Nos défunts

04/Sep/2010

† Frère VERULE, profès des vœux perpétuels. – Frère Vérule (Joseph-Damien Malosse) naquit à Baix (Ardèche), le 18 décembre 1847, d'une famille d'honnêtes cultivateurs, au foyer de laquelle les principes religieux tenaient la première place. Dès qu'il fut en âge de fréquenter l'école, on l'envoya à celle que les Frères Maristes tenaient dans l'endroit. Il y prit goût, et s'attacha à ses Maîtres par une profonde affection.

Sa sœur aînée était religieuse de la Présentation, et son frère Théodore partit pour le noviciat de Labégude en 1866, quand tout le monde croyait qu'il se préparait au mariage. Joseph- Damien avait alors dix-huit ans. Il nourrissait, lui aussi, des projets de vie religieuse et pensait à rejoindre son frère; mais il n'avait mis personne au courant de son secret. En son particulier, il répétait seulement plusieurs fois le jour et du fond du cœur: « Mon Dieu, que voulez-vous que je fasse? »

Cependant son père, soupçonnant quelque chose, lui demanda s'il n'aurait pas l'intention de suivre son frère à Labégude. Sa réponse affirmative attriste d'autant plus le brave homme que deux autres de ses fils venaient de quitter: l'un pour embrasser la vie religieuse, comme nous avons dit, et l'autre pour aller faire sept ans de service; mais il était trop chrétien pour vouloir s'opposer aux desseins de Dieu. Il dit donc à celui-ci : « Va: si c'est Dieu qui t'appelle, tu seras heureux dans cette vocation ; mais si c'est uniquement pour suivre ton frère, avec la pensée de moins travailler, souviens-toi que tu te trompes; la. vie religieuse, autant ou plus que toute autre, a ses peines et ses croix ». Or, le 8 décembre, Théodore devait prendre l'habit religieux à Labégude: il fut convenu que Joseph-Damien y arriverait la veille pour assister à la cérémonie. Dans sa pensée, il quittait la maison paternelle pour ne plus y revenir. Il se prépara donc au départ par une confession générale, suivie de l'audition de la sainte messe, pendant laquelle il fit une fervente communion.

Restait à prendre congé des parents si affligés par tant de départs coup sur coup. Ils versèrent bien des larmes sur ce fils chéri, qui les quittait au moment où ils mettaient en lui leur espérances ; le père et la mère eurent chacun leurs adieux émouvants; mais la pensée de la foi l'emporta dans ces trois âmes.

On s'embrassa, en pleurant, et Joseph-Damien monta en voiture pour la maison de noviciat.

Le trajet était long à cette époque, où n’existaient pas les chemins de fer qui l'abrègent beaucoup aujourd'hui. Le généreux postulant eut toute une journée pour repasser dans son esprit la pénible scène d'adieux qui l'avait tant impressionné et attristé, malgré sa résolution bien nettement prise: c’était déjà nuit, lorsqu'il arriva à la porte de la maison de Labégude.

Il était là debout sur le seuil, prêt à tendre la main pour agiter la sonnette, lorsque la scène émouvante des adieux du matin se retrace de nouveau dans son esprit avec une vivacité si extraordinaire que sa main en demeure comme crispée.

Mais bientôt, se ressaisissant, il aperçoit la Vierge qui, placée près de l'escalier intérieur, semble accueillir en les bénissant les nouveaux-venus, et se jetant à genoux, il fait du fond du mur cette courte mais fervente prière. « Sainte Vierge, ma bonne Mère, je me relèverai pas avant que vous ne m'ayez dit si je dois sonner ou non. » — Rappelant lui-même cette singulière circonstance, il ajoute: « O merveille! à peine avais-je prononcé cette dernière parole, que je fus pris comme d'une indéfinissable commotion, et j'entendis distinctement cette douce parole : « Sonne ! »

« Je me relevai plein de confiance et j'agitai la sonnette.

Conduit à la cuisine et remis entre les mains du saint Frère Ribier, je ne pus presque rien prendre, quoique je fusse à peu prés à jeun, tellement j'étais impressionné de ce qui venait de m'arriver. Depuis cet instant, je n'ai jamais douté de ma vocation, j'ai fermement espéré ma persévérance, et aujourd'hui (8 décembre 1884) dix-huit ans après, j'en suis encore impressionné comme au moment même. »

Pendant longtemps, il avait gardé un secret absolu sur ces détails tout intimes; mais, quatre ou cinq mois durant, en 1884, il se sentit pressé intérieurement de le dire au Frère Philogone, et d'en mettre la relation par écrit. Il fit, en effet l'un et l'autre et il fait remarquer que le Frère Assistant ne parut pas y ajouter une grande importance. A  sa note écrite, il avait ajouté cette prière toute filiale: « O Vierge sainte, ma bonne Mère, je suis sûr que vous m'avez appelé ; ne m'abandonnez pas ; ne souffrez pas que je me perde, afin que je puisse entendre encore votre douce voix pendant toute l'éternité ».

