Nos défunts

16/Sep/2010

† Frère AMATEUR, stable. – Avec cet excellent Frère, disparaît encore de nos rangs un de ces religieux modestes, réguliers, pieux, dévoués, frappés, en un mot, à la véritable effigie du Petit Frère de Marie tel que le concevait et le désirait le Vénérable Fondateur.

Sa longue existence, écoulée dans l'exercice d'un ministère obscur et assujettissant, n'offre que peu de traits susceptibles d'attirer l'attention du monde, qui s'arrête généralement aux dehors et à la surface ; mais combien sont méritoires, aux yeux de la foi, ces soixante-trois années de vie religieuse consacrées sans réserve à la gloire de Dieu, au bien des âmes, au service de l'lnstitut, et à la pratique des belles vertus qui en sont le spécial caractère !

Frère Amateur, dans le siècle, Chabot Victor Ambroise, naquit au Forest-St-Julien, canton de Saint-Bonnet (Htes Alpes) le 10 septembre 1837. Dieu bénit le foyer chrétien de ses vertueux parents par la naissance de nombreux enfants. Notre Victor était le second des onze fils qui formaient la couronne de la famille. La mère avait deux de ses frères Faure religieux Maristes, sous les noms de frère Etienne et frère Victor ; le premier mourut saintement à St-Julien où les Supérieurs l'avaient envoyé dans l'espérance que l'air natal combattrait efficacement une maladie de poitrine qui ne pardonna pas, malgré les soins et la sollicitude qui entourèrent le jeune malade ; le second, après un apostolat plus fécond, mourut plein de mérites à l'infirmerie de St Paul-3-Châteaux, et il repose, depuis octobre 1868, dans le cimetière de la communauté.

Ces deux oncles Religieux, n'eurent pas grand-peine à décider les époux Chabot, leurs sœur et beau-frère, à faire don au Seigneur de quelqu'un de leurs fils, et c'est la Très S" Vierge qui fit elle-même le choix, choix heureux qui se porta sur le 20°, sur le 6° et sur le 11° de cette lignée d'élite.

Les époux Chabot élevèrent fortement leur famille dans les vrais principes chrétiens. La prière était en honneur, chaque soir le chapelet se récitait en famille1, et les enfants des voisins venaient se joindre nombreux à cette prière à Marie ; le dimanche, on assistait aux offices de la paroisse, et ce jour était vraiment le jour du Seigneur.

Notre jeune Victor était dans sa 15ième année lorsque ses pensées se tournèrent vers le couvent de ses deux oncles maristes. On comprend que les premières ouvertures contrarièrent quelque peu le père qui déjà appréciait l'aide efficace que lui donnait son fils, travailleur vigoureux et adroit ; et puis les travaux ne manquaient pas aux champs et la famille se faisait nombreuse !. Mais, Victor revenant à la charge, le père n'hésite pas, il donne généreusement à Dieu ce cher fils qui était son soutien, se confiant pleinement à la Divine Providence.

Victor entra donc au Noviciat de St Paul-3-Châteaux le 15 septembre 1852 ; le 2 février 1853 il fut admis à la Vêture et reçut, avec le saint habit, le nom de FRÈRE AMATEUR, deux trésors de grâce, les deux talents de l'Evangile, qu'il fit fructifier au centuple jusqu'à la mort !

Frère Amateur fut chargé du soin du temporel à Joncquières d'Orange (Vaucluse) à sa 1ière sortie de St-Paul. A la retraite de 1854, il débuta dans l'enseignement à Die (Drôme), classe qu'il garda deux années, et qu'une maladie de jaunisse lui fit laisser à son grand regret, car il s'était fortement attaché à ces chers jeunes élèves, les premiers objets de son apostolat ! Que de fois il déclara, à ses deux frères surtout, le bonheur qu'il avait gouté dans sa petite classe de Die !

