Nos défunts

26/Sep/2010

Frère PIERRE-EUGENE, Profès des vœux temporaires. — Frère Pierre-Eugène, dans le monde Joseph-Paul-Eugène Tremblay, naquit à La Doré d'une chrétienne famille de cultivateurs. Il se fit remarquer à la petite école par une mémoire facile qui lui valut de tenir les premiers rangs. Mais son tempérament énergique et primesautier, dans une constitution plus vigoureuse que résistante, lui rendit bientôt ennuyeuses ces longues heures de sujétion où ses membres s'engourdissaient au profit de son instruction. Volontiers il se chargeait d'entretenir la propreté des vitres afin de pouvoir plus à loisir contempler les vastes étendues des bois et des champs, où la libre action des muscles ne connaît d'autre restriction que la limite de leur puissance.

Apprenant que des garçons de son âge entraient parfois au couvent, il résolut de les imiter et de se faire Frère, ''afin — avouait-il plus tard — de n'avoir plus à aller à l'école''. Candide illusion du jeune âge, dont la grâce de Dieu ne dédaigne pas de se servir à l'occasion pour attirer les âmes, quitte à leur faire accepter plus tard de bon gré la gêne qu'elles voulaient fuir.

C'est ce qui arriva pour notre jeune Eugène Tremblay. Au juvénat et au noviciat, ce motif par trop terre à terre ne tarda pas à faire place à des aspirations plus élevées et plus généreuses. Il se rendit compte que si l'idéal de l'esclave est de pouvoir faire sa volonté, celui de l'homme vraiment libre est de l'immoler à quelque grand principe pour arriver à quelque grande fin. En conséquence, il prit sérieusement à tâche de réprimer les pétulantes impulsions de sa volonté capricieuse pour acquérir la maîtrise de lui-même, et dans cette voie il fit en peu de temps de remarquables progrès. A preuve la soumission toujours entière, si non toujours très prompte, à ce que demandait de lui l'obéissance, et l'admirable patience qu'il fit paraître à supporter les souffrances d'une longue et crucifiante maladie.

A Saint-Georges de Beauce et à Roberval, où, au sortir du scolasticat, il fut successivement employé comme professeur dans les petites classes, il réussit fort bien. Sachant combien il lui en avait coûté de se plier aux exigences du règlement scolaire, forcément méticuleux, il traitait ses petits élèves avec une bonté qui lui gagnait facilement leur affection ; et, comme il avait du savoir faire et du goût pour la décoration, il en profitait non seulement pour rendre le travail agréable à ses propres élèves ; mais il se prêtait volontiers pour aider ses confrères à en faire autant. Il donnait toutes les espérances de devoir être un jour un très bon éducateur, lorsqu'il fut pris d'une péritonite bientôt compliquée d'une congestion pulmonaire qu'aucun traitement ne put enrayer. Transporté le 8 septembre 1922 à l'hôpital de Roberval, il y rendit son âme à Dieu, le 15 octobre suivant, malgré tous les soins que purent lui prodiguer les bonnes Sœurs attachées à l'établissement et ses confrères, après avoir édifié par sa patience, sa foi, sa piété et sa résignation à la volonté de Dieu tous ceux qui l'approchaient.

Voyant en pleurs, autour de son lit, sa mère et ses jeunes sœurs qui étaient venus le voir : "Ne pleurez pas, leur dit-il ; ce n'est pas le cas. Chantez plutôt un cantique à la Sainte Vierge". Et les bonnes Sœurs entonnèrent le refrain populaire : Elle est ma mère… qu'il accompagnait de son mieux d'une voix entrecoupée, mais enthousiaste. Il se reposait aux couplets pour reprendre au refrain : Elle est ma mère…, disant une syllabe et étouffant l'autre. Il reconnut le Frère Directeur, qui arrivait en ce moment, puis ses yeux se voilèrent. Pendant qu'on récitait le Salve Regina, il s'éteignit doucement, sans secousse, emportant dans l'éternité, après avoir fait à Dieu le sacrifice de tous les biens périssables d'ici-bas, une âme purifiée par la souffrance, réconfortée par tous les secours de la religion, et conservant jusqu'au dernier instant la confiance joyeuse avec laquelle il avait servi Dieu chaque jour.  – R. I. P.

