Nos défunts

30/Sep/2010

Frère PTOLÉMÉE, stable. – Né Louis Lunel, à Gravières (Ardèche), le 10 février 184-2, au sein d'une de ces familles patriarcales qui conservent toujours avec un soin jaloux le trésor de la foi et des traditions chrétiennes, il fut admis, à l'âge de 18 ans, au noviciat de Saint Paul-3-Châteaux, où, postulant et novice, il se fit bientôt remarquer par la droiture de son jugement et la candide mais sincère piété de son cœur.

Le 8 décembre 1860, il reçut, avec le saint habit le nom de Frère Ptolémée, qu'il a rendu populaire dans tous les pays où l'a placé l'obéissance. D'une jovialité de bon aloi, qu'il savait, à l'occasion, assaisonner d'une pointe d'innocente malice, il fut partout, sans détriment pour la charité, l'égayeur de son entourage. Il avait le secret d'attirer les cœurs, parce qu'il savait merveilleusement s'oublier lui-même. On est dit qu'il avait pour maxime : se donner, se donner encore, se donner toujours.

Il serait édifiant de le suivre, en France, dans les divers établissements où pendant une dizaine d'années, il se dévoua dans les modestes fonctions de chargé du temporel : Les Aygalades, Fontvieille, Saint-Louis, Saint-Loup, Joncquières-St-Vincent.

Il faisait depuis quatre ans, dans ce dernier poste, la classe aux tout-petits, lorsqu'il entendit l'appel divin pour les pays de missions ; et, sans égard pour les liens qui le retenaient dans la mère-patrie, il se détermina à le suivre généreusement et sans conditions, se mettant tout entier à la disposition de l'obéissance.

Après quelques mois de séjour à Londres, dans notre Ecole Sainte-Anne, pour se familiariser un peu avec la langue anglaise, il s'embarquait, le 4 mars 1879, pour l'Afrique du. Sud en compagnie du C. Frère Procope et de deux confrères ; et le 20 avril suivant, il allait fonder, sous la direction du Frère Nectaire, le poste de Port-Elizabeth.

Longtemps cuisinier dans cette maison et celle du Cap, il y rendit de précieux services aux deux communautés, en même temps qu'il y fut un ferment de bonne humeur, de régularité, d'esprit religieux et de piété fervente.

Plus tard, jardinier à Cala et à Uitenhage, il apporta dans l'accomplissement de cette fonction non seulement une compétence remarquable, mais un soin, une vigilance et un dévouement tels qu'on a peine à trouver des expressions assez élogieuses pour les qualifier dignement.

Mais ce qui aura sans doute contribué le plus à rendre sa mémoire chère à tous ceux qui ont eu l'avantage de le fréquenter d'un peu près, c'est d'une part son admirable esprit de famille qui lui faisait unir sans cesse, dans ses préoccupations, le souci du bonheur particulier de chacun de ses confrères à celui du bien général de l'Institut ; et d'autre part, le parfum d'édification qui résultait de son exemplaire fidélité à tous ses exercices religieux.

Rester au lit, le matin, après l'heure réglementaire, était pour lui chose inconnue, même quand il avait passé une bonne partie de la nuit à diriger dans son jardin les eaux d'irrigation de la ville. Jusqu'aux derniers jours de sa longue vie, personne ne se souvient d'avoir vu sa place vide à l'heure du Salve Regina.

Entraîné par l'usage local, il avait pris et garda pendant assez longtemps l'habitude de fumer journellement quelques pipes ; mais dès qu'il sut la prohibition portée par le Chapitre Général contre cette pratique, il y renonça résolument et rien ne fut capable de l'y faire revenir.

Sa grande croix, pendant les dix dernières années de sa vie, fut la menace d'une cécité complète ; car, malgré trois opérations successives la cataracte l'avait privé totalement d'un œil et affaibli considérablement la puissance visuelle de l'autre ; mais cette appréhension ne fut capable de troubler ni sa résignation à la volonté de Dieu ni la jovialité de son caractère.. Bien que disparu depuis un an déjà, son souvenir et ses exemples demeurent en bénédiction dans la Province. —  R. I. P.

 

Frère VALÉRlANUS, stable. — Frère Valérianus (Marius Girard) naquit, le 16 décembre 1855, d'une très chrétienne famille, à Sainte-Cécile-les-Vignes, alors joli bourg de 2.500 âmes, dans le département de Vaucluse.

A peine arrivé à l'âge réglementaire, il commença à fréquenter l'école que nos Frères venaient d'ouvrir dans le pays, et y eut pour premier professeur le bon Frère Diégo, dont 63 ans plus tard, il devait consoler les derniers moments et recueillir le dernier soupir.

En 1871, le Frère Jules, qui venait de prendre la direction de l'établissement, n'eut pas de peine à remarquer parmi ses plus grands élèves le jeune Marius Girard, alors âgé de 15 ans et qui cherchait à s'orienter vers une carrière. Trouvant en lui un grand fonds de piété, un cœur généreux et droit, avec de bonnes dispositions pour l'étude : "Ne vous plairait-il pas lui demanda-t-il un jour, d'être Petit Frère de Marie, d'apprendre aux enfants le chemin du ciel avec les éléments de la science humaine ?…" Et cette question fit d'autant plus impression sur l'esprit du jeune homme qu'elle correspondait à d'autres questions analogues que lui avait faites plusieurs fois une de ses tantes, religieuse du Saint-Sacrement à Avignon.

Il réfléchit, reparla de la chose au Frère Directeur, et la conclusion fut qu'il irait demander son admission au noviciat de Saint Paul-3-Châteaux, Il y fut conduit par le Frère Directeur le lendemain de la Noël ; et à partir de ce moment il s'établit entre les deux un double rapport de paternité et de filiation spirituelle, que la mort du premier, en 1903, a pu seule interrompre.

Il prit le saint habit le 26 mai suivant, et au mois de décembre de la même année il fut envoyé à Sommières (Gard) où il demeura pendant trente ans consécutifs, en passant par tous les grades, depuis celui de cuisinier jusqu'à celui de Directeur et même par celui de titulaire légal. Il eut à subir pendant ce long temps des contrariétés de plus d'un genre ; mais son zèle industrieux sut triompher de toutes les difficultés ; de la ville et des environs, les élèves ne cessèrent pas d'affluer à l'école des Frères ; et bien que formant dans le pays deux partis bien tranchés, protestants et catholiques étaient d'accord pour avoir le Frère Valérianus en grande estime, et le tenir pour un saint religieux en même temps que pour un éducateur éminent.

Mais la tempête qui grondait déjà à l'horizon depuis plusieurs années contre les congrégations religieuses, éclata violemment en 1903, et l'école de Sommières fut emportée comme tant d'autres. Frère Valérianes, comme tous les autres religieux enseignants, n'avait le choix qu'entre la sécularisation et l'exil. Il n'hésita pas. Plutôt que de devoir se séparer de son habit religieux, il serait allé jusqu'au bout du monde, comme ne craignirent pas de faire en effet nombre de ses confrères ; mais là-dessus, c'était l'obéissance, qui devait décider et il en attendit les dispositions.

Elle lui assigna, au moins provisoirement, la catholique Espagne, où notre œuvre avait heureusement pris pied depuis une quinzaine d'années et demandait des ouvriers formés pour pouvoir s'étendre.

Frère Valérianus, à son appel, se rendit d'abord à la maison provinciale de San Andrés de Palomar, dans la banlieue de Barcelone ; et quelques semaines plus tard (juillet 1903) il était nommé Directeur du Collège de l'immaculée Conception, situé rue Lauria, 38, dans la grande capitale catalane.