Bien rétabli de sa maladie, Fr. Amateur fut envoyé à la Seyne-sur-Mer y exercer les délicates fonctions de surveillant dans cette si florissante Ecole ; il eut un ascendant parfait sur son petit monde qu'il disciplina fort bien par son tact, sa bonté et sa prudence. A la retraite de 1858, frère Amateur fut chargé d'une classe au Séminaire de Viviers, où pendant 3 ans il satisfit pleinement les supérieurs ecclésiastiques par sa conduite religieuse soutenue, sa régularité constante et l'heureuse influence que, par ses bonnes manières et la supériorité de son enseignement, il avait sur ses jeunes gens. C'est en 1859, étant professeur à Viviers, qu'il fut admis à la profession religieuse à l'issue de la retraite de St Paul-3-Châteaux.

Les Supérieurs jugèrent qu'un Religieux d'une si forte trempe était bien digne d'être mis à la garde de ses frères, et en conséquence, malgré les protestations de son humilité alarmée et hésitante, le bon F. Amateur se vit confier la direction de l'Ecole de Garons (Gard) en 7bre 1862. Là, se défiant de lui-même, ne cherchant son secours que dans la prière, mais béni de Dieu qui protège toujours ceux qui se confient en Lui et qui ne veulent que sa gloire, frère Amateur réussit pleinement, et se révéla Directeur prudent, administrateur prévoyant, éducateur sage et professeur dévoué ; les Autorités religieuses et civiles n'eurent jamais avec lui ni heurt, ni malentendu, ni désaccord surtout ; les parents étaient satisfaits, et c'est dans cet état de prospérité et de tranquillité bien méritées, que s'écoulèrent les quinze années que frère Amateur passa à Garons. Dieu seul sait le grand bien que notre Directeur fit dans cette paroisse durant ces années les plus viriles de sa vie religieuse.

Un jour vint où l'Obéissance demanda au cher frère Amateur le sacrifice de toutes ces affections légitimes et saintes que le Religieux voit fleurir autour de lui dans le lieu où il exerce son apostolat. On passe difficilement 15 belles années de sa vie dans une localité aimée sans y laisser un peu de son cœur ! Et cependant il faut se détacher ici-bas de ce qui nous entoure ; on devient fort en ne s'attachant qu'à Dieu ! Pour l'Apôtre d'ailleurs toutes les âmes sont les mêmes, toute la terre est le même exil, seul le Ciel doit attirer et fixer notre cœur !

En 7bre 1877, le cher Frère Amateur quitta donc Garons et fut envoyé comme Directeur à Gémenos (Bouches-du-Rhône), jolie localité près d'Aubagne, à mi-chemin entre Marseille et Toulon. C'est une position très agréable, au pied du massif de la Sainte Baume, ainsi nommé à cause d'une grotte célèbre par la longue pénitence de Sainte Marie Madeleine, et qui est aujourd'hui un lieu de pèlerinage très fréquenté.

Sur ce nouveau théâtre de son apostolat, le C. F. Amateur eut encore, grâce à la bénédiction du Ciel, le plein succès qui avait couronné son zèle à Garons. Sous la bonne Direction de Frère Amateur, l'Ecole de Gémenos devint une vraie famille par le bon esprit des élèves, l'affabilité et la confiance réciproques des Frères et de la population ; les études étaient sérieuses, les succès scolaires venaient chaque année proclamer hautement la bonne tenue de l'Ecole, ce qui mérita au modeste Frère Directeur, qui ne faisait rien d'extérieur pour s'attirer l'attention publique, l'affection respectueuse des parents, la véritable estime des autorités locales, et la collaboration cordiale et généreuse du clergé paroissial.

Avec l'âge qui commençait à peser sur lui et qui amenait des infirmités organiques dans la vue, Frère Amateur demanda aux Supérieurs d'être déchargé de faire la 1ière classe : il fut exaucé ; et des lors ses délices étaient l'enseignement de la petite classe, d'ailleurs la plus importante, comme nous le dit avec raison notre Vble Père Fondateur.

Frère Amateur était réellement le vrai père de ces innocentes créatures ; jamais un mot plus fort que l'autre ; inlassable patience à instruire, à répéter, à démontrer au tableau noir où sur les cartes murales l'objet de la leçon ; langage simple, catéchisme intéressant et à la portée de ces jeunes intelligences d'enfants, qu'il faisait prier comme des anges : c'était la famille ! et ces tendres enfants allaient au Fr. Amateur comme au véritable ami de leurs âmes innocentes. C'était bien une image de la touchante scène de N. S. au milieu des enfants de la Palestine !

