Général ou au C. Fr, Assistant. Il agissait de même à l'égard de son prédécesseur avec lequel il restait en parfaite concordance d'esprit et d'action, bien loin d'imiter ceux qui se plaisent à modifier tout ce qu'on a fait avant eux, persuadés par l'amour propre qu'eux seuls ont la juste compréhension des besoins de leur époque.

Notre C. Fr. Provincial voulait, au contraire, conserver le contact avec l'autorité supérieure par la plus déférente et la plus filiale soumission. Les premiers supérieurs le savaient bien d'ailleurs et un désir de leur part était exécuté comme un ordre. Par le même esprit d'obéissance, il observait scrupuleusement toutes les prescriptions des Constitutions et du Code canonique qu'il consultait souvent, s'adressant même, pour les cas difficiles, aux commentateurs les plus compétents afin de ne les transgresser en rien.

Humilité. — Par l'holocauste des vœux, il entendait rendre à Dieu les dons qu'il tenait de sa bonté. Sans doute, il ne jouissait pas de tous les avantages corporels : pas d'imposante corpulence, pas de maintien dominateur ni de solennelle prestance. De lui aussi on aurait pu dire que Dieu l'avait façonné, comme Racine faisait ses chefs-d’œuvre, avec le minimum de matière. Mais, pour le reste, la Providence s'était montrée particulièrement libérale envers lui; dans un corps plutôt frêle mais nullement maladif, il logeait une âme forte et noble, un esprit des plus fins, une intelligence large et sagace, un jugement sûr et une mémoire très heureuse. Rien de bas ni de vulgaire dans sa conduite et dans ses goûts; rien non plus de compassé dans son langage, son maintien ou sa démarche. En toutes les manifestations de son activité, il fut toujours ennemi du trompe-l’œil et du ''bluff'', n'estimant que le bien solide à procurer dans les voies de l'humilité, de la simplicité et de la modestie, à un vrai disciple du Vble P. Champagnat.

Pour nous qui, durant 30 ans, avons pu le suivre dans le détail de sa vie, nous lui appliquerions volontiers le mot de la foule enthousiasmée à l'adresse de Jésus : "Il a bien fait toutes choses". Ainsi réalisait-il ce point de la Règle des Fr. Provinciaux qu'il avait pris la résolution de relire à chaque récollection: "Ils auront une conduite exemplaire, en sorte qu'ils soient: pour les Frères un modèle de vertu, une règle vivante du bon religieux, du véritable Petit Frère de Marie".

C'était une vigilance, une attention sur lui-même qui ne laissait place à aucune surprise, une précision, une ponctualité qui. faisait chaque chose en son moment avec toute la perfection possible. En son âme régnait une paix inaltérable au sein de tous les travaux, de toutes les difficultés, de toutes les persécutions, et cette rare possession de lui-même qui n'était sans doute que la possession de lui-même par Dieu. Une égalité constante de caractère et de conduite, une mesure de langage, une gravité de tenue, une douceur de commerce qui donnait l'image d'un vrai saint. Avec cela, la discrétion, la bienveillance, la bonne grâce, la réserve modeste achevant en lui cette distinction spéciale que le monde ne saurait donner. En tout, une âme dominée par l'esprit de foi, enveloppée par le surnaturel qui imprime son cachet céleste sur tout ce qu'elle dit fait, tel fut le C. F. Marie-Agathon.

Un trait seulement de sa grande humilité. Durant la grande-guerre, il se trouvait à Arlon, remplaçant à la tête de l'Ecole normale le C. F. Ferdinandus décédé. La période était critique à plus d'un égard et sa présence fut encore une bénédiction pour la maison occupée par l'autorité allemande. Le C. Fr. Provincial, payait de sa présence en ces mauvais jours, tout en donnant à ses élèves les plus touchants exemples. Il appelle un jour dans sa chambre trois frères normalistes, leur impose le secret. puis, se mettant à genoux devant eux, il fait sa coulpe afin, pensait-il, de ne pas manquer à ce point de règle qui oblige tout le monde et qu'il ne pouvait mieux observer en raison des circonstances.

Pour l'édification commune, je dirai encore le dernier exemple d'humilité qu'il me donna peu de jours avant sa mort. l ! me fit appeler un soir et me dit gravement: "Si je viens à disparaître, il est probable qu'en considération de notre vieille amitié, on vous demandera d'écrire quelques pages sur mon compte D'abord, ne faites rien de vous-même, pourtant, si on vous le demande, écrivez, mais n'en mettez pas trop et n'allez pas: faire croire à un saint qui n'a plus besoin de prières. Quand on se voit si près de la mort, ce sont des suffrages que l'on réclame et non de vaines louanges".

Piété, vœux de religion, mortification, humilité, tels sont les principaux anneaux de la chaîne d'or qui le reliait à Dieu.

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Disons maintenant comment il se donnait au prochain ; dans cette seconde face de son âme, nous admirerons surtout sa charité, son zèle, son dévouement.