L'acceptation fut de sa part un vrai acte de courage. L'œuvre était encore à ses tout premiers débuts, avec 60 élèves d'enseignement primaire, une douzaine d'enseignement secondaire et six qui suivaient les cours d'études industrielles ; et le local, réduit à un seul étage de la maison était d'une piteuse exigüité : un corridor servait de salle de classe, dans une chambre de 9 mètres carrés étaient installés 3 lits, la même chaise servait pour l'oratoire, la salle d'étude et le réfectoire, et tout le reste était à l'avenant. Ajoutons que le Frère Valérianus ne savait pas un mot d'espagnol et que plusieurs des collaborateurs qui lui avaient été donnés se trouvaient à peu près dans le même cas.

Mais l'entrain et la belle humeur du Frère Directeur faisaient oublier toutes ces indigences. Il savait se multiplier pour suffire à tout, visitant souvent les classes, encourageant les élèves, particulièrement les petits, pour lesquels il avait une sollicitude vraiment paternelle, et rendant compte aux parents qui se présentaient au parloir ; de sorte que, dans un cadre de si peu favorables conditions, tout allait beaucoup moins mat qu'on n'eût pu croire. Tout, même, ne tarda pas d'aller très bien.

Graduellement, sous sa vigoureuse impulsion, le Collège grandit, toutes les sections se développèrent ; l'un après l'autre, tous les étages furent "conquis" , et, à sa grande satisfaction, on put aménager une petite salle en chapelle, avec résidence permanente de Notre-Seigneur.

Puis vinrent les fondations de la rue Trafalgar, de Sala Olegario, de San Pedro, auxquelles il prit une large part, et bientôt l'école paroissiale de la Conception. Il s'intéressait beaucoup à leur bonne marche ; les visitait souvent et avait coutume de les désigner, non sans une pointe de paternelle fierté, sous l'appellation de ''nos succursales''.

Frère Valérianus avait à un très haut degré l'esprit de famille, et il excellait à l'entretenir au sein de sa Communauté. Plein d'attentions pour ses Frères, il aimait à profiter de toutes les occasions pour leur faire plaisir, et, sans le chercher, il y mettait tant de délicatesse, de bonne grâce et d'à propos qu'il ne manquait jamais son but. La bonne manière consistait souvent en peu de chose, parfois en un rien ; mais, venant du cœur, elle allait toujours au cœur. Revenait-il, par exemple d'un voyage en France ? Il n'avait jamais oublié de trouver place, dans un petit coin de sa valise, pour quelques boîtes des fameux berlingots de Carpentras, qu'au bon moment il faisait circuler à la ronde en les accompagnant d'un mot aimable, et tout le monde était content ; ou bien, à l'occasion d'une fête, de la visite d'un confrère, de quelque anniversaire familial, il invitait avec un charme toujours nouveau à ''prendre une larme'' de quelque chose de bon, que dans le temps il avait reçu en hommage, et c'était toute une volée de joyeux souvenirs qui accouraient pour égayer la conversation.

En dépit du rude travail, de l'exigüité du local et d'autres incommodités auxquelles on était assujetti, on vivait donc heureux, en somme, au Collège de l'immaculée Conception. Mais il y avait six ans sonnés que Frère Valérianus en était Directeur, et une loi nouvelle, que le Saint-Siège avait introduite dans nos Constitutions récemment approuvées, prohibait de laisser les Supérieurs locaux dans leur charge au delà d'une double période de trois années. Il fallait y obtempérer.

A la fin de l'année scolaire 1908-1909, le Frère Valérianus, à son grand regret comme à celui de la communauté, dut donc à la voix de l'obéissance, laisser la direction de la maison pour se mettre pendant quatre ans à la tète de l'Administration de la Procure provinciale, charge dont il s'acquitta d'ailleurs avec autant de dévouement que de succès.

En 19I3, il fut nommé Directeur de la maison d'Avellanas, où depuis trois ans se trouvaient le noviciat et le scolasticat de la Province. C'était un ancien monastère, qui à plus d'un point de vue offre des conditions excellentes pour une maison de formation ; mais, à cette époque, inhabité comme il avait été depuis dix ou douze ans, encore à peine sommairement restauré, isolé de tout centre important par la difficulté des communications, dénué des doux souvenirs d'enfance que rappellent ordinairement les maisons provinciales à ceux dont elles ont abrité la formation religieuse, il n'avait pour bon nombre de Frères qu'un assez médiocre attrait.

Le premier soin du Frère Valérianus, en y arrivant, fut de s'appliquer à le leur rendre sympathique, non seulement par l'accueil vraiment fraternel qu'y trouveraient tous ceux qui y viendraient soit pour se rétablir de leurs fatigues, pour y faire leur retraite ou pour tout autre motif ; mais en en rendant l'aspect attirant, agréable, confortable même dans la mesure du possible. Et Dieu sait combien, dans ce but, il répandit de sueurs !

Mais ce ne fut pas en vain. Sous sa main diligente, bien secondée par celle de bons collaborateurs, la vieille solitude se prit à refleurir. Elle fut défrichée, rajeunie, rafraîchie, égayée. S'il n'y resta pas assez longtemps pour n'y laisser rien à faire, il pouvait dire légitimement en I916 : "Si, comme c'est probable, les fêtes du centenaire se passent ici, j'aime à croire que les Frères qui n'ont entendu parler qu'en mal de notre Hermitage en auront, après l'avoir vu, une meilleure opinion".

Transféré, en 19I8, à la direction de la maison provinciale de Saint Paul-3-Châteaux, à Vintimille (Italie), il renouvela pendant six ans, dans un cadre un peu différent, niais qui ne laissait pas de présenter de nombreuses analogies, ce qu'il venait de faire à Avellanas. Tout en s'appliquant à améliorer, dans la mesure où le permettaient ses ressources, les conditions matérielles de l'immeuble, il s'efforça de faire régner au sein de la communauté la ferveur, la régularité, la sainte joie, l'esprit de dévouement, et recueillit en retour l'estime, la confiance et l'affection générales. Il put facilement s'en apercevoir, le 26 décembre 1921, à l'occasion de ses Noces d'Or religieuses, en voyant l'empressement et l'esprit filial avec lequel toutes les sections de la maison s'unirent dans un même élan de cœur pour le féliciter, le remercier et lui dire : ad multos annos !

Et ce n'était pas seulement au sein de la Communauté qu'il était ainsi environné de sympathies, mais encore à l'extérieur, parmi les membres du Clergé, auprès des Autorités civiles, au Consulat de France etc. Les lecteurs du Bulletin, n'ont peut-être pas oublié que Mr le Consul de France tint à s'associer à la fête en obtenant, pour le Jubilaire, les palmes d'Officier d'Académie.

Frère Valérianus fut vivement touché de ces manifestations où le cœur faisait tout ; aussi n'eût-il pas mieux souhaité que de demeurer longtemps dans un milieu si bien fait pour le comprendre ; mais des six ans fatidiques, trois étaient déjà écoulés et les trois autres allaient passer vite ! En 1924, leur terme était déjà là, et il lui fallait quitter Vintimille pour la maison de retraite de Saint Paul-3-Châteaux, dont l'obéissance lui confiait la direction.

Il y fut d'ailleurs accueilli à bras ouverts. Les bons Anciens qui se trouvaient là le connaissaient tous de longue date, et il les connaissait tous, lui aussi ; de sorte que, de part et d'autre, on fut à l'aise dès le premier jour. Parmi ces braves vétérans, qui regardaient comme une bénédiction du ciel son arrivée au milieux d'eux, se trouvait entre autres le vénérable Frère Diégo, qui à Sainte Cécile, 63 ans auparavant, lui avait appris à faire le signe de la croix, à balbutier les premières lettres de l'alphabet, et qui peu de mois plus tard allait mourir saintement entre ses bras, à l'âge de 89 ans.

Plein d'attentions et de sollicitude pour tous, Frère Valérianus, en effet, avait des soins tout spéciaux pour ceux qui touchaient à leurs derniers moments et sa foi, jointe à la religieuse affection qu'il avait pour eux, lui suggéraient mille pieuses industries pour les aider à franchir dans de saintes dispositions ce suprême passage du temps à l'éternité.