Frère LÉOPOLDUS, STABLE. – Rix Jean Pierre, en religion Frère Léopoldus, naquit à St. Martin-des-Olmes (P.-de-D.) le 30 septembre 1848, au sein d'une famille très chrétienne.

Il avait 16 ans, lorsqu'il se sentit appelé par Dieu à la vie religieuse ; fidèle aux divines avances, il entra au noviciat de St. Genis-Laval, le 2 août 1864, où, après cinq mois de postulat, il fut admis à la vêture le 2 février 1865.

Le 20 septembre 1868 il fit le vœu d'obéissance ; prononça ses vœux perpétuels le 15 septembre 1872, et fut admis au vœu de stabilité le 13 août 1910.

On pourrait dire que le bon Frère Léopoldus fut le type du vrai Frère de Marie ; car l'humilité, la simplicité et la modestie étaient bien ses trois vertus caractéristiques.

Son heureux caractère, qui le rendait toujours gai, toujours content, toujours aimable, lui avait vite acquis l'estime et la sympathie de tous ceux auprès desquels il vivait ; aussi, dans tous les postes où il a passé, a-t-il laissé le meilleur souvenir.

Fondateur et Directeur de l'école libre de Romenay (Saône-et-Loire) en 1897, il sut bien vite par sa bonté, ses bonnes manières et son zèle pour l'éducation des enfants, gagner l'estime et la confiance de la majeure partie de là population, si bien que dès la seconde année son école comptait déjà plus de 80 élèves.

Obligé, faute de ressources, de la fermer, après un an de sécularisation, il fut nommé, en 1905, Directeur du Pensionnat-Externat de Servant (P.de-D.).

Là, comme à Romenay et ailleurs, par ses qualités aimables, ses soins affectueux et dévoués pour ses élèves, il sut bientôt conquérir l'estime, la confiance et la sympathie des familles de Servant et des environs ; aussi au bout de quelques années avait-il la joie de voir sa maison pleine d'internes et d'externes. Ajoutons que chaque année les succès aux examens officiels et libres, venaient couronner brillamment le zèle et les efforts du Maitre ainsi que le dévouement inlassable de ses bon adjoints.

Travailleur infatigable autant qu'habile administrateur, Frère Léopoldus savait tirer parti de tout et ne laissait manquer de rien ; aussi, adjoints, parents et élèves, tous étaient contents et aimaient profondément un directeur si bon et si dévoué.

Il dirigeait depuis 17 ans sa chère école de Servant lorsque, vers la fin de juillet dernier, atteint d'une maladie de cœur, il se rendit à St. Genis-Laval pour essayer de se remettre. En effet, grâce aux bons soins qui lui furent prodigués pendant 2 mois, le cher malade se croyant guéri, voulut reprendre au commencement d'octobre dernier ses fonctions interrompues à. regret. Hélas ! il avait trop présumé de ses forces. Le 1ier novembre il retomba malade et, malgré les soins empressés des médecins et de son personnel, il mourut pieusement, le samedi 11 novembre, en prononçant ces belles et si confiantes paroles : "Adieu, mes chers Amis, je m'en vais dans la maison du bon Dieu !"

Dévot serviteur de la Bonne Mère, il avait souvent demandé à Dieu, par Marie, la grâce de mourir un samedi. La Reine du Ciel lui a obtenu la faveur demandée.

Toute la population de Servant, dans un profond recueillement, assistait à ses funérailles. En chaire, M. le Curé de Servant a résumé en quelques mots bien sentis la belle vie du Fr. Léopoldus : vie de travail, d'esprit intérieur, de dévouement et de piété.