Charité. — Notre C. Fr. Provincial, doué du plus heureux caractère, était bon; il aimait tous ses Frères de la bonne et forte manière, en Dieu et pour Dieu. Nul n'aurait pu le taxer de partialité, d'injustice, de dureté ou seulement d'indélicatesse. Sans doute, le Supérieur doit faire usage de son autorité pour exiger de chacun l'accomplissement de sa tâche et l'observance de la règle. Avec quels ménagements le nôtre, n'accomplissait-il pas ce devoir de sa charge ? Aussi comme on était gagné par sa bonté, par la délicatesse de ses procédés ! Son accueil aimable, son air souriant, avec asses souvent une petite pointe de malice, nous attirait et nous retenait. Tout ce qu'il pouvait légitimement accorder, on était sûr de l'obtenir et, pour le reste qu'il devait refuser, il y mettait encore tant de douceur 'et de bonne grâce qu'on acceptait volontiers sa décision. Que de services il a rendus à tous, que de lettres il a écrites, que de démarches il a faites pour nous être utile. Il eût voulu que rien ne manquât aux Frères, certain qu'alors il serait en droit d'exiger davantage de leur bonne volonté. Comme son divin Modèle en charité, il aurait pu dire aussi: Je ne suis pas votre supérieur pour être servi mais pour servir Parfois nous lui faisions observer que bien des détails minimes n'auraient raient pas dû le retenir parce qu'ils lui prenaient un temps considérable et le surchargeaient. Et si nous alléguions l'axiome romain: ''De minimis non curat praetor'', il répondait finement qu'il ne comprenait pas ce latin et il se gardait bien, par la suite, de limiter le champ de sa charité. Il avait trop de plaisir à faire tout le bien qui dépendait de lui, sans même attendre qu'on le lui demandât, comme le soleil qui n'attend. pas d'en être prié pour nous envoyer sa lumière et sa chaleur.

Si délicatesse dans le maniement des hommes était remarquable. Ses lettres, ses remarques, ses louanges, ses encouragements en fournissaient cent preuves tous les jours. Son esprit de discernement lui révélait vite le caractère, les défauts, les besoins de ses Frères et lui permettait de les diriger en conséquence. Il avait le talent de dire ou de donner â chacun ce qui devait lui agréer davantage. Et qu'on ne voie pas dans cette manière d'agir une marque de faiblesse ou de recherche de popularité. Non certes, il savait réclamer à propos, et il eût craint de tomber dans ce silence perfide qui fait des supérieurs faibles, ces chiens muets contre lesquels Isaïe lance l'anathème Pourtant jamais rien de rude, de blessant; un reproche même vous arrivait avec tant d'à-propos. et de douceur qu'il était bien accepté, ce qui est la première condition pour qu'il produise tout son effet sur le délinquant.

Il ne voulait ni abdiquer les droits du supérieur ni échapper aux responsabilités de sa charge. Mais, chez lui, la fermeté n'était pas l'inflexible obstination qui s'entête aveuglément, ni. la sévérité outrée qui ne connaît jamais d'indulgence, ni l'ostentation de la menace qui éclate, ni non plus la répression amère qui mêle à la réprimande le sarcasme et la moquerie. C'était plutôt la volonté calme et invincible dans la raison et le devoir.

Spirituel jusqu'au bout des doigts, il avait une conversation des plus intéressantes; il contait admirablement les menus faits dont il avait été témoin, tes aventures plus ou moins piquantes survenues au cours de ses voyages. C'était un vrai régal pour ceux qui prenaient leurs repas ou leurs récréations en sa compagnie.

Le même esprit pétillant abondait dans ses lettres où l'on ne trouvait jamais rien de mordant, de dur ou de doucereux.

Zèle. — Le zèle apostolique consumait sa grande âme et il aurait pu répondre comme le prophète Elie: "Je brûle de zèle pour vous, Seigneur, Dieu des armées". La gloire de Dieu, l'honneur de la Ste Vierge, la prospérité de l'Institut, la bonne marche des écoles, le salut des âmes lui tenaient grandement à cœur. De là, ses constants efforts pour augmenter, par de bonnes vocations, le nombre des ouvriers appliqués à ces grandes causes.

L'acquisition de Val-des-Sts Anges ou Juvénat d'Habay, fut une des œuvres auxquelles il s'intéressa tout particulièrement durant son provincialat. Combien ne fut-il pas heureux aussi de ramener récemment un premier petit bataillon de Juvénistes dans ta chère maison de Beaucamps, ressuscitée de ses ruines et qui en avait été privée 25 ans durant.

Il fit tout auprès des Frères directeurs, recruteurs et autres pour stimuler leur zèle en faveur d'un judicieux recrutement. Il ne se contentait pas ensuite de recruter et de recevoir ces jeunes gens, mais il les suivait de près et avec un intérêt tout paternel durant les longues années de leur formation religieuse et pédagogique.

Les novices n'oublieront pas la dernière et sensationnelle visite qu'il voulut encore leur faire peu de temps avant sa mort. Celle-ci avait déjà marqué son empreinte sur sa figure émaciée et jaunie, et les graves paroles qui tombèrent alors de ses lèvres décolorées leur resteront comme son testament spirituel et le gage suprême de sa religieuse affection.

Quel soin ne prenait-il pas pour sauvegarder la vertu et la vocation de ses religieux ! Lettres pressantes, sages conseils, voyages fatigants et dispendieux, efforts patients, il mettait tout en œuvre pour stimuler les indécis, relancer les découragés ou relever les tombés. Jeunes étudiants et frères soldats retenaient surtout les efforts de son zèle en raison des dangers auxquels il les savait exposés. Que ne fit-il pas pour exciter chez les premiers le goût de l'étude ?

Programmes, cours de vacances, examens professionnels, fournitures d'ouvrages, il ne reculait devant aucun sacrifice pécuniaire ou autre pour procurer l'avantage de l'Institut et sauvegarder ses Frères. Il savait bien que le désœuvrement énerve la volonté, ruine la vertu et perd les vocations, tandis que l'étude ne saurait nuire au développement du religieux quand elle est étayée par la piété et l'humilité.

Lui-même donna l'exemple d'une étude personnelle très assidue et nous nous revoyons à vingt-cinq ans en arrière, décidant par "pile ou face" lequel de nous deux passerait le premier au tableau noir pour donner à l'autre le cours de mathématiques spéciales que nous suivions en notre particulier.

Une belle page de littérature le ravissait ; un passage plus remarquable était copié ou retenu de mémoire et, autant qu'il le put, il se tint au courant des meilleures productions modernes. L'élévation de l'esprit, la poésie de la pensée n'excluent pas le talent d'administrateur.