Sous tous rapports, il était donc bien l'homme qu'il fallait à la tète de cette méritante Communauté et on espérait qu'il pourrait y rester longtemps, car sans être bien robuste il paraissait encore relativement solide, lorsqu'une courte mais douloureuse maladie l'en enleva inopinément. Une opération ayant été jugée nécessaire, il fut transporté à l'Hôpital Saint Joseph, à Lyon. Tout semblait aller pour le mieux, lorsque le 10 mai, à 4 heures du matin, il se trouva subitement très mal. Un prêtre, voisin de sa chambre, appelé en toute hâte, lui donna l'absolution ; et, à peine achevait-il de lui administrer le sacrement de l'Extrême-Onction, que le cher malade exhalait son dernier soupir.

Tout fait espérer que la Très Sainte Vierge, pour laquelle il eut toute sa vie une si filiale dévotion, lui aura obtenu de Notre Seigneur une belle place dans le ciel parmi les plus fidèles disciples du Vénérable Fondateur.

Par les soins de sa famille, sa dépouille mortelle fut ramenée à Saint Paul, où elle repose dans le cimetière de la Communauté, au milieu de tant de vertueux confrères qui y dorment aussi leur dernier sommeil en attendant la résurrection générale.  –  R.I.P.

 

Frère HONORATUS, stable. — Les "Echos de Famille" de la province mariste d'Argentine, dans leur N° du mois d'août dernier, portaient l'annonce suivante ; "Le samedi 26 juin, à 6 heures du soir, mourut, paisiblement comme meurent les saints, le bon Frère Honoratus, frappé, trois jours auparavant, d'une attaque d'hémiplégie, au moment on il préludait, au Collège N. D. de Luján, à une leçon qu'il allait donner à ses élèves."

C'était une belle et sympathique figure de Petit Frère de Marie qui s'effaçait subitement de la scène de ce monde, après y avoir été pendant 61 ans un grand sujet d'édification et l'instrument d'un bien considérable parmi la jeunesse.

Né Joseph Emile Lafaurie, le 8 février 1853, au petit bourg de Marsanne (Drôme), à l'ombre du vénéré sanctuaire de Notre-Dame de Frénaud ou des Fresnes, il fréquenta, fort jeune encore, l'école chrétienne que les libéralités réunies de Mr. de Montluisant et de la Commune venaient de créer dans la localité, sous la direction des Petits Frères de Marie.

Il n'avait que 13 ans lorsqu'il fut admis au noviciat de Saint Paul-3-Châteaux, en 1865 ; c'est pourquoi, à cause de sa trop grande jeunesse, son postulat se prolongea beaucoup au delà des limites ordinaires. Ce ne fut que le 8 février 1867 qu'il reçut avec le saint habit le nom de Frère Honoratus.

Son Noviciat terminé, au mois de septembre 1868, il fut envoyé à Garons comme chargé des soins du temporel. Il y demeura deux ans, après lesquels il fut chargé d'une classe successivement dans les écoles communales des Aygalades, Lambesc, Garons, Saint-Trophime et Montpeyroux, placées alors sous la direction de l'lnstitut.

Au mois de septembre 1878, le Collège ecclésiastique de Sommières, qui, pendant des années avait pâti de la concurrence bien involontaire que lui faisait l'école communale, dirigée par nos Frères, avait pris le parti d'appeler une communauté de ceux-ci pour diriger ses trois classes d'enseignement primaire. Frère Honoratus fut choisi comme Directeur, avec, pour seconds, Frère Angélique et Frère Hélion et, à peine Mr. le Supérieur les avait-il vus pendant un mois à l'œuvre, qu'il écrivait au Frère Assistant (alors Frère Nestor) : "J'ai un devoir à remplir envers vous, et je ne veux pas tarder davantage à m'en acquitter. C'est de vous remercier des trois Frères que vous m'avez donnés. Frère Hélion gouverne merveilleusement sa petite classe ; Frère Angélique conduit la sienne en homme aussi habile que dévoué. Quant au Frère Honoratus, on ne m'a rien dit de trop lorsqu'on m'a assuré que je trouverais en lui un trésor." A la fin de l'année, il ajoutait : "J'attendais beaucoup d'eux et ils ont parfaitement réalisé toutes mes espérances''.

Seulement, ceux qui ont connu Frère Honoratus savent qu'il n'était nullement avare de sa parole et qu'il ne songeait guère à ménager son gosier. Dès les débuts de l'année suivante, il était pris d'une extinction de voix et obligé de venir passer plusieurs mois à l'infirmerie de la maison provinciale sans parvenir à se remettre assez pour pouvoir reprendre sa classe. En attendant, le Frère Assistant l'envoya à Solliès-Pont, pays d'un climat très doux, en l'annonçant au Frère Directeur dans les termes suivants : "Mon cher Frère Directeur : demain vers 4 h ½ vous, recevrez le Frère Honoratus un excellentissime sujet, qui sera chargé de l'étude et tiendra un peu l'harmonium à l'église. Ce Frère, déjà fort capable, a malheureusement une maladie de larynx qui l'oblige à garder le silence. II pourra tout au plus donner quelques leçons à un bien petit nombre d'élèves dans un appartement où il pourra parler à mi-voix et sans effort. Vous n'aurez qu'à retenir le zèle de ce cher confrère, niais je vous le recommande de toute mon âme. Au reste vous le connaîtrez bientôt : je vous confie là un trésor. Tâchez de le guérir."

Ces tendres recommandations durent être bien suivies et, avoir leur effet, car quelques mois après Frère Honoratus pouvait aller reprendre son poste à Sommières.

Au mois de septembre 1881, le C. Frère Bérillus, qui avait succédé au Frère Nestor1 comme Assistant chargé de la province de Saint Paul-3-Châteaux, et qui connaissait le Frère Honoratus de réputation sinon encore bien en pratique, le plaça au pensionnat de Valbenoîte, tant pour lui permettre de se familiariser avec le train de vie d'une grande maison bien ordonnée que pour lui donner le temps et la facilité de pousser un peu plus avant ses études ; ce qui, aux deux points de vue, lui fut d'un grand profit.

Pendant 14 ans il fut ensuite, soit comme Sous-Directeur soit comme Directeur, la cheville ouvrière de l'importante maison de Salon, dans les Bouches-du-Rhône ; et au cours des sept années suivantes il dirigea avec distinction le pensionnat de Castelnaudary, dans l'Aude, et l'externat de Saint-Moront, dans la banlieue de Marseille.

La suppression brutale des écoles congréganistes, en 1903, le mit comme tant d'autres de ses confrères dans l'alternative de choisir entre la sécularisation et l'exit. S'il n'avait eu à suivre que ses goûts, il n'aurait pas eu la moindre hésitation à se déterminer pour le dernier parti ; mais, comme il était avant tout religieux, il se mit simplement entre les mains de ses Supérieurs pour faire de lui ce qu'ils jugeraient le plus avantageux pour le bien général.

Ayant reçu l'ordre de rallier les débris du noviciat et du juvénat de Saint Paul-3-Châteaux, et de se mettre à leur tête, d'abord à Latte, puis à la villa Santo Stefano, près de Vintimille, il mit tous ses soins à bien remplir leurs intentions et Dieu bénit son entreprise. Après avoir vécu comme ils pouvaient pendant un an dans leur installation provisoire, juvénistes et postulants purent se transporter avec leur Directeur, au mois d'octobre 1904, dans une belle propriété acquise pour eux à Mondovi, et qui, grâce à d'importantes transformations, devint bientôt sous le nom de Casa dell'Immacolata, une installation presque à souhait pour une maison de formation.

Heureux au milieu de cette jeunesse qu'il aimait et qui le payait de retour, Frère Honoratus eût souhaité d'y demeurer longtemps, d'autant plus que, dans le clergé de cette ville épiscopale, il s'était déjà fait de précieuses amitiés, mais les Supérieurs avaient jeté les yeux sur lui pour une autre mission.

