Nos défunts

08/Sep/2010

† Frère FLORINUS, STABLE. – Le 10 avril 1912, la population catholique d'Alep, dans un geste de profonde sympathie, se levait pour rendre de suprêmes et solennels hommages à la dépouille mortelle du C. F. Florinus, directeur de l'école, arméno-catholique. Cinq ans avaient suffi à l'excellent religieux, pour donner à cette œuvre une haute prospérité. Et, subitement terrassé par un mal implacable, il s'en allait provoquant les regrets universels, les larmes de ses enfants et de ses frères consternés, et les plus beaux éloges sortis des lèvres de ses Supérieurs. Il s'en allait à 36 ans, dans la pleine maturité de son talent et de son zèle, tout rayonnant d'espérances et de promesses pour sa chère Congrégation, ayant fait, dans l'ardeur de ses désirs, non pas feu qui dure, mais feu qui flambe généreusement pour la gloire de Dieu!

Et c'est en somme une consolation devant de telles pertes de pouvoir dire "Qu'importe que la flamme ait peu duré si elle a magnifiquement brûlé?"

Oui, devant ces spectacles qui déconcertent les calculs humains, il est doux de se remémorer les paroles que l'Église emprunte au livre de la Sagesse, pour célébrer les vertus de ses enfants:

La prudence de l'homme lui tient lieu de cheveux blancs et une vie sans tache est une véritable vieillesse… Quoiqu'il ait peu vécu, il a rempli la carrière d'une longue vie, car son âme était agréable a Dieu (Sap., IV). „

La vie de tout frère mariste semble tenir dans la brève et banale formule: "il fut un religieux éducateur".

Mais il y a des âmes complexes, originales, heurtées, faites de contrastes et de saillies, de vertus fortes et de lacunes très humaines. Ces âmes inégales brisent les cadres à priori, échappent à l'analyse sur bien des points et livrent difficilement le secret ressort de leur vie.

D'autres au contraire, calmes, transparentes, maîtresse d'elles-mêmes, rappellent ces beaux lacs des montagnes dont les vents et les orages ne parviennent jamais à troubler complètement l'azur. Dans ces natures limpides et idéales l'observateur attentif a vite surpris la pièce maitresse qui met en branle leur organisme moral.

Le bon F. Florinus était une de ces âmes d'élite. Comme des milliers d'autres, il fut religieux éducateur. Il le fut simplement, obscurément, héroïquement. Mais, en se penchant un instant sur cette vie si pleine et si harmonieuse, en parcourant les pages émues jaillies comme une élégie de deuil du cœur et de la plume de ses frères en religion, deux notes se détachent dans ce concert de louanges qui expliquent le religieux et l'éducateur.

Il avait à un rare degré l'esprit de foi et l'égalité d'âme. Autour de ces deux vertus rayonnaient comme vers deux centres toutes les énergies naturelles et surnaturelles du cher défunt.

L'esprit de foi, qui est l'esprit sérieux par excellence, le signalait au Juvénat de Digoin au regard divinateur du C. F. Cléomène dont l'incomparable influence a marqué tant de jeunes, à son effigie.

Et Félix Bernigault, âgé de 13 à 14 ans, préfet de la Congrégation de la Ste Vierge et de la Milice du Sacré Cœur avait déjà sur ses camarades autant d'ascendant que les professeurs…

Jeune novice, à Varennes, Frère Florinus est placé devant un douloureux dilemme: écouter les larmes et les assauts d'une mère veuve ou suivre l'appel évident de N. S. J. C.! Son courage ne se dément pas; il lui inspire même une héroïque résolution. Il mettra les flots de la mer entre sa vocation et les tentations sans cesse renaissantes de l'amour maternel.

C'est pourquoi en septembre 1895, il est de l'heureuse caravane qui s'en va planter le drapeau mariste sur les rochers du Liban.

Alors, il marche à pas de géant dans la voie crucifiante du sacrifice. Durant cinq années silencieuses et résignées, il ensevelit ses talents dans la dernière classe du collège d'Antoura, où on le maintient à cause de son expérience consommée dans l'art de principier les débutants.

Il n'en sort que pour présider à la fondation d'Achkout. Dans ces nouvelles fonctions, les épreuves, les amertumes, les dégoûts, les difficultés de toute nature mûrissent son âme sans ébranler son esprit de foi et sa virilité chrétienne.