Que n'eût-il pas fait s'il avait disposé à son gré d'un personnel moins restreint, pour décharger et pousser à des études supérieures les Frères courageux et mieux doués ? Et tout cela sans préjudice pour les études religieuses qu'il sauvegardait chez les autres comme chez lui, ainsi que le prouvent les nombreux cahiers qui en contiennent les résumés. Ainsi se garantissait-il contre le danger de devenir, comme S. Jérôme, plus cicéronien que chrétien et d'être, comme le même docteur, repris de Dieu pour ses admirations profanes.

Le même zèle apostolique lui fit donner tous ses soins à nos 3 écoles du Congo belge qu'il avait dessein de visiter bientôt et dont il verra, du haut du ciel, les nouveaux développements.

Volontiers il accompagnait à Anvers les missionnaires partants; il leur écrivait pour les encourager; donnait ou demandait de leurs nouvelles au Ministère des Colonies, se faisait même leur commissionnaire pour adoucir, dans la mesure du possible, les privations de leur mission équatoriale.

Il était trop convaincu des avantages que les jeunes gens comme les écoles peuvent retirer des Associations d'anciens élèves, pour ne pas favoriser de tout son pouvoir leur création ou leur développement dans nos établissements plus importants. Et ce fut une de ses dernières consolations de constater l'intérêt que ces élites lui portaient, intérêt vraiment religieux et pratique qui ne se traduisit pas seulement par des lettres ou télégrammes de sympathie, mais par les messes et offices solennels que ces Associations reconnaissantes firent célébrer pour le repos de son âme.

Dévouement. — Cette charité, ce zèle dont nous venons d'admirer les fruits, se manifestaient chez notre C. F. Provincial par un dévouement inlassable à ses Frères, à son lnstitut et à ses œuvres. Tout en lui nous appartenait: son temps, ses talents, ses ressources, ses forces, sa santé, son cœur surtout. Il nous a tout donné, il s'est donné lui-même et s'est usé avant le temps au service des siens. Il s'est fait tout à tous comme Notre-Seigneur et pour Notre-Seigneur. Les malades, les frères âgés étaient l'objet de sa spéciale sollicitude. Jusqu'aux derniers jours de sa vie, il chercha à améliorer leur situation et il nous confiait ainsi une peine qui tourmentait sa conscience délicate: "Je crains que nous n'ayons pas assez fait pour nos malades'' : Et comme je le rassurais, lui faisant remarquer que, de son côté, il n'avait rien à se reprocher puisqu'il avait toujours pris les meilleures mesures pour leur assurer le plus de commodités possible, il ajouta : "Et vous, avez-vous fait donner au petit Frère X … ce qui avait été convenu ? Vous savez qu'il est faible, soignez-le bien…".

C'était touchant de voir ce supérieur, si près de sa fin oublier son mal pour songer au régime particulier d'un jeune novice.

Dans les établissements on attendait avec joie le passage du C. F. Provincial. Etait-il différé, on se permettait de lui adresser d'aimables réclamations. On savait combien il était dévoué, sage et expérimenté; aussi en usait-on, nous pourrions dire même qu'on en abusait. Que d'affaires importantes ou minimes il lui fallait traiter chaque jour ? Jamais de repos, point d'autre délassement que celui de rendre service. Maître dans l'art d'interroger les enfants, il les instruisait et les édifiait en même temps, désireux plutôt de leur faire constater ce qu'ils savaient déjà que de les humilier par ce qu'ils ignoraient encore. Très au courant des méthodes didactiques et des programmes officiels, il avait tût fait de se rendre compte de la valeur professionnelle du maître et de la façon dont il formait ses élèves.

Il possédait au plus haut degré la confiance et l'affection de tous ses Frères, aussi tous recouraient à lui, assurés qu'il débrouillerait une situation difficile et tirerait toujours les imprudents d'un mauvais pas.

Son habileté à découvrir les dessous d'une affaire, sa possession de lui-même, le tact dont il usait envers tous, sa connaissance des hommes et des choses, l'esprit surnaturel qui le guidait en toutes ses démarches lui assurèrent toujours le succès. Inspecteurs officiels et diocésains, curés, bienfaiteurs de nos œuvres, religieux de divers ordres n'avaient pas tardé à reconnaître et à proclamer les ressources de notre vénéré supérieur.

II n'était pas de ces pessimistes dont la devise est: "Tout va mal !… Il n'y a rien à faire". D'où facilement ils concluent: ''Ne faisons rien''. Ceux-là sont découragés et décourageants. Notre C. F. Provincial ne se laissait pas abattre par les soucis qui dévoraient parfois son âme sensible.

Jamais il ne connut le découragement, il se déterminait résolument, il agissait et poussait jusqu'au bout les réalisations entrevues, bien différent de ces rêveurs tout pleins de beaux projets, riches de desseins magnifiques et de formules grandiloquentes, mais pauvres de volonté ou de constance et qui n'aboutissent à aucun résultat pratique.

"J'ai eu à traiter maintes fois avec votre Supérieur, disait un avocat, notamment pour les dommages de guerre et j'ai toujours reconnu en lui le religieux plein de jugement, très instruit et d'une grande modestie''.

Il n’était pas, en effet de ces "postillons" dont parle le C. F. Jean-Baptiste et qui aiment à ''faire claquer leur fouet''. Ce religieux d'allure simple, au geste sobre et au ton modeste, n'en était pas moins apte à réclamer son dû. Tout récemment encore, de concert avec les Supérieurs d'autres lnstituts enseignants, il avait étudié juridiquement les mesures â prendre pour mieux défendre nos droits contre ceux qui tentent de les restreindre.