Malgré sa courte existence de quatre ans, notre œuvre de l'Argentine avait jeté dans le pays de solides racines ; elle voyait s'ouvrir devant elle un très encourageant horizon, pourvu qu'il lui fût possible d'accroître son personnel dans la mesure des besoins, et il importait de lui en préparer les moyens. Dans ce but, à l'ombre protectrice du vénéré sanctuaire de Notre Dame de Luján, on avait formé le projet d'ouvrir un juvénat et l'on comptait sur le Frère Honoratus pour aller en jeter les bases.

Ce ne fut pas en vain. Au Chapitre Général de 1907, il avait été élu à la presque unanimité des voix comme représentant la province de Saint Paul-3-Châteaux. A peine fut-il revenu de l'importante. assemblée, qu'il reçut l'ordre de préparer son départ ; et dès le 3 janvier 1908 il pouvait s'embarquer, avec une petite phalange de juvénistes italiens, français et espagnols pour Buenos Aires.

Installée d'abord dans un gracieux chalet voisin de la basilique de N. D. de Luján, la petite œuvre grandit peu à peu et fructifia, sous la direction du Frère Honoratus et la bénédiction de la T. Sainte Vierge, si bien qu'à travers beaucoup de difficultés elle avait déjà versé, dix ans plus tard, dans le personnel actif du District, destiné à bientôt devenir Province, une bonne centaine de jeunes Frères.

Quant au Frère Honoratus lui-même, après avoir exercé quelque temps la charge de Visiteur du District, en 19I4, il sentit ses forces diminuer peu à peu, pendant qu'il remplissait successivement la charge de Directeur de Marcos Juarez, de Capilla del Señor, et de la Maison Provinciale de Luján ; ce qui ne l'empêcha pas de s'acquitter courageusement de tous les devoirs, qu'elle comporte.

Détiré depuis 1923 au Collège Notre-Dame de Luján, il ne voulut pas, malgré son grand âge et les crises fréquentes d'une maladie de cœur à laquelle il faillit plusieurs fois succomber, demeurer oisif ; il demanda une occupation déterminée dont il s'acquittait avec zèle. Il désirait mourir les armes à la main, comme le soldat sur la brèche ou le laboureur à sa charrue… et c'est ce qui lui arriva.

Le mercredi, 23 juin dernier, à 9 heures du matin, il allait donner une leçon de français aux élèves de 4ième année. De son élégante écriture, il venait de mettre au coin du tableau noir, comme maxime du jour, la célèbre devise de saint Louis de Gonzague : Quid hoc ad aeternitatem ? et il était en train de la commenter brièvement, lorsqu'il fut pris subitement d'un attaque d'hémiplégie qui le laissa paralysé et sans connaissance. Il vécut encore trois jours, mais malheureusement sans donner aucun signe d'avoir repris l'usage de ses sens…

Il fut toute sa vie ce bon et fidèle serviteur qui se tient constamment dans la disposition de recevoir son Maître, à quelque heure qu'il puisse venir ; c'est pourquoi tout concourt à nous donner l'assurance que Celui-ci, tout en arrivant à l'improviste, l'aura trouvé faisant son devoir. Ce n'en est pas moins pour nous un avertissement de plus d'être toujours prêts, car nous ne savons ni le jour ni l'heure, —   R. I. P.

 

Frère EDMOND-ANTOINE. stable. – Le 16 octobre dernier, s'éteignait soudain à Québec, dans la force de l’âge, notre C. F. Edmond-Antoine. Au moment où le malade, apparemment rétabli, s'apprêtait à quitter l'hôpital, la rupture subite d'un anévrisme amenait une mort foudroyante, rendue tragique par les circonstances qui l'accompagnèrent. Les nombreux témoignages de sympathie reçus à l'occasion de cette fin prématuré, montrent une fois de plus que le sûr moyen de conquérir l'estime et l'affection c'est de se donner : Frère Edmond-Antoine fut, en effet, par excellence l'homme du dévouement joyeux, empressé, sans limite.

Né Thomas-Albert Grondin, le 28 octobre 1882, à St Joseph de Beauce (Canada), il fit connaissance avec nos Frères à Beauceville. Le Frère Directeur distingua vite ce jeune élève dont le caractère jovial, l'activité, l'application et la piété tranchaient heureusement sur les habitudes simplement régulières et disciplinées des collégiens ordinaires ; il lui suggéra l'idée de se faire éducateur religieux. Le jeune homme entrevit aussitôt dans cette noble carrière le libre épanouissement des inépuisables réserves d'énergie qui bouillonnaient en son cœur d'adolescent et qui, dans le. siècle se fussent consumées, peut-être, en une recherche égoïste et stérile des vaines satisfactions de l'amour propre et des sens. Une fois l'appel entendu, il redoubla d'ardeur pour se rendre digne de l'idéal sublime qu'il s'était formé. Il n'avait pas encore quinze ans lorsque, le 15 juillet 1897, il entrait au noviciat de St Hyacinthe où, après un an de probation, il prit l'habit mariste sous le nom de Frère Edmond-Antoine.

Nous ne le suivrons pas dans les divers postes des Etats-Unis et du Canada où le conduisit l'obéissance. Il se montra partout confrère aimable doublé d'un éducateur consciencieux. Professeur ou surveillant, il se donnait tout entier à ses fonctions, dépensant sans compter ses forces et son temps, versant à pleins bords les trésors d'abnégation, de patience et de bonté que Dieu lui avait confiés. On aurait vainement cherché à découvrir en cela le moindre souci de popularité : si elle lui servit de stimulant, il n'en fit jamais son mobile.

"Je l'ai connu et admiré à Chicoutimi, il y a quelque 15 ans, nous écrit un de ses confrères. On lui avait confié la 7ième année, où un certain nombre d'élèves âgés et peu doués végétaient en attendant une occupation plus conforme à leurs aptitudes. Que de fois j'ai vu le courageux professeur se mettre en nage pour faire pénétrer des notions élémentaires dans des intelligences rebelles qui lui opposaient la puissance de leur inertie et souvent de leur indifférence. Que d'efforts il devait s'imposer pour rester maître de lui-même, pour contenir la fougue d'une nature en pleine exubérance de vie ! Que de fois, aux prises avec des esprits revêches et négligents, il eut à se maîtriser pour ne pas perdre, en un moment de juste indignation, cette irrésistible douceur qui finissait toujours par vaincre toutes les résistances !"

Par bonté d'âme autant que par conviction, il voulait conduire les jeunes gens autrement que par la force : il visait à former une élite capable d'entraîner la masse. Il croyait fermement à l'influence des groupements de jeunesse : aussi la "Ligue du Sacré-Cœur", les associations patriotiques et religieuses étaient en honneur dans son école. Avec raison, il voyait là une pépinière de vocations et l'on serait édifié, sans doute, à connaître les nombreux Frères ou prêtres qui lui doivent d'avoir répondu à l'appel de Dieu. C'était toujours avec une chaleur communicative qu'il parlait de I incomparable dignité du sacerdoce et de l'éducateur chrétien.

"Personne ne m'avait parlé de vocation, nous avoue un confrère, lorsqu'en récréation, F. Edmond, qui n'était pas mon professeur pourtant, me dit à brûle pourpoint : ’Mais vous feriez un bon Frère, vous’. Cette parole me poursuivit partout, et, plusieurs mois après avoir fini mes classes, je voulus enfin la réaliser et j'allai demander mon admission".Cet élève est aujourd'hui un de nos excellents professeurs.