En 1907, l'obéissance lui confie la direction de l'école d'Alep où doit s'épanouir sa vertu.

L'esprit sérieux, l'esprit surnaturel qui fait l'unité de sa vie, éclaire et règle tous ses rapports. Envers les Supérieurs, jusqu'à l'heure suprême de l'agonie, il n'aura que de filiales tendresses. Pour les frères, ce sera l'affection paternelle et jusqu'au scrupule du dévouement. Toujours le premier à. la tâche, il y succombera plutôt que de surcharger ses subordonnés. Avec ses enfants, la foi est si bien la note caractéristique de son action qu'au lendemain de sa mort, le C. F. Provincial recueillera sur les lèvres candides des tout-petits ces délicieux aveux : Frère Florinus est au ciel! Parce qu'il est mort comme un saint! Parce qu'il a vécu en saint! ,

Aussi bien l'esprit de Dieu lui avait donné une très haute conception de l'apostolat par l'enseignement. Toute la noblesse de ses fonctions d'éducateur lui apparaissait dans un sublime idéal.

De là, cette admirable égalité d'âme qui est le plus grand facteur d'ascendant moral et la résultante d'une vertu soutenue, de patients efforts et d'une belle maîtrise de soi, bref! de l'héroïsme à jet continu.

De là cet esprit d'observation toujours en éveil, cette science du détail, cette délicatesse de conscience toujours avide de perfection que les esprits superficiels pouvaient confondre avec l'étroitesse de vues et le zèle intempestif.

De là cette dignité sereine faite de fermeté douce, de bonhomie indulgente, de mâle gaîté qui lui donnaient une vraie puissance de séduction. Toutes ces vertus s'épanouissaient dans une sorte de pénombre sous le voile pudique de la modestie et de la simplicité du petit frère de Marie.

Et la mort est venue qui a troublé tous les rêves de cet éducateur-apôtre. Mais sous la dure étreinte de cette visiteuse inattendue comme envers tous ceux qui ont assisté à ses derniers combats et recueilli ses suprêmes désirs, le F. Florinus a été doux et bon, calme et résigné, arrachant des larmes et des cris d'admiration à ses amis désolés. Tous sentaient partir quelque chose d'eux-mêmes depuis les petits élèves jusqu'aux docteurs, jusqu'aux nombreux prêtres et religieux qui l'entouraient, jusqu'à M.gr l'archevêque Augustin dont le dévouement paternel était vaincu par la mort!…

Il est parti en recommandant à tous la belle œuvre qui lui prenait la vie…

Maintenant le souvenir embaumé de ses exemples et de ses vertus plane sur ses chers Alépins… Du haut du ciel, ses prières continueront plus efficacement à seconder le labeur de ses frères. Et bientôt, sans doute, quelques-unes des brebis du F. Florinus viendront prendre place dans le bercail des Petits Frères de Marie et répondre ainsi à l'une des touchantes recommandations de leur maître bien-aimé. Enfin, dans le cimetière d'Amchit, à l'ombre des cyprès qui parlent au cœur d'espérances et d'affections impérissables une humble croix rappellera aux pèlerins du champ des morts la brève et vaillante vie de l'un des fondateurs de la province de Syrie…. – R. I. P.

 

† Frère PATIENCE, profès des vœux perpétuels. – En rentrant de récréation, un soir de décembre 1871, le noviciat de la Bégude (Ardèche) ne fut pas peu étonné de trouver au fond de la salle de réunion un grave militaire, avec une barbe superbe qui ajoutait encore un caractère particulier à sa tenue d'ailleurs parfaitement correcte. Plusieurs se demandaient en eux-mêmes ce que cela signifiait.

L'exercice religieux commença: le militaire se mit modestement à genoux et répondit pieusement à la prière. Après la classe, il prit le dernier rang et suivit la communauté en récréation; quelques jeunes se demandaient à part s'il n'était pas chargé d'une mission quelconque de la part du gouvernement.

Le lendemain il repartit, après avoir, selon l'expression militaire, reconnu la position, tout décidé à la prendre.

Le 3 janvier il reparaissait, toujours avec sa belle barbe et sa tenue si correcte.

Le lendemain il changea son costume de soldat et prit rang parmi les postulants. Rompu à la discipline militaire pendant quinze ans, sans peine il emboîta le pas et dès le premier jour il suivit ses jeunes compagnons de noviciat avec une simplicité remarquable. Quel contraste assez singulier de voir ce grave militaire de la veille prendre part aux jeux d'enfants de quatorze ans! Quand il se baissait à son tour pour jouer aux billes sa longue barbe touffue lui couvrait les genoux.