Son Frère Théodore, qui l'avait précédé au noviciat et avait reçu le nom de Frère Vérule, mourut d'une fluxion de poitrine, le 27 avril 1867. Le 6 mai suivant, Jean-Damien prenait à son tour le saint habit, et obtenait de porter le nom de son frère défunt.

Son noviciat terminé, il fut successivement placé dans plusieurs établissements de l'Ardèche, et partout il se fit remarquer par son dévouement et son excellent caractère.

En 1884, il est envoyé, sur sa demande, dans les missions de l'Océanie, et arrive à Nouméa (Nelle Calédonie) le 24 novembre 1884. Pendant 27 ans, à Nouméa, à Bourail, à Païta, il se dévoue généreusement pour l'instruction et l'éducation des enfants, se faisant aimer et estimer de tous. Il était tout disposé à continuer de même aussi longtemps que le bon Dieu lui en laisserait les forces, quand, le 17 mai dernier, il fut emporté subitement par un attaque d'apoplexie; dont l'Echo, feuille locale, a rapporté les circonstances dans les termes suivants :

Levé de bonne heure, comme d'ordinaire, il avait ce jour-là même, — curieuse coïncidence — lu publiquement le sujet de méditation, qui traitait de la mort. « Le juste, y disait-on, ne doit point craindre la mort. Elle peut le frapper à l'improviste; mais, qu'il ait confiance: Dieu aime les siens; il ne saurait frapper et rejeter loin de lui comme des impies ceux qui ont passé leur vie à le servir. » Rien ne faisait alors supposer que ces paroles allaient trouver leur triste application le jour même, et pour celui qui les lisait.

A l'heure accoutumée, les élèves entrèrent en classe. L'excellent Frère fit son cours comme d'habitude et prit ensuite son repas avec la communauté. Après le repas, il dit: « J'ai froid dans le dos: je vais m'asseoir au soleil. »

A peine était-il sous la véranda, qu'il tombe soudainement. On se précipite; mais on comprit vite qu'il avait été frappé par la mort. Le prêtre et le docteur accoururent l'un pour lui donner une dernière absolution, en toute hâte ; l'autre ne put que constater le décès. „ – R. I P.

 

† Frère AGNEL, profès des veux perpétuels. – Frère Agnel (Joseph Duffaut) naquit à Labastide-de-Juvinas (Ardèche), le 31 octobre 1843, d'une famille de cultivateurs estimée et honorée dans le pays pour son profond attachement à la foi catholique, et entra au noviciat de Labégude en 1859.

Bon caractère, pieux, dévoué, aimant sa vocation et ses œuvres, partout où il a été placé, il s'est fait estimer et aimer de ses confrères, des enfants et des familles. A signaler, parmi ses champs d'apostolat, Grospierres, où il s'est trouvé à plusieurs reprises, heureux de seconder de toute son énergie et selon ses attributions, le zèle du Pasteur de la paroisse et des nobles châtelains, qui se font la providence de tant de bonnes œuvres ; et à Baia, où, avec tant de dévouement et comme toujours, il reste l'éducateur chrétien et l'aide infatigable de son bon Curé.

C'est là, qu'en cinq jours une cruelle fluxion de poitrine est venue le ravir à l'affection de tous. Il rendit religieusement son âme à Dieu, le 31 juillet 1910, après avoir reçu, avec grande piété et une parfaite résignation à la volonté divine, les derniers sacrements de l'Eglise, et mis ordre à toutes ses affaires. La population a tenu à rendre témoignage à ce modeste bienfaiteur de l'enfance en venant, nombreuse et recueillie, assister à ses funérailles. – R. I. P.

† Frère SENOCH , profès des vœux perpétuels. – Né Alphonse Joseph Ducéhu à Halluin, dans le département du Nord (France) en 1849, il entra au noviciat de Beaucamps en 1872, et c'est dans la même maison qu'il a rendu son âme à. Dieu, le 7 juillet 1910. La plus grande partie de sa vie s'est passée dans l'humble mais méritoire exercice d'emplois temporels ou de charité, notamment dans celui d'infirmier de la maison provinciale de Beaucamps, où il a passé ses vingt dernières années. Le divin Maître, qui a promis de considérer comme fait à lui-même tout ce qu'on fait envers ses membres souffrants, aura inscrit clans le livre de vie tant de charitables services rendus par ce religieux dévoué à ses confrères malades ou infirmes; et nous avons confiance (lue celui qui en a tant préparé au passage de la vie d' ici-bas à celle de l'éternité, aura trouvé lui même un accueil favorable auprès du Souverain Juge. – R. I. P.