Ce même souci d'apostolat poussait F. Edmond à se mêler aux diverses manifestations qui favorisent l'activité dans une école et l'esprit de famille dans une communauté. Qu'il s'agît de séance, de jeu, de fête religieuse ou scolaire, d'un travail imprévu ou d'une corvée pénible à entreprendre, son concours était acquis. Doué d'un rare savoir-faire et d'un caractère persuasif, il savait mettre à contribution toutes les volontés et gagner à ses plans toutes les sympathies. Qui eût osé refuser de faire sa part quand on voyait avec quel entrain il se mettait lui-même à l'œuvre ! Il était, lui aussi, ''un remarquable entraîneur d'hommes''.

Les besognes multiples dont il se chargeait lui attiraient, parfois, des critiques au lieu de l'encouragement qu'il attendait, car c'est le sort de ceux qui marchent de faire parfois des faux pas. Mais F. Edmond avait trop grand cœur et trop de courage pour se rebuter ou s'irriter d'un mot ou même d'un procédé peu délicat. Il fronçait le sourcil, répondait parfois par un trait d'esprit, puis tout était noyé dans un sourire et il ne tenait jamais rigueur d'une offense.

Sa grande force était l'exemple : exemple d'une vie sans cesse en action, d'un homme toujours occupé à quelque œuvre utile, avare de ses minutes, mais prodigue de son temps, dès qu'il y avait un service à rendre. A I instar de l'illustre Pasteur, il aurait cru commettre un vol à passer une heure oisif. Sa puissante constitution, un embonpoint tendant à devenir pléthorique, lui rendaient pourtant doublement onéreux le travail manuel, l'étude et la vie sédentaire. Mais il savait oublier ses besoins devant ce qu'il croyait être son devoir. Que de fois j'ai rougi de mon apathie pour l'étude, nous avoue un collègue, en voyant son assiduité au travail l'ardeur qu'il mettait à perfectionner ses connaissances. Le jeudi matin, il s'enfermait dans sa classe, et là, plongé dans les livres, rien ne pouvait le distraire, à moins qu'un confrère vînt réclamer une explication ou une leçon d'anglais. "Je fais mon scolasticat", répondait-il en souriant à ceux qui lui conseillaient le mouvement. L'après-midi, nous escaladions une colline voisine, et là, assis sous un arbre, déployant un cahier de résumés, il continuait à revoir les matières de son programme. C'est ainsi qu'il conquit seul tous ses diplômes. Le directorat vint interrompre sa préparation à l'examen universitaire ; il le regretta beaucoup.

En 1916, les Supérieurs, appréciant son esprit de famille et ses talents, lui confiaient la direction de notre établissement de Waterloo ; puis, en 1921 de l'école de Disraeli. Plus libre de son initiative, il se dépensa sans compter et, il faut bien le dire, souvent sans mesure. Tout ce qui de près ou de loin, pouvait promouvoir la prospérité de la maison, susciter l'émulation chez les élèves, rappeler aux anciens les principes salutaires puisés à l'école, entretenir le bon esprit, favoriser la vie religieuse, prenait dans les préoccupations de l'intrigant Directeur une part prépondérante, à tel point qu'en maintes circonstances sa santé en fut sérieusement compromise. "F. Edmond, nous dit un de ses intimes, était de ces tempéraments généreux qui croient, n'avoir rien fait pour une cause tant qu'il n'ont pas versé pour elle tout leur sang". La maladie se chargea de lui rappeler que la modération est aussi une vertu et que souvent le désir du mieux est l'ennemi du bien. Comme le disait récemment un grand pape : " Il faut savoir omettre le bien que l'on ne peut pas bien faire''.

Une détente s'imposait pour ménager ses forces épuisées : en 1925, F. Edmond était nommé assistant-directeur à l'Académie St-Malo. Là, il fit l'admiration de ses confrères par le bel exemple de déférence et de soumission qu'il donnait constamment, par un dévouement à toute épreuve, un savoir-faire plein de prévenance qui ne tarda pas à lui valoir une réputation enviable dans le public. Les parents venus au parloir se retiraient chaque fois enchantés des sages conseils qu'il savait fort adroitement joindre à ses explications toujours empreintes de courtoisie et d'indulgence.

A la fin des vacances dernières, certaines indispositions chroniques réapparurent qui imposaient un séjour à l'hôpital. Fr. Edmond put néanmoins reprendre ses fonctions ; mais l'organisme était usé. Le 3 octobre une pleurésie le conduisait de nouveau à l'hôpital. Il parut d'abord devoir se rétablir. Le 15 du même mois, il passa une agréable soirée avec quelques confrères et d'accord avec le médecin il annonçait son retour à l'école pour le lendemain. Mais les Frères venaient à peine de chanter le Salve Regina du soir, qu'un appel téléphonique fit pressentir un malheur. Une terrifiante hémorragie venait de se produire qui avait littéralement déchiré les poumons. Quatre Frères se transportèrent immédiatement auprès du malade à qui M. l'abbé Matte, assisté du chanoine Pelletier, achevait d'administrer les derniers sacrements. Profitant d'une accalmie, le prêtre lui proposa d'appeler Mgr Bouffard ou son confesseur, s'il le désirait. Il remercia du geste : Sa conscience était parfaitement en paix. Il fit alors généreusement le sacrifice de sa vie, et, sur ses lèvres tremblantes se multipliaient des invocations ferventes inspirées par son profond esprit de foi. Après quelques moments de repos, une nouvelle explosion des vaisseaux pulmonaires amena la mort. C'était le samedi 16 octobre, à minuit et quart. La Bonne Mère venait chercher, au début du jour qui lui est consacré, ce vaillant religieux qui s'était toujours montré fidèle à la servir. "Si je meurs religieux, confiait-il un jour à un ami intime, c'est à Marie que je le devrai''. Il méritait bien cette faveur, lui qui aimait tant à chanter ses louanges et à la faire honorer, lui qui ne craignait pas d'insister auprès des maîtres laïques pour que dans leur classe le chapelet se dît en entier. "Vous remplacez des Frères Maristes, leur disait-il, faites comme eux".

Malgré les circonstances tragiques dont elle fut entourée, sa mort n'en fut pas moins pour lui paisible et douce. Tous les secours de la religion lui furent prodigués par son entourage et par les trois prêtres qui l'assistaient à ses derniers moments. Jusqu'à la fin, il conserva une parfaite lucidité d'esprit. Dieu, nous n'en doutons pas, aura jugé avec bonté cet intrépide serviteur qui fut par excellence un homme de bons désirs.

Les funérailles de cet humble religieux furent vraiment grandioses. Mgr Bouffard, P. D., curé de St Malo, qui sait si bien reconnaître et honorer le mérite, réclama lui-même à toutes les messes du dimanche, et en termes élogieux, des suffrages pour le défunt ; il voulut pour lui un service de 1ière classe qui fut chanté par MM. les abbés Villeneuve de Beauport, C, Rodrigue de Lévis, tous deux anciens élèves des Frères et par M. l'abbé Thibault, vicaire de la paroisse. Mgr Bouffard assistait au trône entouré d'un nombreux clergé et d'une imposante délégation des principales communautés de Québec et des environs. Le chant, exécuté avec âme par nos Juvénistes de Lévis, donnait un cachet rare de piété et de fraternelle sympathie à cet office funèbre.

Aux riches bouquets spirituels envoyés par différentes institutions, un ami sincère de nos œuvres, M. E. Laroche, curé de St Joseph de Québec, voulut spontanément ajouter une grand-messe à laquelle furent conviées les 6 premières classes de St Malo.

Puissent ces prières ardentes et multipliées abréger l'épreuve expiatrice de celui qui s'efforça d'être, dans sa modeste sphère, un apôtre zélé de l'enfance et un fidèle serviteur de la Reine du Ciel ! —   R. I. P.

 

Frère JOSEPH-ALOYSIUS, profès des vœux perpétuels. Le mardi 12 janvier I926 fut un jour de deuil pour la Province mariste d'Australie, et particulièrement pour la maison de West Maitland, à cause de la mort inattendue du bon Frère Joseph Aloysius, emporté à l'âge de 39 ans par une courte maladie. Par son affabilité et son empressement à obliger toutes les fois qu'il en avait les moyens, il s'était rendu l'objet de l'estime et de l'affection générales ; aussi emporte-t-il les sincères regrets de tous ceux qui l'ont connu.