Celui qui raconte ceci le dit à bon escient pour l'avoir vu, connu, expérimenté, durant les quelques années de bon voisinage immédiat qu'il s'estime heureux d'avoir eu avec le cher et regretté défunt. J'ajoute encore que, pour aider au bon fonctionnement de l'Ecole de Gémenos, le C. F. Amateur était très admirablement secondé par le zélé frère Urbase, excellent professeur, aimable confrère et véritable apôtre de l'enfance. C'étaient deux cœurs qui se comprenaient, qui s'aimaient, qui étaient faits l'un pour l'autre, et pour les séparer il n'a fallu rien de moins que les fureurs de la persécution religieuse. Dieu permit néanmoins que ces deux bons Religieux se retrouvassent encore sur la terre d'Italie, à Ventimiglia, où tous deux maintenant reposent à quelques pas de distance, du grand sommeil de la mort, dans le même cimetière, à l'ombre de leur modeste croix de bois.

En 1903, en vertu des mesures violentes prises par le pouvoir d'alors contre les Religieux, les écoles catholiques furent fermées par milliers, leurs maîtres jetés brutalement à la rue, quels que fussent leurs titres acquis, et celle de Gémenos ne fut pas plus épargnée que les autres. En vain la population et le Conseil municipal lui-même 'envoyèrent-ils à la Préfecture les pétitions les plus motivées pour obtenir sa conservation : il lui fallut subir le sort commun ; et le dévoué Frère Amateur, qui la dirigeait depuis 26 ans, dut s'en éloigner, la mort dans le cœur, après avoir été l'objet, ainsi que tous ses collaborateurs, d'une manifestation touchante de la part du clergé, de l'autorité municipale et de la population catholique.

Après deux années encore de bons et dévoués services à la tête d'une autre maison d'éducation chrétienne, d'où la susceptibilité jalouse des laïcisateurs parvint aussi à le faire évincer, il vint chercher en Italie, dans la maison provinciale de Ventimiglia, avec un repos relatif bien mérité, la tranquillité de ses derniers jours.

C'est dans ce pieux asile, en compagnie des chers Anciens Frères de la Province, que Frère Amateur a fait depuis lors son antichambre du Paradis.

Il a été, durant ces dix ans de solitude, l'homme de la prière, du travail, du bon esprit et de l'édification constante : aussi est-ce pour couronner cette belle vie mariste que les Supérieurs appelèrent ce digne Vétéran de Marie à émettre le vœu de Stabilité à la retraite de 1912.

Une courte maladie de 15 jours le conduisit à la mort, qu'il vit venir avec une douce résignation, fortifié par les secours abondants de la religion, entouré des soins et des attentions de son propre frère de famille, et de ses confrères de la Villa. C'est le jeudi, 10 février 1916, que notre bon F. Amateur laissa la vallée de l'exil, pour aller recevoir de la main du Seigneur, nous l'espérons fermement, la récompense des Justes. Il était âgé de 78 ans et 5 mois, et comptait 63 ans de Communauté.

Aux funérailles de ce Saint religieux étaient vénus se joindre aux suffrages de la Communauté : le clergé de la cathédrale. M le chanoine Lombardi, Supérieur du Séminaire et ancien Aumônier des Frères Maristes de S'° Stefano, tous les Elèves du Grand et du Petit Séminaire en surplis, les RR. PP. de S' Pierre-ès-Liens, les RR. PP. de Dom Gréa, les Sœurs de la Ste Enfance, et les Sœurs de Ste Marthe avec leurs orphelines.

En outre, la rédaction diocésaine de Marseille ouvrit les colonnes de sa semaine religieuse, l'Echo de N.D. de la GARDE, pour recommander l'âme du C. F. Amateur aux ferventes prières des nombreux amis que le regretté défunt comptait dans cette région. Nul doute que la reconnaissance, l'amitié et la charité auront fait monter vers le Trône des divines miséricordes, un juste tribut de supplications ardentes pour ce digne Religieux qui, du haut de la gloire, à son tour, n'oubliera pas ceux qu'il a connus, aimés et laissés ici-bas !  R. I. P.