Au cimetière, en présence de toute la population, Mr. Malleret, fils de Mr. le Maire, a fait également le plus bel éloge du très regretté défunt, qui, nous sommes en droit de l'espérer, aura reçu un accueil favorable auprès du Bon Maitre dont il soutint vaillamment la cause et au service duquel il s'efforça d'acheminer tant de jeunes âmes. –  R. I. P.

Frère MARIE-ALBANO, stable. – Nous avons déjà fait allusion plus haut à la malheureuse épidémie qui affligea dernièrement notre maison de San Maurizio, et signalé parmi ses victimes les plus dignes de regret le bon Frère Marie-Albano, recruteur des juvénats de la province de Saint-Genis-Laval. Sa vie si édifiante, son amour si intense pour l'Institut, son zèle si dévoué pour lui procurer des bonnes vocations : tout semblait concourir à rendre son existence ici-bas à la fois précieuse et chère ; mais la Providence avait d'autres desseins. Au lieu d'un vaillant et généreux collaborateur sur la terre, elle a préféré nous donner un intercesseur dans le ciel : non nostra sed sua voluntas fiat !

Le cher défunt était né en 1872 à Saint-Offenge-Dessous, Canton d'Aix les-Bains (Savoie), au sein d'une famille à la foi robuste et au mœurs patriarcales. Le père, Joseph Marie Ginet, était cultivateur, et sa vaillante et vertueuse compagne, Péronne Jouty, non contente de pourvoir au soins du ménage et des enfants, participait en outre courageusement aux divers travaux de la campagne ; tous deux, par dessus tout, étaient de fervents chrétiens.

De leur piété et de leurs vertus austères, Dieu les récompensa dès ici-bas en prenant à son service deux des leurs fils : un qui embrassa l'état ecclésiastique et qui est aujourd'hui membre distingué du clergé de Chambéry ; l'autre, qui répondait, dans la famille, au nom de Jean Marie, reçu au saint baptême et qui devint, dans notre Institut, le Frère Marie-Albano, objet de cette petite notice.

Pieux et sage dès ses plus jeunes années, fort assidu à l'école et Au catéchisme, où plus d'une fois il mérita d'être proposé pour modèle à ses condisciples, Jean Marie semble avoir donné de bonne heure des marques de vocation religieuse.

Au juvénat de Saint-Genis-Laval, où il entra vers l'âge de 14 ans, il donna pleine satisfaction ; ce qui lui valut, le 11 avril 1888, d'être admis au noviciat de la même maison. De ce qu'il fut dans ce foyer de formation religieuse, où présidait, déjà depuis longtemps, le vertueux Frère Abel secondé de très bons auxiliaires, nous n'avons malheureusement que peu de détails ; mais, qui a connu plus tard la piété solide, l'esprit de foi et de sacrifice, la parfaite régularité et la forte trempe religieuse du regretté défunt ne saurait douter qu'il nuit profité de ce saint temps avec tout le sérieux et toute la ferveur d'une âme qui veut être entièrement à Dieu et qui connaît le prix de la grâce.

Les jours, les semaines, les mois s'y écoulèrent vite, et bientôt commença pour lui, comme il est d'usage dans l'Institut, la période de la vie active. Pendant 14 ans (1889-1903), son temps se partagea entre le soin du temporel dans divers établissements, les études au scolasticat, le professorat dans les petites classes et enfin la direction de l'école libre de Denicé (Rhône), où pendant 5 ans il se fit grandement apprécier de M. le Curé, des familles catholiques et de ses élèves, qui ont gardé de lui un reconnaissant souvenir.