Par quel prodige d'activité, par quelle sage distribution de son temps. cet homme si surchargé par les voyages continuels et une correspondance toujours renaissante, trouvait-il encore le temps de composer ? C'est ce qu'il fit cependant et de main de maître, en des manuels scolaires qui continuent de s'éditer avec succès. Sa compétence toute spéciale dans les questions d'enseignement le disposait à ce travail. Elle lui avait fait prendre rang au chapitre général de 1920 parmi les réviseurs de notre Guide des Ecoles, qui lui doit tout le chapitre XVII de la III° Partie. Mais il était avare de son temps, n'en perdait pas une minute et nous l'avons vu corriger des épreuves d'imprimerie sur le quai d'une grande gare et écrire des lettres dans une salle d'attente.

Une activité si débordante devait avoir trop tôt raison de ses forces. On l'a dit, en effet: "Il y a peu de vrai zèle parce que le zèle tue". Jamais nous n'avions vu le C. F. Provincial malade ; pourtant il nous confiait que, dans les moments plus chargés, à l'époque des retraites, par exemple, l'excès de fatigue se portait plutôt sur l'estomac, en sorte que les jours où il aurait dû mieux se soutenir étaient précisément ceux où il ne prenait presque rien. Et c'est ainsi qu'on l'a vu dépérir, laissant au cancer une proie facile dans un corps débilité. Le cœur restait entier, affectueux, dévoué et, jusqu'au bout il nous en a distribué les trésors. Peut-être n'en avons-nous pas toujours senti les battements qu'il comprimait, car son affection se défendait de trop d'effusion. Aimer, pour lui, c'était surtout servir. 
Servir, il n'aspirait qu'à cela et en octobre dernier, il avait repris la tournée de ses visites lorsque, plus fatigué et impuissant â les poursuivre, il nous revint à Pommerœul, la veille de la Toussaint. Il ne dormait plus, manquait totalement d'appétit et éprouvait un certain malaise dans la région de l'estomac. La radiographie ne put que confirmer le diagnostic des médecins consultés: notre bien-aimé Fr. Provincial souffrait d'un cancer au pylore et il était à craindre qu'en raison de son état de faiblesse générale, il n'y pût résister bien longtemps. Lui-même n'eut qu'une courte illusion sur la nature et la gravité de son mal. Aussi quand on lui demandait comment il allait : "La maladie suit son cours" répondait-il d'ordinaire et il en prévoyait l'aboutissement fatal.

Pourtant l'annonce de cette maladie sans remède jeta l'alarme dans toute la Province où l'on ne pouvait se faire à l'idée de perdre sitôt un supérieur tant aimé. Partout on résolut de faire violence au Ciel et nous savons pertinemment que plusieurs offrirent à Dieu leur vie pour sauver celle du vénéré malade. On pria et l'on fit prier; par trois fois, une neuvaine générale au V. Fondateur fut faite dans toutes les Communautés pour obtenir la guérison. La confiance ne faisait pas plus défaut chez les Frères que chez le patient. Il était néanmoins d'une parfaite résignation, et, la veille de sa mort, il le déclarait encore à Monsieur l'Aumônier: "Oui, le Bon Dieu peut me guérir s'il le veut je ne refuse pas le travail et, si je demande ma guérison, c'est moins pour moi que pour la cause du V. Fondateur qui avancerait assurément si le miracle était obtenu".

Pieux et énergique jusqu'au bout, il voulut, à la fête de Noël, assister à la Messe de Minuit, à la Grand'Messe, aux Vêpres et au Salut du soir. Et comme nous l'en félicitions, tout en le plaignant de l'extrême fatigue qu'il avait dû s'imposer, il répondit: "Oh ! j'aurais bien regretté de n'avoir pas assisté aujourd'hui à de tels offices; postulants et novices ont si bien chanté que je me croyais en paradis…''. Lui-même n'avait pourtant pas de voix et n'était rien moins qu'artiste. Mais il était profondément pieux et cela lui suffisait pour goûter les chants et les cérémonies liturgiques.

Entre temps, le supérieur prévoyant mettait ordre à ses affaires, rangeait ses papiers, rédigeait des notes pour faire connaître les négociations entamées, ses projets sur tel ou tel Frère, sur telle ou telle œuvre. Sa force d'âme lui avait même permis de dresser deux listes assez longues des personnages avec qui sa charge l'avait mis en rapport et qu'il fallait informer de sa mort et cela, avait-il écrit, "par motifs de convenance et pour assurer à mon âme plus de suffrages". Son âme, en effet, il ne l'oubliait pas ; il achevait de lui donner, par la résignation la plus absolue, son dernier lustre, sa suprême purification ici-bas. Lui-même demanda les derniers sacrements qui lui furent administrés en présence de la Communauté, le soir du 1ier Janvier.

Rien de plus émouvant et de plus édifiant que cette cérémonie quand le malade, en pleine possession de ses facultés, s'unit avec une spéciale ferveur aux prières du prêtre et des assistants-

A ce moment, le C. F. Provincial, assis dans son fauteuil et recueillant ses forces, dit à haute voix au prêtre et aux Frères qui avaient peine à retenir leurs larmes: "Je vous remercie, Monsieur l'Aumônier, des sacrements que vous venez de me conférer. Je remercie Dieu de mourir dans la foi catholique et la fidélité à ma vocation. Si le bon Dieu veut me guérir, je travaillerai encore. Je demande pardon à tous de la peine que j'aurais pu leur causer comme je pardonne de tout cœur à ceux qui auraient pu m'offenser''.

Huit jours encore, il devait nous donner le réconfortant spectacle de sa piété et de son héroïque résignation. Tant qu'il put tenir un livre, il fit sa méditation, récita son office et ses autres prières. Tous les jours, jusqu'à la veille de sa mort, il put recevoir dans la Sainte Communion son Dieu et son Juge, malgré les vomissements qui d'ordinaire privent les cancéreux de cette force et de cette consolation.