Né à Montagny, dans le département de la Loire (France), Frère Joseph-Aloysius (Pierre Chabry) avait 15 ans quand il entra au noviciat de Notre-Dame de l'Hermitage, le 10 avril 1902 ; il venait d'y prendre le saint habit le 19 mars 1903, lorsque la proscription des Congrégations religieuses par le gouvernement français l'obligea d'aller chercher un refuge à San Mauro, près de Turin (Italie). A la fin de l'année 1904, il s'embarquait pour Sydney (Australie) où, pendant cinq ans, il fut professeur dans les écoles St Bénédict, du Sacré-Cœur, de Darlinghurst et de North Sydney.

Transféré à West Maitland, en 1910, il y fut aussi professeur pendant 5 ans ; et en 1915, il succéda au Frère William, comme Directeur des Ecoles des Frères Maristes dans la localité.

Ce fut dans cette charge que, par son dévouement, son grand cœur et son infatigable énergie, il conquit non seulement l'estime mais encore l'affection de Mgr l'Evêque, des membres du clergé, et de la population, à quelque nuance d'opinions religieuses qu'elle appartînt. Est-il besoin d'ajouter qu'il existait entre lui et les Frères qui avaient le privilège de vivre en sa société habituelle une affection d'ordre tout spécial ? Impossible de trouver un homme de meilleur cœur, et la conséquence s'en faisait voir dans l'harmonie, l'esprit de famille et l'atmosphère de joyeux contentement qui régnaient dans la Communauté.

La santé et le bien-être des Frères faisaient l'objet de ses plus affectueuses préoccupations. Professeur infatigable lui-même, il se faisait une très juste idée du travail qui incombait à ses collaborateurs dans des conditions qui le leur rendaient parfois particulièrement pénible, aussi préférait-il s'imposer à lui-même les plus onéreuses corvées plutôt que d'alourdir leur tâche.

Sa générosité et sa bonté de cœur se montraient aussi dans son hospitalité affectueuse à l'égard des Frères dont on recevait la visite. Quant aux élèves, c'était pour lui une joie de se trouver parmi eux, et pour eux un bonheur de l'avoir dans leurs rangs. Dans les pique-niques annuels et dans les autres sorties, il était rayonnant de gaîté et véritablement l'âme de la fête. Pour ce qui est de son travail à l'école, qu'il suffise de dire qu'il ne le trouvait jamais trop grand ni trop pénible, quand il s'agissait de faire avancer ses élèves, et que la progression continue de leur nombre et leurs succès aux examens sont une preuve irrécusable de son talent d'organisation non moins que de son mérite pédagogique. Sa mémoire sera longtemps en bénédiction parmi ses élèves présents et anciens, non moins que parmi leurs parents et dans toute la population du district de Maitland.

Dans les derniers mois de 1925 tout avait été arrangé entre lui et ses Supérieurs pour venir à la Maison Mère en vue de faire son Second Noviciat et d'aller passer quelques semaines avec son vieux père, lorsqu'une crise d'appendicite obligea de le transporter à l'Hôpital Saint Vincent, à Sydney, pour une opération jugée nécessaire.

Tout parut d'abord bien aller, mais tout à coup, le 11 janvier 1926, son état de santé prit une tout à fait mauvaise tournure. Il reçut dans la soirée les derniers secours de la Sainte Eglise, et l'on perdit tout espoir de le sauver. Le lendemain matin, 12, il rendait son âme à Dieu.

Sa dépouille mortelle fut transportée au Collège Saint-Joseph (Hunters Hill) où les Frères de la Province étaient réunis pour la Retraite annuelle, et la sépulture eut lieu le I6 au matin.

A la messe solennelle de Requiem, à laquelle assistaient tous les retraitants, le R. Père V. F. Peters, qui pendant plusieurs années fut Curé de la Cathédrale de Maitland, parla en termes d'une touchante simplicité des qualités du Cher Défunt et de la grande perte que faisaient en lui l'Institut des Petits Frères de Marie et le Diocèse de Maitland ; puis il remercia le Frère Provincial, et en sa personne toute la Congrégation, de l'œuvre méritante accomplie par le Frère Joseph-Aloysius durant son long séjour à Maitland.

Une seconde Messe de Requiem célébrée un mois après dans la Cathédrale de Maitland montra avec évidence en quelle reconnaissante estime était tenu le bon Frère dans ce théâtre de son apostolat parmi la jeunesse du pays. La vaste église était comble et durant la cérémonie nombre des assistants portaient leur tristesse peinte sur leur visage.

Un peu plus tard, dans une réunion de paroissiens, la proposition de perpétuer le souvenir du bon Frère sous une forme à déterminer trouva une adhésion unanime.

Beati mortui qui in Domino moriuntur, opera enim illorum sequuntur illos ! – R. l. P.

 

Frère GEORGE (Francis O'Meara), stable. – Ce bon Frère, dont la mort prématurée, il y a quelques mois, fut un bien juste sujet d'affliction pour nos deux provinces d'Australie et de Nouvelle-Zélande, était né à Portland, dans l'État de Victoria (Australie), le 18 juin 1878.

A l'âge de 14 ans, il fut dirigé par les bonnes Sœurs de sa ville natale vers notre Juvénat de Sydney, où son franc et joyeux caractère lui gagna tout de suite l'affection de ses condisciples, en même temps que sa piété et son esprit sérieux lui attirait l'estime de ses Maîtres.

Après son noviciat, qu'il fit du 2 juillet 1894 au 2 juillet de l'année suivante, il fut nommé comme professeur au collège Saint Joseph (Hunters Hill) où il commença à dénoter d'heureuses dispositions pour le magistère, malheureusement sa santé ne tarda pas à donner des inquiétudes sérieuses. Pour lui permettre de la rétablir plus facilement, on l'envoya en Nouvelle-Zélande, dans l'espérance que le climat fortifiant de ce pays lui serait salutaire, comme il arriva effectivement. Pendant une demi-douzaine d'années (1897-I903), nous le trouvons successivement à Wellington, Timaru, Auckland (externat) comme professeur. Nommé Directeur de cette dernière maison, en I903, il ne se contenta pas de se montrer éducateur -émérite dans l'étroite enceinte de son école ; mais il exerça sur les jeunes gens anciens élèves des Frères une puissante influence, qui rendit son nom populaire dans la société catholique de toute la ville. Non seulement, de concert avec les Frères du Collège du Sacré-Cœur, il fonda et organisa le ''Marist Brothers Old Boys Club'', qui eut les plus heureuses conséquences pour la diffusion des pratiques religieuses, et notamment de la communion fréquente ; mais contribua beaucoup à élever le degré de culture de la jeunesse catholique, au moyen de ses diverses sections : littéraire, musicale, sportive, etc. …

Après avoir ainsi dirigé pendant six ans l'Ecole paroissiale, il passa dans le corps professoral du Collège du Sacré Cœur, où il demeura sept ans (1909-1916) C'est pendant ce temps qu'il prépara et conquit avec distinction ses grades de Bachelier ès Arts (B. A.) et de Maitre ès Arts (M. A.) de l'Université d'Auckland.

En 1916, il fut rappelé en Australie, au grand regret de ses nombreux amis et admirateurs de Nouvelle-Zélande. Et il va sans dire que lui-même ne quitta pas sans douloureux déchirements le théâtre de I7 ans de dur et fécond labeur ; mais il avait pour principe de ne jamais demander ni refuser le poste où l'appelaient ses Supérieurs.

Ses anciens collaborateurs du Collège Saint-Joseph, à Hunters Hill, furent heureux de le voir revenir au milieu d'eux avec l'auréole d'une belle renommée ; mais il ne devait pas y rester longtemps.