† Frère AGATHON, stable. – Le 8 juillet dernier, vers trois heures et demie du matin — nous écrit-on de Beaucamps — le C. F. Agathon agitait désespérément la sonnette que nous avions par prudence fait installer dans le corridor de la maison et communiquant à son lit par un cordon. Il se sentait saisi par une de ces crises, qui se renouvelaient plus fréquemment depuis quelque temps; elle était aussi beaucoup plus forte que de coutume. Aussi, dès que le C. F. Ambert fut arrivé auprès de lui, il l'embrassa ou plutôt l'étreignit fortement en s'écriant : Je suis perdu. Puis la crise diminua; c'était la vie qui s'en allait. Le P. Aumônier eut le temps d'arriver et de lui donner une dernière absolution.

Le C. F. Agathon était atteint depuis plus de dix ans d'angine de poitrine. Il y a trois ans, il avait failli mourir à Lyon dans une crise d'emphysème pulmonaire. Avec cette double affection ou à cause d'elle le cœur ne fonctionnait plus régulièrement. Le C. F. Agathon ne se faisait pas illusion sur la gravité de son état; il s'attendait à être emporté subitement; il me l'avait dit plusieurs fois en ajoutant qu'il tenait sa conscience dans l'état d'un homme qui peut à chaque instant être appelé à comparaître devant Dieu. Ses affaires matérielles étaient dans l'ordre le plus parfait.

Le C. F. Agathon avait 73 ans. Il était entré au noviciat de N. D. de l'Hermitage en 1852 et il avait fait profession en 1858 à Beaucamps. Il aimait la Congrégation et la province comme sa famille; il employa constamment à la faire prospérer tout ce qu'il avait d'activité, de talent et de savoir-faire.

Il fut professeur à l'Arbresle, à Montataire, à Lens, à Beaucamps, à Breteuil et à Marie. Il dirigea avec succès les écoles de Fauquembergues et d'Ougnies. Puis en 1868, il fut placé à la tête du pensionnat de Beaucamps; là, jusqu'en octobre 1886, secondé par d'habiles collaborateurs, il fit traverser à cet établissement une des périodes les plus brillantes de son histoire. Ceux qui l’ont connu savent quelle était sa vigilance, sa prévoyance pour maintenir l'ordre, l'émulation et l'ardeur qu'il savait imprimer aux études. Il contrôlait avec un soin Consciencieux l'enseignement religieux dans les classes, et il réussissait à donner aux élèves cette impulsion de respect et de piété, qui a fortifié la foi chez tous et en a fait des chrétiens sérieux et convaincus. Non seulement on rencontre aujourd'hui ces anciens élèves, devenus des hommes, à la tête de l’administration de leurs communes, mais on les trouve partout où il y a la religion à honorer et à défendre et des œuvres à soutenir.

Du pensionnat de Beaucamps il passa au noviciat, où il mit tous ses soins à la bonne formation des postulants et des novices; puis, en 1893, il fut nominé directeur de la maison provinciale, et il resta dans cette fonction jusqu'au mois de novembre dernier.

Il s'y montra homme de travail et de régularité. Il soignait la propriété avec beaucoup de goût. Il maintenait la régularité autant par ses bons exemples que par ses avis. A cause des infirmités dont il souffrait ces dernières années, il se levait tous les jours à 4 heures, afin de pouvoir se trouver au Salve Regina avec la communauté, et il lui fallut un ordre exprès pour le faire consentir à se rendre directement de sa chambre à l'oratoire lorsqu'il était trop oppressé.