Les plaintes n'effleuraient pas ses lèvres et pourtant quelle torture de ne pouvoir reposer, de vomir le peu que l'on prend et d'éprouver de plus en plus les douleurs d'un cancer qui s'étend et finit par envahir tout l'estomac ! La maigreur devenait extrême comme la faiblesse et pourtant il avait scrupule d'user des calmants qu'on lui faisait absorber le soir pour lui procurer un peu de sommeil.

"Cherchez donc, me dit-il un jour, le numéro de la Revue des Communautés religieuses, qui a traité, l'an passé, de l'usage des anesthésiques sur les malades dont l'état est désespéré''. Je le lui procurai et il le lut attentivement, car il se persuadait que les calmants absorbés en potion ou reçus en injections diminueraient ses mérites avec ses souffrances. Pour imiter Notre-Seigneur refusant sur la croix le vin mêlé de myrrhe des juives charitables, il trouvait plus chrétien et plus parfait de supporter vaillamment les souffrances même violentes de la maladie et de l'agonie.

Le lundi 7 janvier, au soir, l'intelligence et la vue commencèrent à se troubler; il était visible que la fin approchait. Pourtant il n'avait par perdu toute connaissance, car à cette question : "Avez-vous votre scapulaire ?'' il répondit: "oui'' en portant la main à la poitrine pour me le montrer. La dernière parole intelligible qu'on lui entendit prononcer, résumait bien la pensée dominante de toute sa vie: "O Jésus, je vous aime !…".

La nuit fut assez calme mais la respiration devenait de plus en plus haletante et espacée; vers 4 heures ¾, la Communauté réunie dans la chambre du mourant, put faire une excellente méditation, à la clarté du cierge bénit, en assistant au dernier combat du juste et à sa victoire sur l'ennemi du salut. L'agonie fut si paisible que nul ne put dire avec exactitude le moment où il exhala son dernier soupir; c'était un peu avant l'Angelus de 5 heures ½. A la lettre, il s'était endormi dans la paix du Seigneur. La journée du bon ouvrier était achevée; il venait d'entrer dans l'éternité.

Ses funérailles eurent lieu le surlendemain, jour où nous célébrions auparavant sa fête patronale, la St. Agathon. Elles furent honorées de la présence de trois Doyens et d'un bon nombre de prêtres et de frères ; d'autres, avertis trop tard, nous exprimèrent leur regret de n'avoir pu rendre ce suprême hommage au vénéré défunt. Cinq frères soldats à qui il témoignait un si paternel intérêt eurent la consolation de porter sa dépouille mortelle jusqu'à sa dernière demeure.

A peine la mort du C. F. Provincial avait-elle été connue que, de toutes parts, se fit entendre un concert de regrets et d'éloges, concert tout filial et bien touchant, tant il fut unanime et spontané. Et, à ce spectacle, nous nous disions : Rares doivent être les Supérieurs qui ont conquis au même degré le cœur de tous leurs Frères. Nous ne le plaindrons pas car, après avoir vécu et souffert en saint, il est mort, de même et aujourd'hui il se repose à jamais dans le sein de Dieu, sous le manteau de Marie, sa Mère et la nôtre, auprès du V. Fondateur et de ces milliers de confrères qui nous ont précédés là-haut.

Plaignons-nous plutôt nous-mêmes d'avoir perdu son conseil, sa force, sa tendresse et la douceur de sa présence qui nous faisait comprendre combien il fait bon vivre auprès des amis de Dieu. — R. I. P.

 

† Frère BENOIT-LABRE, profès des vœux perpétuels. — Halluin est une petite ville industrielle du nord de la France, qui a mis au service de la Sainte Eglise nombre de ses meilleurs enfants. Un précieux inventaire, ''Gerbe d'Or'', dressé en juillet 1927, établit, en effet, un total de 253 âmes d'élite actuellement encore dans les rangs du clergé ou Membres de diverses Familles religieuses. Et de ces derniers, vingt appartiennent à la Congrégation des Petites Frères de Marie.

Parmi ceux qui, dans le courant de l'année 1928, ont été appelés à la récompense figure le cher Frère Benoît Labre, dans le siècle, Gaston Xavier Hostyn. Il était le huitième d'une famille de treize enfants, qui en a consacré sept à la Très Sainte Vierge dans la Congrégation qui lui est tout spécialement dédiée: De cette phalange aimée du Ciel, et qui semblait bien être là récompense de la piété de deux époux foncièrement chrétiens et religieux, trois représentants survivent encore : ce sont les chers Frères Albert-Désiré et Marie-Léon de notre province de Beaucamps, et le cher Frère Paul-Norbert, missionnaire, de notre province du Brésil-Sud.

Gaston Xavier, à qui sont consacrées ces lignes, naquit le 16 octobre 1894; et il n'avait pas encore ses sept ans, quand il perdit sa bonne maman. Heureusement, son père, Monsieur Constant Hostyn, qui était peut-être encore supérieur à sa digne épouse pour sa foi vivante et éclairée, restait au pauvre Gaston et à deux autres petits frères, dont l'aîné ne comptait pas dix ans. On parle ici de ceux qui demeuraient à la charge du père; car, quatre se trouvaient déjà membres de notre chère Congrégation.