Bientôt après, en effet, le Collège Saint-Ildefonse de New Norcia, dans l'Australie Occidentale, perdait son aimé Directeur, Frère Mary Stanislaus, et l'on n'était pas sans quelque crainte que ce malheur n'eût une influence pernicieuse sur l'établissement, encore si près de ses débuts. Aussi fut-ce une joie pour tout le monde quand on apprit que le Frère George venait d'être nommé pour prendre la succession du regrette défunt.

Le choix, en effet, avait été heureux. Durant les deux ans que dura sa charge, non seulement le nouveau Directeur ne laissa pas péricliter l'œuvre, mais il la fit avancer notablement.

Vers la fin de 1919, Frère George fut élu pour faire partie de la représentation de la Province au Chapitre Général de 1920…

A. son retour, qui se fit par le Canada et le Pacifique, il eut le plaisir de faire un petit arrêt en Nouvelle-Zélande, où ce fut pour ses amis une grande joie de le revoir. De retour en Australie, il fut nommé Directeur du Collège Saint-Joseph de Sydney, et au cours des trois ans qu'il demeura dans cette charge, il fut élu Président de l'Association des "Head Masters". A ce titre, il prit une part active à toutes les questions qui s'agitaient alors dans la Nouvelle Galles du Sud au sujet de l'Education, et son concours y était très apprécié.

Sa santé, seulement, commençait à donner des inquiétudes. Chargé du Collège Saint Joseph à la fin de sa période triennale, il fut nommé Directeur de la High School de Darlinghurst, et ne tarda pas à tomber malade. Sur l'avis des Docteurs, il dut se mettre au repos, ce qui du reste n'empêcha pas la maladie de suivre son cours. Tout espoir de rétablissement étant à peu prés perdu du coté de la science, on résolut de se tourner du côte du ciel. Une neuvaine pour demander sa guérison fut faite non seulement dans toutes les communautés de la Province, mais dans un grand nombre de couvents de Sœurs. Une amélioration sensible s'ensuivit ; et, dans l'espoir que le climat de la Nouvelle-Zélande, qui lui avait été salutaire une première fois, achèverait de le guérir, on résolut de tenter à nouveau l'expérience ; mais cela ne produisit guère d'autre résultat que de retarder peut-être un peu le dénouement redouté. Bientôt il dut être transporté à l'Hôpital de N. D. de la Miséricorde, à Auckland, où, malgré tous les soins, il s'éteignit le 27 septembre dernier. –  R. I P.

 

Frère MARCOS-MIGUEL – Profès des vœux temporaires. — Ce jeune frère, par sa belle intelligence, sa forte volonté, sa solide piété, son inébranlable attachement à sa vocation, laissait concevoir les plus riches espérances. Hélas ! elles ne devaient pas se réaliser sur la terre.

Manoel Pereira das Neves était né le 28 mars 1907 Santa Catharina da Serra, diocèse de Leiria, Portugal, au sein d'une famille aisée et très chrétienne.

Elle a donné à l'Église. un religieux Franciscain, modèle de vertus, le B. P. David ; un prêtre selon le cœur de Dieu, P. Joaquim Ferreira G. das Neves, présentement curé de Sta Catharina, et une religieuse.

Nous n'avons pas de détails sur son enfance, elle a dû être quelque peu turbulente, comme l'est celle des enfants énergiques ; lui-même racontait pas mal d'espiègleries de ses premières années. Dieu, qui avait des desseins particuliers sur cet enfant aux allures pétulantes, mais à l'âme droite, lui parla au cœur lors de la première visite de F. M. Emeric en Portugal. Il se crut appelé á la vocation de F. Mariste. Une fois sa décision prise, il n'hésita plus. Aux propositions d'aller au séminaire, à l'école normale, il répondit : non, et le 13 octobre 1919, il entrait au juvénat du Sacré Cœur à Tuy. Les août 1920, fête de N. D. des Neiges, après une heureuse traversée, il franchissait le seuil de la maison d'Apipucos, et continuait sa vie de juvéniste, vie d'études, avec, de temps à autres, de petits travaux manuels comme hors d'œuvre ou délassement.

Ce milieu lui plaisait : intelligence vive, apte â s'assimiler facilement toutes les matières du programme, mémoire prompte, fidèle, avec une volonté tenace qui le fixait constamment sur des livres.

Durant la leçon, loin d'être simplement passif, comme le sont trop souvent les natures molles et paresseuses, il la suivait, en vivait, et, aux passages moins clairs, il réclamait un supplément d'explication. Il faisait jouir le professeur qui savait absorber son activité intellectuelle. Dans les compositions, il obtenait facilement le maximum des points et occupait habituellement la première place.

Après 4 ans de juvénat ou, de postulat, il commença son noviciat, janvier 1924.

Le noviciat est un des actes décisifs de la vie religieuse. Bien fait, il donne de fortes garanties de persévérance. C'est pour cela que l'Eglise y attache une très grande importance et 'veut qu'il soit employé presque exclusivement à l'ascétisme et à la formation morale.

Baptême, première communion, confirmation, noviciat, ordination, profession perpétuelle, mort, sont des actes que l'homme n'accomplit qu'une fois. Heureux s'il les fait bien ! Frère Marcos-Miguel comprit l'importance du noviciat. Il voulut le bien faire ; il en demanda la grâce et l'obtint.

Avant de le commencer, il écrivit de touchantes lettres à sa famille. Dans l'une d'elles, adressée à son oncle prêtre, et qu'il voulait qu'on lût du haut de la chaire, il demandait pardon des mauvais exemples qu'il avait donnés, et qui se réduisaient, sûrement, à quelques étourderies d'enfant.

Au récipiendaire qui se présente à l'autel pour demander le Saint Habit, le célébrant pose la question : "Serez-vous bien aise que le R. F. Supérieur Général et ceux qui seront chargés de votre conduite vous avertissent et vous reprennent de vos défauts ?" Il répond : "Oui, mon Père, je leur serai très reconnaissant de ce service". Hélas pour beaucoup, c'est une simple formule. Pour notre Frère Marcos, ce fut une réalité.

D'ailleurs son grand bon sens lui indiqua bien vite qu'il devait lutter contre une nature altière, indépendante, que les résistances des collègues, les réprimandes des maîtres faisaient bondir. Il prit les moyens qui donnent la victoire : Piété, direction, effort.

Piété. — Pas affectée, pas exagérée, pas scrupuleuse, faite de bon sens et de volonté. Il possédait ce que le V. Fondateur appelle dévotion de la conscience, qui consiste dans l'horreur, la crainte, la fuite du péché mortel et du péché véniel volontaire : C'est la vraie, elle ne trompe jamais. Il mettait tous ses soins à bien faire les prières de Règle. Après, ses principales pratiques personnelles étaient le rosaire, le chemin de la croix et l'exercice des Cinq Plaies.

Direction — Il l'aimait, la faisait avec aisance, simplicité, franchise et une certaine rondeur. Il élaguait les détails inutiles et les répétitions fastidieuses ; il exposait ses doutes, demandait conseil sur tel ou tel point et se retirait. Le F. Maitre savait que la direction donnée serait suivie. Bien des fois, admirant les progrès de cette âme, sa correspondance à la grâce, il était ému et faisait monter vers le ciel la prière de l'action de grâce.

Effort. L'effort est le thermomètre de la vie morale. Il le faut pour prier, il le faut pour résister au mal, il le faut pour pratiquer les vertus, il le faut pour s'imposer les nécessaires mortifications.