Mais de tristes jours s'étaient levés pour les écoles catholiques de France. C'était durant l'été de 1903, par centaines et centaines, elles tombaient sous les édits de M. Combes, comme les épis sous la faux du moissonneur ; ce fut le sort notamment des 592 qui se trouvaient alors sous la direction des Petits Frères de Marie, et celle de Denicé, qui était du nombre, eut le sort commun.

Frère Marie-Albano, obligé de céder devant la tempête, vint chercher un asile à San Maurizio Canavese, on s'étaient refugiés les débris de nos œuvres de formation de Saint Genis-Laval, et la Providence, qui se plaît à tirer le bien du mal, le conduisit par cette voie à sa véritable vocation, celle pour laquelle il semblait avoir été créé tout exprès : celle de recueillir, pour les enrôler dans la milice de la Très Sainte Vierge, les jeunes âmes apostoliques que le Bon Dieu y appelait.

Si la France officielle proscrivait alors les Frères, d'autres pays, comme l'Espagne, la Belgique, l'Italie, le Canada, la Chine, les Etats-Unis, l'Australie, l'Afrique du Sud, la Syrie et les nombreuses républiques de l'Amérique latine les avaient accueillis à bras ouverts, et en retour ils y avaient fondé des œuvres qui commençaient à devenir prospères. Mais comment les soutenir et les développer, alors que les œuvres de formation où s'alimentait leur personnel dirigeant avaient sombré dans la tourmente ? En attendant que les essais de recrutement local eussent donné leur fruit, le seul moyen pratique était de transformer en maisons de formation les maisons de refuge qui s'étaient constituées dans les pays limitrophes de la France ; et pour cela il fallait les peupler.

En ce qui regarde San Maurizio, ce fut le Frère Marie Albano qui, avec le Frère Pulchronius, de sympathique mémoire, se fit l'infatigable ouvrier de cette laborieuse tâche. Avec un zèle qui ne se laissait rebuter par aucun obstacle, il se mit à visiter les vallées des deux versants des Alpes, dans le Piémont et dans la Savoie, à la recherche des jeunes âmes disposées à se dévouer, dans la milice de Marie, au méritoire apostolat de l'éducation chrétienne, et la bénédiction de Dieu rendit souvent ses sueurs fructueuses.

Par don naturel ou par acquisition personnelle, il avait à un remarquable degré toutes les aptitudes spéciales que requiert cette délicate et pénible fonction : zèle persuasif, piété édifiante, sûreté de coup d'œil, rectitude de jugement, esprit d'initiative, de discernement et de décision, manières insinuantes… vues surnaturelles, confiance en Dieu et en la Sainte Vierge., saintes audaces, à l'occasion, sans préjudice de l'humble défiance de lui-même, et en général toutes les vertus qui font les apôtres, les "pécheurs d'âmes". Son air avenant et modeste lui ouvrait toutes les portes et tous les cœurs, parfois aussi des bourses charitables, de même que sa qualité de neveu et de frère de deux ecclésiastiques notables de Savoie1 lui facilitait l'accès de tous les presbytères. Nul n'y était plus connu, plus estimé et mieux accueilli que ‘’le bon Frère Ginet’’. Aussi son passage était prévu, sa visite attendue, et souvent même sa tache apostolique préparée .d'avance. Le clergé des paroisses, sans lequel jamais il n'entreprenait rien, se faisait une joie méritoire de faciliter son choix et de préparer sa pêche aux juvénistes dans les meilleures familles. Aussi, que de bons sujets le C. F. Marie-Albano n'a-t-il pas procurés à sa Congrégation, à l'Enseignement catholique !

Et qu'il était heureux chaque fois qu'il conduisait en un Juvénat quelques bonnes recrues, surtout si leur nombre correspondait un peu à ses pieuses ambitions l… Il ne se bornait pas à les introduire au bercail du Bon Pasteur, dans la pieuse milice de la Sainte Vierge. Il les suivait ensuite, s'informait d'eux, les encourageait, récompensait leurs progrès, leurs efforts, leur simple bonne volonté même.