Doux, aimable à tous, pieux, régulier comme à la consigne, tel fut le postulant Vincent. A son admission en religion, il reçut le nom de F. Patience. On aurait dit ce nom créé exprès pour lui.

Né à Lussas (Ardèche) le 16 mars 1838 d'une très chrétienne famille, il passa sa jeunesse auprès des siens. Déjà on remarquait en lui son attrait peu ordinaire pour la prière.

A 21 ans il accomplit son service militaire. La période de sept ans terminée il rengagea, avec l'intention de continuer jusqu'à la retraite. Survint la guerre de 1870. Il prit part aux grandes batailles livrées autour de Metz. Pacifique par nature, rarement il parlait de ces grands événements; mais quand on le mettait sur ce terrain, il s'animait au souffle d'une ardente flamme patriotique. Avec quelle énergie indignée ne traduisait-il pas l'acte déloyal et traître de cette compagnie ennemie qui, au milieu de l'action, défilait la crosse en l'air devant sa compagnie à lui, faisant semblant de se rendre à discrétion; puis, sur un signe, retournait brusquement ses armes, et, à bout portant, abattait le premier rang de la compagnie française et lui enlève son drapeau!

Tout le temps que les exercices laissaient libres, le soldat Vincent le passait à visiter les églises et chapelles. A Versailles, il s'était fait l'habitué de la chapelle des Carmélites; il y faisait chaque jour ses heures marquées d'adoration ; aussi ces bonnes religieuses, qui admiraient sa piété, continuèrent-elles longtemps à lui envoyer à la Bégude et à Aubenas son bulletin ordinaire d'adoration.

Ces habitudes de prière et d'union à Dieu, il les conserva toute sa vie, facilitées encore, dans la vie religieuse. Ainsi, le chapelet enroulé autour de sa main, on le voyait conduisant le petit char qui lui servait pour son emploi.

Il avait obtenu la permission de disposer de ses moments libres ; ils étaient consacrés à la prière, en pieuses lectures et visites au Saint Sacrement. Sentinelle d'honneur de Notre Seigneur, s'il se présentait devant Lui en habits de travail, mais ils étaient toujours en ordre, et, comme autrefois à la caserne, il avait la chaussure toujours parfaitement cirée.

Pris d'une fluxion de poitrine, il vit approcher la mort avec la sérénité d'une âme bien préparée. Après avoir pieusement reçu les derniers sacrements, il s'endormit en paix dans le Seigneur, le jour de l'Invention de la Sainte Croix, 3 mai 1912, après 40 ans de vie religieuse. – R. I. P.

 

† Frère ALDÉRIC, stable. – Frère Aldéric (Prieur-Bardin Joseph) vint au monde à Saint-Geoire (Isère), le 2 mars 1839, d'une de ces familles à forte trempe chrétienne, au sein desquelles Dieu et la religion ont toujours la première place. Dans un tel milieu et guidé par les exemples domestiques, il contracta de bonne heure ces pieuses habitudes qui se développèrent avec l'âge et contribuèrent plus tard à en faire un excellent religieux.

Entré au noviciat de Saint Genis-Laval à 19 ans, il y revêtit le saint habit religieux le 8 décembre 1859 sous le nom de Frère Aldéric.

Après son noviciat, diverses occupations lui furent confiées; il s'en acquitta à la satisfaction de tous. Ses études préparatoires finies. il lit ses premiers essais dans l'enseignement en 1864; et dès le début, par le tact et le zèle qu'il y mit, par les succès qu'il obtint, il se révéla déjà bon éducateur. La pratique le rendit bientôt maître dans cet art si difficile.

Directeur de l'école publique de Valbenoîte pendant une assez longue période, il sut s'attacher les enfants par le travail sérieux et une forte discipline. Plusieurs de ses élèves brillèrent ensuite dans des classes supérieures.

Appelé en 1868 à Joyeuse (Ardèche), il donna à l'école un tel élan, que les Inspecteurs la mettaient au premier rang des externats de l'arrondissement. Cependant, le bon renom et les services rendus ne la sauvèrent pas des haines politiques et sectaires: elle fut sacrifiée en 1878.