 

† Frère LANFRANUS, Profès des vœux perpétuels. – Ce Frère (Vincent Albert Claude Hippolyte), était né à Laboule (Ardèche), le 5 janvier 1850, au sein d'une famille très chrétienne, comme il y en a dans cette excellente paroisse.

A l'âge de 15 ans, le 3 octobre 1865, il quittait son pays natal et entrait au Noviciat de la Bégude. Là, au comble de ses vœux, il se distingua par sa piété, sa parfaite soumission, son/ bon esprit et son dévouement à bien faire ce qu'on demandait de lui. Dans la suite ces vertus, jointes à une grande bonté de cœur, brilleront en lui d'un éclat tout particulier et formeront le caractère distinctif de sa vie religieuse. C'est le témoignage que lui rendirent les confrères de tous les postes où il avait exercé.

Placé en 1882 au pensionnat d'Aubenas en qualité d'infirmier, il contribua pour une large mesure dans cet office tout de charité à étendre au dehors la bonne réputation de l'établissement. En effet, ses soins assidus et intelligents donnés aux malades, son inlassable dévouement furent bientôt connus et appréciés des élèves. Mr le Docteur Saladin dont la réputation était si justement établie en ville et aux environs, parlait dans les familles de ce Frère, qu'il appelait "le modèle des infirmiers", et sur lequel il se reposait pleinement pour les cas ordinaires.

Les élèves, ceux surtout qui avaient eu recours au Frère infirmier à un titre quelconque, l'avaient en très grande estime. Ils en parlaient en termes si élogieux à leurs parents, que ceux-ci venant à l'établissement manquaient rarement de faire une visite au bon Frère infirmier, plusieurs même gardèrent encore quelques relations avec lui quand leurs enfants eurent quitté le pensionnat.

Un élève tombait-il malade ? Fr. Lanfranus, après l'avoir fait mettre au lit, s'installait auprès de lui, et si l'indisposition paraissait sérieuse, il ne le quittait pas sans se faire remplacer. S'il fallait veiller pendant la nuit, par crainte de quelque accident, il ne cédait ce service à personne ; il n'y consentit qu'après plusieurs années, quand il eut formé un Frère sérieux pouvant le suppléer.

Pendant 21 ans il continua ainsi ce ministère de charité et de dévouement, jusqu'à ce que l'inique loi de spoliation vînt brutalement jeter dehors maîtres et élèves en 1903.

Si à tous l'injustice fut amère et cruelle, combien ne le fut-elle pas pour le cœur si sensible du bon Frère ! Que de larmes il versa en voyant la dévastation de cette chère maison, surtout de cette modeste infirmerie où il avait passé de longues années au service des malades !

Le cœur meurtri, brisé, il prit le chemin de l'exil et vint à Pontós (Espagne), où il continua son œuvre de dévouement aux malades dans l'infirmerie du Noviciat.

Entre temps, en véritable enfant de l'Institut, il prêtait son concours dans la mesure du possible partout où c'était nécessaire. Mais deux graves indispositions dont il avait commencé à être incommodé à Aubenas même2 l'avertirent qu'il devait se modérer.

Il se concentra donc davantage dans la pensée de Dieu et de l'éternité, pour se tenir toujours prêt.

Auprès de ses confrères, sa droiture, sa simplicité et son désir du bien lui avaient acquis l'estime générale ; au besoin il en profitait sagement pour faire remarquer, même à l'autorité, ce qui laissait à désirer pour la bonne marche de la maison ; et telle était la déférence qu'on avait pour cet humble religieux, que ses avis et observations, d'ailleurs marqués au coin du bon sens, étaient toujours bien acceptés.

Sa patience fut soumise à une rude épreuve pendant des mois par la maladie d'enfance qui envahit parfois la vieillesse ; mais son dévouement ne se démentit pas ; le bon Frère y trouva une nouvelle occasion d'accroître ses mérites.

Cependant ses indispositions personnelles lui imposaient assez souvent des intervalles de repos complet ; il ne se trompait pas sur leur signification.