Quelle fête pour eux quand il revenait les voir en compagnie de quelque nouveau condisciple !… Tous ses juvénistes l'entouraient à l'envi, et il leur donnait des nouvelles de leurs familles, de leurs paroisses, de leurs curés, de tout ce qui pouvait les intéresser. Il prenait en particulier les moins habitués, les plus timides, ou les plus jeunes, ou surtout les plus portés à l'ennui ; et son bon cœur savait toujours trouver le mot de circonstance pour encourager chacun et arranger toutes choses. Il n'était peine ni soin qu'il ne fut disposé à se donner quand il savait quelqu'un de ses anciens en proie à quelque danger ou à quelque tentation d'abandonner la bonne voie ! Lettres, visites, conseils, exhortations, arguments du cœur, de la raison et de la foi : tout était mis tour à tour contribution. Il fallait que son cœur triomphât, ou du moins n'eût rien à se reprocher dans la tristesse de son insuccès…2 ».

Dans les derniers mois de 1917 et les premiers de 1918, les nécessités de la guerre avaient mis de tels obstacles au passage des jeunes Français en Italie que la chose était devenue pratiquement impossible. C'était, pour le recrutement, une époque de morte-saison, et de ce fait le Frère Marie-Albano se trouvait plus ou moins disponible. Justement on avait due prendre le Frère Parfait, Directeur de la Maison Mère, pour une mission spéciale en Sardaigne, et ce lui fut un remplaçant tout désigné.

La charge, à ce moment surtout, était loin d'être une sinécure. On était en pleine période de restrictions alimentaires, et Dieu sait de combien de sollicitudes et d'industries il fallait user pour approvisionner une grande maison peuplée en bonne partie de jeunes gens à l'appétit robuste, sans parler des autres nécessités d'habillement, de chauffage, etc. Le Frère Marie-Albano vint à bout de tout, en même temps qu'il savait, par l'autorité de son exemple plus que par tout autre moyen assurer le règne à un haut degré de l'esprit religieux et de l'observance régulière.

Rendu, au mois de juin 1920, à ses chères fonctions de recruteur, il s'y lierait depuis deux ans avec un zèle infatigable et toujours plus expérimenté, lorsqu'un accident imprévu l'obligea de les interrompre. La maison de San Maurizio, comme nous avons dit plus haut, était affligée par l'épidémie ; bon nombre de juvénistes, postulants ou novices recrutés par lui se trouvaient atteints, et leurs maîtres, malgré tout leurs dévouement, avaient peine à suffire à la tâche de les soigner. Le Frère Albano, qui souffrait de les savoir dans cette situation, courut au premier appel leur prêter main forte, et leur rendit, en effet, de précieux services. Malheureusement, après avoir eu la consolation de voir presque tous les malades guéris ou en grande voie de guérison, il se sentit lui-même gravement fatigué ; et ni les soins habiles du Docteur ni les efforts dévoués de ses confrères ne purent parvenir à enrayer la marche progressive du mal. Il y succomba, le 11 janvier, muni de tous les secours de la Sainte Eglise, après avoir, tout le temps de sa maladie, édifié la Communauté par sa résignation et son acquiescement sans réserves à tout ce que Dieu voudrait de lui. A l'exemple du Bon Pasteur, il a donné sa vie pour ses brebis. Puisse-t-il du haut du ciel, leur obtenir de Dieu et de la Très Sainte Vierge la piété, le dévouement, l'esprit de zèle et la sainte persévérance.   –  R. I. P.

 

Frère EMMANUEL, profès des vœux perpétuels. – Né à S. Jean-Soleymieux en 1850, il s'éteignait doucement le 6 février 1923, après une longue maladie supportée avec une admirable résignation et une parfait soumission à la volonté de Dieu.

Pendant les 58 ans qu'il a passé parmi nous, il a eu presque constamment à remplir des emplois obscurs, la charge du temporel en particulier.