En 1902, notre futur Frère Benoît Labre entra à l'Ecole Saint Hilaire (Halluin, place), dirigée alors par le saint Frère Ausonius. L'enfant, un peu timide comme souvent ceux qui ont à peine connu le sourire maternel, se distingua entre ses camarades par son naturel tranquille et sa ponctualité à tous ses devoirs d'écolier chrétien. Comme les recommandations et la pratique religieuse ne manquaient pas à la maison paternelle, le travail des professeurs et du bon Frère Directeur se trouva relativement facilité. Gaston fréquentait régulièrement les Sacrements et était un modèle pour tous ses jeunes condisciples. Pourtant, ses progrès dans le savoir humain étaient plutôt lents, car son intelligence n'était pas des plus vives, et dès ses jeunes années, son esprit apparaissait déjà plus réfléchi que brillant, plus sérieux que doué d'imagination. Mais combien il était pieux ! Aussi rien d'étonnant qu'il voulût suivre la même vocation que ses aînés. Il entra donc au Juvénat de Pitthem (Belgique), le 6 janvier 1905, puis au Noviciat de Pommerœul, le 6 septembre 1907.

A cause de sa santé, déjà précaire alors, les Supérieurs hésitèrent beaucoup à l'admettre à la vêture et aux premiers vœux. De fait, il était souvent malade !… et l'on se demandait quels services pourrait bien rendre ce jeune homme, dans un Institut religieux dont la plupart des emplois exigent une forte constitution. Mais d'un autre côté, le Maitre des novices et le cher Frère Provincial qui devait devenir le Révérend Frère Diogène, avaient été frappés de la piété remarquable et de la bonne simplicité de l'adolescent. D'ailleurs il avait à son actif d'être le frère d'autres excellents religieux de notre Congrégation !… A la grande joie du récipiendaire, il fut donc admis à la vêture; le 8 septembre 1908; et aux premiers vœux, l'année suivante en la fête de la Nativité de notre bonne Mère, Peu après, il obtint de partir pour les missions lointaines, où il s'est dévoué corps et âme â l'éducation des enfants et au développement de nos œuvres de la Province du Brésil-Sud, avec un courage à toute épreuve, un esprit de foi remarquable, et un esprit de famille parfait.

Employé successivement dans nos maisons de Sào Gabriel, Villa Garibaldi, Alfredo Chaves, Cruz Alta, Porto Alegre et Santa Maria, partout, il a rendu des services très appréciés par ses Supérieurs et ses Confrères. Malgré des rhumatismes très douloureux, contractés à soigner, jour et nuit, le cher Frère Liévin atteint d'une maladie dont il n'a échappé que par miracle ; malgré des attaques de cœur et plusieurs autres infirmités par lesquelles Notre-Seigneur visitait le ben Frère Benoît Labre, celui-ci se montrait constamment ponctuel à tous les exercices de piété, au travail de classe, aux emplois manuels, à l'ornementation de la chapelle, et à bien d'autres choses. Aujourd'hui, on le trouvait haletant sur son lit, victime de la souffrance et de l'expiation, comme il l'a dit quelquefois dans l'intimité, et le lendemain, ou parfois dans l'après-midi du même jour, on le voyait se traîner dans la maison, mettant la main à tout, assistant le Frère Econome, suivant les domestiques pour leur répartir la besogne ou leur expliquer le catéchisme; ou encore, aidant le Frère Sacristain quand il n'était pas, lui, le seul sacristain attitré. Et dans cet emploi que, bien souvent il cumulait avec un ou deux autres, quel zèle et quel courage il mettait à orner la chapelle d'une façon différente à chaque fête, et à renouveler les fleurs des autels deux ou trois fois la semaine ! Les Frères et les nombreux élèves de notre pensionnat de Santa Maria, pendant longtemps se rappelleront de si beaux et de si constants exemples de vertu et d'inlassable dévouement.

Le cher Frère Benoît Labre semblait bien le véritable Petit Frère de Marie, selon l'idée du Vénérable Père Champagnat: humble, simple, modeste, courageux et vrai enfant de la Famille, respectueux envers les Supérieurs, constamment édifiant, et doué d'ailleurs d'un si heureux caractère qu'il lui était possible d'avertir des Frères beaucoup plus instruits que lui, sans que jamais ils aient osé s'en fâcher.

Les lecteurs du Bulletin sont dans le cas de demander si, de fait, il n'y avait aucune ombre dans la conduite de ce jeune religieux mort à trente-trois ans ?… A dire vrai, on ne pourrait guère signaler qu'un peu de réalisme de langage, et quelques manquements au silence pendant les temps libres; on peut sinon les justifier du moins les expliquer par son désir de faire plaisir et par sa joviale simplicité : bref, un peu de poussière sur un diamant de valeur inestimable.

Cet excellent frère est parti de cette vie pour un monde meilleur, le 18 juin 1928, muni de tous les secours de la religion, après seulement trois jours de souffrances plus violentes que ses infirmités habituelles.

Sa sainte vie reste pour tous un grand exemple de générosité dans le service du bon Dieu. — R. I. P.

 

† Frère STEFANO, profès de Vœux annuels. – Petrucci Enrico naquit le 6 septembre 1908 dans une humble bourgade de la province de Rieti (Italie). Le Bon Dieu qui le destinait à le servir, dans la vie religieuse avec une rare ferveur, fit grandir dans son âme un profond dégoût pour les vanités du siècle. Au sein de sa montreuse famille on l'entendit souvent répéter : "Le monde est trop mauvais, je veux l'abandonner". Qu'on juge de sa joie, lorsque le 26 septembre 1923, il franchit le seuil de notre Juvénat de Mondovi.

Dès les premiers jours, il correspondit aux soins qui lui étaient donnés, pour sa formation morale, avec une bonne volonté qui ne devait jamais se démentir. Ses Supérieurs ne restèrent pas longtemps à découvrir le riche fond surnaturel caché dans le cœur de cet adolescent. Ils expérimentèrent que l'Esprit du Seigneur est maître des hommes et qu'Il souffle où il veut; qu'Il aime avec prédilection les cœurs simples, purs et généreux; qu'Il les enseigne et les guide avec force et suavité.