Pris d'une grande faiblesse vers la fin de novembre, il reçut les derniers sacrements dans de grands sentiments de piété ; et le 29 de ce même mois 1915 il s'endormait saintement dans le Seigneur, après 50 ans de vie religieuse. R. I. P.

 

† Frère GONZALES, profès des vœux perpétuels. – Frère Gonzalès, né Jean Corréard à Luc en Diois (Drôme) le 10 juin 1846, eut des Parents très chrétiens.

Jeune encore, il fut envoyé par eux comme pensionnaire chez nos frères de Die. C'est là que, sous la direction de ses nouveaux maîtres, sa piété se développa si heureusement qu'il sollicita son admission au noviciat de St. Paul-3-châteaux où il entra le 12 mars 1861.

Nous ne le suivrons pas dans ce sanctuaire de la prière où il dut bientôt se montrer le modèle de ses condisciples.

Dans les diverses maisons où il fut envoyé il a toujours été l'homme du devoir et du dévouement. Ce qu'on a toujours admiré en lui, c'est sa modestie, sa piété, son dévouement et sa gaieté, reflet de sa belle âme.

Sa modestie était connue de tous. Faisant son devoir sans bruit, il ne s'occupait des autres que pour leur rendre service. Cette humilité n'avait d'égale que sa piété. Quand il n'était pas pris par son emploi, on le voyait égrenant son chapelet ou prosterné devant le St. Sacrement, qu'il aimait à visiter souvent.

Il avait le culte de la sainte messe et de la communion, qu'il faisait chaque jour. Il refusait impitoyablement une promenade ou un voyage qui pouvaient l'exposer à manquer la messe ou la Communion. "Je ne puis me résoudre à manquer la messe, disait-il souvent, car on perd gros quand on s'en prive". Faut-il s'étonner qu'avec une piété si solide, frère Gonzalès ait eu de grande délicatesse de conscience qui le distinguait et le rendait si scrupuleux observateur de toutes ses obligations religieuses ?

La mort a été subite pour lui, mais non imprévue, car il s'y préparait chaque jour avec soin. C'est pourquoi il disait souvent avec son aimable sourire : "Je suis prêt, et lorsque le bon Dieu m'appellera, je lui répondrai : Présent, me voici". N'est-ce pas le cri du bon et fidèle serviteur, ou mieux de l'enfant qui se présente devant son père, pour recevoir la juste récompense d'une vie remplie de vertus, de travaux et de mérites ?

Que dirai-je de son dévouement ? L'éloge qu'on peut en faire est tout entier dans les regrets qu'il a laissés parmi eux qui l'ont connu. On ne laisse pas derrière soi de tels sentiments de reconnaissance quand on a rempli sa tâche avec négligence, mais seulement quand on y a donné toutes ses forces et sa vie comme l'a fait si généreusement notre bien regretté frère Gonzalès.

Que le bon Dieu nous fasse à tous la grâce de creuser comme lui un sillon large et profond dans le vaste champ du devoir et comme lui, quel que soit le genre de mort que le bon Dieu nous réserve, nous serons prêts à paraître devant notre Père du Ciel pour recevoir la récompense promise au serviteur fidèle. Qu'il soit permis au dernier supérieur que la Providence lui donna, d'ajouter à cet éloge le témoignage personnel de sa sympathie et de sa reconnaissance pour les soins dévoués qu'il n'a cessé de prodiguer à nos jeunes élèves ; il fut pour eux un maître excellent et un père plein de sollicitude aussi appliqué à former leur cœur que leur intelligence. Ayant passé sa vie avec les enfants les plus jeunes, il a gardé dans l'exercice de sa modeste fonction l'ardeur dévorante du novice, et par son commerce agréable, par l'attrait de sa piété et le charme de sa bonhomie, il a conquis l'estime et l'affection de tous ceux qui l'ont connu, confrères, parents et élèves. Que Dieu récompense tant de vertus et de mérites !  –  R. I. P.