Il ne faut pas chercher dans son existence, des actions d'éclat ; sa vie a été plutôt une vie cachée en Dieu, toute de dévouement, n'attirant nullement les regards des hommes, mais infiniment méritoire pour l'éternité.

Vers la fin de sa vie, ayant le soin des poules, n'offrait un spectacle digne de figurer dans les Fioretti de S. François.

Lorsqu'il leur portait à manger, il avait un sifflet. Dès qu'il s'en servait, on voyait accourir les volatiles avec furie, et entourer le bon vieillard, en becquetant et en caquetant.

Combien se sont arrêtés, ravis d'étonnement et d'admiration devant ce tableau charmant dans sa simplicité.

Nos lecteurs se feront un pieux devoir de le comprendre dans leurs suffrages pour les défunts. – R. I. P.

 

Frère ASTE, profès des vœux perpétuels. – Frère Aste, Charles Koehren, naquit en Alsace, de parents fervents chrétiens qui furent heureux de le voir à quinze ans leur demander d'entrer au noviciat d'Arlon en septembre 1891. Il y prit le saint habit le 4 septembre 1892. Il fut depuis le représentant de ces Petits Frères de Marie qui, passant leur vie dans les emplois les plus humbles, s'y sanctifient et y font le bien à petit bruit.

Dans les derniers jours que la petite Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus, passa sur cette terre, la sœur cuisinière dit à une autre : "Sœur Thérèse va mourir ; je ne sais ce que notre Mère prieure pourra bien dire à son sujet pour l'édification de la Communauté ; c'est une bonne petite religieuse, mais elle n'a rien fait de bien spécial". Ne rien faire d'extraordinaire, se contenter de jeter à Jésus les fleurs des petits sacrifices acceptés par amour, dans le fidèle accomplissement de ses devoirs obscurs, c'était précisément la méthode de Sœur Thérèse ; c'était la petite voie qu'elle voulait enseigner aux petites âmes et qui l'a conduite elle-même aux honneurs des autels.

Dans un cadre et dans des proportions plus modestes, le Frère Aste est aussi un modèle de fidélité au devoir quotidien ; il a excellemment pratiqué les petites vertus tant recommandées par le V. Fondateur.

Chargé du temporel, successivement à Flines-les-Raches, à Oisemont, et Lille, il est ensuite élève-maître, pendant un an, au Scolasticat de Beaucamps ; puis il commence ses fonctions de surveillant qu'il exercera le reste de sa vie. D'abord chargé d'une division dans nos Pensionnats de France jusqu'en 1903, il est, au moment des expulsions, nommé à l'Institut S. Marie, à Arlon, Belgique. Partout, toujours, sans trêve, sans repos, il fut l'homme dévoué à son emploi, se chargeant par surcroît de ces mille petits riens qui débordent le cadre précis des emplois particuliers, et que l'on ne peut cependant négliger sans que tout grince dans la marche générale d'un pensionnat. Outre la discipline et la surveillance dans sa division, il se charge de soins hygiéniques à donner à tous les élèves, de l'ordre et de la propreté dans les dortoirs, les cours et les études ; tout est de son ressort par dévouement. Heureux de soulager ses confrères, de rendre service a tous, il cherchait le travail au lieu de le fuir. Il prodiguait aux élèves les soins les plus attentifs, les plus paternels. Enfin, comme le Bon Pasteur, il donna littéralement sa vie pour ses brebis, non seulement par un dévouement ininterrompu de 23 ans, mais, soignant un enfant atteint d'une maladie contagieuse, il contracta lui-même le mal et fut emporté en quelques jours, couronnant ainsi sa vie par l'acte suprême de la charité : "Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'il aime". (Jean, XV, 13,),