En 1879 F. Aldéric prit la direction de l'école publique de Salindres (Gard). Là aussi il obtint d'excellents résultats et de beaux succès dans les concours. De nouveau les sectaires sacrifièrent cela aux passions politiques,

Mais ce qui montre jusqu'à l'évidence l'estime dont jouissaient les Frères auprès de la population, c'est que leurs 250 élèves les suivirent dans l'école libre, excepté quelques fils de fonctionnaires, qu'on obligea à se séparer des autres.

F. Aldéric était très attaché à Salindres. Il aimait vraiment ses élèves, les soutenait et, au besoin, les défendait devant ceux qui auraient essayé de les déprécier. Quant à l'administration paroissiale et à celle de l'usine, il me fallait pas y toucher, il était toujours prêt à les défendre.

Cependant, après 22 ans de bons services, devenu presque sourd, il fut obligé de se séparer du pays de ses affections, où il laissait d'excellents souvenirs. Absent, il y continua le bien par la prière.

Cette affection, il faut le dire, ne lui faisait pas oublier le principal de sa vacation; par dessus tout, il fut toujours le religieux exemplaire. Et si en poursuivant le bien, il y eut parfois divergences de vues sur les moyens de les réaliser, on lui rendait ce témoignage que l'intention ne dévia pas du but à atteindre.

Rentré dans le repos à Aubenas, il s'adonna tout entier à ses affaires spirituelles. Lui, qui avait dirigé et commandé pendant trente ans, maintenant avec l'admirable simplicité d'un enfant se remet sans peine sous la sainte obéissance. Modèle de régularité, il ne manquait pas, chaque semaine, de soumettre à l'approbation du F. Directeur ses petits projets de travail personnel, et de se munir de toutes les permissions nécessaires.

Ses sentiments à l'égard de son Institut et de ses Supérieurs étaient ceux d'un bon religieux. Il les estimait, les aimait, les vénérait, on le sentait quand il en parlait. Les odieuses lois de spoliation et d'exil l'atteignirent à Aubenas. Il suivit la communauté à Ruoms; en silence il y continua son travail de perfection. A titre de distraction, dans ses moments de loisir, il aimait à faire valoir les avantages d'un procédé de mensuration des terrains qu'il avait inventé; mais la plupart de ses auditeurs demeurèrent sceptiques. Plus sûr était son système pour mesurer les grandes choses de l'éternité.

Un amaigrissement notable accompagné de douleur d'estomac donnèrent de l'inquiétude autour de lui. Bientôt, en effet, le docteur constatait la nature du mal, qui n'était autre qu'un cancer à l'estomac.

Parfaitement soumis à la volonté divine, il fit le sacrifice de sa vie, et accepta la souffrance avec résignation et en union avec les souffrances de Notre Seigneur Jésus-Christ. "Je souffre beaucoup, disait-il à un confrère; je n'aurais pas cru qu'il fallût tant souffrir pour mourir’’. Mais, élevant aussitôt sa pensée vers Dieu et regardant avec amour son crucifix, il ajoutait: "N'importe, au milieu de mes souffrances je suis plus " content et plus heureux que tous les grands potentats du monde.’’

Faisant un retour sur le passé, il dit: "Ma vie relativement longue me parait un songe aujourd'hui! Oh, qu'on est heureux au moment suprême d'avoir fait quelque petite chose pour le bon Dieu!" Dans cette pensée pleine de foi et d'espérance il accomplit son dernier sacrifice et attendit son heure d'aller à Dieu.

La visite de son neveu le consola un peu. Avec toute l'affection de son cœur il lui donna ses derniers avis; puis, plus intimement uni à Dieu et à la bonne Mère, il est tout aux choses du ciel. Dans de profonds sentiments de piété et en pleine connaissance il reçut les derniers sacrements. Peu après le F. Provincial vint le voir: "Oh! lui dit-il tout ému, combien je suis heureux d'avoir persévéré dans ma sainte vocation et de mourir au milieu de mes Frères en religion, avec tous les secours désirables!"

Instructive et dernière leçon qu'il donnait sur la terre: puisse-t-elle être bien comprise de tous! Ce bon. Frère s'endormit en paix dans le Seigneur, le 30 avril 1912, après 54 ans de vie religieuse. – R. I. P.

 

† Frère LÉON-CORSINI, profès des vœux perpétuels. — Georges Burkat est né le 2 juillet 1887 à Kaiserslautern de vertueux parents qui ont donné deux de leurs enfants à la congrégation. Ii appartient à cette phalange déjà nombreuse que le Palatinat a fournie à notre maison d'Arlon.