 

† Frère PAUL-GABRIEL, profès des vœux temporaires. — Né Candide Chevelier, aux Chavannes (Savoie), d'une très chrétienne famille, le 4 septembre 1894, il fut reçu au Juvénat de San Maurizio Canavese (Italie) en 1906, et admis au noviciat de la même maison le 16 octobre 1909. Les détails nous manquent sur les années de sa jeunesse : mais le fait même de sa persévérance est une preuve de la satisfaction qu'il dut donner dès lors à ses maîtres, et des bonnes dispositions pour la vie religieuse qui se manifestaient en lui.

Après son année de noviciat et une autre de scolasticat, qu'il passa partie à San Maurizio et partie à Grugliasco, il fut envoyé par l'obéissance à Constantinople, où la Congrégation avait alors des écoles florissantes ; puis, ses études terminées, il fut transféré à Athènes (Grèce) pour y faire ses premiers essais de professorat ; mais c'est une voie où la guerre, hélas ! ne lui permit pas de marcher longtemps.

Il allait à peine avoir ses vingt ans lorsqu'il fut pris par la mobilisation générale et incorporé au 970ième Régiment d'lnfanterie, qui combattait alors dans l'Artois. Il s'y comporta bravement, au reste, et mérita plusieurs fois les félicitations de ses chefs pour sa conduite intrépide.

Le 26 août, il écrivait à un vénérable prêtre ami de sa famille : "Comme vous le savez probablement, je suis sur le front depuis bientôt 9 mois, c'est-à-dire depuis le 2 décembre dernier. Pendant ce temps, j'ai souvent vu la mort de bien près. Tout dernièrement encore, j'ai été blessé deux fois de suite à la tète. Je dois dire un grand merci à la Bonne Mère pour m'avoir si bien protégé. Vos bonnes prières y sont pour une bonne part, et je tiens à vous remercier de l'intérêt que vous m'avez toujours porté. Vous apprendrez, j'espère avec plaisir, que le 21 juillet dernier j'ai été cité à l'ordre du jour du Régiment dans la forme suivante : Le Lieutenant-Colonel commandant le Régiment, cite à l'ordre du jour le soldat Chevallier Candide, de la 15ieme compagnie, qui, malgré un violent bombardement, s'est porté spontanément au secours de ses camarades ensevelis dans une sape’’.

Mais toutes ses lettres témoignent que ses devoirs militaires, qu'il remplissait avec tant de bravoure et de conscience, ne lui faisaient point oublier ses devoirs de Religieux, dont la préoccupation se fait spontanément jour au-dessus de celles de la terre quelque pressantes ou sérieuses que soient celles-ci.

"Nous sommes en tranchées pour huit jours, disait-il à ses parents le 19 septembre. Au moment où je vous écris les 75 sont en train d'arroser les tranchées ennemies. C'est un vacarme perpétuel de jour et de nuit. Les affaires vont-elles se gâter ? Je n'en sais rien. C'est aujourd'hui l'anniversaire de l'apparition de la Vierge à la Saiette. Prions-la de nous protéger jusqu'à la fin de cette terrible guerre".

Et peu de jours après il ajoutait : "Nous voilà au repos,… mais pas pour longtemps… Vous comprenez que je ne puis pas tout vous dire. En tout cas, je vous prie de redoubler de ferveur dans vos prières, afin que le bon Dieu et N. D. de la Salette me continuent leur protection. Soyez sûrs, d'ailleurs, que je ferai mon devoir avec courage. Que peut-on craindre, quand on a la conscience pure ?"

Son devoir, il le faisait, en effet, vaillamment, deux jours plus tard, 25 septembre, lorsque, vers les 2 heures de l'après-midi, il fut blessé très grièvement au bas-ventre et au genou par un éclat d'obus. Il put encore se traîner au poste de secours, situé à 1.500 mètres ; mais il était épuisé, et il succomba le lendemain, 26 septembre, à l'ambulance, où il avait été transporté, après avoir reçu les premiers soins.

En attendant la résurrection, son corps repose en terre sainte, au cimetière de Combligneul (Pas-de-Calais), tandis que son âme, nous l'espérons, est allée recevoir du Seigneur la récompense de son sacrifice si généreusement et si chrétiennement accompli.  – R. I. P.