Le Frère Directeur, la communauté, les élèves comprirent la perte qu'ils venaient de faire comme en témoigne le grand émoi qu'occasionna cette mort prématurée. C'est qu'un bon surveillant est un rouage extrêmement précieux dans un pensionnat, pour l'ordre, la discipline, l'entrain, les jeux, les études, la moralité et le bon esprit ; et que les bons surveillants sont peut-être plus difficiles à trouver que les bons professeurs. Ce Frère mérite une place de choix dans le Livre d'Or du Dévouement dont le T. R. F. Stratonique a parlé maintes fois dans ses Circulaires. Espérons que le Bon Dieu lui a donné déjà une place de choix, au Paradis, dans la troupe des martyrs du devoir religieux 'et professionnel.  – R. I. P.

 

Frère MARIE-LANDOLF, profès des vœux perpétuels. – Gustave Meezemacker, qui devait être un jour Frère Marie Landolf, naquit dans la Flandre Française, le 10 février 1857. Entré au Noviciat de Beaucamps à 21 ans, il fut, après sa probation, employé dans cette maison pendant vingt ans, en même temps que son Frère, le saint Frère Ludvin, qu'il tâchait de suivre dans le chemin de la perfection. Les Juvénistes et les Novices contemplaient avec vénération le F. Ludvin, parcourant les stations du chemin de la croix, ou revenant de la Sainte Table ; il leur semblait qu'une auréole de sainteté entourait sa figure osseuse, émaciée, rappelant celle du Saint Curé d'Ars. Le F. Marie Landolf, lui, les émerveillait par sa force herculéenne. Ils jetaient volontiers un coup d'œil à la cuisine, dans l'espoir de le voir manier avec aisance et le plus simplement du monde, d'énormes ustensiles de cuisine que d'autres ne pouvaient même soulever en y mettant toutes leurs forces des deux mains.

Nommé, plus tard, cuisinier au Pensionnat de Pont-Sainte Maxence, il dut à cette force prodigieuse d'échapper à une mort tragique. On avait élevé un jeune cerf, qui, pendant plusieurs années, resta charmant, très doux et familier, suivant les jeunes élèves en promenade, bondissant auprès d'eux comme un petit agneau. Un jour, cependant, rompant brusquement avec ses habitudes pacifiques, il se précipita tête baissée et avec fureur sur le F. Marie Landolf. Celui-ci le saisit par les cornes et le tint ainsi pendant longtemps jusqu'à ce que, accouru à son appel, on ait eu le temps d'aller chercher un fusil et d'abattre son terrible adversaire. Quelques minutes encore, et ses forces l'abandonnaient. Tout autre que lui eût été éventré. Il vécut encore plus de vingt ans ; fut cuisinier à Grove-Ferry (Angleterre) de 1903 à 1917 ; puis il vint prendre sa retraite à St-Genis où il est mort, le 1ier mars dernier à l'âge de 66 ans, rendant jusqu'au bout les services compatibles avec son état.

Fr. Marie-Landolf était pieux, régulier, courageux, charitable. Il. était heureux de faire plaisir à ses confrères et aux élèves. Les jours de Fête, il excellait à confectionner des desserts et de pâtisseries de choix. Il s'était procuré des moules qui lui permettaient de faire d'admirables pièces montées. La communauté de Paris étant une fois allé passer ses vacances de Pâques à Pont-Ste-Maxence eut l'occasion d'apprécier son talent, et conserva longtemps le souvenir d'un "Agneau pascal" de toute beauté qui surmontait une artistique et monumentale pièce de pâtisserie.