Enrico n'était doué que de médiocres facultés intellectuelles, pourtant, au Juvénat d'abord et surtout au Noviciat, on s'aperçut qu'il jouissait d'une lumière surnaturelle pour la vertu et pour sa propre sanctification, à un degré excellent et assez rare, même chez des religieux instruits et qui travaillent sérieusement à acquérir la perfection.

Le 19 septembre 1925 il fut admis comme postulant au Noviciat de Ventimiglia et telle fut sa conduite exemplaire qu'il mérita les plus élogieuses informations pour le Conseil d'admission à la vêture. C'était un réel plaisir pour son frère Maître de le voir entrer dans sa chambre, quand c'était son tour pour l'entrevue hebdomadaire. Point de préambule étranger à cet important exercice. Ayant bien préparé les divers points de l'entretien, il manifestait ses dispositions et exposait ses besoins d'un manière telle, que son guide était bien obligé de dire: "Cette âme est vraiment conduite par l'Esprit-Saint; elle est tout entière à Dieu". Et il pensait à la parole de Jésus-Christ: "Mon Père, je vous remercie de ce que vous avez caché les secrets de votre Providence aux prudents et aux sages pour les révéler aux humbles et aux simples".

Parce que la grâce ne trouvait pas d'obstacles dans son cœur. Enrico, fit de rapides et sensibles progrès dans la charité envers Dieu. Prêtant aux instructions une oreille attentive et un cœur docile, il se fit un petit arsenal de convictions pour soutenir sa piété. Que de fois, aux heures de récréation ou de promenade, n'a-t-il pas répété, tantôt à l'un, tantôt à l'autre, la formule qui lui était chère et qui anima son héroïque constance dans la vertu: Il faut tout faire avec pureté d'intention et diligence.

Le 26 juillet 1926, en se revêtant du saint habit, il reçut le nom de Frère Stefano et se mit résolument à l'œuvre pour exploiter de son mieux les grâces de choix que Notre-Seigneur prépare aux aspirants à la vie religieuse pour l'année décisive du Noviciat.

Il connut l'épreuve de l'aridité et son esprit fut visité par des doutes; mais il ne semble pas que les scrupules aient jamais troublé son âme humble et obéissante. Dès qu'il avait reçut une réponse à ses perplexités il se tranquillisait, mettant toute sa confiance dans ses supérieurs.

Mais tout son Noviciat s'écoula dans la ferveur. Il fut véritablement un stimulant pour les vertueux, un remords pour les négligents. A la veille d'entrer en retraite préparatoire à sa profession, il pouvait dire sans pédanterie à l'un de ses intimes: "J'ai fait le Noviciat de mon mieux; maintenant je me recommande à la Bonne Mère, pour qu'elle comble les lacunes de ma formation et pour que je sois le moins mal préparé à émettre les saints Vœux. Au mois de septembre 1927 il suivit le règlement du Scolasticat, sauf aux heures de classe où il se rendait à la campagne pour aider nos jeunes frères jardiniers. L'année d'après il fut incorporé à la Communauté proprement dite et s'occupa des travaux des champs jusqu'au mois de mars dernier.

Avant de donner les détails de sa mort, glanons quelques-uns des exemples de vertu qu'il donna à ses confrères de Ventimiglia et qui légitiment l'expression de ses Supérieurs au jour de son décès, quand ils disaient avec tristesse: nous avons perdu la perle des jeunes frères.

Le cœur de ce jeune frère était un foyer ardent d'amour de Dieu, et cet amour nous le vîmes s'épanouir en toutes sortes de vertus.

Sa Piété était vive et inspirait toute sa conduite. Il avait la piété de l'esprit, par son goût passionné pour l'étude ascétique à laquelle il consacrait ses temps libres, surtout le dimanche et les jours de fête. Après son année de scolasticat il demanda la faveur de pouvoir assister à l'instruction particulière que l'on fait aux étudiants le jour de la récollection mensuelle.

Ce fait est unique et sans précédent dans notre maison provinciale, où il y a toujours eu un certain nombre de jeunes frères employés aux travaux manuels. Le dernier ouvrage qu'il lisait avant sa courte maladie, c'est la Connaissance de N. S. par St. Jure. Il avait aussi la piété du cœur. Elle se trahissait par une spéciale dévotion à la sainte Eucharistie entretenue par de fréquentes visites au T. St Sacrement. Au Juvénat, il soustrayait des quarts d'heure entiers au temps des récréations pour aller se prosterner devant le tabernacle ou aux pieds de la Vierge Immaculée. On sut que c'était pour implorer la grâce de la persévérance et celle de l'admission au Noviciat. Il craignait en effet d'être rendu à sa famille, en raison des difficultés qu'il rencontrait dans l'étude.

Jamais il ne fut nécessaire de stimuler sa dévotion envers la Ste Vierge. Il avait placé une statuette de la Bonne Mère auprès de son lit, et il avait soin de l'orner en toute saison avec quelques fleurs champêtres toujours fraîches. Pendant le délire qui dura plusieurs jours avant sa mort, il n'exprimait que des pensées religieuses, où la Madone tenait la principale part.

Cette piété était efficace. Aussi, chose admirable, lorsqu'au jour de sa mort il fut demandé à ses confrères: " Vous rappelez-vous d'avoir pris le frère Stefano, une seule fois en défaut ?''. Personne n'eut rien à faire observer.

Elle était aussi expansive. Il ne cessa de nous édifier pendant les prières faites en commun, par son maintien d'abord, mais aussi par son ton de voix soutenu et pieux. Le thème de ses conversations en promenade était ordinairement d'ordre religieux et plus d'un compagnon de Noviciat doit à ses exhortations de n'être pas déchu dans sa ferveur. Parfois, le jeudi, des travaux pressants le retenaient à la campagne. Alors, les échos d'alentour retentissaient des accents d'une voix de fausset: c'était notre frère Stefano qui se récréait par le chant d'un cantique, et se maintenait ainsi en union avec Dieu.