 

† Frère DAMlANO, profès des vœux perpétuels. – Le 6 janvier 1916, après quelques mois de maladie, est pieusement décédé dans notre maison de Pontós (Espagne) le bon Frère Damiano, un de ces modestes mais bien précieux serviteurs dont la Congrégation n'aura jamais assez.

Léon Divol, Frère Damiano, naquit à Beaulieu (Ardèche) le 30 avril 1855. Il était le plus jeune des enfants d'une famille nombreuse, laquelle s'est toujours fait remarquer par ses sentiments chrétiens et son inviolable attachement à la foi catholique. Ce qui le prouve bien, c'est qu'elle a donné cinq de ses membres à la religion, dont deux Frères Maristes et trois religieuses de St. Régis. Constatons, en outre, que les pieuses traditions de foi se conservent toujours intactes parmi les descendants de cette honorable famille. A l'exemple de leurs oncles et tantes, un neveu et deux nièces ont aussi embrassé la vie religieuse.

L'enfance de Léon Divol s'écoula paisiblement au sein de la famille. C'était l'enfant obéissant, timide, pieux et assidu à tous les exercices de l'église, où il se tenait toujours dans un profond recueillement.

Ses parents, trouvant qu'il faisait peu de progrès à l'école de son village, l'essayèrent quelques mois au pensionnat des Vans. Mais le jeune homme ne fut jamais l'ami des livres. Ce n'était pas là son attrait. L'étude lui donnait mal à la tête. On le retira donc pour l'employer aux travaux des champs ou au soin des animaux. C'était, en effet, mieux son affaire.

Cependant il ne fréquentait jamais les jeunes gens de son âge, montrait une grande docilité envers ses parents, aimait la prière et avait une grande dévotion envers la très sainte Vierge. On voyait qu'il n'était pas fait pour le monde. De fait, il songeait à le quitter, quand son frère Louis, qui l'avait précédé en religion, vint faire une visite de famille. Dès la première entrevue avec celui-ci, sa vocation fut décidée. Quelques jours après, Léon entrait au Noviciat de Labégude. C'était le 13 octobre 1872. Le 21 mai 1873, il prenait l'habit religieux, sous le nom de Frère Damiano.

Après le Noviciat, montrant toujours peu de dispositions pour l'étude et l'enseignement, le Frère Damiano fut successivement envoyé à Anduze, Joannas et Vernoux pour le soin du temporel.

Quand fut fondé le Juvénat de Labégude, en 1891, il fut attaché à cette maison pour s'y livrer à différents travaux manuels. Il devait y rester jusqu'à sa fermeture, en 1903. Alors, avec la Communauté, Frère Damiano vint à Pontós pour y remplir les mêmes fonctions qu'à Labégude.

Pendant une période de 24 ans, il a rendu de bien précieux services dans ces deux maisons, en se dévouant sans mesure à tout ce qui lui était confié.

Le cher Frère Sévérino, qui a été son Directeur pendant de longues années lui rend ce témoignage :

Ayant eu sous ma direction le bon Frère Damiano pendant douze ans à Labégude et durant six ans à Pontós, j'ai eu le temps de le connaître et de bien l'apprécier. Aussi suis-je heureux de pouvoir fournir quelques renseignements sur la con duite de ce saint Frère.

En France, comme en Espagne, il m'a donné partout et toujours pleine et entière satisfaction, soit comme religieux, soit comme enfant de la Congrégation.

 Ce Frère s'est particulièrement fait remarquer par sa piété, sa charité, son humilité, son obéissance et son dévouement.

1° sa piété. — Malgré ses multiples emplois, il assistait à tous les exercices de piété avec la Communauté. Sa tenue était exemplaire et il priait avec ferveur. Pour avoir une idée de la somme de travail qu'il faisait chaque jour, il est bon de savoir qu'il était chargé du soin des animaux, de l'entretien et de la propreté des lampes, avant l'installation de la lumière électrique ; du soin de la vaisselle, avec le concours des Juvénistes ; d'aider à l'exploitation de l'eau de la source St Joseph et de s'occuper à l'entretien du jardin, pendant ses courts instants libres. Ces divers emplois, il les remplissait avec un dévouement admirable et à la grande satisfaction de tous, se ménageant encore quelques instants pour faire chaque jour deux visites au St Sacrement et réciter son Rosaire en entier.