Malheureusement, l'ordinaire des Frères et des pensionnaires n'était pas toujours proportionné à son talent. La routine amenait parfois un peu de négligence sans qu'il y mit de mauvaise volonté. Ah ! quelle influence les Frères chargés du temporel dans un pensionnat exercent à leur insu pour la bonne renommée de l'établissement ! Combien grande est leur responsabilité dans le bon esprit ou le malaise, même dans nos communautés où il n'y a pas d'élèves pensionnaires. Aussi les Règles communes leur prescrivent-elles "d'être pleins de charité pour les Frères, de les servir avec joie et respect dans la vue que c'est à Jésus-Christ même qu'ils rendent service dans la personne de leurs Frères". Ceux qui se conduisent d'après ces principes exercent un véritable apostolat et mériteront d'entendre un jour notre divin Sauveur leur dire "Venez les Bénis de mon Père ; vous m'avez donné à manger quand j'avais faim ; vous m'avez donné à boire quand j'avais soif, car tout ce que vous avez fait au moindre des miens, c'est à moi-même que vous l'avez fait. Venez recevoir la récompense que je vous ai préparée". Nous espérons que le Fr. Marie-Landolf, qui fut un véritable enfant de l’Institut et qui se dépensa au service de ses Frères pendant quarante-six ans, a entendu cette parole du Juge miséricordieux et qu'il jouit de cette récompense qui paie au centuple tous les sacrifices.  – R. I P.

 

Frère GABRIEL-LUIZ, naquit dans le Rio Grande do Sul, le 28 août 1898, d'une famille allemande établie au Brésil et demeurée très fidèle à la religion catholique, comme la plupart de ces émigrés allemands qui forment clans l'Etat du Rio Grande des colonies laborieuses et prospères.

Entré a 13 ans au Juvénat de Villa Garibaldi, il fit ensuite son Noviciat à Bom-Principio où ses qualités le firent remarquer.

D'abord professeur au Juvénat, alors transporté à Bom-Principio, il enseigna ensuite à Uruguayana à Tupaceretan et au Gymnase de Santa Maria où il se forma et acquit de l'expérience, tandis que se développaient sa piété et sa vertu, si bien qu'en janvier dernier, bien que n'ayant que 25 ans, il fut donné comme aide au C. F. Maître des Novices. Il n'eut pas le temps de donner sa mesure dans cet emploi important. Au commencement de mars, il fut atteint du typhus et après trois semaines de maladie, pendant lesquelles il fit l'édification de tous, il vient de rendre sa belle âme à Dieu, choisissant bien son jour. Il est mort, en effet, le 24 mars, Fête de N.D. des Sept Douleurs et de St. Gabriel, son saint patron. Comme il voulait être enterré à l'Institut Champagnat, Maison provinciale, il a attendu que l'on ait obtenu l'autorisation d'y établir un cimetière pour la communauté. Cette autorisation officielle est arrivée le vendredi à midi et le bon petit Frère s'éteignait doucement le même jour à neuf heures du soir.

Le bon Dieu accorde parfois ces petites satisfactions à ses amis comme prélude et gage des amabilités et délicatesses infinies qu'il aura pour eux dans le paradis. Il veut ainsi nous encourager à marcher dans la voie de l'enfance spirituelle, de la confiance simple et filiale dans tous nos rapports avec Dieu notre Père. Nous souhaitons à la province du Brésil Sud beaucoup de vocations comme celle du Frère Gabriel Luiz. — R. I. P.
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N.B. — Nous avons en outre appris la mort, depuis l'apparition du dernier numéro du Bulletin, des Frères Serdonien, Onias, Maurice, Mares, Béani, Victor-Anselme, Joseph-Léonide, Jean de Dieu, Jorge-Camilo, Cirilo-Daniel, Bernardus, Jean-Antoine, Ignace de Loyola, Nicéphorus, Guérinus, Odulphe, Orientius et du juvéniste Jac Florentin.

Nous les recommandons aux pieux suffrages de nos lecteurs.

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1 Mr. le chanoine Jouty, Curé Doyen de Rumilly, et Mr. l'abbé Ginet, Curé-Archiprêtre de Novalaise. Tous deux, par les services qu'ils qui ont rendus, se sont acquis des droits à la grande reconnaissance de la Congrégation.

2 Du Petit juvéniste, N. 10, p. 320,

 

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