Au sujet de sa mortification il nous suffira de faire deux remarques: jamais il ne se permit de prendre le moindre fruit à la campagne qui en est abondamment fournie pendant l'année rentière, et il fallut l'œil paternel des Supérieurs et leurs recommandations pour qu'il ne fît aucune imprudence à table, en se privant de nourriture.

L'humilité et l'obéissance furent aussi ses vertus préférées. Il évitait avec soin tout ce qui aurait pu lui attirer l'attention des autres et il souffrait quand il recevait une louange. Personne dans la Communauté ne se rappelle l'avoir entendu s'excuser même pour une accusation faite injustement. Et avec quelle bonne grâce il rendait service à n'importe qui !

Son obéissance était aussi absolue que filiale, et vraiment il lui eut été difficile de la pousser plus loin.

Etant encore novice, il savait que pendant le travail manuel, il ne fallait pas manquer au silence sans nécessité. Plusieurs fois un frère âgé lui adressa la parole, pour faire un instant de causette. Et lui, de répondre modestement: "Excusez-moi, mon frère, je n'ai pas la permission de vous parler".

Le jour où son frère arriva de Mondovi avec un groupe de postulants, il le rencontra dans l'escalier. Le fr. Stefano lui sourit aimablement et continua son chemin. Ce ne fut qu'après s'être muni de la permission voulue, qu'il vint l'embrasser et causer avec lui.

La douceur du fr. Stefano se manifesta toujours et avec tous. Parce qu'il était lent à comprendre et à retenir les connaissances humaines, il fut souvent l'objet de plaisanteries, parfois même indiscrètes, de la part de ses jeunes confrères. Bien qu'il s'en rendît compte, il n'en fut jamais vexé. Loin de là, il en parlait avec bonne humeur et se prêtait patiemment à ces petites taquineries.

Ce qui donnait un charme particulier à la vie de ce confrère, c'est la simplicité qui se reflétait en tout et partout comme résultat de ce que nous pourrions appeler la tendance dominante de son âme: être tout à Dieu. Aussi jouissait-il de la sympathie de tous sans restriction. Son frère Maître ne saurait oublier l'air candide avec lequel il prenait congé, une fois la direction achevée, en répétant sa formule: Grazie ! ci rivedremo.

Ajoutons pour finir ce tableau, qu'il se cultivait intérieurement d'une manière continue, ainsi qu'en faisaient foi les nombreuses demandes adressées à ses supérieurs pour s'instruire, dissiper des doutes et se faire diriger. Lorsque le C. F. Directeur faisait une longue absence, il priait le C. F. Sous-Directeur de recevoir son compte de conduite pour la semaine écoulée.

Au cours de sa maladie, son frère, profitant d'une accalmie vint le visiter. Il lui demanda s'il était content de se trouver dans cet état. "Bien sûr, répondit-il; je prends les remèdes que l'on m'apporte, et puis… que la sainte volonté de Dieu soit faite". L'habitude de se renoncer était si forte en lui, que même pendant les longues heures de délire, il obéissait inconsciemment fermant les yeux un instant et couvrant ses bras, chaque fois qu'on le lui commandait, sans jamais s'impatienter.

Après avoir effeuillé les fleurs de tant de petits sacrifices, le F. Stefano se trouva préparé pour offrir à Dieu l'holocauste de sa vie. Le 5 mars 1929 il demanda la permission de s'aliter. Le lendemain, jour de la récollection mensuelle, se disant complètement remis, il fut autorisé à se lever pour se confesser. Mais une heure après, terrassé par le mal, il redemanda à se coucher et comme la fièvre persistait, notre médecin fut prié de venir l'ausculter. A une pneumonie vint s'ajouter un accès d'urémie, ce qui occasionna un délire de plusieurs jours. Le 18 et le 19 il recouvra ses sens, ce qui lui permit de faire à Dieu le sacrifice de sa vie, de renouveler ses vœux et d'être réconforté par les paroles de Mr. l'Aumônier.

C'est dans la nuit du 20, qu'entouré de nombreux confrères il rendit sa belle âme à Dieu.

Dieu aura accueilli avec une spéciale tendresse cette jeune âme qui l'aimait si bien, "Pour les petits, dit la Sagesse, ils seront jugés avec douceur".

Les heureux témoins de cette courte vie, si entièrement consacrée au devoir quotidien, toujours obscur et souvent pénible, en conservent un souvenir ému. Puissent-ils se sentir excités par son exemple à aimer cette gracieuse simplicité qui donnait tant de charme au bon petit Frère qui nous a devancés dans le chemin du ciel.  –  R. I. P.

 

 

DERNIERS DÉCÈS

 

Nous avons encore appris, depuis la dernière circulaire, la mort des Frères Hippolito-Luis, Jean, Mainfroy, Démétrio-José, Joseph-Darius, Barsabas-Joseph, Edése, Démétrius, Sabinien, Amphiloque, Paul-Marie, Agathangelus, Marie-Céphas, Polyeucte et MarieDamase, que nous recommandons aux pieux suffrages des lecteurs du Bulletin.

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Plusieurs notices biographiques déjà prêtes et d'autres en préparation amèneront probablement à publier un Supplément Nécrologique, après le N° d'octobre, afin de donner à nos chers défunts une place plus convenable que celle trop mesurée que le Bulletin peut leur accorder. Les numéros, d'ailleurs, à commencer par celui-ci seront moins volumineux afin d'être plus fréquents.

 

LAUDETUR JESUS CHRISTUS,

ET MARIA MATER EJUS

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