Dès son noviciat, il se fit remarquer par son esprit sérieux et par son respect pour la discipline. Il s'appliqua avec ardeur à l'étude et à l'acquisition des vertus de notre saint état. Il dormait les plus belles espérances lorsqu'il demanda et obtint la faveur d'aller exercer son zèle dans la lointaine province du Brésil Méridional pour laquelle il s'embarqua à Marseille le 24 novembre 1904 en compagnie de onze autres confrères.

Lorsqu'il eut acquis une connaissance suffisante de la langue portugaise, les supérieurs l'employèrent aux travaux de la classe et de la surveillance des enfants. Il avait un jugement sûr, un caractère aimable, et il était de plus doué de cet ensemble de fermeté, de bonté, de vigilance et d'activité qui constituent le maître habile et assurent le succès. Les élèves réalisaient de rapides progrès sous sa direction; mais surtout le bon exemple et la constante édification de sa conduite les entraînaient à la prière et à la fréquentation des sacrements.

C'est dans cet apostolat heureux et fécond que la maladie s'abattit sur lui. Son énergie et l'amour de sa mission lui inspirèrent des prodiges pour résister au mal; mais le jour vint ou il fallut céder. Et ce fut un véritable brisement de cœur pour lui de devoir cesser ses travaux et se séparer de ces enfants qui lui étaient si attachés et auxquels il se dévouait avec tant de joie!

Le repos complet, la suralimentation, les moyens et remèdes préconisés par la science moderne, les soins matériels, les meilleurs et les plus minutieux furent employés pour obtenir la guérison; il passa même plusieurs mois dans un sanatorium. Mais le mal persistait, et les forcés s'en allaient.

En même temps, le malade et ses confrères s'adressaient au Ciel; de ferventes neuvaines se faisaient dans les communautés pour obtenir par l'intercession du V. P. Champagnat et de la Sainte Vierge ce que les moyens humains ne donnaient pas. Le résultat de tant de prières fut pour le cher patient une admirable résignation et un grand accroissement d'amour de Dieu.

Ses parents, sa mère surtout aurait voulu l'avoir auprès d'elle pour lui prodiguer ses soins ; mais, loin d'entrer dans ces vues, il pria ses .supérieurs de vouloir bien les consoler et leur faire comprendre quels précieux avantages surnaturels il y avait pour eux et pour lui-même ne rien reprendre du sacrifice qu'il avait fait au Seigneur en s'éloignant de sa famille et de son pays. Dans les entrevues qu'il eut avec le frère Assistant général, le 12 décembre et le 18 janvier derniers, il lui fit cette belle et rassurante déclaration: "La mort ne m'effraye pas, j'y suis entièrement préparé; c'est de tout cœur que je fais le sacrifice de ma vie, si c'est la volonté de Dieu. Il connaît mon tendre attachement pour mes parents; mais il les consolera; et je prierai pour eux, ainsi que pour mes supérieurs et mes confrères."

C'est dans ces sentiments de foi profonde qu'il reçut les derniers sacrements et tous les secours de la religion. A mesure que la fin approchait, les souffrances augmentaient; mais la grâce . de Dieu le soutenait; la sainte communion surtout, que le R. P. Gardien des Capucins lui apportait, le fortifiait et lui donna jusqu'au but cette admirable résignation qui édifiait tous ceux qui le soignaient ou lui rendaient visite.

Enfin, le 30 avril, vers dix heures du soir, se sentait tout à ses derniers instants; il demanda lui-même que l'on commençât la récitation des prières des agonisants. A onze heures et demie, entouré de ses confrères et du R. P. Gardien, il rendit sa belle âme à son Créateur. Il avait souhaité mourir un vendredi pour recevoir plus tôt la visite de la Sainte Vierge. Nous avons la conviction qu'il est allé célébrer le mois de la divine Mère dans la bienheureuse éternité.

La population de Villa Garibaldi se joignit aux Frères; aux élèves, aux RR. PP. Capucins et au R. P. Vigario pour lui faire de magnifiques funérailles, c'est-à-dire des funérailles vraiment chrétiennes et pieuses. – R. I. P.

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N. B. — Nous avons également appris la mort des FF. Odin, Hubertus, Jason, Jean-Melchior et Barrès. Nous les recommandons aux pieux suffrages des lecteurs du Bulletin.

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