2° sa charité. — Quand on garde bien le silence dans une maison religieuse, chacun n'y songe qu'à l'affaire pour laquelle il est venu en religion, c'est-à-dire bien remplir son emploi et par là se sanctifier. C'est ce qu'a fait le Frère Damiano. Il gardait habituellement le silence et s'entretenait fréquemment avec Dieu. Inutile d'ajouter, après cela, qu'on ne l'a jamais entendu dire un seul mot contre aucun de ses confrères et qu'il professait le plus profond respect pour l'autorité.

3" son humilité. — Quel admirable exemple sous ce rapport ! Il se considérait comme le dernier de la Communauté, prenant pour lui, soit comme nourriture, soit comme vêtements, ce qu'il y avait de moindre dans la maison. Tout était bon pour lui, à son dire. Il était toujours content de tout.

4° son obéissance. — Il était toujours prêt à voler où l'obéissance réclamait de lui un pressant service. Jamais, jamais on ne lui a entendu dire un non. Jamais un mot de plainte ni de murmure ; mais il répondait toujours aimablement par un oui, ou par une de ces expressions : J'y vais tout de suite… J'irai des que j'aurai terminé ce travail… Vous pouvez compter sur moi… et il y volait plutôt qu'il n'y courrait.

5 son dévouement. — Il considérait la Congrégation comme sa famille et en prenait les intérêts comme les siens propres. Ainsi il était tout triste si la maladie venait visiter les animaux dont il avait le soin. Dès qu'il était un peu rassure sur le danger de les perdre, on le voyait reprendre son air joyeux. Il ne marchandait pas avec la peine et la fatigue pour se dévouer à ses divers emplois. On le voyait toujours aller au galop, ce qui porta un jour une voisine bien placée pour le voir manœuvrer, à me dire ces paroles : Mon cher Frère Directeur, vous avez là un Frère auquel le bon Dieu ne demandera pas compte de la perte de son temps. Il va toujours au galop.

Ce que Frère Damiano a fait à Labégude, il l'a continué à Pontós avec le même zèle, le même empressement et le même dévouement.

Aussi, tous ceux qui l'ont connu s'accordent-ils à dire que ce Frère ayant excellé en piété, simplicité, obéissance et dévouement, aura obtenu une belle récompense dans le Ciel. Nous en sommes bien convaincus, ayant fait de tous ses travaux, par la pureté de ses intentions et ses fréquentes oraisons jaculatoires, une prière continuelle.

Heureux les Frères employés au temporel qui, comme Frère Damiano, sauront mériter, par une conduite exemplaire, un si beau et si consolant témoignage !

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Nous avons appris également la mort des Frères Enrique Gennaro, Marie-Robert, Théogène, Marius-Antoine, Ceranus, Berillo, Mie Pamphile, Flore, Stylite, Anatolius, Anthony, Othon-Joseph, Gauthier, Arèse et Ferdinandus, et des postulants Sylvain Brossier et Fernand Champmartin. Nous les recommandons aux pieux suffrages des lecteurs du Bulletin, de même que le C. F. Floribert, Provincial d'Espagne, dont, au dernier moment un télégramme nous annonce le départ pour l'éternité. C'est un grand deuil pour la Congrégation qu'il aima de toute son âme et qu'il servit avec un dévouement sans réserve.
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1 Notre mère, dit un des frères du défunt, était vraiment une sainte… Je me souviens en particulier que souvent, dans la belle saison, tandis qu'elle allait à la campagne recueillir du fourrage pour les animaux de travail, elle nous menait avec elle, nous faisait observer combien les prés et les blés étaient beaux, combien Dieu était bon de les faire croître ainsi pour nous ; puis elle nous disait, en prenant son chapelet et en se le passant autour du cou : ‘’Nous allons prier pour que le bon Dieu nous conserve toutes ces récoltes’’.

2 Une hernie contractée en transportant seul, à bras, un grand élève… Les varices.

 

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