F. Marcos l'employa surtout à modifier son caractère ; chaque jour il faisait un nombre minimum de mortifications ; chaque soir, à l'examen, il notait ses victoires et ses défaites. Résultat : progrès visibles. Une transformation d'âme n'est pas rare dans un noviciat, mais au degré où la réalisa notre novice, elle demeure une exception. Un de ses professeurs disait : "Il a changé du tout au tout''. Ses confrères répétaient : ''F. Marcos n'est plus le même" . Lui-même, parlant de son temps de juvénat disait gentiment : "En ce temps-là, j'étais méchant, mais souvent aussi on me provoquait" ! Son tempérament énergique donnait l'illusion d'une forte santé. Malheureusement les apparences étaient trompeuses. Un effort prolongé produisait une fatigue visible ; même tout jeune, à la maison, après une course, il éprouvait une douleur au côté droit.

En janvier 1925, une grippe tenace alarma son entourage. Un premier médecin ne constate cependant aucun symptôme grave ; mais deux mois après, un deuxième déclare le poumon droit atteint. Un traitement spécial d'injections se poursuit durant six mois.

Pour distraire le cher malade et le tenir en plein air on le chargea de surveiller un terrassement, à Ponte d'Uchoa : il était assis à l'ombre et distribuait des jetons indiquant les charrois. Les Frères anciens qui étaient avec lui furent édifiés de son bon esprit et surtout de son exactitude à faire tous ses exercices de piété.

Après des hausses et des baisses, en décembre, il paraissait remis, il avait grossi et pris des couleurs, mais une imprudence compromit tout. Un dimanche, étant arrivé un peu tard à la messe, il voulut aller en entendre une 2nde dans une église voisine. Il prit froid, une bronchite suivit et la terrible maladie, un moment arrêtée, reprit son cours inexorable. Comme dernière ressource on voulut essayer l'air natal. Il s'embarqua le 27 février 1926, confié à la paternelle sollicitude du F. L. Chanel qui se rendait en France. Le voyage se fit dans de bonnes conditions, le malade eut tuas les soins que son état réclamait. Il arriva à Tuy, très faible. Le Docteur Rogerio Prelada, bon médecin et ami des Frères, le soumit à un traitement énergique, mais sans résultat. L'air pur de Sta Catharina da Serra, et toute la tendresse maternelle ne purent arrêter la marche de la terrible maladie. Dieu voulait cette belle âme au ciel.. C'est le 4 mai, vers midi que, sans secousse, notre bon Frère Marcos-Miguel laissa la vie de misères et de perpétuels dangers de ce monde et entra dans la vie de pleine sécurité et d'éternel bonheur.

Dans sa famille, il s'est montré ce qu'il était, un religieux sérieux, fortement attaché à sa vocation, comme le prouvent les lignes suivantes de son oncle, curé de Sta Catherina : "Il a témoigné un profond regret de ne pas mourir au milieu de ses frères en religion. Il a manifesté un grand amour pour la Règle Mariste et demandé d'être enterré avec son costume religieux. Je le considère comme un juste".

O bon Frère Marcos-Miguel qui aviez, durant votre maladie, D'emploi de raffermir les vocations, nous vous en supplions, continues-le au ciel ! —  R. I. P.

 

Frère JOSEPH-NIZIER, profès des vœux temporaires — Ce bon et regretté jeune Frère, qui dans le monde portait le nom de Joseph de Mel, était né en janvier 1902, à Moratuwar assez importante paroisse du diocèse de Colombo (Ile Ceylan).

Il passa sa jeunesse dans l'innocence et la piété, et fréquenta, pendant de longues années, St Benedict's College, Colombo, où les Frères des Ecoles Chrétiennes le formèrent à la science et à la vertu.

Bien que fils unique et d'une famille aisée, Joseph de Mel trouvait qu'il n'était pas fait pour le monde ; son bonheur était de se dévouer aux œuvres de charité et d'apostolat dans sa chère paroisse natale. Ayant consulté son confesseur sur son avenir, un zélé Oblat de Marie Immaculée, qui a les Frères Maristes en haute estime depuis qu'il les a vus à l'œuvre à Negombo, conseilla à son pénitent d'entrer dans l'Institut des Petits Frères de Marie.

En janvier 1924, Joseph de Mel se rendit à "Maris Stella College" Negombo, où il aida les Frères en faisant une petite classe, à la satisfaction générale pendant huit mois.

Le 16 août 1924, il s'embarquait avec un de ses compatriotes, pour venir au Noviciat de San Maurizio Canavese. Il s'y fit remarquer par sa piété, son esprit sérieux, son bon caractère et par une application très soutenue à la grande œuvre de sa formation religieuse. En peu de temps il eut conquis l'affection de ses maîtres et de ses condisciples.

Le 8 septembre I925, Joseph de Mel, en prenant l'habit religieux, reçut le nom de frère Joseph-Nizier, et redoubla d'ardeur pour devenir un vrai Mariste et un apôtre zélé de la jeunesse cingalaise. Il supporta sans se plaindre le froid de deux hivers, bien qu'il eût sans doute beaucoup à en souffrir. Il devait finir son noviciat le huit septembre dernier et s'embarquer pour Ceylan, le cinq novembre, avec son cher compatriote, Frère Henri-Clément. Mais le bon Dieu en avait décidé autrement.

Vers la fin de juillet, le frère Joseph-Nizier contracta une pleurésie, bénigne en apparence, à laquelle vint bientôt s'ajouter l'entérite. On lui prodigua les soins réclamés par son état et on pria pour sa guérison. Mais le mal continuait sournoisement son œuvre.

Le 3 octobre, Frère Joseph-Nizier prononça au lit ses premiers vœux annuels. Un mois plus tard, il entrait à l'hôpital du Bienheureux Cottolengo, à Turin, où d'habiles médecins déclarèrent de suite qu'il était perdu. En effet, malgré les soins dévoués des Religieuses, la maladie fit de rapides progrès. Après avoir fait généreusement le sacrifice de sa vie et celui de ne pas retourner dans son pays, le frère Joseph-Nizier reçut les dernier sacrements le 23 novembre ; et le 25, à 6 h. du soir, il mourut pieusement, après avoir conservé sa connaissance jusqu'au bout et édifié tous ceux qui le soignaient ou le visitaient.

Le 27 novembre, après une absoute donnée à l'hôpital, en présence du Cher Frère Elie-Marie A. G. du Frère Directeur de la Maison-Mère, du Frère Sous-Secrétaire général, du Frère Maître, de M. l'Aumônier et d'une délégation de Novices de S. Maurizio Canavese, les restes mortels de notre premier Frère cingalais furent transportés au cimetière de Grugliasco, où toute la communauté de la Maison-Mère s'était rendue : le Révérend Frère Supérieur Général et les membres de son conseil, les Grands-Novices, les scolastiques et les juvénistes. Après une nouvelle absoute donnée par le R. P : Aumônier de Grugliasco, le cercueil fut descendu dans l'un des caveaux des Supérieurs.

Ce même jour, une Messe avait été chantée pour le repos de son âme dans la chapelle des Frères à S. Maurizio Canavese.

Du haut du ciel, le regretté Frère Joseph-Nizier priera pour notre œuvre de Ceylan, qu'il aimait tant et où il comptait se ;dévouer à l'instruction chrétienne de ses compatriotes.

Que la douce Etoile de la Mer, Patronne de notre grand Collège de Negombo, nous envoie d'autres bonnes vocations cingalaises pour remplacer le bon Frère Joseph-Nizier. – R. I. P.
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N. B. — Depuis l'apparition de la dernière Circulaire, nous avons appris également la mort des FF. Epiphanie, Avitus, Thémistocle, Edmund-Charles, Jean-Silas, Siméon-Joseph, Dacius, Anecte, Eduin Ermanfroy, Jucundianus, Abraham, Marie-Constant, Marie-Abdias, Hélion, Généralis, Marie-Pothin, Ruperto-Lius, Jean-Misaël. Nous des recommandons aux pieux suffrages des lecteurs du Bulletin.
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1 Pas tout à fait directement : il y eut entre les deux le passage du regretté Frère Nicet, qui dura trois mois ; mais en pratique cela ne change rien.

 

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