Terminons par ces quelques lignes écrites en octobre 1908, qui se trouvaient jointes à ses dispositions testamentaires et où se peint si bien son esprit filial, en même temps, que ses sentiments religieux : « Je ne sais, mon cher Frère Assistant, si c'est vous qui lirez ces lignes. Dans tous les cas, permettez-moi de vous exprimer mes sentiments de profonde reconnaissance pour les bontés sans nombre que vous m'avez témoignées depuis que je suis sous votre direction si bienveillante et si paternelle… »

A ce moment de ma vie, je ne puis oublier que pendant toute ma carrière religieuse, j'ai toujours été l'objet de l'affection de mes supérieurs, notamment du R. F. Théophane, et des CC. FF. Norbert et Climaque. En toute circonstance, ils ont été pour moi des pères miséricordieux et grands indulgents. Aussi, combien je bénis la divine Providence d'avoir placé sur ma route, pour me conduire au port, des religieux d'une telle valeur! Aussi, les ai-je toujours aimés comme un fils doit aimer son père

« Au moment où vous lirez ces lignes (si c'est vous qui lisez) je serai devant le bon Dieu, car l'angine de poitrine dont je suis atteint est pour moi une certitude que mes jours sont comptés et que le nombre n'en est pas bien grand. Priez donc pour que le bon Dieu nie fasse miséricorde, car je reconnais que ma vie religieuse est loin d'avoir été ce qu'elle aurait da être; et je tremble à la pensée dé n'avoir rien à présenter pour compenser mes innombrables infidélités. »

C'est ce que nous ferons tous, pour lui et pour nos autres défunts, dans la pensée que la sainte charité le demande, et que probablement 'on se servira envers nous, après notre mort, de la même mesure dont nous nous serons servis envers les autres pendant notre vie. – R. I. P.

† Frère MARIE-CYPRIEN, profès des vœux perpétuels. — Né à Ochtezeele, dans le département du Nord (France), il entra au noviciat de Beaucamps en 1882, à l'âge de 15 ans, et, après ses études préparatoires au brevet, fut successivement employé comme professeur dans divers établissements de la province, où il s'est fait grandement apprécier de ses élèves et du clergé paroissial, dont il fut l'auxiliaire dévoué dans la direction des œuvres de jeunesse. Cœur charitable et compatissant, il était toujours prêt à rendre service quand il en avait la possibilité; et, grâce à son heureux caractère, il portait la joie et la bonne humeur partout où il allait.

La mort l’a pris les armes à la main, le 27 juillet dernier, et, quoique venant à l'improviste, elle ne l’a point effrayé. II l'a courageusement regardée en face, et a fait pour la rendre sainte tous les efforts que lui permettait sou état. La foi, la résignation et la piété avec lesquelles il a reçu les derniers sacrements ont été un grand sujet d'édification pour tous ceux qui y assistaient. – R. I. P.

† Frère VICENTE-LEON, novice. — Appelé, dans le monde, José Oliveras, il naquit à La Garriga, petite ville de la province de Barcelona, en novembre 1893. Dès sa jeunesse il fréquenta l'école que nos Frères dirigeaient dans le pays. C'est au contact journalier avec ses maitres qu'il sentit l'appel de Dieu qui l'attirait doucement à Lui. Il s'en ouvrit à ses parents, qui s'opposèrent d'abord à ses pieux desseins: ils auraient préféré le voir embrasser la carrière ecclésiastique. Mais le petit Joseph se montra si ferme dans sa résolution qu'il finit par triompher. II fut admis au juvénat de Vich le 17 janvier 1907, et put entrer au noviciat de San Andrés en août 1908. Pendant l'émeute révolutionnaire qui dispersa le noviciat et réduisit en cendres notre magnifique maison de San Andrés, Joseph souffrit le sort de ses compagnons, errant par les montagnes et fuyant à travers champs pour échapper aux persécuteurs. Il resta ensuite chez ses parents; mais il se sentait exilé au milieu (les siens; aussi, – dès que le noviciat se fut réorganisé à Vich, Joseph accourut pour reprendre sa place. Admis à la vêture il y reçut le nom de F. Vicente Léon qu'il devait si bien porter. A la fin septembre 1909 le Noviciat fut transféré à Manresa; c'est là que le pauvre enfant sentit les premières atteintes du mal que devait le conduire au tombeau. Pendant les deux longs mois qu'il dut garder le lit, il fut admirable de patience, de piété et d'esprit filial. Il trouvait toujours qu'on le soignait trop bien, qu'on se dérangeait trop, etc. Enfin, muni de tous les sacrements de l'Eglise, consolé par les secours de ses Confrères réunis autour de lui, il s'endormit pieusement dans le Seigneur sans agonie, sans la moindre secousse, le 26 avril 1910. Revêtu de ses habits religieux, étendu sur sa couchette parsemée de fleurs, il avait l'aspect d'un jeune saint endormi.

R. I. P.

 

NOTA. — Nous avons également appris la mort des chers Frères Floscule, Prime, Cécilien, Odillon, François-Ernest, Léon-François, Romualdus, Irène, Marie Célien, Delas, Louis Gonzage. Nous les recommandons aux pieux suffrages des lecteurs du Bulletin.

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